DÉVELOPPEMENT DE I/ART GREC
bandes circulaires superposées, généralement dei cerfs et des biches attaqués par des lionnes ou des panthères ; quelquerois aussi des cygnes, des sangliers ou des types hybrides, Sphinx, Griffons, Harpyes ou Sirènes, associant les formes d'un quadrupède à celles d'un oiseau ou à la forme humaine. Ces types, qui se rattachent, les uns à la cosmogonie chaldéenne, les autres à l'Egypte, n'étaient pour les Grecs que des formes décoratives. Ne comprenant pas cette symbolique étrangère, ils inventaient pour l'expliquer des contes qu'ils rattachaient à leurs traditions. De là les légendes d'Œdipe et de la Sphinx, d'Odysseus et des Sirènes. Ils commencèrent par copier ce qu'ils voyaient sur les étoffes babyloniennes, mais peu à peu, leur sentiment artistique transforma ces types de monstres en créations idéales. Ainsi, dans les plus anciens monuments, le Kentaure est lin homme au dos duquel s'attache le train de derrière d'un cheval; dans la grande époque de l'art, c'est un cheval dont l'encolure est remplacée par le haut du corps d'un homme, association tout aussi impossible physîologiquement, mais admirable au point de vue esthétique. On abandonna les types qui ne se prêtaient pas à des transformations aussi heureuses, par exemple celui des Sirènes, emprunté aux Égyptiens, qui représentaient l'âme par un oiseau à tète humaine. Les artistes modernes n'ont pas repris ce type disgracieux de la femme-oiseau. Ils le remplacent, dans la représentation des Sirènes, par le beau type de la Tritonide, ou femmepoisson. C'est une erreur mythologique, mais ils ont raison sous le rapport du goût. Remarquons aussi que l'art grec a su associer d'une façon très heureuse les ailes de l'oiseau à la figure humaine : les types admirables d'Ëros et de la Victoire ont été adoptés par l'art chrétien dans la représentation des Anges.
Développement de Tart grec. — Homère parle d'étoffes et de vases venant de Sidon, des belles armes données à Agamemnon par Kinyras, roi de Kypros, mais il décrit aussi des ouvrages exécutés par des Grecs, par exemple la tapisserie d'Hélène représentant ses propres aventures, la toile de Pénélope, le costume d'Odysseus, etc. La description du bouclier d'Achille, dans Tlliade, cello du bouclier d'Héraclès par Hé-
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siode ne peuvent être prises que pour des œuvres d'imagination, mais les éléments de ces descriptions ont dû être, empruntés à des ouvrages réels que les rhapsodes et leurs auditeurs avaient souvent sous les yeux. Les nombreux objets d'art trouvés à Mylcènes et décrits dans un des précédents chapitres ont un caractère parfaitement original, et si, comme on le prétend, l'Orient a exercé une influence sur l'art grec à une époque postérieure aux temps héroïques, il nous est difficile d'en suivre les traces, car, à l'exception des monnaies et dés vases peints, il ne reste qu'un très petit nombre d'échantillons de Vart grec entre l'âge héroïque et les guerres médiques. Sur les origines de la plastique et de l'industrie des métaux, nous sommes réduits à des légendes mythologiques comme celle de Dédale, à des contes puérils comme celui du potier Siicyonien Dibutade couvrant de terre glaise une silhouette tracée par sa fllle sur un mur, ou a quelques noms propres qu'on ne peut pas toujours classer à des dates précises. On nous dit par exemple que Glaucos de Chios découvrit l'art de souder le fer ; Hhoicos et son fils Théodoros, celui de fondre le cuivre ou l'airain et de le couler dans un moule. On place ces découvertes un peu avant l'an 600 avant J.-G. Le temple d'Hère à Samos, celui d'Artémis à Éphèse sont attribués, le premier à Rhoicos et à Théodoros, le second à Métagénès et à son fils Chersiphon de Gnossos en Grète. Parmi les temples dont il subsiste encore des restes, on regarde comme les plus ancietls celui de Gorinthe, dont quelques colonnes sont encore debout, celui d'Assos en Aiolis, dont le Musée du Louvre possède des fragments; trois temples assez bien conservés de Poseidonia ou Pœstum, colonie de Sybaris, et le plus grand des temples de Sélinonte. Ges monuments sont d'ordre dorique, le temple d'Éphèse était d'ordre ionique, mais il ne faut pas attribuer un sens géographique ou ethnographique à ces désignations employées par Vitruve, qui d'ailleurs fait preuve d'une ignorance inexplicable. Les règles qu'il donne pour l'architecture dorique ne répondent qu'à des monuments de l'époque romaine.
