‹ Histoire des grecs modernes depuis la prise de ConstantinopleChapitre 16 sur 30 · O HISTOIRE · texte numérisé non relu

O HISTOIRE

le 6 septembre; et la paix qni Suivit sa redditioD, garantit au sultan une conquête qu'il venait d'acUc^ ter par tant de saaifices ( i )•

Il n'entre pas dans le plan de cet ouvragé de raconter les faits dans leurs moindres détails ; nous devons surtout passer rapidement sur ceux qui n'ont qu'un rapport indirect avec l'histoire de la Grèce. Ces considérations nous ont engages à abréger le récit de la guerre de Candie , et bien qu elle ait été assez féconde en vicissitudes pour fournir la matière de plusieurs volumes , nous n'en p«Lrlons que pouf signaler son influence sur le sort des Grecs.

Elit -on pensé jamais qu'un échec irréparabld éprouvé parjes armes chrétiennes sur les rivages de la Grèce^ serait le {^incipe de la fortune des misérables raïas de Constantinople? Tel est cependant l'ordre immuable des arrêts de la Providence, que les événeméns même qui y paraissent le plus opposés , tendent -à leur exécution., La câtmpagne de Candie apporta dans la haute administmtion ottomane de grands changemens qui donnèrent aux Grecs une importance qu'ils n'avaient pas eue jus* qu'alore.

Coprbgli-Achmet, grand visir, celui qui veiiaû de soumettre la Crète ^mmena à Constantinople son traducteur Panajotaki ou Panagioti ^ qui lui avait

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(t) Brusonî, UU, guer. Ira yen, e Tur, in Çand. — taugier, ir/^. rfe /^e/i«€r, — ITarH, /Vf.

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été très utile dam toutes les négociations, Pauagioti, natif de Scio^ joignait de vastes connaissance |^ cet esprit délié par lequel Jes Grecs se distinguent des autres peuples; il se bâta de tirer parti du crédit dont il jouissait pour ouvrir une carrière- nouvelle et brillante à l'ambition de ses compatriotes. Le grand visir l'appelait au conseil et ne se dirigeait que par $0s avia. Fort de cette confiance et de la déférence des autres mijaistres ; habitués à courber k tête devant Tobjet, quel qu'il fût, des prédilections despotiques, Panagioti s'en prévalut pour intriguer sourdement; il s'attacha à représenter aux membres du divan que Les intérêts de Sa Hautesse exigeaii^t l'attenlion la plus scrupuleuse dans la traduction et l'exameD des notes diplomatiques. Gomme U avait «ffaire à des hommes soupçonneux, et d'autant plus en garde contre la perfidie qu'eux-mêmes étaient plus disposés èi tromper, il exagéra les dangers a^xqudb lespi^évàrications d'un traducteur infir dèlepomvaientexposer l'empire; enfin il eût Taudace de déclarer aux ministres réunis en divan, que la Si^lime-Porte fierait victime de l'astuce des ambasr saâeurs chrétiens ^ tant qu'eHe n'aurait pour secrél^ires que des individus pris au hasard, sans considér^ktiop peiîsonnçlle et sans caractère politique. Son de^ein était de faire ennoblir Jes- fQBCti<w»^<* dreg^ niàn,et d'en écarter les Juifs, qu'ilmontrait comnie entachés de vénalité et toujours prêts à Stie vendre au plus pifr.ant. ...;.'

]&i d'aiitres temps,:JU )mirdi«sde de-JBanagloti lui

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eût coûté la vie. Il obtint au contraire tout le succèd qu'il s'en était promis. Le divan fut convaincu àe la nécessité de réorganiser le corps des gramatikos. Le grand visir^ cédant à son affection pour Fanage ^ ti, décida qu'on n'y admettrait plus que des Grecs , qui se virent ainsi tout4i-coup chargés des intérêts les plus chers de la Sublime-Porte, et devinrent en quelque sorte les arbitres de ses destinées politiques. I^e Sciote Panagioti reçut le litre pompeux de dwan terzimanj ou drogman du divan; il eut un appartement dans le palais j et ce qui mit le comble aux honneurs de cette subite élévation , on lut permit de laisser croître sa barbe ^ en sorte que de la condition humiliante de raïa y il monta aussitôt au raçig des turcs (i).

