LOI DE SOULAGEMENT
nula aussi les hypothèques et fit arracher des champs les pierres sur lesquelles on les inscrivait. Sans abolir les dettes comme les révolutionnaires de Mégare, il les réduisit considérablement, au moyen d'une combinaison financière qu'on nomme atiaàx^"*» c'est-à-dire soulagement. Elle consistait en un changement dans la division monétaire : la mine, qui était partagée en 73 drachmes, fut partagée en 100, de façon à libérer en partie les débiteurs sans frustrer entièrement les créanciers. Celte mesure, qui préservait la ville d'une révolution, était sans danger pour le commerce, dans un temps où il n'y avait pas de marchés à terme avec le dehors, et le crédit d'Athènes n'eut pas à en souffrir.
Un compromis fait toujours des mécontents; Solon en prit son parti : « Dans les grandes aff'aires, dit-il, il est difficile de plaire à tout le monde. » Les riches trouvaient qu'en donnant à ses mesures un efi'et rétroactif il violait des droits acquis; les pauvres avaient espéré qu'il détruirait le mal dans sa racine par une distribution égale de la propriété. Plutarque l'excuse de n'avoir pas tenté cette entreprise; Lycurgue, qui, selon lui, l'avait réalisée à Sparte, exerçait l'autorité royale et agissait sur une société non encore constituée; Solon n'avait qu'une influence morale. S'il est vrai, comme on l'a dit, qu'il ait obtenu celte influence en promettant aux riches de consacrer les dettes, aux pauvres départager les terres, du moins cette ruse n'avait pas eu pour motif une ambition personnelle. Sous le rapport de rhonnéteté, Solon peut être rapproché de Néhémiah qui, un siècle et demi plus tard, joue un rôle analogue dans l'histoire des Juifs {{}. Néhémiah atteste son désintéressement dans ses mémoires et off're l'exemple, presque incroyable pour nous, d'un fonctionnaire renonçant à son traitement. Solon, dans les vers qui nous restent de lui, raille ceux qui l'accusaient de sottise parce qu'il avait renoncé au pouvoir qu'il pouvait facilement garder : « Solon n'est pas né avec un esprit profond et avisé : un Dieu lui offre des biens, il ne les prend pas. Lorsqu'il lient le poisson, il ne sait pas ramener le filet; il manque d'audace et de bon sens. » Il se félicite avec un légitime orgueil de
(I) Voir mou Histoire des israélites d'après Vexégèse biblique.
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RÉPARTITION DE LMMPOT. 315
ne s'être pas fait tyran d'Athènes : « Si j'ai respecté ma terre paternelle, si je n*ai pas flétri et souillé ma gloire en m*emparantde la tyrannie par violence, loin d'en rougir, je crois plutôt que je l'emporterai par là sur tous les hommes. » Dans des ïambes qui ont été conservés, il invoque le témoignage de la grande mère des Démons olympiens, de la Terre noire, esclave auparavant^ libre désormais. IL déclare qu'il a rendu à la patrie bien des exilés, à la liberté bien des citoyens réduits en servitude, et il ajoute que, s'il n'avait pas su garder de juste mesure, s'il avait voulu satisfaire un parti ou l'autre, la république aurait été veuve de bien des citoyens. On finit par le reconnaître, et Solon, possédant la confiance générale, apporta le même esprit de conciliation dans la rédaction des lois qu'il fut chargé de présenter au peuple.
Constitution politique de Solon : Répartition de rimpôt. — La base de la constitution politique de Solon est un impôt progressif établi sur les revenus. Le groupement des familles en phratries ou clans, et des phratries en quatre tribus, se rattachait à des cultes privés et à des traditions locales : Solon n'essaya ni de le changer ni de s'en servir ; il créa de nouveaux cadres pour la répartition de l'impôt. Les citoyens furent partagés en quatre classes. La dernière, la classe des Thètes comprit à la fois les prolétaires vivant uniquement de leur travail et les petits propriétaires, dont les champs rapportaient moins de deux cents médimnes de grain (le médimne valait à peu près une drachme, un peu moins d'un franc). Cette classe ne fut pas soumise à l'impôt, et Solon fit preuve d'un grand sens politique en unissant, par la communauté d'intérêts, les ouvriers et la petite bourgeoisie. Il ne se montra pas moins habile en répartissant l'impôt d'une manière progressive entre les trois classes de censitaires; cela empochait le groupement des citoyens en riches et pauvres. La première classe comprenait ceux qui avaient 500 médimnes de revenu, on les appelait Pentacosiomédimnes. Ceux qui avaient un revenu de 300 à 500 médimnes formaient la seconde classe; ils s'appelaient Cavaliers, parce qu'ils pouvaient entretenir un chevalet servir dans la cavalerie. La troisième classe, celle des Zeugiles, à qui leur revenu de 300 à 200 médimnes permettait
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