‹ Histoire des grecs modernes depuis la prise de ConstantinopleChapitre 18 sur 30 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ëtat politique de la Turquie. — Tyrannie des Vénitiens

en Morëe. — Ils perdent cette province et les éta-

I blissemens qui leur restaient encore dans l'île de

Crète. — Sidge de Corfou. — Élévation de INicoîas

I Mavrocordalo 'a la dignité d'Hospodar de Molda-

I vie. — La Russie devenue formidablcc — Ses projets

sur la Grèce*

L'bkpîre turc, monté tout d*un coup à Tapogéé de la puissance , devait- ou réformer sa théorie administrative; ou se dissoudre aussi promptcment .qu'il s'était accru (1700). San» lois organiques, sr.ns IMicte social, sans aucune des institutions qui cimentent la dui'ée des états, cet empire s'était soutenu par la guetTe , et les vices du gouvernement y avaient été comme déguisés par trois siècles de ConqU(Hes .

: d'invasions et de/lésordre. Jusqu'alors on avait vu le despote régner au dedans par la terreur , et se

\ faire craindre et respecter au dehors par le cimeterre de ses guerriers^ mais cet état de choses n'était pas naturel, il devait inévitablement changer. Los progrès <le l'Europe dans l'art militaire, depuis k campagne de Charles VU en Italie, jusqu'au temps de Louis XIV , bornaient irrévocablement }e cours des pro(»pérités des Turcs , et les circonstances autaieai du les avertir que pour maintenir leur suivre- '

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matic , ils ne pouvaient se dispenser d'adopter la Nouvelle lactique à laquelle l'Europe devait toute sa torce ; ils auraient du y être également amenés par leur propre expérience , puisque déjà le nombre et la valeur personnelle de leurs soldats ne suffisaient plus contre la discipline des Allemands ; en un mot , le soin de leur gloire aussi bien que celui de leur conservation , commandait une réforme dans les troupes et dans Tançienne stratégie. Mais pour atteindre ce but dans les armées ottomanes, il fallait en extirper le brigandage et façonner au joug de Tordre des hommes indociles , qui font consister Tart de la guerre dans l'audace tumultueuse et dans l'impétuosité irrégulière d'une multitude aveugle; il eût fallu quitter l'ornière de l'habitude, heurter de front des préjugés chers au peuple et aux soldats, et triompher de ce ridicule orgueil de la nation , qui, se croyant la plus illustre de l'univers, repousse avec mépris les découvertes utiles d'une civilisation étrangère, tandis que sa profonde ignorance lui ôte les moyens d*en faire elle-même. Si, à l'exemple des princes de la chrétienté , le sultan se fiit proposé d'entretenir une armée permanente, il aurait du la solder ; mais les finances de la Turquie étaient si mal administrées , qu'elles n'auraient pu subvenir à cette dépense. Une révolution complète dans le gouvernement pouvait seule créer des ressources qu'on n'avait pas encore songé à se ménager. Jusqu'alors la Porte avait tenu sur pied d'innombrables hordes, Pçpui» les conquêtes dé Maho*-

DES GREC^* MOpEtrï-îES; iSS

met II, elle avait fait la guerre sans interruption, et jamais elle n'aviait concli; de paix avec une puissance, qu'au moment d'entamer lés hostilités contre une autre. C'est ainsi que ses troupes, foulant sans cesse un sol qui leur était oifert comme une proie , n'étaient nullement à cliargç au despote. Chaque homme allait combattre à ses dépens, ou plutôt aux dépens du territoire, envahi. Les Turcs , tant quela fortune favorisa leurs armes , purent ne pas découvrir les incpnyépiens d'un pareil système) mais un premier revers devait les leur montrer,, et ce revers devait être le prélude de beaucoup d'autres,, puisqu'il avait po^ir cause la supériorité positive des ennemis du croissant^ il était donc pouv les Ottomans le présage (d'une décadence prochaine : e^ effet, dès qu'ils cessèrent d'être victorieux ou fuji^ent contraints à l'inaction , i\^ virent ^'évaiiouir f an3 retour l'appareil formidable sur. lequel se fondait leur prééminence. Ils perdirent dans l'oisiveté et la mollesse ceXlç l)«^bitu4e du péril , cp sang-froid çp cette intrépidité qui jusqu'alors les avaient distingués £t qui seuls pouvaient compenser- «neore -toute ignorance des théories militaires.

