‹ Histoire des GrecsChapitre 77 sur 202 · LÉGENDE DU PARTAGE DES TERRES · texte numérisé non relu

LÉGENDE DU PARTAGE DES TERRES

d'or et d'argent, puisque les premières monnaies d'argent ont été frappées par Pheidon d'Argos, qui est postérieur à Lycurgue, et que les premières monnaies d'or ont commencé vers la même époque à circuler dans la Grèce d'Asie. On ne peut pas môme attribuer à Lycurgue la division du peuple en trois classes et le partage des terres de la Laconie, si, comme l'affirme Pausanias, la soumission des villes laconienes ne remonte qu'au règne de Téléclos et l'asservissement des Hilotes à celui de son fîls Alcaménès.

Légende du partage des terres. — A l'époque la plus récente où on puisse placer Lycurgue, le territoire de Sparte ne comprenait qu'une très petite banlieue, puisqu'Amyclai, qui esta quelques stades, n'en faisait pas encore partie. C'est pour les habitants de ce district si resserré que Lycurgue fit sa législation. Les maux auxquels il voulait porter remède étaient des désordres intérieurs. Il y avait des luttes entre les rois et le peuple, et dans le peuple môme entre les riches etles pauvres. Il établit ou reconstitua le Sénat pour restreindre Paulorité royale. Quanta l'inégalité des richesses, il n'est pas impossible qu'il ait cru y remédier par un nouveau partage des terres, non pas de toute la Laconie, que Sparte ne possédait pas encore, mais du petit territoire formant la commune de Sparte. Cependant, môme dans ces étroites limites, il est difficile d'admettre qu'une mesure si radicale ait été prise sans qu'il y soit fait aucune allusion par Hérodote, Thucydide, Xénophon ou Aristole. Le premier auteur qui en parle est Plutarque, et il étend le partage à toute la Laconie. Il donne des chiffres très précis : 9000 lots pour les Spartiates, 30,000 pour les Périœkes. Selon une conjecture de Grote, cette légende s'^^st formée à Tépoque macédonienne, sous les règnes successifs des deux rois socialistes Agis et Cléoménès; qui voulaient rétablir la discipline de Lycurgue, et probablement par l'influence du philosophe Sphairos, leur maître et leur ami, qui rôvait une cité de Stoïciens. La décadence de Sparte venait du luxe et de l'inégalité des richesses:. un partage égal de la propriété devait y ramener les vertus antiques. On se persuada que Lycurgue avait dû procéder ainsi. La tentative la plus hardie qui ait jamais été faite fut mise à l'abri de ce nom vénéré et présentée

dbyGoogk

230 TENDANCES COMMUxNISTES.

par ses auteurs comme une œuvre de réaction. Il arriva quelque chose de semblable à Jérusalem quand le parti des prophètes mit la réforme de Josiah sous le patronage de Moïse (1).

Tendances communistes. Les repas publics. — Le nivellement de la propriété, quePlutarque attribue à Lycurgue, aurait été une mesure économique bien insuffisante k moins d'être fréquemment renouvelée. Lycurgue fit mieux; en proscrivant le luxe sous toutes ses formes, il essaya de rendre la richesse inutile et d'effacer la distinction entre les riches et les pauvres, distinction dangereuse dans une société militaire. Toutes ses institutions tendent au communisme : la défense de fermer les portes, la permission accordée à chacun de monter sur le premier cheval qu'il rencontrait, d'emprunter pour son usage les domestiques de son voisin, ses chiens de chasse, ses instruments de cuisine et de ménage, et môme, si on revenait trop tard de la chasse, d'entrer chez le premier venu en son absence et de manger ce qui s'y trouvait. Gela fait comprendre comment un philosophe, grand admirateur des Spartiates, a pu, sans étonner personne, admettre la communauté des biens dans son plan de république militaire. On ne saurait être surpris non plus que, dans un pays où la propriété individuelle n'existe que par tolérance, on ait pu, pour habituer les enfants aux nécessités de la vie militaire, les forcer à se procurer par la maraude de quoi préparer leurs repas. Si on les punissait lors qu'ils se laissaient surprendre, c'était par mesure de discipline, et non par respect pour la propriété. Sans admettre la communauté des femmes, les Spartiates s'en rapprochaient beaucoup en permettant à l'homme qui n'avait pas d'enfants de prêter sa femme ou d'emprunter celle d'un autre. Cet usage, queXénophon rapporte avec une approbation manifeste, explique comment Platon a pu songer à absorber la famille dans la Cité parla communauté des femmes et des enfants. Aristote, dont l'esprit est plus pratique, trouve l'éducation des femmes à Sparte très vicieuse. Les gymnases publics pour les jeunes filles formaient un

(1) Voir mon Histoire des Israélites d'après V exégèse biblique.

dbyGoogk

Page 1