CHAPITRE IL
Les Grecs de Conslanticople au temps de Soliman II. — Ce prince ravage TAlbanic et extermine les montagnards de la Chimère ou Cimëriotes. — 11 assiège Corfou par terre et par mer. — Barlierousse range le duché de l'Archipel sons 1 ol ëissar ce du snltan. — Prise de Ch} pi-e. — Bataille navale de Lépante.
(1522 )Il avait été facile aux Grecs de Constantrnople ^ des les premières années qui suivirent la conquête^ de se rendre nécessaires aux ministres du Miltan, et même de s'immiscer à la politique des Turcs avec les états voisins. On sait que le koran interdit aux Musulmans la coiinaissaQce de tout antre idiome que le leur ; ils furent donc réduits^ dans leurs relations diplomatiques ^ à n'employer que des hommes étrangers à leur croyance. Cette nécessité fut heureuse pour les Grecs, et rendit moins complète la nuUité à laquelle ils étaient condamna. Il* recherchèrent les emplois de drogman (i) qui , v:a l'importance des secrets auxquels ils initiaient; donnaient à celui qui en était revêtu , un haut degré de considération parmi les Turcs eux-mêmes. Les Gtirecs partagèrent d'abord l'exercice de ces charges mrec les juifs , qui jouèrent un grand rôle dans la
(i) Drogman^ veut dire interprète.
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politique oUomane pendant les x\®. etxvi*, siècles. Les drogmans n'assistaient pas aux délibération!^ des ministres j ils se tenaient dans rantichambre , et ne pénétraient dans la salle que lorsqu'ils j étaient appelés pour lire quelque pièce , ou traduire dans la langue des Francs les notes turques adressées aux princes chrétiens. Ils n'avaient d'autre titre que celui de gramatikos ou écrivains , mais leur influence bi«»qu'occulte était déjà réelle, et il en résulta un avantage immense pour toute la population grecque; ceux qui approchaient des ministres, et qui, en qualité de gramatikos, leur servaient de conseils, obtinrent successivement pour leurs compatriotes une foule de petites faveurs. AJors se formèrent les premières maisons de coiûniei'fce dirigées par des Grecs, et l'on peut fixera mte époque l'origine de l'opulence à laquelle ces établîssemens devaient parvenir. Jusque-là , tous les individus de la nation opprimée ne s'étaient voués qu'à l'exercice des professions mécaniques les plus grossières; mais bientôt la certitude de trouver des protecteurs jusque sur les premiers degrés du trône, leur donnant l'espérance de se soustraire aux vexations des sujets turcs , ils osèrent prendre leur essor. Dès qu'ils crurent eutrevoir pour eux des garanties de la propriété , ils cherchèrent à s'enrichir, et, le commerce qui, dans les mains d'un peuple aussi indolent que. le peuple turc, avait perdu »on ancienne prospérité^ ne tarda pas à retieui'ir «n Qrient.
Il6 HISTOIRE
Soliman II(i535)yliéritîer de la puissance formidable de Bajazet ainsi que des trésors immenses que ce monarque avait entassés^ et que Sélim I avait conservés intacts^ attendit à peine que le monde connût son avènement au trône, pour se livrer tout entier à ses inclinations guerrières. Dès i5^a,âl commença le cours de ses exploits par la prise de Riiodes^ qu'il enleva aux religieux militaires de Saint- Jean de Jérusalem, qui avaient triomphé des efforts du terrible Mahomet IL La chute de, ces braves chevaliers retentit dans tout l'Orient , et annonça aux dirétiens, qui y possédaient encore quelques colonies , leur prochaine destruction. Malte devint le refuge des débris de l'ordre persécuté, et nous verrons bientôt Soliman les pourauivre dans cette nouvelle retraite.