On sait qu'après le saccage des vinês et des provinces dirétiennes, tout ce qu'il ?'y trouvait de jeunes gens en était enlevé pour être incofppi:é dajjis Jeif janissaires. Souvent mémç des e:;f:pé4itioï|s ordonnées par IjB sultan n'ayaienj eu d'autre buj qu^ d'àlimienter cettp milicp ; mais qua^d les viaoires du. prince Eugène et les succès constans des troupes aL-

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lemandes eurent rendu de telles violences împossibleSy il iallut renoncer à un mode de recrutement si barbare, et se résigner k admettre les Turcs dans le cor}M qui avait le plus contribué à la gloire du nom ottoman; bientôt une partie de la p<^ulaticn musulmane de l'Asie fut enregistrée dans les orUi des janissaires (i). Cette innovation entraîna la niine totale de l'armée : ce fut alors que, pour la première fois, on vit fuir devant les bataillons chrétiens ces colonnes qui les bravaient jadis, immobiles comme des murailles, et qu'on parvenait à exterminer , jamais à rompre. Ainsi , quand le génie des Européens donnait la plus grande extension a cet art destructeur dont on ne sait si l'on doit craindre ou désirer le perfectionnemeiit, le grand-£eigneiir ne pouvait empêcher la dégradation ^succ«ssive des institutions militaires qui avaient fait la force de sou empire. Les nouvelles troupes portèrent encore le titre de janissaires, mais elles n'en avaient ni la discipline , ni le fanatique dévouement. La yolup-

(i) Les orta (hordes) sont les régîmens des janissaires. Chaque homme y est enregistré et reçoit un mimëro d'ordre. Les circonstaoces auxquelles nous attribuons cette nouvelle organisation, n'en furent peutêtre pas les seuls motifs. Les sultans étaient sans doufe bien aises de trouver une occasion d'anéantir en quelque sorte un corps privilège qui déjà leur inspirait des craintes*

DÈS GRECS Modernes. ^^7.

ttieuse lonîte, non plus que- le reste de l'Asie-Mibeure,ne furent citées dans aucun temps pour le courage de leurs habîtanS; et le joug de fer de la Porte ottomane ne pouvait guère transformer ces paciûqaes provinces en une pépinière de héros.

Tonte autre nation que celle des Osmanlis se fut promptement conformée à la nécessité f mais en Turquie il n'est rien que d^immuablc, et toute innovation y éprouve des obstacles invincibles. Le Musulman , fidèle à sa routine , est assez stiipide pour préférer un vieil abus dont il souffre y à im changement qui améliorerait sa condition. Le despote lui-même oserait vouloir le bien , que V ignorance, le fanatisme et la plus incurable apathie paralyseraient ses intentions. Les Ottomans, livrés aux préjugés , ne sauraient comprendre que dans le cours des siècles , les nations qui refusent de s'associer aux progrès de l'esprit humain ne peuvent que rétrograder. Les Turcs, pour ne pas décheoir, étaient condamnés à toujours combattre et à s'accroître toujours. Leur gouvernement , établi par la force , ne pouvait^ se soutenir que par elle; leur sceptre, comme ïa foudre , ne devait briller qu'au sein des orages; durant là guerre, tout concourait à l'affer* mir ; dans la paix , tout tendait à l'ébranler.

Quand à rextérieurle crédit d'un despote s'affaiblit ^ au dedans sa tyrannie, quoique plus ombrageuse , est peut-être moins active 5 alors les esclaves osent lever la tête : sortis de leur longue stupeur, ils commencent à sentir tout le poids dcleurs

t58 HISTOIRE

chaînes j mais le moment de. les briser n'est pas en-^ core venu. Il faut auparavant qu une décadence progressive ait miné le pouvoir oppresseur , et que les lumièses aient ranimé le génie de l'indépendance et du patriotisme dans les cœurs dégradés. Telles sont les conditions du suix:ès d'une grande régénération politique; ce n'est que la faiblesse des oppresseurs qui fait la force des opprimés. Ainsi , lors même que les Grecs se fussent aperçus qu'il ne restait à leurs.superbes doininateurs que le nom; la férocité et les vices de leurs ancétrè^^^anç ui^eseuje de leurs vertus^ ils auraient dû. se résigner à souffrir encore pour ne pas agir inconsidérément ietcompromettre leur bonheur par une dangereuse précipitation. Mais ils étaient loin de songer à leur délivrance , et quoique la servitude leur parût msupportable^ ce n'était pas sur eux qu'ils os^ent compter pour s'en affranchir.

