LA POPULATION EN CRÈTE
témoignage ne permet de Taffirmer, et rien ne prouve que la hiérarchie des classes fût fondée sur une différence de races. Cette hiérarchie, quelle qu'en fût l'origine, est crûment exposée dans une chanson Cretoise, le scolion d'Hybrias : « J'ai pour richesse ma grande lance et mon glaive et mon beau bouclier, rempart de ma chair. C'est avec cela que je laboure, que je moissonne, que j'exprime le doux jus de la vigne et que je suis appelé le maître de la \fnoia. Et ceux qui n'osent pas porter la lance et le beau bouclier, tous, à genoux devant moi, m'honorent comme un maître et m'appellent le grand roi. » La Mnoia était le domaine de l'État, cultivé par les Mnoïtes, ou esclaves publics, pour l'entretien de l'armée. Les serfs employés sur les terres des particuliers s'appelaient Aphamiotes, mot dont la signification est douteuse, ou Clëpoles, parce que les prisonniers de guerre étaient tirés au sort. Il y avait en outre dans les villes Cretoises des domestiques achetés à prix d'argent.
Thirlwall admet que les Périœkes, ou ruraux, formaient, en Crète comme en Laconie, une classe de sujets dont les terres étaient soumises à un tribut, mais dont les personnes étaient libres. Il faut remarquer, cependant, qu'Aristote emploie toujours le mot d'esclaves en parlant des paysans crétois. Grole en conclut qu'il n'y avait pas en Crète comme en Laconie une classe intermédiaire entre les citoyens et les serfs ; selon lui, les Périœkes crétois sont les Clèrotes et les Mnoïtes, et répondent, non pas aux Périœkes laconiens, mais aux Hilotes, si ce n'est qu'ils étaient mieux traités. Il paraît qu'en effet leur condition n'était pas mauvaise, car ils ne tentèrent jamais d'insurrection, comme le firent souvent les Pénestes de Thessalie et les Hilotes de Sparte. Selon Aristote, les Crétois accordaient à leur serfs la jouissance de tous les autres droits et leur interdisaient seulement la gymnastique et le port d'armes. « Les Périœkes, dit-il, dans un autre passage, paient leurs redevances en grains, bestiaux et argent. Une partie de ces redevances sert au culte des Dieux et aux charges communes, l'autre est employée aux dépenses des repas publics, de manière qu'hommes, femmes et enfants, tous sont nourris aux frais de l'État. »
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