Bliodes soumise, le sultan porta ses armes en HSigrie.Aspimnt çnsuite à l'empire de la Méditerranée, il donna tousses soins au perfectionnement de sa marine. Les Grecs de la Thrace, de la Macédoine, des côtes de l'Asie -Mineure et des îles, plus propres au serviceiùaritime que les Turc?, furent appelés à bord des vaisseaux. Une foule de renégats italiens, chassés ,de leur patrie pour des crimes, ou s'étant dérobés d'eux-mêmes à la rigueur des lois, passèrent sur la flotte ottomane et initièrent 4es officiers du sultan à tous les progrès de l'art nautique en Europe. Ces lumières ne furent pas perdues } Soliman avait pouji* amiral un homme supérieur , et qui valait à lui seul une armée navale : c'était le trop fa-
meuz Barberousse^ qui devint la terreur dé la chrétienté.
Les Hongrois ayant été réduits à signer un traité humiliant ^ le grand - seigneur dirigea toutes ses troupes de terre du côté de la Grèce , pendant que Barberousse conduisait sa flotte dans TArchtpel. On ne connaissait pas encore le but de cette expédition^ mais Venise y quoique en paix avec les Turcs y comprit bien, que «c'était contre ses pos^ sessions de l'Adriatique que se faisaient ces immenses préparatifs. Le sénat se bâta donc de ren-^ forcer les garnisons de toutes ses places en Moré&f on forma de noureaux corps de StradiMeS; et les raÂscaux de la république se trouvèrent pr^ts à sortir aa premier signal. A la nouvelle de la marche de Soliman^ Venise fut en proie à- une telle perplexité,^ qu'on 7 agita la question d'abandonner tout-à-fait le Péloponèse, en cas df attaque ^ pour n'avoir à ééîétk-* dre que les îles Ioniennes et le territoire même de> la république. Bientôt le s6iat adop^ un parti pkis s^ge et plus conforme à sa dî^gnité. Il résolut de ne rien néglige pour conserver la paix, et d'opposer partout uae légale résistance , si la gueire était inë» TÎtable. A k suite de cette décision, on envoya un provëditeur extraordinaire à Gorfou , la plus ijaportante des îles vénitiennes dans l'Adriadqùe. Les forts et la citadelte principale de celte colonie furent approvisionnés, et bien qu'il ne se fût pas en^ core éleyë le plus petit nuage de mésinteHigence entre Soliman el la répuUique, cplle^:i n'oublia
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rien cour se mettre en état de faire tête à Tora^ quXl était facile de prévoir.
Cependant les Turcs s'étant avancés dans la Macédoine , inondèrent tout-<i-coup FAlbatiie qui s'é«tait révoltée contre eux. Soliman Bt ravager le plat pays par ses tiioupes; il brûla sur sa route toutes les villes et tous les villages , et extermina lui grand nombre de montagnards qui tombèrent en son pouvoir, mais il ne put soumetti'e le gros de cette population. Après des elforls inouis et des pertes considérables , il alla attaquer les chrétiens de la Chimère qui avaient bravé la puissance de ses prédéces* seurs y et qui-conservaient dans leurs montagnes la sauvage indépendance de leurs ancêtres. Comme dans- lé reste de T Albanie, les Turcs laissèrent dans (^ttepetite coatréedes traces sanglantes de leur passage ; mais ils ne lassèrent pas la persévérance des Cimëriotes. iiors d'état de lutter contre des forcés trop supérieures, ces hommes intrépides se cachér€)iitda«is les antres les: phis inaccessibles des^monts aorocérauiùéns, décidés à mourir d'inanition plutôt que de vivre dans l'esclavage. Soliman ne s'amusait à t^t^-la soumissioà-desCimériotes que pour tromper les y^itiens sûr ses véiî tables intentions. Dès qu'il crut afvpir exterminé ces peuplades indociles au pug y il âe jeta «ir l'Italie (ii536), cherchant on prétexte pour déclarer/ la guerre* à Venise et s'emparer de Corfoué ' ;/'
JLa r^ublique lie pouvait voir avec indifférence da^s son voisinage un ennemi si redouuble (i537).
