‹ Histoire des GrecsChapitre 116 sur 202 · LES TYRANS DE CORINTOE · texte numérisé non relu

LES TYRANS DE CORINTOE

des Alcmaionides. Il eut un fils nommé Cleisthénès comme son grand-père, qui réforma la constitution de Solon dans un sens très démocratique et qui fut Faïeul maternel de Périclès.

Les tyrans de Gorinthe : Kypsélos. — Périandros. — La tyrannie s'établit à Gorinthe un peu plus tard qu'à Sikyone et dura 74 ans. Kypsélos, qui renversa en 655 l'oligarchie des Bacchiades, s'y rattachait par sa mère Labda. Comme elle était boiteuse, aucun des Bacchiades n'avait voulu l'épouser, et on l'avait donnée en mariage à un homme d'une autre famille, d'ailleurs très illustre, qui prétendait remonter au roi des Lapilhes Kaineus, célèbre dans les légendes du combat des Lapithes contre les Kentaures. Les Bacchiades, avertis par un oracle que l'enfant de Labda leur serait funeste, envoyèrent dix d'entre eux pour le faire mourir. Ils vinrent au village où était élevé l'enfant et demandèrent à le voir. Ils étaient convenus de l'écraser contre terre. Labda, sans défiance, le mit dans les bras de l'un d'eux, et l'enfant lui. sourit. 11 le passa à un autre, celui-ci à un troisième; tous se le passèrent ainsi de main en main, et aucun n'osa le tuer. Ils sortirent, se reprochèrent mutuellement leur faiblesse, et rentrèrent, décidés à en finir. Mais la mère avait des soupçons ; ils ne trouvèrent plus l'enfant; elle l'avait caché dans un coffre qu'il consacra plus tard dans le temple d'Hère à Olympie. Ce coffre était en bois de cèdre orné de sculptures en or et en ivoire dont Pausanias donne la description. Devenu grand, l'enfant reçut le nom de Kypsélos qui veut dire cofFre, à moins que ce ne soit précisément le sens de ce nom qui ait fait imaginer la légende rapportée par Hérodote. On ne sait pas comment Kypsélos s'empara du pouvoir, mais ce fut probablement avec l'appui d'une partie de la population, car Aristote l'appelle démagogue et donne comme preuve de sa popularité qu'il ne s'entoura jamais de gardes. D'un autre côté, Hérodote rapporte les paroles d'un orateur corinthien qui accuse Kypsélos d'avoir banni un grand nombre de citoyens, d'en avoir dépouillé beaucoup d'autres et d'en avoir fait mourir encore davantage. 11 mourut après trente ans de règne et laissa le trône à son fils Périandros.

On s'accorde à reconnaître la prudence et l'habileté politi-

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304 PÉRUNDROS.

que de Périandros, on l'a même compté parmi les sept sages de la Grèce. Corinthe atteignit sous son règne un degré de puissance qu'elle ne retrouva pas plus tard. Elle fonda des villes importantes sur les côtes d'Acarnanie et d'Épire et réalisa ce rêve d'empire colonial que les Bacchiades avaient en vain poursuivi. Sa suzeraineté s'étendit sur Kerkyra, Leucas, Ambrakia, Anactorion et Apollonia, qui ne devinrent indépendantes qu'à la mort de Périandros. L'installation du Diolcos, pour transporter les navires sur des rouleaux à travers l'isthme, fit affluer l'argent à Corinthe par les droits de transit entre la mer Egée et la mer Ionienne. Des impôts indirects furent établis, des droits de douane furent perçus dans les ports, des taxes prélevées sur les marchés.

Cet argent était surtout employé à faire travailler les ouvriers, et ce n'était pas pour lui que Périandros levait des impôts, car l'idée de ce que nous appelons une liste civile n'entrait pas dans l'esprit d'un Grec, pas môme d'un tyran. Ses exigences n'en paraissaient pas moins vexatoires, et elles allaient toujours en augmentant. Comme le mécontentement augmentait aussi, il s'entoura d'une garde barbare, et il fallut la solder. Il s'attaqua aux fortunes particulières, jusqu'à se faire livrer les bijoux des femmes pour en faire une statue d'or.qu'il consacra à Olympie. Aristote insinue qu'il voulait empêcher les particuliers de devenir trop riches. D'un autre côté, il fît des lois somptuaires pour empêcher ses sujets de dépenser au delà de leurs revenus. Il obligea chaque citoyen à rendre compte de ses moyens d'existence, défendit aux étrangers de s'établir à Corinthe sans permission, fit jeter les femmes de mauvaise vie à la mer et contraignit les pauvres à émigrer. D'après Hérodote, c'est par les conseils de Thrasyboulos, tyran de Milet, que Périandros avait adopté cette politique de nivellement. Il l'avait consulté sur le meilleur moyen à employer pour se maintenir au pouvoir. Thrasyboulos, au lieu de répondre par écrit, conduisit le messager dans un champ de blé et abattit les épis qui dépassaient les autres. Aristote renverse les rôles et fait donner le conseil à Thrasyboulos par Périandros. Cette anecdote a été transportée à Tarquin le Superbe, le dernier des rois de Rome.

