INSTABILITÉ DE LA TYRANNIE
qui lui déplaisaient dans un taureau d'airain chauffé au rouge, de façon que leurs cris d'agonie imitaient les mugissements d'un taureau. A Cumae, la tyrannie se présente comme une usurpation militaire : un citoyen nommé Aristodèmos s'était distingué dans une lutte contre les Étrusques; l'oligarchie, jalouse de ses succès, l'envoie avec des forces insuffisantes au secours de la cité latine d'Aricia; il revient vainqueur, et avec l'aide de ses troupes s^empare du pouvoir. Mais, le plus ordinairement, ceux qui voulaient usurper la tyrannie commençaient par se rendre populaires en attaquant les privilèges de la classe dirigeante. S'élever au pouvoir par la ruse, s'y maintenir par la violence, proscrire ceux qu'on ne peut corrompre, occuper le peuple par de grands travaux de construction, distraire l'attention publique par des expéditions militaires, telle a été la politique enseignée aux despotes de tous les temps par les tyrans grecs les plus célèbres, Périandros de Corinthe, Cleisthénès de Sikyone, Pisistrate d'Athènes, Polycratès de Samos. Ce qui est plus difficile à imiter, et qu'on ne retrouve que chez les tyrans de la Renaissance italienne, c'est le goût éclairé de la littérature et des arts. II semble que Pisistrate ait voulu acheter le pardon de l'histoire en conservant à la postérité les poèmes d'Homère. Mais la Muse grecque n'accepta pas le pacte d'alliance, et en général elle resta pure de ces déférences serviles qui ont déshonoré la poésie latine. On trouve môme des poètes à la tête des ennemis delà tyrannie, Solon, Théognis, Alcaios.
Tous les tyrans essayaient de fonder des dynasties héréditaires, mais ces dynasties dépassaient rarement la seconde génération. Il est vrai que leur chute était ordinairement provoquée, comme le remarque Aristote, par quelque vengeance personnelle; mais les révolutions politiques ont toujours des causes générales sans lesquelles les complots ne serviraient à rien. Chez les peuples qui ne savent pas ou ne veulent pas être libres, le meurtre d'un tyran ne profite qu'à son successeur : c'est ce qu'on a vu à Rome sous les Césars. Dans les cités grecques, au contraire, la tyrannie n'était qu'un accident passager. 11 y avait toujours un parti qui protestait contre l'oppression, et quand l'expérience avait été assez longue et
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