‹ Histoire des grecs modernes depuis la prise de ConstantinopleChapitre 13 sur 30 · J04 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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Les liabitans ck Coron et ceux de Pylos , effrayés d'une catastrophe si sanglante et craignant d'éprouver k même sort ^ se hâtèrent de faire leur soumission j et les Turcs entrèrent dans ces deux places sans coup férir. Aussitôt le pacha vint mettre le siège devant Napoli de Romanie y mais il y épreuva une si vigoureuse résistance y «pi'après deux mois d'attaque il dut abandonner son entreprise. Les Musulmans prirent leurs cantonnemens dans le Péloponèse et dans la Béotie , tandis que leur flotte retournait à Constantinople. Celle d§^ Venise, sous les ordres de Pesaro , .que le sénat avait nommé à la place de Contarini , désola les côtes de la Thrace et de r Asie-Mineure , saccagea Ténédos et Mitylèue y et soumit l'île de Samothrace. Des cruautés atroces que Fesarô crut pouvoir justifier ep les qualifiant de représailles, déshonorèrent ces légcls succès. Après avoir cap turé quelques nav i res ottomans à l'en-:, trée du Bosphore , il revint eu Grècq , fit plusieurs débarquemens sur les côtes de F Attique , et se rendit maître d'Égiuc. Ensuite il rejoignit à 2bnte la flotte espagnole que Ferdinand d'Aragon , surnomnxé/a Catholique, envoyait au seteours de la république. Cette flotte, commandée par le fameux Gonzalve de Cordoue , contribua puissamment a la conquête de Céphalonie , dont la capitale fut enlevée aux Turcs le i«^'. novembre, après un siège des plus opiniâtres. Les forces navales combinées reprirent encore Pylos et quelques forts sur les côtes de Messénie. Si leç Espagnols eussent plus long-temps

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secondé t Pesaro , Coi*on et Modon seraient infail* liblement rentrées sous la domination vénitienne ; mais Gonzalve ayanlTordre d'hiverner en Sicile ^ quitta l'Adriatique au milieu de décembre.

Pesaro continua seul à ravager les côtes de la Grèce (i Soi). Le duc de Naxos et le provéditeur de Candie lui fournirent quelques vaisseaux , avec lesquels il attaqua Prévesa sur le golfe Ambracfque, brûla dans le port de cette ville plusieurs galères qui y étaient en construction ou en désarmement , et tenta d'embraser près de Lépante une autre fiotaie des Turcs , par lesquels il se vit repoussé avec perte. Pesaro voulut alors soulever les AlLanais , mai» il échoua dans ce dessein.

Les montagnards de la Chimère répondirent seuls à son appel. II remonta ensuite vers Durazzo, que Fennemi pressait vivement. Alessius profita de son passage pour chasser sa garnison turque } mais l'occupation de cette ville ne dédommagea que faiblement la république de la perte de Darazzo et deZonchyo, qui succombèrent bientôt après. Oïl compta cette année, dans les eaux de l'Adriatique , trois armemens en faveur de Venise , une escadre portugaise , une division navale française , et enfin vingt galères envoyées par le papç Alexandre VL

Ces auxiliaires ne firent, pom^ ainsi dire^ que se îttontfer ; mais leur apparition eut cela d'avantagèfox que les Turcs, n'osant risquer leurs vaisseaux f laissèrent aux Yénitiens la libre possession

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des mers. Pour ces derniers , c'était beaucoup que cette timidité qui leur faisait gagner du temps, car dans la position difficile ou ils se trouvaient, un répit de quelques mois pouvait rétablir leurs affaires, ou du moins faire découvrir quelques expédiens de salut.