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La nécessité où elle fut de réprimer par la farce des armes, quelques déprédations des soldats turcs dans laBalmatievéDitienne, devint le motif de laruptiire que Soliman désirait avec tant d'impatience. Il revint aussitôt en Albanie^ et commença les hostilités. Sa flotte parut dans le canal de Gorfou , le a5 aoàl i53d^ et Watei son armée pénétra, dans File sans prouver d'obstacle. Pesaro et Doria , qui éomman-^ daient les galères de Venise et celles des alliés^se potirèrent à Gomenizze et à C^halonie. Bientôt TandènneCorcyi'e n'offrit plus que l'aspect deladésola* tiott : les villes eCles villages furent ruinés de fond e&Qombleyles plantations détruites^ les oliviers bro* lés. Potamo f qui n'est qu'à tt-ois milles de la capi^ taie, fut livrée aux flammes , après un horribfe' lûâssacre; en sorte ^e les infortunés Gorfiotes pou- > valent presqiie entendre! les cris des mourans et voir les r^v^f» de J'incendie ^ui menaçait de les * gagner. Le S.i: août ^ Barberousse établit Ses batteries et. plaça sur l'écueil de Vido une pièce de cin~ I quaote livre» de balles , avec laquelle il foudroya pendant trois jours la citadelle et le port. '
Gesié^e naénsbrable, qui dura plus d'un mbisy se termina, à la gloire des Goi^fiotes. Soliman luimême, av^ec sesi dcfax fils, était venu encourager le!» eforts de ses janissaires; mais la valeur des assises triompha du dévouernent aveugle^de cette terrible milice. Le sultan , autant effrayé des pertes considérables qu'il essuyait que ^es progrés d'une maladie contagieuse qui dépeuplait son camp;s'éloigna
à la fin de septembre^ avec la honte d'avoir échoué dans son entreprise» En se retirant ^ il confia à Barberousse le soin de faire tomber sa vengeance sur les restes épars de la population corfiote ; et ce barbare, après avoir ruiné tout ce qui précédemment avait écbappé à sa furie, emmena environ quinze n^ilte esclaves. Peu de jours après , Céphalonie- éprouva le même sort que Goribu : Barberonsse y fit une descente qui coûu la vie aux deux tiers des babitans. A son départ, il n'y restait plua que des cendi*es et des cadavres ^ i) .
La défense de Gorfou , due pvesqu'enti élément auK Grecs de cette île , leui* fit le plus grand honneur. Ils.s'^taient offerts d'easL-m^mes aux généraux v^tiçns pour Gonoourir au salut de teur patrie , et malgré les fatigues et les périls ée qmnse jours d'assauts presque contânuels^ leur zèle ne se ral^itit pas un seul inatant. Corfo» est le pa^ .de la Grèce où les formes du gouvernement xi^nbli^m se sont le plus^ lottg-tem^B conservéea : c'est dé là que jaillirent ,.aa commencement du moyen âge , les dernières étiuQeUes de p^riotisiae , qui , jusqu'à nos jo«7S, aient éclairé la Bellade. £q»éroni que, malgré l'oppression sous laquelle ils gémissent, les Gorfiotes réussirent encore à se mcHitrer dignes de leur andentie renomniée^ Bientôt peut-être sonnera
(i) Laugier, ïïist, de Venise^ tom. ix. — Paolo Pa-> ruta, Wst, Vemia , liy. x.— *Lcî père Sauger^ HisU des Ducs de VArchipeL - -
- V DES GRXCS MODERNES. t!il
Vheure où la Grèce affranchie étendra sa sollicitude à toutes les contré^ qu elle civilisa. Elle voudra aussi accomplir la délivrance de cette immortelle Gorcyre y rivale jadis'ii brillante des plus illustres ci tés d^ l'Attique et du Péloponèse , de cette île , Témule . de Corinthe d<»it plus d^une fois elle abaissa Torgueîl (i).Corfou n'est jamais descendue auméme degré d'avilissement que les autres provinces grecques. £n vain une puissance tyranuique medite-t-elle au^ jourd'bui de la plonger dans les ténèbres de la bar-* barie , complices nécessaires de l'oppression : les Corfiotes y qui se vengèrent autrefois des fureurs de Totila ('2) ^ parviendront sans doute à secouer le joug ignominieux des modernes Vandales. ^
Barberousse ne voulut pas rentrer à Constantin' nople sans avoir dompté ce qu^il y avait encore de Gi^cs^ libres dam ia mer Egée. U conduisit sa flotte devant Naxos ^ capitale du duché de l'Archi^» pel^ et malgré les prières et la soumission de Fran« çois Crispo^ souv^ain régnant , il fit dévaster ^:ette malheureuse j^ije^ et y leva un tribut ^orme qui ruina lo}iB les citoyens. Cependant^ après avoir dépouillé le palais ducal de tout ce qu'il* renfermait-
(1) Thucyd. , lib. i. — Diod. , lib. xii, cap. vi.
