‹ Histoire des GrecsChapitre 117 sur 202 · TI1É06NIS · texte numérisé non relu

TI1É06NIS

le féminin y est employé à la première personne. Tel passage paraît écrit peu de temps avant les guerres médiques, tel autre semble antérieur à l'établissement de la tyrannie à Mégare, car le poète exprime la crainte d'une usurpation : « Lorsque des hommes méchants cherchent leur intérêt dans le mal du peuple, alors naissent la dissension et la guerre. Puisse cette cité ne jamais accepter un maître !» — « Kyrnos, celte cité est enceinte, je crains qu'elle n'enfante bientôt un homme violent, chef de la funeste sédition. » Ces craintes n'étaient pas sans fondement, et le poète s'écrie ailleurs : a Les bons sont en exil, les méchants gouvernent; que Zeus détruise la race des Kypsélidesl » Les Kypsélides étaient tyrans de Corinlhe et non de Mégare, mais le poète désigne ici par extension les tyrans en général. Il excite les citoyens à renverser la tyrannie qu'ils n'ont pas su prévenir : ■ Renverse, par tous les moyens que tu voudras, le tyran mangeur de peuples, tu n'as rien à craindre de la justice des Dieux. » D'autres vers sont adressés au tyran lui-môme : « Écrase, foule sous tes pieds ce peuple slupide, frappe-le d'un aiguillon aigu, mets-lui un dur joug sur le cou; car, parmi tous les hommes que le soleil regarde, lu ne trouveras pas un peuple qui aime autant la servitude. »

Quand Théognis oppose les bons aux méchants, il emploie quelquefois ces mots dans leur sens propre, mais plus souvent dans le sens arbitraire que leur donnait l'esprit de parti. En Grèce comme à Rome, les classes dirigeantes s'intitulaient le parti des honnêtes gens. Mais l'aristocratie de la naissance était quelquefois en opposition avec l'aristocratie de la richesse ; c'est à la première qu'appartenait Théognis, car il se plaint souvent que les bons soient pauvres et que les méchants soient riches : « Chacun honore le riche et méprise le pauvre; l'esprit des hommes est partout le même. » Il dit que ceux qui, jadis, étaient vêtus de peaux de bêles et paissaient comme des cerfs hors de la ville sont devenus les bons, et que les bons sont devenus mauvais ; c'e.^t une allusion à la victoire politique des ruraux. Quelques-uns de ses vers semblent écrits sous l'impression de la colère que lui cause son exil et la défaite de son parti : «... Et je ne vois pas la punition de ceux qui m'ont ravi mes biens par la violence; j'ai passé le

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torrent comme un chien, dépouillé de tout dans les eaux gonflées du fleuve. Puissé-je boire leur sang noir, et voir enfin un bon Démon accomplir mes vœux. » Celle soif de représailles revient souvent dans ses vers : « Alors, puisse tomber sur moi le grand ciel d'airain, la terreur des hommes d'autrefois, si je ne fais du bien à ceux qui m'aiment et si je n'apporte à mes ennemis le désespoir et la ruine. »

Aigri par le malheur, Théognîs voit la nature humaine sous un jour assez défavorable : « L'exilé n'a pas d'ami ni de com pagnon fidèle; c'est là ce qu'il y a de plus dur dans l'exil. » Kt ailleurs : « Les amis sont nombreux autour de la coupe pleine, mais ils sont rares quand on a besoin d'eux. » On voit poindre dans les vers de Théognis les premiers doutes de la raison humaine devant le problème du mal. Comme Job, comme l'Ecclésiasle, il trouve difficile de concilier la justice divine avec le bonheur des méchants et le malheur des justes : « Qui donc, en voyant cela, peut encore vénérer les immortels? El que peut- on penser lorsqu'un homme injuste et impie vit dans l'abondance pendant que les justes sont écrasés sous le poids de la dure pauvreté? » Pourtant il finit par reconnaître que l'adversité n'est qu'une épreuve qui distingue le brave du lâche : « 11 faut accepter ce que les Dieux donnent aux mortels et supporter son sort quel qu'il soit, sans se désoler des maux et sans se réjouir du bonheur avant d'avoir vu la fin. » — « Nul n'est pleinement heureux ; mais le brave supporte ses maux et ne laisse pas môme voir sa douleur: le lâche ne sait supporter ni les maux ni les biens. » — «Je ne puis, ô mon cœur, te fournir tout ce qui te convient. Sois fort; lu n'es pas seul à désirer le bonheur, » — « Supporte tes maux, mon cœur, quoique les souffrances soient inouïes; c'est le cœur des lâches qui se rétrécit. Ne va pas augmenter la douleur de ta défaite par la colère et les plaintes, et affliger tes amis et réjouir tes ennemis. » Ces fières paroles sont une expression anticipée de la morale stoïcienne.

Révolutions d^Athënes. — L^Archontat. Les Eupatrides. — L'histoire intérieure d'Athènes n'est bien connue qu'à partir du siècle qui précède les guerres médiques. Tout ce qu'on sait de la période antérieure, c'est que le passage de la

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