Ismaël Sopbi déclara subitement la guerre à Bajazet , et envahit l'Arménie pendant que Wladislas y roi de Hongrie et de Bohème , attaquait les places mi^sulmanes situées sur le Danube. Ces puissantes diversions permirent aux Vénitiens dç respirer, et laissèrent quelque repos à la Grèce. Occupé en Europe et en Asie , le sultan ne songea plus ni au siège de Napoli de Komanie , ni aux excursions de Pesaro sur les côtes' de ses états. Le moment paraissait favorable pour tenter TafFranchissement du Péloponèse et l'émancipation de l'Albanie; mais ces deux malheureuses contrées étaient presque désertes , et déjà l'Albanie renfermait plus de musulmans que de chrétiens. Pésaro , convaincu de l'impossibilité de faire sur le continent des conquêtes durables , s'attacha à réduire les îles que Mahomet II s'était appropriées dans la mer Ionienne. Cépha^ lonie avait déjà subi la loi de Venise j Leucade ou Sainte - Maure , et les écueils qui en dépendent , étaient encore au pouvoir des Turcs : l'amiral de la république , aidé par la France , le pape et les chevaliers de Rhodes, débarqua des troupes, qui soumirent l'intérieur de l'île pendant qu'il canonnait lui-mcme la forteresse principale. La garnison n'é-

tant pas secourue , capitulai au bout de quelques jours , etxrétendart de saint Marc planté sui- ce roc célèbre d'où Sapho se précipita jadis ^ annonça aux Turcs de Prévesa que Sainte-Maui-e échappait à leur doimnation.

Le grand-seigneur lui-même commençait à se lasser d'une guerre qui ne lui offrait aucune chance de succès j e^ que les circonstances rendaient de plus^ en plus (méreuse (i5o3).Il fit leff premières ouvertures de paix, et le sénat épuisé par trois ans d'efforts et de sacrifices inouis, engagé malgré lui dans le tourbillon des affaire» d'Italie, saisit avec empressement * une occasion si propice de conclure une paix honorable^^^Un captif vénitien qui languissait dans les cachots de Constantinople , Andréa Gritti , Je même qui parvint plus tard à la dignité de doge, sortit de prison pour signer les préliminaires d'un accommodement entre^es Turcs et sa patrie. Le traité fut conclu quelques mois après ^ et les conditions en furent ratifiées de part et d'autre. Venise renonça pour toujours à la possession de Lépante , de Coron et de Modon que les Ottomans avaient prises pendant le cours deshostilités. Elle leur restitua l'île de Leucade ainsi que ^ cellq de Zante; et de toutes les conquêtes de Pesaro, elle ne conserva que Géphalonie. Cependant le grandseigneur miit en liberté les sujets de la république qu'il retenait prisonniers , et leur rendit lés biens eles marchandiseSvqu'il leur avait confisqués' au commeocement de là guerre. En vertu de c^tte couvent tien la jnoins désavantageuse qup les Yéni tiens pu&-t

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sent espérer dans l'eut de g^ue où ils ëtaicut ploD^ gés^ les Turcs devenus ks BuUres de la Grèce s'y réinstallèrent d-iuie manière plus stable qn au* paravant. Les deux, ou trois places de gueiTe que yeni3e garda dans le golfe d'Argos étaient ccoame isolées du reste de la presqu'île ^ et ne lui permet* trient plus d^y eicix:er la moindre iniluence. La Grèce était eucUainée depuis Icmg-t^mps ^ mai» avec uae puissance chrétienne, au seiuude ses provinces^ eUe pouvait' encore garder qiielqtt'eqxNr ; l'expukioa delà république fut le prélude de l'esclayageet de la nullité indéfinis des. tristes enfaas delà Hellade.

Il y avait déjà trois sièclesque les Yàiitienvëfeaiei»! établis dans la Grèce^ lorsqu'ils en furenipcesqu'enc tièremeiit chassés par Baja^et. Avec une administi«-r Xkoa sage ^ des lois équitables et des mmagemem que rhumanité^ non moins que leur propre intérêt, réclamait impérieusen^nt^ ils se seraient main tenus et auraient pu faire bénir leur autorité. En ren* dant aux Grecs le droit de citoyen , en les. attachant aai gouvernement par un partage égal^ des chaînes et des faveurs de la république, non-seulement as auraient pu compter sur Fassislancë d'une po^ pulation belliqueuse et irritée contre les Tufcs, mais ils se seraient encore enrichis des revenus d'un vaste territoire que Ija tyrannie des goùvsemettis et l'état précaire des haibitans condamnaient depuis trois siècles à la stérilité la plu& absobie. Enfin, en: admettant , dès l'origine, les Pe'loponésiens et kfr Albanais dans leurs armées de terre et de mer,^ ea