(a) Totila avait ravagé Gorcyrê > ceux des habitann qui survécurent au massacre joignirent la flotte de YiLalien devant Ancône» et détruisirent les vaisseaux du roi des barbares qui assiégeaient cette ville. (Le*" beau 9 Sisi. du Bas-Empire,
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de précieux y il laissa Grispo sur le txône , à oondi' Xiùn qa'il renoncerait à l'alliance de Venise , se redîâinaîtrait tributaire du grand-seigneur et lui parierait annuellement une somme de six inillô écos d'or. Barberousse attaqua ensuite Paros qu'il eut bien de la peine à réduire. Andros et Tine^ Milos et Myconi y alUées ou dépendantes du duché de l'Archipel , furent comprises dans la convention de François Grispo. On ne connaissait point encore les îles de Gassos, d'Hydra et d'Ypsara, qui paraitront avec tant d'éclat dans l'histoire de la ré- , génération de la Grèce: ces écueils à peine indiqués sur les cartes, n'étaiei^it que des refuges de pirates, et l'on y comptait à peine quelques familles de malheureux pécheurs. Pour élever ces iles au de- , gré de splendeur où elles sont parvenues , il a fallu tousles prodiges de la persévérance et de l'industrie. La soumission de l'Archipel n'était point codsotmaée, lorsque Soliman accorda la paix aux Yé- ' mtiens (i54o).Les principales c<Hiditions de ce trai- ' té furent la cession au grand-seigneur de toutes les I places que la république tenait encore dans le Pé- Iqponcse et la renonciation à ses droits sur l'Archi- | . pel, ainsi que sur les villes de la Dalmatie conqui- | >»es pendant la guerre. Enfin , le 20 octobre, la paix | fut conclue entre les deux états , après cinq ans j d'une^giierre la plus terrible et la plus malheureuse ■ que Venise eût encore soutenue. Pour régner seul i sur toutes les provinces contineutales et maritimes | de l'aocienne Q^èce , il ne manquait plus au sul-
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Jan que de renverser le fantôme àe souverain qiie Barberoiïsse avait laissé à Na-xos.Crispo fut en effet détrôné. Cet événement eut lieu la dernière année du règne de Soliman '(i566) ^ qui , soit qu'il eut l'intention d'huniiiier ies^'Xrrecs^ sodt qu'il se pro^ posât de punir les Waxiotes de leur ancienne haine contre les Turcs^ donna rArdbipel au juif Michez, son favori (i)* . . : »
Depuis cette époque , les Ottomans ne pouvant empêcher que ces îles ne restassent ouvertes -aux* armateurs chrétiens et aux croiseurs maltais , n'y envoyèrent ni o^£ci«rS' > ni gouverneurs d^dcurto^^ tïon. Chacune d'elles avait la faculté de choisir ses magistrats ou Êpitropesj dk**^ l'élection devait être confirmée par le divan. Ils* 'Veillaient' au maintien de la police intérieure , et n'avaient , pour ks assister dans leurs fonctions judiciaires^, ni cadiy ûi force aitaée. Mais ce qui jrendait souvent la. dignité d'épitrope plus dangereuse qu'honorifique ^ c'est la responsabilité qui j était attaehéè'^pour le paiement régulier des taxes de clikque 'district.