Le bonheur de Panagioti fut un motif de joke et d'émulation pour ses compatriotes ; ils convoitèrent plus que jaiuais les, charges de drogman. La pecpulation chrétienne du Fanal ou Fanar (2)y la pins industrieuse et la moins mi^rable entre les Grecs , soQigea dès-lors à accaparer le^ fonctions d'ititei^ pï^te de la Porte, car il était aisé de prévoir quelle importance, elles allaient acquérir. Les FaiiBH riotes ne négligèrent rien pour -mettre leurs eniazis en. état de parvenir au drogmanat; ils leur firent

(i) On sait que les Tiircs ne permettent pas aux chrétiens de porter la, barbe longue. Les prêtres sont seuls exceptés ; mais ils ne peuvent se raser la tête»

(2) Quarti^ de Constaiilineple.

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d'abord apprendre les langues turque et italionne , et ensuite la langue française^ qui remplaça Tidiôxp» de Venise lorsque cette république eut perdu tout crédit en Orient. Telle est l'origine de la prospérité duFanar^de ce foyer d'intrigues d'où devaient biei»lôt sortir d'habiles diplomates , de serviles courti^ sans^et toute cette foule de princes d'un jour, fléaux des Moldaves etdes Valaques. Les drogmans travaillèrent -avec une activité prodigieuse à fonder leur puissance dans le divan. £n peu de temps , la direction des affaires intérieures et extérieures dto ' l'empire se trouva concentrée dans les mains d'un , petit nombre de familles grecques. C'est de oe moment que date la révolution qui s'opéra dans^ la politique de la Sublime -Porte (i). Une fois abandonnée aux Grecs ^ cette politique prit un tout autre cours ^ et entre tous les cabinets de l'Ëurc^pe^ le divan se distingua par la subtilité de sa diplo- ^ matie.

\ La mort de Panagioti ouvrit un vaste champ à l'ambition de ses rivaux (167 3) .Cet homme, qui joti goit à la souplesse d'un esclave oriental la fermeté I d'un chrétien pour la défense des droits de l'églisB I grecque , laissa quelques mémoires qui ne nous

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(i) Le nom de Sublime-Porte, employé pour designer le gouveruement turc , signifie , a proprement parler , la principale entrée du sërkil -, que les Turcs appellent babi-humayoun. C'est l'endroit où les am- L bassadeurs qui doivent recevoir une audience du sul-. tan i attendent que le drogman vienne les chercher.

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sont ^oint parvenus. On lui attribue cependant un ouvrage écrit en grec vulgaire et publié en Hollande (i). Mais ses qualités brillantes ; soit comme administrateur^soit comme diplomate ; lui furent^ sans contredit; plus utiles que son érudition. Il donna aux Turcs les premières notions de politique ; et apprit à ces barbares quels ennemis ils devaient combattre^ quelles alliances ils devaient rechercher en Europe.Le sultan; qui avait apprécié ses services ^ résolut de perpétuer et m^med'étendre lesattributionsdela charge qu'il avait créée pour lui. Alexandre Macrocordato^ qui lui succéda ; jouit des mêmes privilèges et obtint facilement de nouvelles immunités (2). Il put porter la robe et le caftan comme les seigneurs turcs , se parer du bonnet fourré d'hermine^ marque disiinctive des interprètes attachés aux ambassades européennes ^ et sortir à cheval (3)^ accompagné de qua^* tre domestiques coifG^ de kalpaks ou bonnets de

(i) Cet ouvragé a pour titre : Confession orthodoxe de t église catholique et apostolique d'Orient. ( Voy. Dict, unit^rseh)

(2) Ce Macrocordato , Taïeul de celui qui combat maintenant à la tête des Hellènes , était le petit-fils de Scarlatos ou Scarloti, sorguj ou tgeleb, à la cour d'Amurath IV, c'est-a-dire , pourvoyeur de bœufs et de moutons. ( f^cy^. Zallony , JEssai sur les Fanariotes^ pag. 20, n«. I.)

(3}^JusqU*a]Drs les Grecs n avaient pu employer qne des ânes pour montures ; ils devaient môme mettre pied a lerrc «n passaot^devant un musulman.

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fourrures. Bientôt de nouveaux drogmans lui ftirent adjoints sous différentes dénominations^ et malgré ie nombre de ceux qui briguaient cette dignité^ les candidats unis au clergé par les liens du iang y furent presque toujours préférés par la Porte.

