‹ Histoire des grecs modernes depuis la prise de ConstantinopleChapitre 12 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Prise de Modon, -^ Suit^ des conqnôtcs des Turcs dans la Grèce vënilienne ; représailles exercées par Tamiral Pesaro. • — Embarras du sultan 5 traite de paix enlre la Turquie et 1 1 république de Yenise^ — Conduite de cette dernière à Tégard des Grecs.

Un nouveau siècle s'ouvre : la Grèce s'est effacée. Elle s'est évanouie au sein des tribulations dont nous avoue tracé le premier période ; cependant elle existe encore , mais languissante et dans un délaissement que n'attesteront que trop les calamités qui vont fondre sur elle*

Le règne de Venise était passé. Drauth-Pacha prit là route dé la Laconie à la tête d'ime armée de soixante mille hommes , tandis qu'une immense flotte turque bombardait alternativement les ports de Napoli de Romanie et de Moneml)asia ou Napoli de Malvoisie. Les troupes de la république , hors d'état de tenir la campagne , se défendirent quelque temps dans des forts élevés de distance en distance } mais la famine en ou-

loa HISTOIHE

vrit les portes aux Musulmans. Ces barbares se répandant alprs dans le pays ,. renouvelèrent les massacres de 147^, et la génération grecque qui j avait échappé, succomba cette fois sans retour. Les seuls liabitans d'Argos , de Corinthe et de quelques l)Ourgades de TArcadie qui, retenus par la terreur, étaient parvenus & ^carter les émissaires des Vénitiens , se dérobèrent à la fureur du pacha. Il fit aussitôt marcher ses soldats sur Modon , et la mine de la Laconie , depuis Tripoli tza jusqu'aux rivages de la Messénie , se trouva consommée.

Contarini avait déjà remplacé Trévisiani dans le commandement de la flotte vénitienne , car, h cette fatale époque , les destitutions se succédaient sans intervalle panni les généraux de la république; et quand', à peine arrivés , ils ne succombaient pas aux fièvres ou à la peste , rarement leur épargnaitoti une terrible disgrâce. Trévisiani J^^tteint presqu'en même temps et par le décret qui supprimait son autonté , et par le ilc-au de la contagion , mourut devant Céphalonie. Son successeur ne persistant pas dans le projet d'enrôler les Grecs, donna tousses soins à la défense de Modon. Il faisait voile sur Tîle Sapienza lorsqu'il rencontra devant Pylos la flotte du sultan , qui , après lui avoir fait éprouver quelques pertes, l'obligea de se réfugier à Zante. Toutefois il ne devait pas tarder à reparaître avec de nouvelles forces j mais sa présence et les moyens qu'il employa pour sauver Modon furent les^ principales causes du désastre de cette malheureuse cité. Outre

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une nombreuse population , Modon renfermait phis^ . de 4>ooo soldats italiens ou grecs. La famine con»mençait à s'y faire sentir, et les vaisseaux turcs, en ligne devant la rade , empêchaient toiit secours dfc parvenir aux assiégés. Contarini envoya cinq galères chargées de grains , avec ordre à ceux qui les conduisaient, de tout braver pour entrer dans le port. Elles parvinrent effectivement jusqu'au mole extérieur ; mais comme le peuple et la garnison se pressaient ea foule sur les deux rives pour jouir plus tôt d'un secours si opportun , les Turcs s'apereevant de l'abandon où restaient les batteries et les remparts, donnèrent un assaut général et pénétrèrent dans la ville. A leur aspect , les Modoniens ne perdirent point courage ; ils essayèrent de rejeter au-delà de leurs murs les premières colonnes assaillantes , et cette lulte inégale , dans laquelle le désespoir l'emporta souvent sur le nombre , n'avart pas cessé à la nuit. On crut que l'obscurité la suspendrait, mais les Musulmans dissipèrent les ténèbres par Fincendie et continuèrent le combal. Au point du jour Modon n'existait plus, et ses guerrierà, in»mdlés par le fer ennemi , avaient disparu sous des monceaux de cendres. Grecs ou Italiens, aucun deux n'avait demandé quartier j ils s'étaient défendus m^me au milieu des flammes , et avaient tous péri les armes à la main (i).

(i) P, Bembi , HisL Venez. , liv. v.

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