LE LIEN SOCIAL. LE TRAVAIL
treindre ses droits et sans les étendre au delà des bornes. A ceux qui avaient la force et qui se glorifiaient de leurs richesses, j'ai interdit toute usurpation. J'ai étendu sur les deux partis un bouclier solide, et je n'ai permis ni aux uns ni aux autres de vaincre injustement. » II est de toute nécessité, en effet, de reconnaître au peuple le droit de choisir les magistrats et de leur faire rendre des comptes ; « sans cela, dit Aristote. le peuple n'est dans l'État qu'un esclave et un ennemi »,
Lois civiles. — Le lien social. Le travail. -- On ne possède malheureusement pas le recueil des lois de Solon. II y avait des prescriptions détaillées sur la propriété, les relations de voisinage, et en général sur les devoirs réciproques des citoyens. La loi qui défendait de rester neutre dans les dissensions politiques avait pour but de flétrir cette prudence égoïsle qui attend l'issue de la lutte pour se ranger du parti xictorieux. Il est à remarquer que cette loi ne condamne pas la sédition en elle-même et ne suppose pas que le droit soit nécessairement du côté du pouvoir ; elle veut seulement que le peuple fasse connaître sa volonté. La loi, la justice et la liberté sont sous la sauvegarde de tous. Solon disait que la meilleure république étaitcelle où toute injustice est poursuivie par ceux qui n'en souffrent pas comme par celui qui en est victime. Il encouragea chaque citoyen, dit Plutarque, à entamer des poursuites pour tout acte de violence exercé contre un autre. La loi athénienne punissait toute espèce de mauvais traitement, de sévicc ou d'outrage contre un enfant, une femme, un homme, libre ou esclave. Démosthène, qui cite cette loi, en fait* remarquer l'humanité, çiXavôpwïria, et ajoute que plusieurs ont été punis de mort pour l'avoir violée. La condition des esclaves à Athènes fut toujours très douce. Quand ils avaient à se plaindre de leur maître, ils pouvaient l'obliger à les vendre à un autre. A Sparte, l'agriculture, le commerce et l'industrie étaient abandonnés aux Lacones et aux Hilotes; Athènes, fidèle aux anciennes traditions, honora le travail sous toutes ses formes, l'agriculture, le commerce, l'industrie etl'arl. 11 était défendu de reprocher à qui que ce fût l'état qu'il exerçait ; le plus habile dans chaque métier était nourri au Prytanée et occupait une place d'honneur dans les fêtes publi-
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318 CONDITION DKS FEMMES.
ques. Celui qui avait été trois fois condamné pour oisiveté était noté d'infamie ; les étrangers mêmes ne pouvaient s'établir à Athènes que pour y exercer un état. C'est l'application du mot d'Hésiode : « Aucun travail n'est honteux, il n'y a de honteux que la paresse. »
Gonditioii des femmes à Athènes. — Les règlements sur le mariage des riches héritières empêchaient, par des moyens peut-être un peu étranges, que le mariage ne devînt une affaire d'intérêt. Quant aux orphelines pauvres, leur plus proche
Danse de jeuues filles (Musée du Louvre).
parent était obligé de les épouser ou de leur constituer uiïe dot, dont le chiffre était fixé selon la classe à4aquelle il appartenait. La condition de mère de famille étant la seule honorable pour une citoyenne, il fallait que ce fût aussi la seule possible. En retenant les femmes dans un état de minorité, la loi semblait leur faire payer les avantages qu'elle leur accordait, mais l'honneur étant le bien le plus précieux pour elles, valait bien le sacrifice d'une partie de leur indépendance. Une limite était imposée au luxe de leur parure quand elles allaient au marché ; il leur était interdit de sortir la nuit autrement qu'en voiture et avec une torche. On croit aujourd'hui que la liberté de conversation entre les deux sexes est un moyen d'aiguiser l'esprit: les Athéniens ne passaient pas pour des sots; mais l'honneur des familles était à leurs yeux une plante précieuse et délicate. La danse était un art et non un prétexte à conversation ; sur les bas-reliefs, les femmes ne dansent qu'entre elles, excepté dans les scènes dionysiaques, qui sont mythologiques et ne répondent à aucune réalité. La femme grecque
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ÉDUCATION. SERMENT MILITAIKE. 319
n'est pas soumise à une réclusion forcée, comme en Orient ; elle garde une retraite volontaire. Elle n'est pas captive sous les grilles d'un harem, mais elle n'étale pas son esprit et ses charmes devant une foule d'oisifs, prodiguant à tous ses sourires excepté à celui qu'elle a juré d'aimer. Ignorée de la foule, nul ne parle d'elle, ni en bien ni en mal, selon le mot de Périclès dans Thucydide. Elle n'admet pas môme les amis de son mari à sa table. L'étranger baisse les yeux devant sa chasteté voilée, et celui qui seul peut la connaître l'honore comme la divinité tutélaire du foyer domestique. 11 l'aime d'un amour grave et profond, comme on aime la patrie.
Éducation des enfants. •— Serment militaire. — Solon obligea les parents à enseigner à leurs enfants la lecture, la natation et un état. Les enfants à leur tour devaient nourrir leurs parents, les loger et leur fournir toutes les nécessités de la vie. Ceux qui manquaient à ce devoir étaient notés d'infamie, peine qui répond à peu près à la mort civile. Mais ceux à qui leur père n'avait pas appris d'état ne lui devaient que la sépulture. Jusqu'à seize ans, l'enfant était laissé aux soins de ses parents ; alors il était inscrit sur le registre des Phratries, et pendant les deux années suivantes, il fréquentait les gymnases publics, sous la surveillance de maîtres nommés par l'État. A dix-huit ans, les Éphèbes gardaient les places de l'Attique et veillaient à la défense du territoire. Après cet apprentissage du service militaire, ils prêtaient le serment suivant dans le temple d'Agraulos (la champêtre] : « Je ne déshonorerai pas ces armes sacrées. Je n'abandonnerai pas mon chef de file et mon rang. Je combattrai pour les autels et les foyers, soit seul, soit avec d'autres. Je ne laisserai pas ma patrie plus faible que je ne l'ai reçue, mais plus grande et plus forte. J'obéirai à ceux qui jugeront selon la justice. Je serai soumis aux lois étabUes et à celles que le peuple portera d'un consentement unanime. Je ne permettrai pas que personne renverse les lois ou leur désobéisse, mais je les défendrai, soit seul, soit avec d'autres. Et j'honorerai la religion de mes pères. Soient témoins les Dieux champêtres, Enyalios, Zeus, Thallô, Auxô, Hègémonè. »
Les tables de la loi. — Les lois politiques et religieuses
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