SOLON
brebis noires, ordonna de les suivre et d'immoler chacune d'elles sur un autel élevé à la divinité du lieu. Quelques-unes s'arrêtèrent dans des lieux dont on ne connaissait pas le Dieu prolecteur ; les autels qu*on y éleva furent consacrés à un Dieu inconnu. Plus de six cents ans après, un de ces autels qui subsistait encore fournit à saint Paul un exorde ingénieux pour prêcher une religion nouvelle. Epiniénide se mit en rapports avec Solon, qui avait l'estime de tous les partis à cause de sa prudence, et institua quelques cérémonies lustrales qui rendirent la paix aux consciences troublées. On lui offrit un talent d'or qu'il refusa, demandant seulement pour Cnossos, sa patrie, l'amitié des Athéniens, et pour lui-même une branche de l'olivier sacré qu'Athènè avait fait germer sur le rocher de TAcropoIe.
Solon. — Prise de Salamine. — C'est sans doute pour venger son gendre Kylon, peut-être même à son instigation, que Théagénès de Mégare s'empara de Salamine. Après plusieurs tentatives pour la reprendre, les Athéniens découragés avaient défendu, sous peine de mort, d'en faire même la proposition. Solon, indigné de ce décret, contrefit la folie, se présenta sur la place publique en bonnet de malade, et monté sur la pierre où se faisaient les proclamations, déclama devant le peuple une élégie de cent vers commençant ainsi : « J'arrive en messager de la belle Salamine, et je vais vous dire les vers harmonieux que m'a inspirés Apollon. Que ne puis-je changer de patrie, que ne suis-je né dans l'ile la plus humble, à Sikinos ou à Pholégandros, plutôt que d'entendre dire : « Celui-ci est un Athénien, un de ceux qui ont renoncé à Salamine »... Combattons pour cette île désirable, écartons de nous la honte et le déshonneur. » Quand il eut achevé, tout le monde était de son avis; le décret fut annulé, Solon fut nommé général et s'empara de Salamine par surprise. Mais les Mégariens ne voulaient pas y renoncer; il fallait soutenir une guerre qui pouvait devenir désastreuse, car à cette époque, Mégare, malgré l'exiguité de son territoire, était plus riche et plus puissante qu'Athènes. On convint de s'en remettre à l'arbitrage de Sparte. Solon, pour établir les droits de ses concitoyens à la possession de l'île, invoqua l'autorité du Cala-
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