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PÉHIANDROS. 305

Un drame domestique assombrit de plus en plus le caractère de Périandros. 11 avait tué, dans un moment de colère, sa femme Mélissa, qu'il aimait pourtant avec passion. Elle était fille de Proclès, tyran d'Épidaure. Un jour, ses deux fils étant allés voir leur grand-père, celui-ci leur dit : u Mes enfants, savez-vous qui a tué votre mère? » L'aîné, d'un esprit obtus, ne fit pas attention à ces paroles, mais Lycophron, le plus jeune, les comprit, et à son retour refusa de parler à son père et môme de lui répondre. Périandros le chassa et défendit, sous peine d'amende, de le recevoir et de lui parler. Le jeune homme errait dans la ville, affamé, vivant comme il pouvait et couchant sous les portiques. Son père en eut pitié et lui dit : « Ëh bien, mon fils, lequel vaut mieux, de cette vie errante et vagabonde, ou de la souveraine puissance que tu pourrais partager avec moi? Si un malheur est arrivé autrefois, c'est sur moi qu'il retombe. Rentre à la maison, il vaut mieux faire envie que pitié, s Le fils répondit : « Tu as encouru l'amende, pour^ m'avoir adressé la parole. » Périandros l'envoya à Kerkyra, puis il envahit Épidaure pour se venger de Proclès et le fit prisonnier, mais sans lui faire de mal. Cependant, il sentait l'âge s*appesantir; son fils aîné était stupide et ne pouvait lui succéder ; il chargea sa fille d'aller à Kerkyra et d'essayer de ramener Lycophron. Celui-ci répondit à sa sœur qu'il ne rentrerait pas à Corinthe tant que leur père y serait. Périandros céda et fit dire à Lycophron qu'il pouvait revenir et régner, que lui-môme se retirerait à Kerkyra. Mais à cette nouvelle, les Kerkyraîens, ne voulant pas avoir chez eux le terrible vieillard, tuèrent son fils. 11 entra dans une violente colère, prit trois cents jeunes Kerkyraîens et les embarqua pour être vendus, comme eunuques, au roi de Lydie. Heureusement, le vaisseau ayant relâché à Samos, les Samiens les délivrèrent et les renvoyèrent à Kerkyra. Périandros mourut peu de temps après. Il avait régné quarante ans. Un de ses parents lui succéda et fut renversé au bout de trois ans (oS2), peut-ôtre avec l'aide des Spartiates.

Discordes civiles à Mégare. — Théogois. — C'est vers le commencement du règne de Périandros à Corinthe qu'on place l'usurpation de Théagénès à Mégare. Il avait gagné la

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306 DISCOUDES CIVILES A MÉGARE.

faveur du peuple en attaquant les propriétés des riches et en détruisant leurs troupeaux près de la rivière. Profitant de Tanimosilé que cet acte de violence avait excitée contre lui, il se fît donner une garde par un vote populaire. U s'en servit pour renverser l'oligarchie à Mégare et s'empara du pouvoir. 11 encouragea son gendre*Kylon à en faire autant à Athènes, mais cette tentative, comme on le verra plus loin, n'eut pas de succès. A l'exemple des autres tyrans, Théagénès fît d'utiles et importants travaux; il fit creuser un canal pour amener l'eau des sources de la montagne dans la ville où il éleva une fontaine sur la place publique. Ce fut probablement sous son règne que les Mégariens enlevèrent aux Athéniens l'île de Salamine. Toutefois il ne réussit pas à établir solidement sa domination; il fut détrôné et chassé par une révolution nouvelle dont on ne connaît pas la date et qui fut suivie d'une longue suite de luttes violentes entre les classes. Le parti populaire, n'ayant plus de chef, dépassa dans ses colères les limites de la prudence et abusa de sa victoire. Les pauvres entraient dans les maisons des riches et se faisaient servir de somptueux banquets. Non seulement on abolit les dettes, mais on força les créanciers à rembourser les intérêts qu'ils avaient déjà reçus. Une troupe de pèlerins, qui traversait le territoire de Mégare pour se rendre à Delphes, fut attaquée et pillée, plusieurs perdirent la vie, et le conseil des Amphictions fut obligé d'intervenir pour faire punir les coupables. On bannit un grand nombre d'aristocrates pour confisquer leurs biens, ce qui amena, dit Aristote, la ruine de la démocratie, car les exilés formèrent un corps si nombreux qu'ils rentrèrent par la force, et la ville fut gouvernée par une oligarchie très étroite, ne comprenant que les auteurs de la révolution.

Parmi les fragments élégiaques du poète Théognis, plusieurs font allusion aux révolutions de Mégare. Malheureusement ces fragments nous sont parvenus dans un tel état de désordre qu'ils ne peuvent nous éclairer sur les événements auxquels ils se rapportent. Il est probable qu'ils ne sont pas tous du même auteur ni de la môme époque; on y trouve des morceaux qui sont cités aussi sous les noms de Selon ou de Mimnernie, d'aulres sont l'œuvre de quelque femme poète, car

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