Bailleurs toute la Grèce ne gémissait pas sous le JQUg (Jbs Tur/cç } la partie la plus intére^^nte ide cette contre/e. célèbre, devenue province vaiitienxxe, espérait y sous les auspices de. sa nouvelle métropole, / renaître enfin aux arts et à la civilisation. Tous les Grecs du Péloponèse, depuis le timide, hergef 4? l'Arcadie jusqu'aux guerriers indomptijibles du Taigète, atten4aieni des lois y une organisation i^térieuxe ^ des garanties pour le. cçmmerce et l'agriculture, enfin ^ tous les bienfaits qui devaient signaler cbee eux la domination d'up. gouveme^ijent ami des art5 et de la liberté. On ayait outUé les an-

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ciens tx)rls de Venise; le peuple et le clergé e'taietit également disposes à vouer à la république un attachement sincère et inviolable. Il n'eût pas été'difiicile de s'attacher tant de malheureux par les liens sacrés de la reconnaissance j et qui sait les fruits que Venise eut pu retirer du concours unanime de cette foule d'hommes déjà rendus à leur antique énerve? Mais les douces illusions des Péloponésîens s'évanouirent bientôt. Ils ne 'trouvèrent dans leurs nouveaux maîtres que des conquérans avides et dédaigneux , qui , aux démonstrations de l'allégresse pu-^' blique^^ opposaient un rire moqueur^ et ne répondaient que par un geste de mépris aux offres désiur téressées des jeunes palicari (i) bridant de combattre sous l'étendart de la croix. C'étaient des protectem^ qu'avaient fêtés les Péloponésiens , maintenant c'étaient des tyrans qu'il leur fallait^ maudire ; ik avaient attendu un soulagement à leurs peines , et ils n'avaient eu que des fers.

Il est difficile de concevoir (Comment Venise , cette république qui sut se maintenir intacte à travers les ravages et les révolutions de tant de siècles ^' a pu méconnaître à ce point ce que lui prescrivaient, la raison et la politique. Pour devenir imposante ^ ne devait-elle pas chercher partout des alliés, et compter tous ses sujets parmi ses enfans pour qu'ils

{\\ Palicari , brave; homme.de cœur, jeune giier^ rier. . .

l6o filSTOiRE

eurent à s*eDOi gueillir d'elle conxme d^une nicl-e ? Mais elle préféra les Iraîler eomaralre ; et, taudis qu elle pouvait rametier l'âge d'or d^iis la Grèce , sutvantsa coutume^ elle Ht regretter la brutali té luoiiis mnère des Turcs. Cette conduite excita TindigHatiou des Grecs. Dès qu'ils fureut en butte à tous les genres de vexations y dès qu'ils virent fondre svlt eux les tributs arbitraires, les spoliations et les supplices', dans- leurs âmes l'horreur succéda à la bienveillance , et les plus zélés partisans de Venise abandonnèrent tout-à-fait sa cause. Les Moinotes ayant repris les armes, i*egagnèrent leui*s montagnes, et convaincus que les Vénitiens n'étaient pas raioins barbares ni moins cupides que les Turcs, ils résolurent de les traiter également en ennemis. Us eussent voulu affranchir learpatriede fous les maui qu'elle endtiniit ; mais leur valeur se déploya en vain. Cependant cette patrie à laquelle ils s'étaient dévoués eut des vengeurs , si toutefois on peut donner ce mmi aux hoïdes musulmanes qui , dans le sang des c^priïnés et des oppresseurs, ellacèfent les injustices des mis et les griefs des autres.

