‹ Histoire des GrecsChapitre 113 sur 202 · LA TYRANNIE · texte numérisé non relu

LA TYRANNIE

uns, préoccupés de l'égalité, combattaient des privilèges fondés sur la tradition et Thabitude; les autres craignaient que la faveur populaire ne sacriôât la liberté à quelque chef ambitieux et adroit. C'est là l'excuse des aristocraties grecques devant l'histoire. Contrairement à ce qui se voit aujourd'hui chez nous, c'étaient surtout les aristocrates qui étaient républicains. Le parti populaire se laissait facilement tromper par des intrigants, et sa victoire amenait souvent une usurpation. Les luttes du grand nombre et du petit nombre eurent pour résultat dans la plupart des cités grecques une renaissance de la monarchie, mais avec un pouvoir absolu et arbitraire que n'avaient jamais eu les rois de l'âge héroïque. C'est pourquoi, au lieu de désigner ces monarques d'une nouvelle espèce par le titre de rois, paaiXeîç, qui représentait une magistrature à autorité limitée, les Grecs leur donnèrent le nom de tyrans, emprunté probablement à la langue des Phrygiens ou des Lydiens, et qui répondait à l'autorité despotique et sans contrôle des souverains barbares. Selon la définition très exacte de Cornélius Népos, on appelait tyrans ceux qui avaient usurpé le pouvoir dans une cilé libre. On a môme quelquefois donné ce titre à des rois légitimes qui avaient étendu leur autorité au delà des limites normales, comme Pheidon d'Argos et Charilaos de Sparte. Le mot de tyran n'avait pas à l'origine le sens répulsif qui s'y est attaché plus tard, et on cite des tyrans, comme Gélon et Hiéron de Syracuse, qui ont régné avec douceur. Mais, si un tyran n'était pas nécessairement mauvais, rien ne l'empêchait de l'ôlre, et cela suffisait pour faire regarder la tyrannie comme une forme vicieuse de gouvernement. Quelquefois on chargeait un citoyen qui possédait la confiance générale de rétablir l'ordre, et on lui donnait un pouvoir absolu avec le titre d'Aisymnète. C'était une sorte de tyrannie élective. Parmi ceux qui en firent un bon emploi, on cite Pittacos de Mitylène, un des sept sages de la Grèce. Mais il pouvait arriver que l'homme à qui on avait confié une autorité temporaire refusât de s'en dessaisir. Aristote cite comme s'étant élevés par ce moyen les tyrans de Milet et Phalaris d'Agrigente, celui de tous les tyrans grecs qui laissa la plus mauvaise réputation; on raconte qu'il faisait enfermer ceux

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