Mais n aioticipons pas sur les événemens : nous n'aarons que trop . à parler dam la suite de ces drogmans et -de ces fanariotes^ si coupables envers leurs concitoyens qu'ils opprimèrent^ tandis qu'il leur eut été facile d'en adoucir le sort. Suivons^ le brare Morosini au milieu de ses trioniphes^ le moment approche où il va arracher une partie de la Grèce au joug avilissant des barbares.

Venise attendait l'heure de la vengeance ; la perte de Candie' lui avai^ été trop sensible pour qu'elle put pardonner aux Titres. Enfin ; en iG8u, , le grtod-seigneur déclara la guerre à rA^utriche^ et la république profita de cette occasion pour reprei»dre les hostilités dans la Méditerranée. Elle coticluty le 5 mars i684 7 ^ï^« ligue offensive et défensive avôc Tetuperear Léopold et le célèbre Jean Sobieski^ rdi dç Pologne. Ces alliances^ ^n lui as&urant de pui»sans secours!; i lui donnaient encore la cçrtitude de ne pas supporter seule tout le f^vde^u de la guerre^ comme ellel'avai^ fait dans les canipagnes précédentes. Aussitôt après la notification du traité féd^ératif y Çinancesco I^iH)sini y le même qui avait battu ia flotte ottpmanc aux Dardanelles^ en v 655 ; et qui s'était immDrtpli$é pendant le siège de Candie , fut uomiïxé général en chef -des ax^mécs navales de lîi ré-***

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publique. Les Vénitiens se relâchèrent un peu de leur pnidence accoutunwée en faveuf de ce grand homme^ car ils lui continuèrent le comtnandement des troupes après l'avoir élevé à fe digt^ké de <loge. Morosini <se mbntrft digne de la confiance de ses concitoyens; il commença le cbiirs de ses victoires par l'attaque et la prise de Lencsïde ou Sftinté- Maure^ et cette con^éte, qui lui fut vivement disputée pat le désespoir des Tures>^ délivra Ck»(m des brîgajidages que ces insulaii^es e^Kî^çtiienl' sur lies côtes,

L'atnik-al vénitien^ habile à profiter de ^66 avantages, se porta précipitahiment en Acaarnaiïrc âVw ses -troupes de débarquements Occupa en 'B^ongric^ les Turts n'avaient pu pourvoir â la défeiisede leurs prov^inces éloignées 5 Moï-oshii éprouva si peu de pésisianCe^ qu'avant la ûii du printemps» il tivùit Soumis l'Arta et TÉtoHe; let se trouvait déjà avec s<m armée devant les murs de Prévesa* * i

lie brufit de ssi marche^ et pi dis encore là l^ttmr | dé sies succès, jetèrent le détoùi^gemëât paWfii les 1 foldkts turcs qui formaient la gar nison^de cet^ ViHe. Gepetidant la ïbrce des rertipai^s <qui léë abHtaientj leur iîîspirant la confiamCe Qu'ils ne suticbHibe^iérU pafs lavant l'arrivée des secours que les paciiaé'de Bô* nie et de The^salie Jeur faisaient tespérer, ils sfe pré^ ^^att'irèint à soutenir le siège; mais lies Vééiî tiens as- MalUiteht la place avec Vigueur. Biént?ôt le\Éh*à*tiHe rie y- fit une large Wècfcè/ et après trois as^nùfe , ils "" fip-e^l maîtres de la Vilîe ba&se. Il leur i^tawà' cn-i

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lever les forts, et ils craignaient de perdre un temps précieux a en faire l'attaque régulière, lorsqu'à la première somtaation, les Turcs, méconleus d'avoir été trompés par les pachas, et craignant, d'ail leurs d'irriter l'ennemi par une résistance qu'ils jugeaient inutile, consentirent à capituler.