Le sénat, après la brillante campagtic de Morosinî , avait envoyé dans toutes les \illes du Péloponèse des gouverneurs pour y rétablir l'ordie, et des ingénieurs pour relever les fortifications anciennes et mettre la province à l'abri d'une invasion ; mais ces ofilciers, plus occupés de s'enrichir que de travailler à la gloire de la république , retenaitmt les sommes d'argent qu'elle leur avait conHç^ pour la

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restauration et Tentretien des forteresses : la plupart des places ihanquaienl de garnisons et d'approvisionnemensj les soldats imitant les prdvaricatiojis de leurs chefs, n obsei'vaient pins ni ordre ni disci' pllne; ils se débandaient et trouvaient plus avantageux de parcourir les campagnes pour dépouiller les Grecs , que de rester oisifs dans leurs cantonnemens. Il est probable qu'à Venise on ignorait tant d'excès et tant de brigandages 5 mais le sultan Achmetlll était mieux instruit, et il profila de ces dosordres pour ressaisir tout ce qu'il avait perdu dans la dernière guerre.

Ce prince, enorgueilli de quelques avantag^'s qu'il venait d'obtenir sur Pierre-le- Grand, encouragé par répuisement de l'Allemagne, et ne craignant rien de la Pologne, ravagée par Charles XII, rassembla une armée formidable avec laquelle il marcha sur Corinthe, tandis que sa flotte plantait l'étendard du croissant dans les îles de TArcbij^el tributaires ou sujettes de Venise. Le sénat était averti des mouvemens des Turcs; mais comme la paix de Carlowitz n'était point rompue, il ne voulut y croire qu'au moment où les hostilités com- .mencèrent. Les efforts des Vénitiens, pour soutenir seuls le poids de la guerre, furent constamment malheureux. Tine se rendit au capitan pacha, et ki Morée fut conquise 'dans l'espace d'un mois. Corinthe et Napoli deRomaaie essayèrent inutilement de résister; les Turcs les prirent d'assaut, et y pasi»èrent au fil de l'épée les habitans et les soldats.

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Modon et Malvoî$ie se soumirent sans combattre. Aiusiy après de grands sacrifices en homines et en argent y les Vénitiens perdent^ par leur faute ^ en quelques jours ^ le fruit de vingt campagnes. L'amiral turc rangea également à robéissance du grand- seigneur Sude et Spina-.Longa , seules places que Venise eut conservées en Crète.

Les Turcs ne s'arrêtèrent ni au pillage de la Morée^ni au massacre de ses habitaus (17 16). Résolus d'enlever à la république ses élablissemens dam l'Albanie et dans l'Adriatique ^ ils vinrent par terre assiéger Vonizza, sur le golfe Ambracique, pendant que leur flotte foudroyait la ville de Cérigo, et réduisait la ganiison des forts à implorer une capitulation. Il était évident que le grand-seigneur ne tarderait pas à menacer Corfou, la plus florissante des îles Ioniennes y celle qui avait déjà résisté aux attaques du terrible Soliman II, et qne les Véi|i tiens eux-mêmes considéraient comme leur arsenal dans les eaux de la Grèce. Mais le sénat, pénétrant le dessein d'Aclimet, n'oublia rien pour mettre Corfou en sûreté : on travailla sans relâche à la construction d'une redoiite et de plusieurs batteries sur le mont Saint-Sauveur; Técueil de Vido et le mont Saint-Abraham furent également pourvus de nouveaux ouvrages de défense (i).

(ï) Voy* pour la topographie de Corfou, V histoire et Description des îles Ioniennes» Paris, i8a5 9 Doudey- Dîipre'.