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tempérant la fougue et Findocile valeur Je ce» peuples pat les règles de la stratégie italienne ^ ils se levaient assurés de puissàns auxiliaires sur le théâtre même de la lutte qu'ils avaient à soutenir contre les Otiomam; mais Venise ne fît rien' de ce qu elle aurait du&ire, tant il est vrai de dire que les gouvernemens les plus sages sont aussi livrés à l'erreur ! Ficredc régner a«-delà des limites naturelles de son ierriloire^ elle ne considéra le Péloponèse, Chypre et.<!landie^ que coâime des provinces accidentellemeiit souitiises , que comme un héritage sans lëgàtaire-cKrect^ disputé par une foule de concurrens^ et qu'ujQi procès malheureux pourrait lui ravir d'un im^taoft k Taintreé D'après ce principe y également feiliE; et subversif de toute amélioration dans le sort des vaincus , le sénat ne s'occupa Jamais de ses po»sessioa» du Levant. Elles ne fuient réj^es ni par des lois positives, ni par une autorité régulièrement eon^titi]^. On nonxmait des gouverneurs pouf^ tes villes, et leurs attributions indéterminées s'étesyéaicnt sur les provitices voisines. Un g^éral de la «publique y éa misBioa dans les dcpartemens cok>* n»a»x,a$sumait tovs lés pouvoirs et sul)stituait sa volonté à la tyrannie des officiers sédentaires. Les mal- ^ heulseux que le hasard es la guerre arait £ait passer s<ma le xottgde Vraiôe, n'avaient pas seulement àsouf*- &ir lîesk .concussions cb Taristocratie civile et ntiH*- |#4re : chaque parlieulîer ,' chaupie nëgoc&ixt , cha^ ep0 sieïda^ i^^liea exerçait aia^î un despotisme à f9sU tM> qualité de Yâiitiea Élisait extioser toutr

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faute et iëgitimait tout excès dont les Grecs seuls avaient à se plaindre» En Fabôence d*un pouvoir unique et invariablement limité dans toutes ses ramifications j la Grèce vénitienne était tourmentée par une multitude de pouvoirs arbitraires disséminés dans les mains des hommes venus de Venise. Ces républicains orgueilleux de leur patrie et de sa splendeur^ à laquelle ils avaient presque tous contribué y professaientx le plus souverain mépris pour les -autres peuples, el surtout pour les GrecSrEnMoréè; ils se croyaient ce que les Spartiates avaient été si long*temps en Messénie; ils- ne songeaient qu'à s'enlichir , et pour parvenir à ce but , tous les moyens leur semblaient également bons : supérieurs en tout, suivant l'opinion qu'ils avaient d'eux-mêmes , aux victimes de leur avidité et de leur morgue insolente, ib leur faisaient sentir continuellement cette insupportable prépotence que , dans l'ivresse de la prospérité, l'homme s'arroge sur son semblable ! à v.oir tous les maux qu'ils répandaient autour d'eux, on eut dit qtie* cette ancienne et abominable devise des Barbares : a malheur aux vaincus l » était pouF Venise la seule règle de conduite à l'égard des nations conquises.

