ÉDITION DES POÈMES D'HOMÈRE
du tyran de Sikyone, voulut devenir, faute de mieux, beaupère du tyran d'Alhènes et offrit sa fille à Pisistrale qui s'empressa d'accepter. Ils employèrent pour restaurer la tyrannie un stratagème dont le succès, comme le remarque Hérodote, fait peu d'honneur au bon sens du peuple athénien. Ils revêtirent du costume d'Athènè une femme superbe, haute de six pieds, la firent monter sur un char, Pisistrate se tenant à côté d'elle, et le char entra dans la ville, précédé d'un crieur annonçant que la Déesse protectrice d'Alhènes ramenait son cher Pisistrate et mvitait les citoyens aie bien recevoir. Le peuple obéit, et ne se serait jamais douté de l'imposture si le beau-^pèrene s'était querellé avec son gendre pour un outrage fait à sa fille. Pisistrate apprit que Mégaclès s'était rapproché des Pédiaiens; ne se sentant pas en état de soutenir la lutte, il se retira à Erétrie et il aurait abandonné tout espoir de retour sans l'insistance d'Hippias, l'aîné de ses fils, qui l'engageait à préparer sa revanche. Ses biens, à ce qu'il semble, n'avaient pas été confisqués ; bien des aventuriers avaient confiance dans sa fortune, il trouva des ressources pour lever des troupes. Lygdamis, tyran de Naxos, lui fournit de l'argent et des auxiliaires. Il s'empare de Marathon où ses partisans viennent le rejoindre; l'armée envoyée contre lui se laisse surprendre à Timprovisle et se défend si mal qu'on pourrait croire à une trahison, et après dix ans d'exil il rentre à Athènes dont il se trouve maître pour la troisième fois.
Gouvernement de Pisistrate. Édition des poèmes d^Homère. — Il prit ses dispositions pour y rester. « Il affermit sa tyrannie, dit Hérodote, au moyen de troupes auxiliaires et de fortes sommes d'argent qu'il tirait, celles-ci du pays, celles-là du fleuve Strymon (I). Il l'affermit encore par sa conduite avec ceux des Athéniens qui avaient tenu ferme dans la dernière action et qui n'avaient pas sur-le-champ pris la fuite : il s'assura de leurs enfants qu'il envoya à Naxos, car il avait conquis cette île et en avait donné le gouvernement à Lygdamis. m'affermit enfin en purifiant l'île de Dèlos suivant l'ordre des oracles. Voici comment se fit cette purification : de tous
(1) Le texte est ambigu; j'ai adopté l'interprétation de Grote.
HARMODIOS ET ARISTOGEITON. 323
les lieux d'où Ton voyait le temple, il fit exhumer les cadavres et les fit transporter dans un autre canton de l'île. Pisistrate eut d'autant moins de peine à établir sa tyrannie sur les Athéniens, que les uns avaient été tués dans le combat, et que les autres avaient quitté leur patrie et s'étaient sauvés avec Mégaclès. » Lorsqu'il se crut solidement établi au pouvoir, il gouverna avec modération et intelligence. Il ouvrit ses jardins aux citoyens pauvres, mit à la charge de l'Etat les soldats mutilés à la guerre et fit exécuter de grands travaux publics pour donner de l'emploi à tous les ouvriers. Il construisit les conduites de la fontaine Callirhoè, et commença sur une très vaste échelle un temple de Zeus Olympien qui ne fut achevé que sept siècles plus tard par l'empereur Hadrien. 11 établit la grande fête des Panalhénées célébrée tous les quatre ans. Mais la postérité lui doit un service bien supérieur à ceux qu'il rendit à ses contemporains : il fit écrire et mettre en ordre pour la première fois les poèmes d'Homère, que les rhapsodes récitaient jusque-là par morceaux détachés. Le commerce du papyrus commençait à peine à se répandre; en dehors de quelques textes gravés sur pierre ou sur bois, comme les lois de Solon, on se servait très peu de l'écriture, et la littérature en prose n'existait pas encore. Outre les chants d'Homère. Pisistrate fit écrire ceux de quelques autres poètes. Il fut le premier qui eut une bibliothèque et il communiqua libéralement au public les trésors qu'elle renfermait.
Harmodios et Aristogeiton. — Pisistrate mourut en 527, trente-trois ans après sa première usurpation. Ses trois fils, Hippias, Hipparchos et Thessalos lui succédèrent, et, suivant Thucydide, qui leur est très favorable, ils gouvernèrent avec douceur. Mais ce qui empêche d'admettre ce témoignage, qui s'explique par des relations de famille, c'est le meurtre de Kimon, père de Milliade, qu'ils firent tuer de nuit, selon Hérodote, par des assassins soudoyés. Hipparchos avait hérité des goûts littéraires de Pisistrate; il invita les poètes Anacréon et Simonide à sa cour, et fit placer sur les roules des Hermès avec des sentences morales en vers, dont il était probablement l'auteur. Mais, par suite d'une injure personnelle, un
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