‹ Histoire des grecs modernes depuis la prise de ConstantinopleChapitre 15 sur 30 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Guerre de Crjbte. — Prise de la viUe de Candie. ^ , Prérogatives accordées aux drogmans grecs. — Campagne de Morosinî. — Il fait la conquête de FAlbanie. — S'empare du Péloponèse, de Tine, de Scioet de la plupart des îles deTArchipel. — Paix de Carlowltz«

(1645) La première partie du xvn*. siècle ne fut marquée par aucun événement qui révélât Texistence de la Grèce. Le Péloponèse était tombé dans la misère et dans l'oubli^ les îles étaient désertes, et à peine le nom de grec était-il prononcé dans l'enceinte immense de Constantinople , où il avait été travesti en celui de Rdia (1). Cependant les montagnes de PEleuthéro-Laconie commençaient à retentir du chant de guerre des premiers Cleftis (2). Quelques hommes libres créaient des foyers ptHir Iqs peuplades belhqùeuses de la SeUeid et

(i) Raïa, mot turc j il signifie ennemi, étranger, rebelle , peuple conquis.

(2) Les Turcs donnaient le nom grec de Clefïis , ou vaieurs , aux guerriers chrétiens qui repoussaientleur oppression en Epire ,^ en Morée et en Thessalie» ,

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de rAcroçâ^iwiiie • { i) • Des baodes de chréHens in- . dai|i^it4s fixaient, leur «àùvage résidence d^ns lé* gorges de l'Olympe , »ou dispataîent à l'oiseau dé- Jj\pipeT Ijçs crétea. nébuleuses de FOssa et du Pélion. Le génie dé la libeité. produisait déjà des hé» T08} mais leur no^m échappait au burin de l'histoire. Ils ont vécu, sans d<»ùte idans lea traditions populaires , dans ces ibyomes inspirés qu'un savant' Uttérateàr vient de livarér k notre admiration (â) jleurs vieux exploit^ font peut - être encore le «»jet des récits met^V€itlleux des paramana (3) de l'Épireetdç.l^ Thes^lie ; mais un: détail plus exact' de ces haiM(S faits .sera perdu pour la postérité , et' c'est, comme précédemment , daiis les seuls fastes de V/eni^e que nous dievons^cherdier les tristes -sot»vemrs de. la Grèce pendant le cours de ce siècle. Un peuple^ saus: littérature ne laisse pas de trace dans le temp&^ «t|£su4 un vide irréparable dans les annales

(i)* C'est vers' le commencement dû xvii«. siècle que des familles d'Épirotescbre'tiens jetèrent Ie3.foîidemens ^ de Soulî l Cette bôurgikde Si féconde en h éro.s.

(2) M. Fauriel , qiii à publié une excellente traduction des Chants populaires de la Grèce moderne^ chez^ Firmin Didôt.

(3) Patamàna , nourrice. Chez les Grecs modems, comme' 'dans -fanftiquîfé, les 'iiourrice& prennent rang^ dans les familles^ et conservent beaû&oup d'asceùdaht swl'esppit de ceuatqH'eBë$ Otitél^és^»

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du moue»* Au bel â^ de I^rîdès; anWtt^ oé pu Gporire que la patrie de» Hérodote ^ dés Xënoplie» «Driverait tu jour à ce àeçfé de barbarie!

En 1606, La Ptorte avait pris une attitude gueK rlÀtodans la Bosnie et dans la Maeédoine. Le Frioul' et lest îles lonietme» paToissatentUfi^ihâicés^ mais Ma*honiet lEE confinnsL le dernier traite avec Venise, €^ ht paix'gfbërale de 1617 promit ntfi long rfepos ^ la Grèce. Amuratb IV n'inqaidta point la répubii<}cie;~ nHÔs son gaccesseur^ Ibrahifii y annonça;, dè^ son avènement av tiéne, que 1er calmedont avai€^it joui les <^ëlœns serait bieDtdt troublé. IL fit d'kâliMtoses prépàindib pour une expédition donf l6 but fut leug^'temp» ignocé. Il chet>chait à aibuéer le Bajte de- Venise k>rsque œ magistmt , justem^it alarmé, demanda au divan contins quel ennemi le» Turcs' tottiueraseot leur» armes» Ibrahim feignit de vou^^ lok attacfoer Malte y"et^ il omt' avoir b-ôtnpé là vigilance des Vénitiens par ce stratagème. Mais ceux-ci » loin d'être rassurés par les protestations du sultan ^ augmentèrent les garnisons de toutes les lies de 1^ Adriatique et des> place» de terre fer*' ^e ; ib envoyèrent leurs meilleures tn>upes à Corfou, sur laquelle ils supposaient qu'albôt fondre Toragé, et, dans leur sollicitude, ilsn ôubtièsent pas de pourvoir à la^défense de la Crète, quoiqu'ils fus* sait loin de supposer s^vl ^aud-sei^^eor riateotioa ^y porter la guerre^ î