Morosini, surpris lui-même de la rapidité de ses victoires, entra aussitôt en Albanie. Dès qu'il y parut, plusieurs peuplades chrétiennes vinrent gixwsir sanai-mée; d'autres, profitant de sa présence pour se venger des Turcs, firent la guerre à part, mais d'une manière toujours utile aux iotérêts de la répuUique, puisque cette espèce d'anarchie tenait toute la population musulmane en échec, et lui ôtait fes moyens de songer à la défense dés forter rcsses^ii'armée chrétienne s'empara successivement de Salenà, deCroïa^ d'Alessius et de Scutary(i685) : avant la fin de cette seconde année de la guerre, toutes ies places fortes de l'Albanie avaient reçu des garnisons vétiit^iines, et la contrée entière obéissait à! la i^publiqué.

Venise avait alors à ^on servîte un guerrier suédois (1686) non moins renomi»ë pour ses talefts militaires que pour «a bravoure^ c'était le comte de Konigsmarck. Il ^vait reçu un ccHnmàndemeht ûe la répi^blique, et avait bien mérité' Jeïîé'yi oontnbuftnt puissamment à la gfoire de^â ariïïës. U passia 4gtl>^4kn*ëe pendant que Motôsîni, avec sà flotte, allait bombaider les places rnaritimes dé^'lâ Messëûièiet'ète l'Argolidte. Corimhe, si ifidèlè iux

JMusulmans a réj)oque des plus grandes prospérités de Venise, ne tint pas à la vue des conquërans de l'Albanie. Le drapeau de saint Marc fut arboré sur ,r Acropole, et Konigsmark, sentant toute l'importance d'une ville qui couvrait ses derrières en fermant aux Turcs l'accès de la péninsule, prit la route ide Napoli ou la (lotte devait seconder ses opérations.

Assiégée par terre et par mer (1687), cette place dont les ouvrages de défense, ruinés dans les derrières guerres, n'avaient presque pas été réparés, se rendit aux Vénitiens. Ds reçurent ensuite la capitulation de Malvoisie, de Coron, deModon, de N^varino , et de toutes les autres villes du Pélopoucse. Ses habitans chrétiens, étonna d'une révolution si prompte , célébrèrent avec transport lés i revers de leurs oppresseurs; ils saluèrent par des ] acclamations ces mêmes Vénitiens' qu'ils avaient ' maudits autrefois, tant il est vrai que le malheur i est aveugle, et qu€ tout changement a pour lui i l'attrait d'une amélioration! Mais quand les Grecs 1 Jurent revenus de ce premier enthousiasme , quand j ils songèrent quels libjérateurs ils avaient accueilli^ en frèrjss, quand i}s réfléchirent surtout à l'instabi'^ lité du sort, à la possibilité du retour des Turcs et ^Jeur, vengeance, ils ne pjiren^ se défendre des pl« cruelles. inquiétudes. Les Infortunés! ila avaient M pressentiment des maux qui succédeygaiept h cettf ji^çur fugitive d'espérance. . . ' i

l^endant ;que ces éyénepiens^ie passaient Qti Md

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rce (1C89), le grand-seigneur n'était pas plus heureux en jkmriche que dans les mers de la Grèce. Il s'épuisait en hommes et en argent poui* soutenir son entreprise audacieuse contre l'Europe, et paraissait presque insensible aux succès des Vénitiens. Ceuxci se rendirent maîtres des îles de la mer Egée, et Morosini s'attacha surtout à la soumission de Tine, qui, par son étendue et le nombre de ses habitans, presque tous catholiques latins, lui promettait sa coopération. Dès qu'il eut jeté une garnison dans Saint-Nicolo, chef-lieu de l'île, il se porta sar Naxos. Mais cette ancienne métropole , ruinée par les déprédations des barbares, ne lui présenta aucune ressource. Il poursuivit sa course sans rencontrer l'escadre ottomane, et, au lieu de perdre du temps à réduire les autres îles qui n'avaient ni soldats turcs, ni forteresses, il se contenta d'y envoyer quelques bâtimens pour y lever , au profit de la république, le tribut qu'elles avaient coutume de payer à la Porte.

Les Vénitiens n'avaient pas renoncé au projet de recouvrer la Crète, où ils possédaient encore Sudeet Spina-Longa^ mais cette île était maintenant sur un pied formidable de défense (1G94). Non-seulement les Turcs y avaient réparé les anciennes fortifications, mais ils en avaient élevé de nouvelles. Morosini jugeant que toute expédition ayant pour but de s'en emparer, serait aussi téméraire qu'infructueuse, fit voile vers l' Asie-Mineure où les Musulmans étaient moixis sur leui-s gardes.

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