Les épitropes prélevaient l*împ6t ou capitation ( karatch ) , et lorsqu'au passage annuel du grand^ amiral turc, ils ne vei-saient pas la somme fix^ par les capitulations antérieures , ils étaient dapouillés de leurs biens , et quelquefois punis de mort. C'est principalement à uoe lyrAonie si af-
(i) Le përe Sauger, Hist. des Ducf de CÂéehipel,
12^ HISTQIR]^
îreuse qu'il faut attribuer lexceasive misère à laquelle les iks de l'Archipel furent en proie jusqu'au milieu de t^vu}*, siècle. Ces beaux climats, auxquels la nature prodigue presque sans culture les riches prpducpons.de i'Eiil^e et de l'Asie, ne portèrent plus que des rcmces et des bruyères ^ et sm* l'empliftceng^entides temples et de» palais antiques ^ on ne vit plus que de pauvres cabanes^ humbles et tristes dei^ejures d'un peuple toutà-fait flétri- (i).
Nous pourrions raconter ici ks exécutions sanglaotes «qui signalaient ordimdrement il'arrivée du capitan-piacha (grand amiral) dan& les îles soumises à la «jbmination turque^ nous pourrions montrer Les temples chrétiens profanés, le$ villages saccagés^ les femmes et les jeunes vierges livrées à la brutalité du soldaty-et les hommes, emmenés 'en esclavage ,
( 1^) Dans qes derniers temps , npqs avons yu les lies de l'ArehipeJ lorsfjLCelles |;ëfnissaieRt eacore, sous la tyrannie des Turcs ; il^est impossibjc de. se figurer la pauvreté et la dégfadalion de leurs malheureux babitans. La plupart des jeunes géns^ s 'expatria içnt pour aller servir en Asie leurs frëres de religion que le commerce avait enrichis ; les jeu'àés ïilles de Tine et d'Andros se rendaient a Smyrne et k <!onstantinople , oii elles se Vouâîeni a ladomestréitédanslès maisons dei Grecs et des Francs. Dans ces îleSitqut^ annonçait le règne de la terreur , et le dénûment du peuple était s^ seule sauve-garde, ^
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suivait que le chef ettomati jugeait convenable de le faire : tant' d'kcurreurs expliqueraient sans douté pourquoi , dans le'ceurstde/deux stèclefi , Ifes popu*lations de Tin0:et de Zëa, d'Andros^ de Myconi et de Naxos^ jadis- si 'florissantes^, se sont trouvées pres^ qu'anéanties f mais un pareil tableau serait trop aifligeant : qu'il suffise au/ lecteur d'appreredre qu'il surpe^e tout ce que dans ce genre l'imagination saurait concevoir (i)*
Soliman II mourut devàtit Sigeth ^ petite ville de Hcœgrie. Si l'on en cicepte la France, il avait ïaâi la guerre à toute TEuropc* Ses nombreuses expéditions , pendant un. ifègne da quarante - six ans , furent accompagnées > d'un bonheur qui ne se dànentit presque jamais. Cor fou, Tienne et Malte seules- pWent :s'àiorgueillir d'avoir t^iom^ pilé de sa puissance et de sa fortune. Malte étaiè devenue l'objet de sa cojère , parce qii* elle servait d'asile aux chevaliers fugitifs dé iRliodès ; mais ces- braves- résistèrent avec tant dcf courage que ^ pour éviter une ruine complète, la Hotte des Ottomans, à demt«détruite ^ dut regagner pré* cipitamment les Dardanelles. Il e^t probable qiu» Soliman eût cherche k se venger dé c'et échec, si, peu dé temps Uporès, il ne fâl d^cendu dans la tombe.