Au oommenpepMintide jittn ^ une flotte dMuigéc

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de troupes de débarquement ^ d'artillerie de siège et de provisions de toute espèce , partit de Cons^ tantinople. On croyait ou Ton feignais de croire quelle se dirigeait sur Malte; mais a la hauteur du Gap Spada y elle longea tout-àooup la, côte orientale de la Crète ^ et jeta l'ancre dans la rade de Candie. Les hostilitt» commencèrent au^ sitôt, et les Yéni tiens , malgré leurs alarmes à la vue du redoutable pavillon de Mahomet, se défendirent avec le courage le plus héroïque» Leun places de guerre passaient pour imprenables, mais ils prouvèrent que la constance et la valeur réfléchie d'uner brave garnison, sont encore le plus sur rempart des villes, r

Lorsque le sultan eut eiiHn levé le masque, il jeta sur l'Albanie son armée de terre, fortede plus de cent mille liomm6s( 1669) • Ceramassis de barbares désola toutes les provinces chrétiennes de la Tbrace et de la Macédoii:e. L'Épire fut aussi de nouveau l'arène sanglante du fanatisme et de la cruauté. Los. campagnes qui, à la faveur de quarante ans de paix, s*étaient couvertes de hameaux, de plantations et de culture^, perdirent en un instant cet aspect de prospérité. Toute la population chrétienne se réfugia dans les montagnes, abandonnant aux Turcs ses chaumières et ses récoltes} et ceux qui, en qualité de ]V|u$ulmanSy avaient espéré conserver leur territoircintact, sentirent bientôt qu'une armée san^ discipline est souvent plus ruijdeu&si pour ses aôiis que

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terrible pour ses ennemis. Mais le grand nombre des Schjrpetars (i) habitues au métier des armes , oontribuèrent eux-mêmes à la désolation de leur patrie^^et chacune de ces peuplades anarchiques^ profitant tour-4-^tour de la présence des hordes turques pour venger ses injures particulières, commença dans l'Epire une sorte de guerre civile qui /est continuée y presque sans inteiTuption^ jusqu'à la fin du siècle dernier (a). Dans l'intervalle , les tcaupes d'Ibrahim s'emparèrent, en i654, de Butrinto et de la tour des Étangs; six ans après, les Corfiûtes, toujours dignes de l'ancienne réputation de Gàrcyre, les en chassèrent : un de leurs concitoyens aasiva même la place de Parga, qui soutint un siège de deux années. Encouragés par leurs succès , ces braves insulaires, qui avaient envoyé l'élite de leurs guerriers au secours de Candie, réunirent quelques

milliers d'hommes , et , soutenus par les vaisseaux de

fi) On nomme svhjrpetars les guerriers albanais qui vendent leurs services aux pachas de l'empire ttîrc , ou aux be3's de leur pays , comme les Suisses se vendent aux puissances militaires d< l'Europe. (• Voy, Pouqueville , J^oyage dans la Grèce. )

(2) La population de l'Épîre était divisée en familles chrétiennes et musulmanes, presque également indépendantes : elles obéissaient k des chefs de leur cboix y et reconnaissaient a peine Tautorité du sultan. Cet ordre de choses a subsisté jusqu'au temps d'Aly- Tébelen.

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Zante et deCëpbalonie^ ils s'approchèrent de Leucade pour en chasser les Turcs. Marino Marcello , pTovéditeur-génëral ^ dirigeait cette expédition ; mais les barbares qu'on avait cru pouvoir surprendre^ se défendirent avec tant d'opiniâtreté , qu'ils forcèrent les Corfiotes à renoncer à leur entreprisé. Cependant les Turcs pressaient vigoureusement la réduction de Tîle de Candie. Ni les revers qu'Us éprouvaient fréquemment^ ni la lenteur ^e leurs . opérations^ ni les prodiges de valeur des assiégés, rien ne put leur faire abandonner leur projet» Morosini ravageait TArchipel; il avait même remporté ime victoire complète sur la flotte ottomane en i655 ; Lorenzo Marcelli en rempoiia une seconde l'année suivante ; et ces triomphes qui, dans d'autres guerres et avec des ennemis moin^ puissans , auraient assuré aux Vénitiens le succès de la campagne, réagir - rent à peine sur les aifaires de Crète, Tous les états chrétiens de T Europe comptaient quelques guerriers dans les mdrs;de.Candiey ville qui, par sa splendeur et son importance militaire,. était considérée comme le chef4ieu de Tile. On y voyait, au milieu d'une troupe frança^e , les ducs de Beaufort et de Navailles. Le premier perdit la vie en combaitant; 1^ second, après avoir défendu pied à pied chaque bastion , chaque pan de muraille , s'embarqua avec le reste des Français, lorsqu'il jugea toute résistance impossible. Ce siège méniorable coûta plu^ de vingt mille ho^nmes aux Musulmans; mais leur constance finit jpar l'emporter. Candi^ capitula

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