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Les perles que Venise venait d'éprouver lui fai-. saient pressentir une longue suite de revers , si la diversion d'un puissant allie' ne détournait Forage prêt à fondre sur elle. L'empereur d'Allemagne^ céda aux sollicitations des agens de la république j et, pour appeler de nouveau l'attention du sultan sur ses frontières européennes, il envoya le prince Eugène en Hongrie avec une forte armée. Dans le même temps, le comte du Schulembourg conduisit à Corfou le^ régimens qu'il commandait. Les Ottomans, après avoir ravagé Zante et l'île Ste^Maure, dont les Vénitiens avaient ruiné les fortifications et mis les liabitans en sûreté dans la place, se disposèrent a l'attaque, qui eut lieu le 5 juillet. Le capitan pacha débarqua trente-cinq mille hommes à rembouchure de Potamo, rivière au nord-ouest de la capitale, dontelle est distante de àeui^ milles. Pendant le siège, qui dura un mois et demi; les Grecs corfiotes se signalèrent par des prodiges de courage et de dévouement, et le maréchal Schulembourg s'immortalisa : ce fut lui qui sauva Corfou lorsque, le i8 août, après un assaut des plus terribles, lés Turcs, paaîtres de la demi-lune de Saint- Antoine, menacèrent les autres ouvrages entamci par le feu de leur artillerie ; la ville était consternée, les troupes abattues; déjà dans les rangs vénitiens des cris de mécontentement annonçaient une défection prochaine. Dans ce pressant danger, Schulembourg, à la tété de huit cents hommes, partie Allemands , partie Corfiotes , sort précipi-

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tamment dc^ remparts , pénètre dans les retrandiemens des Turcs, les chasse de toutes les positioiis qu'ib avaient occupées la veille, les poursuit, et les force à se renfermer dans leurs lignes : ce succès fut décisif. Les barbares, informés déjà de la défaite de leur armée de Hongrie à Péterwaraddin, n'avaient' voulu que tenter un dernier effoi't; mais leur retraite était irrévocablement fixée, et la nuit même du triomphe de Schulembourg , ils regagnèrent leurs vaisseaux, laissant dans l'île quinze mille' morls , soixante et dix pièces de canon, dix mortiers et deux mille blessés, avec un grand nombre de chevaux et de botes de somme.

La flotte ottomane avait éprouvé plusieurs échecs j mais elle échappa cette fois à l'escadre vénitienne, grossie par les vaisseaux auxiliaires des divers états de l'Italie. A la suite des victoires de Çôt-fou, la république recouvra Zante et l'île Sainte-^VIaure ; elle reprit Bu trinto (i 7 1 7) , et fit quelques conquêtes en Albanie^ mais elle tâcha en vain de rentrer en Moiée. Enfin , une trêve conclue à Passarowilz (1718) lui assura la possession du littoral de l'Albanie et des îles Ioniennes; les Turcs gStrdèrent le Péloponèse , qui ne devait plus échapper à leur tyrannie que pour renaître d'une manière durable à la liberté et h. la gloire.

On a yii l'ambition croissante des Grecs du Fanar, et l'on sait que* l'espoir d'arriver aux honneurs et à la fortune, a développé chez eux cette activité et ce génie d'intrigue qui furent de tout

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temps leur partage. Peu satisfaits de i'iniluence toute puissante qu'ils exercent par leurs drogmans, maintenant c'est à des couronnes qu ils aspirent; et la campagne malheureuse du czar Pierre sur lé Pruth est devenue pour eux une occasion favorable de faire valoir leurs hautes prétentions.

Çanténiir, dernier hospodar des Moldaves ses compatriotes, avait été accusé d'intelligence avec les Russes; quand le traité dié Luck, par lequel le czar lui garantit, ainsi quà sa famille, la souveraineté héréditaire de la Moldavie maintenue dans tous ses privilèges, ne permit plus de douter de sa secrète connivence; le sultan indigné résolut de changer le gouvernement de la province où régnait Cantémir, et de substituer à ce prince des hommes sur la fidélité desquels il pût'compter(i).