{^} F0f.-^^»Setie[ , Hht -des ' éviénemens- de la, Grèce 3 et Pouqucville , Hist, da la. régénération de la Grèee^
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Les Grecs sous ce sultan virent leur sort /améliorer d'une manière sensible; occàpé des plus vastes desseins y il eut souvent besoin' dd leur secours j et jamais il ne laissa échapper l'occasion de les utiliser« A travers le prisme de la prévention il sut discerner leur capacité naturelle , et ils lui durent en quelque sorte leur résurrection politique. Nonseuiement il étendit les attributions encoixî fort restreintes des gramatikos } mais il voulut que ses généraux s'adjoignissent plusieurs de ces interprètes ; et créa la cbargis d'écrivain de la marine , qui depuis fut toujours dévolue à un Gr6c.£n un mot^ Soliman fut ^ pour ses sujets grecs^ un maître si bienveill^int^ (pi.'un historien de cette nation à qui nous devons des détails /pràsieui^ sur ies'févéneniens de la Turquie., s'est cta obligé de xendre im culte particulier à la ménioire de ce prince (l).
. (1579) Chaque avènement 'd'un empereur était pour les chrétiens le présage de quelque catastj:<^he. Sélim II y-en\ montant sur le trône ^ confirma les, traités cxistans avec la France et Yelusef mais il était déjà dévoré par la soii des conquêtes. Sa marine était la plus brillante et la plus formidable»' qui .eùt„ jamais existé. Ses troupes de terre ,; agi;ervies!p^r millfi comibfits , brûlaient de
marcher à de nouveaux triomphes ; ses coffîres. xegorgeaient d'br^ et ses généraux , formés à Vécole
(i) D. Cantémir, UisL oUom,
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de Soliman , étaient réputés le > plus habiles ou du moins les plus heureux de l'Europe et de l' Ask; : c'était plus qu'il n'en fallait pour tourner la tête à im jeune prince aussi enthousiaste de la gloire miï»- • taire qu'avide de se signaler dans la carrière qui avait fait la grandeur de ses aïeux. Cependant^ reteuu pr les préceptes de Mahomet , qui ne permettent pas d'attaquer un allié ou dé rompre avec lui sans cause légitime , il différa jusqu'en 1570 l'exécutjton de ses projets contre les chrétiens. Il tomba alDrs toul-à-coup'sur l'île de Chypre qui, par sa position sur les côtes de Syrie , par ses richesses et par son étendue, était une proie digne de son ambition; t-es Vénitiens, réveillés par cette attaque, et n'ayant plus à opposer aux Turcs les forces du Soudan d'Kgypte, ancien protecteur des Lusignan , équipcrent promptement une flptte destinée à porter des vivïes et des munitions aux places les plus capal^les de sesîster. Ils embarquèrent aussi des Corps nombreux de Stràdiotes et de soldats italiens soît^our soutenir les milices cypriotes , soit pour renforcer les garnisons de Cérines , Famagouste et Nicosie. On vil dans cette guerre tous les prodiges de la valeur et du désespoir, tous les excès de la rage et du fanatisme. Jamais Venise n'avait fait de plus grands effortsj jgfemais le sénat n'avait consenti à de si grands sascrhfices pour conserver une colonie ; mais il ccmnaissait toute l'importançj^ de celle qu'on voulati lui enlever. Dans ces jours de destructiou, les soldats italiens ;i les Stràdiotes grecs^ les volontaires de Chy-
laS msToiRE
pre se couvrirent d'une gloire immortelle. Chaque village, et pour ainsi dire chaque maison , fut le théâtre d^un engagement terrible; il n'y eut pas un bois , une vallée , une montagne de l'ile où ne luisselât le sang des Musulmans ; il n'y eut pas ime pierre des rempart^ de Nicosie et de Famagouste qui ne devînt un monument de rhéroïqup intrépidité des chrétiens. Mais ces derniers durent enfin céder à l'achamement d'un ennemi que ses pertes ne pouvaient affaiblir^ puisque chaque jour son nombre s'accroissait par de nouveaux renforts y tandis qu'eux-mêmes n'avaient à espérer que des secours tardifs. Le trépas du dernier défenseur de Tamagouste fut commQ le signal du massacre du reste des chrétiens insulaires; ils furent tous exterminés (i).
"Venise, qui n'avait du qu'à la trahison la possession de Chypre , la perdit après avoir épuisé tous ses moyens pour .conserver ce dernier héritage dé la fanatique valeur des Cix)isés. Ce revers y irréparable pour elle , acheva ranéantisscmeiit politique des Grecs : ils furent ainsi absorbés dans le gouffre du despotisme musulman y depuis les (lots de la mer Carpathienne jusqu'aux sommets lointains de l'Olympe , depuis TAcrocéraune jusqu'aux rives du Pont-Euxin.
