LUTTES CONTRE LES ARGEIENS
centre de résistance ou de révolte des populations rurales soutenues par les Argeiens. Il n'y eut pas de capitulation, les habitants furent réduits en servitude et le nom d*Hilotes fut étendu dans la suite à tous les serfs de la Laconie. Telle est du moins Texplication qu'on a généralement donnée de ce nom, quoique, d'après une étymologie plus vraisemblable, il ait le sens de captifs. Nous ne savons pas quelle avait été la condition des paysans dans la période achaienne ; quand les Doriens s'établirent sur le domaine des Pélopides, ceux qui le cultivaient, probablement des Lélèges, payèrent aux nouveaux propriétaires la redevance accoutumée. Mais le caractère despotique des Spartiates, en rendant la sujétion plus lourde, provoqua des révoltes comme celle d'Hélos. et le servage passa, comme le dit Pline, pour une invention des Lakédaimoniens. Les Hilotes étaient attachés au sol et ne pouvaient être vendus hors du pays. Ils payaient une partie du produit de leurs récoltes ; mais ce fermage était fixe et modéré. Ils étaient esclaves de l'État et n'avaient pas, comme les Pénestes de Thessalie, des maîtres particuliers. 11 faut croire cependant que quelques-uns étaient employés au service domestique, car Xénophon et Aristote nous disent que les Spartiates se servaient des esclaves les uns des autres. Les Hilotes combattaient comme troupes légères dans les armées lakédaimoniennes ; ils pouvaient môme obtenir la liberté en récompense de leurs services. Mais l'orgueil irritant des Spartiates rappelait continuellement les Hilotes au sentiment de leur dépendance. Les Argeiens, qui n'avaient pas de serfs, poussaient les serfs de Sparte à la révolte. Les Spartiates se sentaient détestés et redoublaient de défiance. Leur faiblesse numérique les forçait à rester tyrans sous peine de devenir esclaves, à prolonger indéfiniment une sorte d'état de siège, à se tenir toujours en garde contre un soulèvement.
Luttes contre les Arg^eiens. — Pheidon. — Le monnayage — La conquête de la Laconie n'avait été accomplie que par étapes successives, entremêlées de luttes contre les Argeiens, les Messéniens et les Arcadiens. Au commencement de la période historique, Argos paraît avoir été la puissance prépondérante du Péloponnèse; Sparte ne venaitqu'en seconde
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PHEIDON. — LE MONNAYAGE. 237
ligne ; dans la légende de la conquôte dorienne, Argos est le lot de Téménos, Talné des Hèracléides. Argos était à la tête d'un groupe important de cités doriennes, Sikyone, Cléonai, Phlious, Troizen, Épidaure, Aigine. Le Dieu protecteur de cette confédération, Apollon Pythaieus, avait son sanctuaire 8UP l'acropole d'Argos. Mais ce lien fédéral s'affaiblit de plus en plus, tandis que Sparte, par la conquôte graduelle de la Laconie, devenait le chef-lieu d'un État fortement centralisé. La puissance d'Argos atteignit son apogée sous le règne de Pheidon, qu'on nomme quelquefois tyran, non pas qu'il eût usurpé le trône, car il appartenait à la dynastie Téménide, mais parce qu'il s^était affranchi des restrictions apportées à l'autorité royale sous ses prédécesseurs.
On n'est pas d'accord sur la date de Pheidon. Pausanias le place à la huitième Olympiade (747 avant J.-C), mais quelques auteurs croient le texte altéré et lisent la vingt-huitième Olympiade. Par suite de celte incertitude, on ne sait s'il faut attribuer à Pheidon l'invention du monnayage ou seulement son introduction en Grèce. Hérodote parle de Pheidon comme ayant établi un système de poids et de mesures dans le Péloponnèse, mais il ne parle pas de la monnaie, et dans un autre passage il en attribue l'invention aux Lydiens. Les mesures pheidoniennes, destinées à faciliter les transactions commerciales avec l'Asie, étaient probablement empruntées aux Phéniciens, qui les avaient reçues de Babylone ; mais ni les Phéniciens ni les Chaldéens ne se servaient de monnaies, et on n'en a pas trouvé de traces dans les ruines de Ninive. L'invention qu'Hérodote attribue aux Lydiens consista probablement à mettre en circulatiou des lingots de métal d'un poids déterminé, pour éviter d'avoir continuellement recours à la balance. Mais la garantie du poids, ce qui constitue la véritable monnaie, c'est l'empreinte officielle, le poinçon de l'État. Cette innovation capitale paraît due aux Grecs ; on peut donc laisser à Pheidon l'honneur d'avoir inventé le monnayage. Les monnaies d'argent qu'il fit frapper à Aigine ont pour empreinte la tortue, attribut d'Hermès, Dieu du commerce.
D'après le Grand Étymologiste, Pheidon consacra à Hère, en mémoire de son invention, des échantillons des anciens
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