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LES TYRANS DE SIKYONE

assez dure, les conspirateurs étaient sûrs de trouver un appui dans la masse du peuple. Les factions se faisaient des concessions mutuelles, car Tesprit politique s'était fortifié dans ces épreuves, et la tyrannie avait servi de transition entre l'oligarchie et la démocratie.

Les tyrans de Sikyone : Orthagoras, Gleisthénés. — La dynastie des tyrans de Sikyone, la plus ancienne sur laquelle nous ayons des renseignements, fut fondée en 076 par Orthagoras et dura cent ans ; c'est la plus longue dynastie de tyrans qui soit connue d'Aristote. Orthagoras, appelé aussi Andréas, qui était, dit-on, un cuisinier, s'appuya sur les habitants de la côte, marins et pêcheurs, pour renverser l'oligarchie des grands propriétaires, qui descendait en grande partie des conquérants doriens venus d'Argos. Il gouverna avec modération, ainsi que ses successeurs, dont le dernier et le plus célèbre fut Gleisthénés. Le but de la politique de Gleisthénés fut d'abaisser l'élément dorien de la population. A Sikyone comme dans leurs autres établissements, les Doriens formaient trois tribus, les Hylleis, les Pamphyles et les Dymanes. Il changea ces noms antiques en trois noms ridicules qu'on peut traduire par Sangliers, Anes et Petits porcs. Quant aux hommes du rivage, dont il faisait partie, il les appela Archclaoi, les chefs du peuple. Argos, la grande cité dorienne, avait eu jadis une suzeraineté sur Sikyone. Pour en effacer le souvenir, Gleisthénés résolut d'abolir le culte que les Sikyoniens rendaient au héros argeien Adrastos. Il défendit aux rhapsodes de chanter à Sikyone les poèmes homériques ; probablement il s'agissait surtout de la Thèbaïs cyclique, poème aujourd'hui perdu, mais que toute l'antiquité attribuait à Homère, et dont Adrastos était le héros principal. Il consulta l'oracle de Delphes pour savoir comment il pourrait chasser Adrastos de Sikyone. La Pythie répondit : a Adrastos est roi des Sikyoniens, et toi, tu n'es qu'un bandit- » 11 n'insista pas, mais il voulut forcer l'âme d' Adrastos à s'éloigner, en lui imposant un voisinage désagréable. Il obtint des Thébains la permission d'introduire à Sikyone le culte de leur héros Mélanippos, qui avait tué le frère et le gendre d'Adrastos, dans la guerre des Épigones. En môme temps, il essaya de se conci-

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302 CLEISTHÉNÈS.

lier la bienveillance d'Apollon en prenant part à la guerre que les Amphiclions avaient décrétée, sur la proposition de Solon, contre les habitants de Crissa et de Kirrha, qui prélevaient un impôt sur les pèlerins arrivant à Delphes. Cette guerre servait en môme temps les intérêts de Sikyone, dont la prospérité commerciale dépendait de la sécurité du golfe de Corinthe (595).

La guerre dura dix ans; Crissa fut rasée, son port comblé, ses habitants vendus comme esclaves et son territoire consacré à Apollon. A l'occasion de ce triomphe, les jeux Pythiques, qui n'avaient été jusqu'alors que des concours de musique et de chant, reçurent un nouvel éclat : on y ajouta des luttes gymniques et des courses de chars où Cleisthénès remporta le prix. 11 fut aussi vainqueur aux jeux Olympiques. Sur le butin fait à Crissa, il éleva un portique, célébra des fêtes où il déploya un grand luxe, et sa cour devint le rendez-vous des talents en tout genre. On ne sait dans quelle mesure il contribua au développement des arts, mais l'école artistique de Sikyone devint dès lors et resta toujours dans la suite une des plus célèbres de la Grèce. Parmi les œuvres qui en sortirent on peut citer l'Apollon de Canachos, qui ornait le Didymaion de Milet; il en existe une copie au British Muséum et une autre au Louvre, connue sous le nom de l'Apollon de Piombino, dans la salle des Bronzes.

La puissance de Cleislhénès était solidement établie, mais la dynastie des Orthagorades devait s'éteindre avec lui, car il n'avait qu'une fille nommée Agaristè. Il attachait beaucoup d'importance au choix de son gendre. 11 accueillit avec magnificence les prétendants illustres qui vinrent de toutes les parlies de la Grèce et qui cherchaient à se faire valoir par leur habileté dans tous les exercices. Un Athénien nommé Hippocléidès semblait avoir les chances les plus favorables ; mais la veille du jour où Cleislhénès devait déclarer son choix, Hippocléidès, un peu excité par le vin, s'avisa de danser une danse comique. « Tu viens de perdre ton mariage, » lui dit Cleisthénès. Il répondit : « Qu'importe à Hippocléidès ? » réponse qui passa en proverbe. Celui qui fut choisi était aussi un Athénien ; il s'appelait Mégaclès et appartenait à la famille

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