. .Sélim ne s'était pas borné à l'expédition contre . '• ■' ■ ■ -
(i) Laugier , Hisi, de Venise. — De Thou, Hisl. univers, — Daru , Hist, de Venise,
DES GRM^S M01>£ÀN£$. t^J)
Chypre (t57i)]*A5fi]û'''^ofccupër Venise sut tous 1^ poiMià-ferfoïs, et àè ^odîtrîre une diversion lâvdraWe à« ses projet*,' il avait envoyé une armée eu Albanie, ou ïa pépùbKqtte |^ossédà^t Pàrgà, iVë- Vesfii et BuiiWo avec leur territoire, qui avait Éaît paf ^e âes- dépendances de Fatiden duché de Corfoft. Les Mtisttlmâns dirigèrent iô'us leurs efforts contre ces viïiés^.' t'irga et Butrifitô furent ruinées ie fond en comblé ; les habitatis des contrées voisines périrent dam les supplice^ , ou furent/ traîné en esclavbîge. Le sénat ,, convaincu de l'imposa sibilité de reprendre Chypre , se hâta de rappeler sa flotte^ pour arrêter les progrès des Turcs, Oâ ignorait encore s'ils sd jetteraient sur la Dalmatîe, ettsi'ifti attroupement considérable de Bosniaques et de Servien», rassemblés sur les bords de la Save, ne tenterait pas dVottder le Fridul et ristrie.Dans cette dtcrnativé dé ctahite, lek Vénitiens implorèrent le fôcours de toutes les puissances ^Irempereùr,pîus inr tércssé que tout antre à ïa conservation d'ime repu* Blique qtd formait la barrièï'e de ses états, fut presque le seul à prendre franchement le parti de Venise. Les Chcvalî^:^ de Itfalfe envoyèrent aussi quelques vaissiBaut: au-devant dé la flotte vénitienne; et, dans Tinterraïle, lès Tiircâ , au lieu dé s'avancer dans la Dalibatie , opérèrent un débarquementà 2jante et entf imie h Céphalonie, où ils firent un énorme butin, et d'oiifls emmenèrent plus de^ix mille esclaves. Bientôt après ib de^Céiiâirent à Corfou ; mais la boiine
conlaqance des habitans y l'av^tUlçrie de^ forts et 4{iiel- ^qc^es escadrons de cavalerie napoUtâiii^ç qui ^e trouvaient, dans l'île, les contraignive^t de .8'ël6igniQF. Les Grecs ^ comme on.iq voit,, pajaie^t. toujo*j?s de leur sang les rçvers ou les succès dfB Veni^. Le nombre de ceux qui périrent à Çlfiypre , 'fin À^ib^r i^ie ou dans les îles pendant Je cours, dq cette guei're, peut être évalué à deui^ cept n^^ç^ . Cependant la flotte chrétienne >^ augmentée des . galères de Naples et de quelques vaisseaux du pape, entrait dans l'Adriatique so^s lea ordres du fameux don Juàn d'Autriche, frère naturel de Sançhe Philippe n. Cette flotté , exaspérée par les horreurs dou| elle avait été témoin sans pouvoir les ei^pêcher, toucha d'abord à Céphalonie , et vint dans les eaux de Lépante présenter la bataille à Lùzzari^ amiral turc. Les chrétiens remportèrent sur lui. une. victoire si complète , qu'au rapport de tous les bistoriens, ils auraient pu recouvrer le Péloponèse, Négreppht et les îles de l'Archipel,, s'ils avaient au profiter de leur avantage. Mais tandis qu'ils avaient dû se jeter sur les places que la flotte turque' nçppur vait plus protéger , ils s'occupèrent de- la poursuivre. Plusieurs fois ils essayèrent d'engager m nouveau combat contre Luzzari; , mais ce jgënéralji se boniant à couvrir Navarin et Modon^ les amusa; par dPhabïles manœuvres, sans jamais leur fournie l'oocasîôh d'n'^Ç attaque. Bientôt l'armée dê.|ajrqpu- ^liquç SQ divisa, et, aucpnimenoeraen^tderaniaiéesui-
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vente (1572); les Turcs , qui avaient couru les plus grands périls , entrèrent volontiers en négociation.
