SECONDE GUERRE DE MESSÉNIE
lûtes. Le complot devait éclater à la grande fôte religieuse des Hyakinthia, dans le temple d'Apollon Amyclaien. Le chef des conjurés, Phalanthos, devait donner le signal en mettant son casque. 11 recula devant la guerre civile et dénonça la conspiration sur une promesse d'impunité pour lui et tous ses complices. Au commencement de la fôte, quand le peuple fut rassemblé, on fit proclamer par un crieur que Phalanthos ne mettrait pas son casque ce jour-là. Les conjurés virent qu'ils étaient trahis ; on les retint en prison avec l'assurance de la vie sauve, pendant que Phalanthos allait consulter Toracle de Delphes au sujet d'une émigration. Il demanda s'il pouvait s'approprier la fertile plaine de Sikyone ; mais la Pythie l'en dissuada et lui enjoignit de conduire les émigrants dans la région appelée lapygie, au sud-est de l'Italie. Il s'établit à Tarente, où se trouvait une population issue d'un mélange de colons Cretois et d'indigènes. Comme les troupes qu'il amenait pouvaient être d'un grand secours, on les reçut d'une manière amicale. Le port de Tarente était le plus spacieux et le plus sûr de tout le golfe. 11 y avait sur cette côte une inépuisable variété de poissons et de coquillages. La pèche, surtout celle du Murex d'où on tirait la pourpre, devint une source de richesse pour la colonie, et les pécheurs formèrent l'élément prépondérant de la démocratie tarenline.
Seconde guerre de Messénie. Aristoménés. — La seconde guerre de Messéuie est séparée de la première par un intervalle de quarante ans selon Pausanias, de quatre-vingts ans selon Justin. Un fragment de Tyrtée indique vaguement les dates relatives des deux guerres : « Les pères de nos pères conquirent Messènè ». L'incertitude sur ces événements est si complète qu'Aristoménès, le héros de la seconde, guerre dans l'épopée de Rhianos, est placé dans la première par Myron et Diodore. Dans le récit qui nous est parvenu, la bravoure d'Aristoménès prend des proportions fabuleuses. Il offre trois fois . le sacrifice appelé Hécatomphonie, réservé à ceux qui avaient tué cent ennemis. Il fait des excursions sur le territoire laconien, pille Amyclai, entre la nuit à Sparte et, en signe de défi, suspend son bouclier dans le temple d'Athènè Chalkioikos. Un jour, il est blessé à la tôte, fait prisonnier avec cinquante L. M. — HisT. DBS Grecs. 14
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242 ARISTOMÉNÈS.
de ses compagnons et précipité après eux dans la Kaiadas, cavité profonde aux flancs du Tèygétès où on jetait les criminels. Mais les Dieux ne l'abandonnent pas. Son large bouclier amortit le choc des rochers, il tombe sain et sauf sur les corps de ses compagnons. Après trois jours, il renonçait à tout espoir et s'enveloppait la tète pour attendre la mort, quand ses yeux habitués à l'obscurité aperçoivent un renard dévorant les cadavres. Il le saisit par la queue, lui présentant de l'autre main son manteau à mordre ; le renard, cherchant à s'échapper, le conduit vers une petite ouverture. Il l'élargit avec ses mains, parvient à sortir et reparait au milieu de ses soldats. Une autre fois, pendant une trêve, il est pris traîtreusement par des archers crétois et doit sa délivrance à la pitié d'une jeune fille qu'il récompense en la mariant à son fils Gorgos. Tyrtée. — On dit que les Spartiates, effrayés des succès d'Aristoménès, consultèrent l'oracle de Delphes qui leur dit de demander un général aux Athéniens, et que ceux-ci, ne voulant ni désobéir à Apollon ni contribuer à l'accroissement de la puissance de Sparte, leur envoyèrent un maître d'école nommé Tyrtée. Quoique présentée sous une forme peu vraisemblable, cette légende peut avoir un fondement réel. Athènes, par ses relations avec l'ionie, pouvait être fréquentée dès cette époque par les Homérides ; si Tyrtée était de Milet, comme le dit Suidas, ce dut être quelque rhapsode chantant les poèmes d'Homère et d'Arctinos, et il est très possible qu'il ait ouvert une école pour les enseigner. Ce qui est certain, c'est que ce vieux maître d'école était un grand poète, vraiment de la race du vieux mendiant de Ghios. Les Spartiates savaient quelle est la puissance d'une musique guerrière et d'une mâle poésie pour exciter les jeunes gens au combat. Plus d'une fois ils adoptèrent des musiciens et des poètes étrangers, Terpandros de Lesbos, Alcman de Sardes, Thaletas de Grète. Leur tactique militaire était en défaut dans une guerre d'escarmouches. L'oracle avait raison, il leur fallait un général d'une nouvelle espèce, un improvisateur guerrier, sonnant le clairon des batailles. Tvrtée devint leur poète populaire ; ils lui donnèrent ce droit de cité dont ils étaient si avares. Nous ne connaissons rien des anapestes de Tyrtée,
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TYRTÉE. 2i3
destinés probablemenl à rhytbmer la marche des troupes, mais Stobée nous a conservé quelques fragments de ses élégies. Le distique éiégiaque, composé d'un hexamètre et d'un pentamètre, n'avait pas encore le caractère mélancolique que lui donna Mimnerme; c'était un rhythme guerrier, inventé dit-on par Callinos d'Éphèse pour exciter l'ardeur des jeunes gens au moment d'une invasion des Kimris en Asie-Mineure. Ce qui nous reste de Tyrtée justifie l'admiration des Spartiates et résume bien la pensée de cette dure cité militaire, qui étonna la Grèce elle-même par sa toute-puissante énergie.
« 11 est beau de tomber au premier rang, comme un brave, en combattant pour la patrie; mais il n'y a pas de destinée plus triste que de fuir sa ville et ses grasses campagnes et d'aller mendier, errant avec sa mère chérie, son vieux père,
ses petits enfants et sa jeune épouse Combattons bravement
pour cette terre, mourons pour nos enfants, n'épargnons pas notre vie. Allons, jeunes gens, combattez, serrés les uns contre les autres, ne commencez pas la fuite honteuse et la peur. Faites dans vos cœurs un grand et fort courage, n'épargnez pas votre vie dans la mêlée des hommes
« Allons, vous êtes la race de l'invincible Héraclès, courage, Zeus ne s'est pas encore détourné de vous. Ne regardez pas le nombre, n'ayez pas peur, que chacun marche droit, le boucher en avant, méprisant sa vie et chérissant les noires Kères delà
mort comme les rayons du soleil Il est odieux à voir, l'homme
frappé par derrière en fuyant la terrible bataille; il est honteux à voir, couché dans la poussière, le corps percé dans le dos d'une pointe de lance. Allons, que chacun se tienne la jambe en avant, les deux pieds solidement appuyés sur la terre, mordant ses lèvres de ses dents et couvrant de son large bouclier ses cuisses et ses jambes, sa poitrine et ses épaules, secouant de sa main droite son fort javelot, agitant sa terrible aigrette sur sa tête. Qu'il pratique l'art de la guerre en faisant de grandes choses et ne se tienne pas loin des traits, derrière son bouclier. Qu'il attaque corps à corps et frappe l'ennemi de sa longue javeline, ou le perce de son glaive. Pied contre pied, bouclier contre bouclier, aigrette contre aigrette, casque contre casque, poitrine contre poitrine, combattez d'homme à homme, frappez
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