Lorsqu^enfîn éclairé par Texpénence et pressé par les dangers de sa position , le sénat crut devoir former des régimens grecs, irn'étâit déjà plus temps de ramener les esprits. Les Vénitiens, par leur orgueil et leur intolérance, s'étaient rendus odieux : leurs extorsions et les cruautés par lesquelles ils punissaient

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les défectfons que leurs mauvais traitemens avaient provoque'es , détachèrent à jamais de leur cause les restes déplorables de la population grecque. On vit des provinces entières se défendre , sans le secours des Turcs, contre les armées de la république, et , quoique chrétiennes^' combattre pour rester sous le joug ottoman, parce qu'en comparant leur situation présente aux calamités qui les accablaient sous le sceptre de fer de Venise , la tyrannie des Turcs leur semblait moins affreuse (i). L'appât du gain, et l'espoir d'éviter à-la-fois l'eâclavage et la misère, enrôlèrent cependant une foule de Pélopo» nésiens sous les drapeaux de Saint-Marc; mais bientôt, abreuvés de dégoûts, en butte aux railleries des soldats vénitiens , ils renoncèrent presque tous au stérile honneur de servir une nation qui ,en échanjge de leur sang, ne leur prodiguait que des outrages. JH fallut bien du temps avant que les bandes italiennes consentissent à traiter en frères et en compagnons d'armes les troupes du Péloponèse. Une prévention injuste jointeau fanatisme religieux, élevai tentr'elles une barrière insurmontable. Le courage des Stradîotes(a) et l'habitude de les voir combattre au premier rang, soit dans les guerres qu,e la république soutint

(i) D. Cantëmir, HisU des Ottam.

(q) Les Stradiotes étaient une espèce de cavalerie légère \ ce nom y. qui signifie soldat , est tout-k-fa>t grec. )

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en Italie; soit dans les expéditions en Grèce, les réhabilitèrent un peu dans l'opinion. Les répugnances et les antipathies disparurent de part et d'autre y mais quand l'accord commença à régner, *il était trop tard pour en tirer parti. Devenus mahométans , le Pciloponèse et l'Albanie s'accoutumaient à la fierté ^kiaigneose de leurs nouveaux dominatem*s et ne soiipiraieut plus qu'après le repos , car le bonheur leur était à jamais ravi. Le temps des illusions était passé pour la Grèce. Venise avait tant de fois abusé de sa confiance; que lui eût-elle offert la liberté, elle se fut défiée d'un tel présent.

La plus grande faute des Yénitiens à cette époque^ fut peut-Ht'tre d'abandonner les partis que 1© mécontentement avait formés enLacouie et dans les monts Acrocérauniens.Ëu nourrissant la haine de ces montagnards contre les Turcs, en leur fournissant des armes, la république se serait fortifiée de leur audaœ et se fut ménagé une puissante diversion en cas d'attaque de la part de l'ennemi commun* Mai« on sellait presque tenté de croire que le sénat ne connut jamais le véritable état de sesailaires^^oisle Levant. Loin d'assister les guerriers de Maina et ceux de la Qiimère, le» généraux et les provéditeurs vénitiens firent tQus leurs efforts pourlea accabler. Il leur était facile de faire tourner le désespoir de ces hommes au profit de la répul>lique ; ils s'appliquèrent uniquement à les' rendre ses plus implacables enoetnîs. Il Rie ÊEtl'liit pfts moins que ces abeirations BUiltipliéespour ruiner la puissaucc vénitienne dans un pays oà

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la force des choses m^me semblait devoir la main^ tenir. A>ec les Grecs , elle devenait formidable ; sans eux, il lui était impossible de conserver l'extension qu'elle avait acquise. Les petits états dont Fa^andissement subit n'est paS proportionné àrimportance de leur territoire national, doivent s'attendre à éprouver le sort de Venise, à moins qu'ils ne sachent opérer un rapprochement politique entre les nouveaux sujets et les anciens , enchaîner les premiers parles bienfaits d'un gouvernement juste et protecteur , et effacer toute distinction injurieuse , tendante à perpétuer la honteTl'avoir cédé à la foix:e^ des armes. Eu agir autrement , c'est empêcher une fusion sans laquelle l'individualité de la nation assujettie devient nfcalcitrante ; c'est se constituer en état d'hostilité permanente envers cette nation qui , tôt ou tard , raisonne et révoque en doute la supériorité qui l'accable; c'est enfin organiser de soimême, et rendre inévitable la secousse par laquelle seront perdus un jour les fruits d'une conquête qu'on s'est montré indigne de conserver.

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