Cène fut qu'en 1 5^3 que la paix fut enfin conclue. Les Vénitiens renoncèrent définitivement à leurs prétentions sur l'île de Ghjrpre.; on leur rendit les places de la Dalmatie qui leur avaient été enlevées, et ils conservèrent > les îles de Zante et de Céphalonie,' ainsi que les territoires de Parga et de Butrifito. Cette lutte désastreuse^ qui avait à peine duré trois an3 f. coûtait à la république plus d^hommes et plus d'argent que toutes celles qu elle avait soutenues; mais la perte de l'île de Chypre était le coup* le plus fatal à sa splendeur et à sa puissance.Chypre était l'entrepôt de son commerce avec l'Egyptej' et quoique depuis la découverte que les Portu-gafa avaient faite d'une route nouvelle pour aller auiï Indes y ceconunerce fut considérablement déchu / il offrait ^encore des bénéfices immenses» •
Candie était plu$ étendue que Chypre; mais aux yeux d'un peuple, spéculateur elle était loin d'avéhr la méme^ importance* D'aiHeurs cette île^ qttîutt^ siècle plus .tJird les Yéuitiiehs devaient aqssi 99 voir aiTachér, ne leur donnait pas le tiers des^ifëf venus qu'ils auraient pu en- tirer au moy^nd'iiii? sage adminîslJÉàition) Tant que la république gafrB^ ses colonies ; elle persévéra dans le système absia^aé qui avait déjà soiistrait à sa domination le Pé]j[^|)ë^ nèse et l'Albanie.. £a possession deriches |ird9iôfées^ ob les Gsiscs formaient la masse des* hûbicsàist^i^U;
traita toujours ces malhevreax avec tant de hauteur et de dureté ^ qu'oà eut dit qu'elle avait pris à tâche de leur rendre le )oug des Turcs préférable au sien. Au reste; la victoire de Lëpante fut presque . le déplier trophée, de la répuhHque; et si dans la suite le génie de Morosini lui procura des succès qui ranimèrent momentanément sa v%uear expirante y elle retomba bientôt dans la léthargie p«& tique d'où ce grand homme Favait tiiée*
Les Grecs , délivrés d'un despotisme pour passer, sous un autre p ne s'aperçurent pas qu'ils avaient changé de maîtres* Le» Yénitiend er ks Tcircs ne s'étaient disputé que le droit de les opprimer ; il» finirent par être également détestés. L'ambition des premiers et leur fausse protection ^ avaient peutêtre inondé la Grèce de plus de sang qu'il ne s'en«s| versé d^ns les nombreux combats qu'elle vient de livrer pour recouvrer wn indépendance. Ane juger les goi^ivernemens que d'après VinÛuence qu'ils ont «to^ volfM&taîrement sur la destinée^des peuples^ qui ae!^ sentirait transporté d'indignation contre la république de Venise immolant à; ses iiitéréts, sou- ¥^t même contre ses intérêts^ dés peuples non moins dignes qu'elle d'une /existenicé nationale ? Mais il ' fs^^aujssi des accommodenlenS' avec l^htstoire» Cette ^euse république a trouvé des apologistes. ; un I|9p9s viqndfa oà les écrivains ^ jag^ des évëne^ me^ ^ des hommes^ ne seront plus en adimpatioU 4i;^a(4.1a: Violence et devant cet abommablé égo^sme
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qui sacrifie la majorité au petit nombre. On apprécie déjà à leur jtaste raleiir les dévastations des conquérans^ bientôt la morale et Thumanité miironi leur voix pour faire maudire y dans les âges futurs^ quiconque tenterait de ressusciter contre une autre Grèce Vabominabl^ politique de Venise.
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