Caractère spontané de Parchitecture grecque « — Le temple grec n'est que l'imitation en pierre d'une cabane de bois. Les cabanes qu'habitent encore aujourd'hui les paysans
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de l'Asie Mineure, notamment de la Lykie, peuvent donner ridée des premières habitations des Grecs. Les demeures des rois et celles des Dieux ressemblaient aux autres maisons, seulement elles étaient plus grandes et plus ornées. Des troncs d'arbres posés sur un sol uni supportent un toit de charpente qui abrite de la pluie; pour se garantir du vent et du froid, on élève un mur derrière les piliers qui servent de support, ou dans leurs intervalles, en y ménageant une porte pour entrer et sortir : tels sont les éléments de la cabane qui a servi de modèle au temple. La forme des temples était rectangulaire ; de chaque côté, une poutre transversale, l'architrave, portée par les colonnes, supportait à son tour les solives du plafond maintenues par la corniche saillante, sur laquelle reposait l'extrémité des chevrons du toit. La double inclinaison du toit sur les deux grands côtés du rectangle, pour l'écoulement des eaux pluviales, laissait au-dessus des colonnes, sur les deux etits côtés, un vide triangulaire, le fronton, que les Grecs comparaient à un aigle aux ailes éployées. Le chapiteau formant la partie supérieure des colonnes en augmentait la portée et ménageait la transition entre leurs ligues verticales et la ligne horizontale de l'entablement.
La distinction entre les trois ordres de l'architecture grecque, le Doriqiie, l'Ionique et le Corinthien, est fondée sur certaines différences de proportions et d'ornementation dans rentablement, les colonnes et surtout leurs chapiteaux. Dans l'ordre Dorique, le plus simple et probablement le plus ancien des trois ordres, les colonnes reposent immédiatement sur le dallage du soubassement, comme des arbres sur le sol. Le fût, aminci progressivement comme le tronc d'un arbre, est creusé, parallèlement à sa hauteur, de cannelures concaves à arêtes vives. Au-dessus d'une architrave unie, les triglyphes à entailles perpendiculaires, représentent la saillie des solives; leurs intervalles forment les métopes, c'est-à-dire les fenêtres. Dans la colonne ionique, le fût, plus élancé qne celui de la colonne dorique, repose sur une base formé de deux tores, ou bourrelets circulaires séparés pair un intervalle concave. L'arête des cannelures est légèrement aplatie; le chapiteau forme de chaque côté du fût, dans le sens de l'architrave, une
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duubl6 saillie qui semble Un enroulement d'étoffe étranglé au milieu par ude corde « L'architrave, formée de trois poutres superposées^ porte^ au lieu d'une alternatice de triglyphes et de métopes, une frise unie, et fut plus tard décorée de basreliefs.
