DESTRUCTION DE SYBARIS
s'établir à Crolon où il fonda une congrégation de trois cents membres liés entre eux et vis-à-vis du maître par un serment solennel, un régime ascétique et des signes de ralliement comme en ont chez nous les francs-maçons. Il ne semble pas que Pythagore ait eu un système politique bien arrêté, mais ses disciples appartenaient à la classe dirigeante et son idéal social était ce qu'on nomme aujourd'hui une aristocratie d'intelligence. Ce système, réalisé dans les sociétés orientales et dans l'Europe du moyen âge, a toujours été le rêve des philosophes et des lettrés, (.a vanité, dont ils ne sont pas plus exempts que les autres hommes, les porte à préférer, comme forme politique, une oligarchie dont ils pourraient faire partie ou prendre là direction, et au-dessous, à distance respectueuse, un peuple silencieux et docile, une société calme et réglée comme une école bien tenue. Les Grecs croyaient n'avoir pas besoin d'être mis en tutelle, et l'ingérence de la philosophie dans la politique produisit des effets désastreux.
Destruction de Sybaris . — La suppression de l'ordre de Pythagore est liée à un événement considérable dans l'histoire de la Grande- Grèce, la ruine de Sybaris parles Crotoniates. Sybaris était la plus grande et la plus riche des cités grecques. Le luxe de ses habitants est devenu un thème de déclamations littéraires ; on cite le mot d'un Sybarite à propos des Spartiates : « Il n'est pas étonnant qu'ils soient braves; leur vie est si désagréable qu'ils ont hâte d'en sortir. » L'oligarchie de Sybaris fut renversée en 510 par une insurrection populaire, dont le chef, nommé Telys, s'empara du pouvoir. Cinq cents des plus riches citoyens furent exilés et se retirèrent à Croton. Leur présence dans une ville si rapprochée inspira des craintes à Télys qui demanda leur extradition. Il est probable qu'il y avait parmi eux des Pythagoriciens, car la secte avait des affiliés dans toute la Grande-Grèce* Le sénat de Croton, d'après les conseils de Pythagore, refusa de livrer les suppliants, et la guerre s'engagea entre les deux villes achaiennes. On nous dit que l'armée des Sybarites était de 300,000 hommes, et celle des Crotoniates de 100,000, mais ces chiffres sont sans doute fort exagérés. Les Crotoniates étaient commandés par le pythagoricien Milon, le plus célèbre