‹ Histoire des GrecsChapitre 36 sur 202 · PIÉTÉ FILIALE · texte numérisé non relu

PIÉTÉ FILIALE

les chefs seuls sont de véritables citoyens, et la cité grecque, formée par une réunion d'égaux, et dont on fait partie dès qu'on peut la défendre. Jusque-là, comme citoyen futur, destiné à des devoirs sociaux, l'enfant a droit à l'éducation qui le prépare à la vie politique. C'est un crédit : l'homme acquillera plus tard la dette de l'enfant; le droit à l'éducation implique le devoir envers la patrie. Aucun peuple n'a attaché autant d'importance que les Grecs à l'éducation des jeunes gens. Ils la faisaient consister dans un développement parallèle du corps ettie l'esprit. Une jeunesse robuste préludait par les fatigues de la palestre aux rudes travaux de la guerre, et par cette gymnastique de l'esprit qu'on nommait la musique, à l'exercice du droit qui est la liberté. La Grèce entière semble un gymnase et un lycée ; les jeunes gens occupent toujours le premier plan sur la scène de l'histoire.

Cela n'empêchait pas le culte des traditions et le respect des vieillards. Le lien de famille est d'autant plus étroit que l'aulorité des parents sur Tenfant est purement morale; c'est un lien d'affection et de reconnaissance pour ceux qui l'ont guidé dans les premières luttes de la vie. 11 n'y a peut-être pus d'autre langue, dit Gillies, qui puisse exprimer sans circonlocution ce que les Grecs entendent par ôpe'Trtpa, cette dette que l'enfant contracte envers ses parents dès la naissance, et qu il doit payer plus tard en les nourrissant et les soignant à son tour. C'est l'expression qu'Homère emploie quand il parle d'un liéros mort à la fleur de l'âge : « 11 ne put pas payer sa dette à ses parents. » Achille, Antilochos, Hector, Télémaque, Odysseus, sont des modèles de piété filiale. Les fils de Priâmes respectent les réprimandes, môme injustes, de leur père. Au moment de partir pour Troie, Odysseus recommande son père et sa mère à Pénélope : « Prends soin d'eux dans ta demeure comme aujourd'hui, et môme plus encore pendant mon absence. » La scène où Priamos, pour se faire rendre le corps d'Hector, invoque le souvenir de Pèleus, est une des plus belles de l'Iliade :

« Souviens-loi de ton père, Achille semblable aux Dieux ; il est du môme âge que moi, sur le triste seuil de la vieillesse, et il a peut-être autour de lui des voisins qui l'attaquent, et por-

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