L'ordre Corinthien, qui n'est qu'une forme plus récente de rionique, est caractérisé par son magnifique chapiteau de feuilles d'acanthe. On en attribue l'invention au sculpteur Callimaque ; on a môme raconté une petite anecdote à ce sujet : une corbeille d'offrandes sur le tombeau d'une jeune fille, un chardon écrasé repoussant à l'entour, le sculpteur passant par là et y trouvant un motif d'ornementation. En réalité, l'architecture et la décoration sont l'œuvre collective et anonyme des foules, comme les fables religieuses et les légendes épiques. La volute ionique, le chapiteau corinthien, et toute la décoration architecturale des Grecs sont des créations spontanées. Les jours de fêle, on ornait^e draperies et de fleurs les autels, les tombeaux^ les chapelles rustiques. Puis on roulait les tapis de chaque côté de la stèle ou du cippe funéraire, et cela formait la volute ionique. Les chapiteaux des temples étaient entourés de feuillages qu'on retenait avec des cordes ou des fils de Ter; c'est ce qui explique les trois entailles circulaires en haut du fût de la colonne dorique. Ces feuillages imités en pierre devinrent le chapiteau corinthien. On accrochait aux frises les crânes des bœufs offerts en sacrifice, ou les fioles qui servaient aux libations; on faisait courir le long de la corniche des guirlandes de feuilles alternées; on entourait les colonnes de joncs tressés, de colliers de graines, on attachait des palmeltes aux angles des frontons. Tout cela fut reproduit par la plastique et par la peinture dans les temples de bois, puis par la sculpture dans les temples de pierre. L'architecture polychrome remplaça cette décoration passagère, qu'il fallait sans cesse renouveler, par une décoration permanente, plus régulière, mais s'efforcent de reproduire des éléments empruntés àla nature. Le travail de l'argile avait précédé le travail plus difficile de la pierre et du marbre. Les acrotères des frontons, les antéfixes de la toiture et môme les bas-reliefs des métopes et de la frise furent d'abord en terre
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LA SCULPTUBE. 285
cuite. Quand les cités enrichies par le commerce voulurent élever des monuments plus durables avec des matériaux plus précieux, les formes ornementales n'étaient plus à créer ; on ne demandait aux artistes qu'une exécution plus parfaite, et ils étaient préparés à ce travail par l'épuration du goût qui ré« suite de la pratique du destin.
Origine indigène de la scnlpinre grecque, -r- Les temples grecs n'étaient pas comme les temples égyptiens des espèces de monastères habités par les prêtres, ou des lieux de réunion pour la prière, comme les églises chrétiennes et les mosquées musulmanes, c'étaient les demeures des Dieux, 6iMv {iowo{p«>v tipcl ii^kct. Il était donc naturel d'y établir des signes permanents de leur présence. Ces signes matériels n'étaient pas considérés comme les portraits des Dieux; ils étaient simplement destinés à les rappeler à la pensée, ils tenaient la place des maîtres invisibles de ces demeures sacrées» Pausanias dit avoir vue à Pharai, en Achaie, une trentaine de piliers de pierre, honorés comme statues des Dieux, et il ajoute que dans l'origine, tous les Grecs représentaient les Dieux de cette manière. Aux carrefours, à l'intersection des routes, à la limite des champs, on élevait des piliers quadran« gulaires consacrés h Hermès. Cet usage remontait à l'époque pelasgique, et il y en avait un si grand nombre que le nom d'Hermès, le Terminus des Latins, est devenue un mot générique pour désigner ces images primitives. 11 ne fallait pas beaucoup d'efforts pour ajouter une tête et des bras grossière* ment taillés à ces piliers de bois ou de pierre qu'on habillait ensuite comme des poupées. Pour les revêtir des attributs distinctlfs de la divinité qu'ils devaient représenter, il fallait bien leur donner une sorte de forme humaine, on en faisait des mannequins, et peu à peu de véritables statues. La nécessité de réparer ces vieux simulacres sans les détruire, de les imiter quand il fallait les renouveler, donna l'idée d'ajouter, à des corps en bois revêtus de riches étoffes, des têtes, des pieds et des mains en marbre ou en ivoire, puis de remplacer les étoffes elles-mêmes par des métaux précieux. Ainsi se développa à côté de la sculpture, une branche importante de la Toreutique, le statuaire chryséléphantine, qui devait se marier parfaite-
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