‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 8 sur 78 · INFLUENCE DU SOL ET DU CLIMAT · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU SOL ET DU CLIMAT

plus grandes se trouvent en Thessalie. Il en résulta que cette province fut la seule qui nourrit une bonne et forte race de chevaux. Ces montagnes, aujourd'hui privées de leurs antiques forêts, ne sont pas plus riches que celles de l'Italie en métaux précieux. Cependant on tirait du cuivre et de l'amiante de l'Eubée; du fer de la Béotie, du Taygète et des lies de Mélos, de Sériphos et d'Eubée; Chalcis en fabriquait des armes excellentes, et ses ouvriers se vantaient d'avoir su les premiers travailler le cuivre. Il y avait de l'argent en Épire, en Chypre, à Siphnos et dans l'Âtlique, où Athènes, aux jours de sa puissance, occupa 20 000 hommes dans ses mines du Laurion '. Dans l'Ilémus et l'Orbélos, dans la Thessalie, au mont Pangée, entre la Macédoine et la Tjirace, et dans les lies de Siphnos et de Thasos, on trouvait de l'or. L'Hèbre de Thrace en roulait dans ses flots. L'Âttique et les îles, surtout Parcs, avaient des marbres renommés'.

Dans les pays montagneux, les plaines sont ordinairement d'une extrême fertilité. La Thessalie, la Messénie, le

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nord de 1 Elide et 1 Eubée, qui fut le

grenier d'Athènes, ne démentaient pas ce principe. La Béotie devait aussi à ses nombreux cours d'eau et à leurs dépôts longtemps accumulés une grande richesse, surtout la vallée inférieure du Céphise, fécondée, comme l'Égjpte, par des inondations périodiques. Mais les habitants, gâtés par cette nature trop généreuse, s'engourdirent dans les plaisirs sensuels. Tandis que l'Attique, si pauvre, se couvrait d'une active et ingénieuse population, la Béotie nourrit un peuple dont la paresse d'esprit devint proverbiale, quoiqu'il ait compté parmi ses enfants Hésiode, qui, bien loin d'Homère, tient encore une grande place dan^ la poésie grecque, et Pindare, dont Horace a dit : « Un souffle vigoureux soutient le cygne de Dircé lorsqu'il monte dans la région des nues. » Les cantons élevés de

■ Oa trouve encore grand profit à en exploiter aujourd'hui les scories.

* Le plus célèbre des marbres antiques élail le marbre blanc de Paras, dont est faite la Vénus de Kilo. Le marbre sacctiaraïde du Pentélique était d'une teinte moins unie, mais d'un grain (dus fin, qui recevait et gardait le poli bien mieux que tous les autres marbres. Dans les édifices anciens d'Italie, les détails de la sculpture sont rarement inlacis; ceui d'Athènes présenleul fréquemment des arêtes aussi vives que si l'artiste venait de les achever. Le vert oMlique venait de Tbessalie et d'Eubée.

* Tête laurée de Jupiter, à droite. 4. F.\, initiales de FAAEÛIS (avec un digamma) forme archaïque de HAEQN. Aigle debout à droite; devant, une couronne; dans le cbamp. PI, initiales d'un nom de magistral; derrière, un foudre. (Argent.)

TÂrcadie avaient pour habitants une race d'hommes qui ont quelques traits de ressemblance avec les Suisses par leurs mœurs simples et pastorales, leur esprit belliqueux, leur amour du gain et leur dispersion en de nombreux villages.

Prise dans son ensemble, la Grèce n'était pas assez fertile pour nourrir ses habitants dans l'oisiveté, et elle n'était pas assez pauvre pour les contraindre à dépenser toute leur activité dans la recherche des moyens de subsistance. La diversité du sol, plaines et montagnes, celle du climat, qui varie des neiges du Pinde aux cultures presque asiatiques du Péloponnèse, leur imposaient cette multiplicité de travaux qui. développe les facultés et provoque la variété des idées par celle des connaissances, c'est-à-dire la civilisation. De leur sol les Grecs reçurent bien plus qu'aucun autre peuple l'obligation d'être à la fois pâtres et laboureurs, surtout marchands. Avec du blé et du bétail, un peuple peut vivre enfermé chez lui. Les Grecs en avaient peu, mais ils produisaient beaucoup de vin et d'huile, denrées essentiellement échangeables et qui exigent une main-d'œuvre intelligente.

Le commerce fut donc pour eux une nécessité. Les Phéniciens leur avaient de bonne heure appris à construire « le cheval de mer » et à l'armer d'une voile, pour soulager les rameurs. La nuit, ils le guidèrent sur les flots d'après la plus brillante des constellations qui tournent autour du pôle, la Grande Ourse*. Ajoutez qu'ils habitaient en face ou à proximité des contrées alors les plus civilisées et les plus riches, la Lydie, l'Ionie, la Phénicie, l'Égj'pte et, plus loin dans l'est, la Ghaldée, dans l'ouest, Carthage; de sorte qu'ils eurent le spectacle des mœurs les plus différentes, quand euxmêmes étaient forcés de se donner les aptitudes les plus diverses. Quel vaste champ ouvert à l'imagination et à l'intelligence, et combien ce peuple avait de motifs pour se croire né de la terre qui le portait!

Gomme leur sol encore, les Grecs avaient une constitution sèche qui les rendit agiles et nerveux. Leur large poitrine était celle de l'homme des montagnes qui respire à pleins poumons; quoiqu'ils

* La constellation de la Grande Ourse sur un denier d'argent de la république romaine portant le nom de L. Lucretius Trio. Le croissant lunaire est entouré des sept étoiles.

> Les Phéniciens avaient su reconnaître le seul astre qui paraisse immobile dans notre firmament, Tétoile Polaire; la constellation du Chariot, ou Grande Ourse, est beaucoup plus brillante, mais elle décrit autour de la Polaire un cercle dont le diamètre est trop grand pour qu'elle puisse donner d'aussi sûres indications aux navigateurs.

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