(j) Etieime-le-rGrand , prince de Moldavie, combattit les Turcs pendant le cours de sa longue carrière avec un bonheur inoui : il humilia l'orgueil de ces barbares et les força de renonter à une conquête qu'ils avaient cru facile.' Mais en mourant, épouvanté des ravages et de l'accroissement prodigieuy de lem- puissance , il ordonna dans son testament la soiTmission volontaire de sa, patrie au grand-seigneur , a litre de suzeraineté. Cette condition, fut exécoiée en iS:tg, et Soliman signa à Bude Tacte. p^r lequel il assurait a 1^ Moldavie le lit^re exe;*cice de,sa rdigioi^., .de ses lois et de ses privilèges , l'adminisjration de ses revenus et rdleclion des princes qui devaient la gouyernéi } seu-

l66 HISTOIRE

A peine cette volonté du sultan fut-elle connue que le Fana> s'afpta pour en faire son profit. Les familles qui avaient le bonheur d'îJtre alliées aux drogmanSy les conjurèrent de mettre tout en œuvre, afin de déterminer le grand - seigneur à choisir parmi eux les remplaçans de Cantémir. Il était en effet naturel que des chrétiens fussent appelés à gouverner des chrétiens ; et Achmet^ qui, du moins en apparence , tenait à la religion des traités , lîe r^ugnait pas trop à donner ce gage de sa fidélité à ies observer. Instruits de celte disposition^ les Fanariotes manœuvrèrent avec tant d'habileté , qu'ils obtinrent tout ce qu'ils voulaient du sultan, qui, circonvenu par des ministres à Icuts gages > obsédé 'par les prières de ses odalisques, ne comprit pas que l'or c?t les promesses des avides dr^mans avaient introduit la séduction jusqu'au fond, du Harem. Le fils du premier drogman, Alexandre Mâvrocordâto, fut nommé hospodaï* de Moldavie, en 1709, par les boyards, sur la présentation et avec la sanction de la Porte. Ce nouveau prince jouît des honneurs de son rang à Conslantinople, et n'administra ses États que par procuration. Le mo ■ ■ ■ ■ ■ I' ^ . 1 ,1

kment, la Porte avait le droit de refuser sa sanction au choix des boyards ou seigneurs , et recevait du prïftce ïine somiùe annuelle de i;oaÀ dircats a titre de don vpfotataîre et gratuit. Ccttjrdre de choses, phis ou ^oins modifié ]par fes cii^onstaûces , s'est perpétué jusqu'«ti temps où no<»s arrivons.

ment laétâît pas encore venu pour les Fanariotes de sMîistailôr ^dans leurs gouvememens pour y amasser <iei5 trésors et écraser les peuples.

Les Grecs dé la capitale n'attendaient que ce nouveau trroi^phe p&ur dépouiller l'humilité d'ee» clave si pénible à leUT oiigufeiL Dès qu'ils enrent parmi euk un vairode, qui sur|)assait en dignité tous les padias mnsulmans (1)^ ils se Hrrèrent sans réservé k leur goàt pour la faste et l'ostentation : le Fanal* se pmipla de palais ; tout drogman eut 9a cour et ses batteurs ^ chacun d'eufx^ aspirant à supplanter son rival ^ ou à obtenir de lui la dignité de bojFard (3); remplit le sérail de divisions.; et com-

(1) Ltes Hospo4arS' grées nVpl que le titre de wtivôde y ];p^TCe qaixa.f/iiaour on infidèle ne peut jas obtenir celui de pacha ; mais ils reçoivent les trois queues, maixjue dis.tjnctive de la dignité de ces derniers; ils sont dé plus revêtus par la Porte d'une espèce de loque royale appelée en turc Koukâh , et ne quittent ïa capitale qu'après avoir été sacres par le patriafcbe, comnié étant parle fait de véritables souverains.

(a) iChaque prince grec , k son avènement au trône ou pendant le cours de son règne , peut élever à la dignité^ de boyards s'es amis et' Ses ci'éàtui'lBS : il le fait 60 léurcotiféi'antqnelque»-\inS des emplois ptrblics^de la principauté; ces honnies , ainsi Vjîiôblîs^/'dôiw j3sewrsa- cmir ^er faecompagrrent dans 'Y^sXf lofsqti'il est supplanté par un ri^àl hfeureux, ' ' " ' *

l68 ^ HISTOIRE

mença^dans le divan, cette guerre d'iutrifue qui dovaii ensaDglaïUer tant de fois, dans l'espace d'uu siècle , les trwaes de Y alachie et de Moldavie.

PendajQt qu'Ach'mct déposait entre les mains! des Grecs duFanar une partie de son autorité, un concours assez remarquable de circonstances amena laccroissement subit d'une puissance long-temps

, ignorée , et qui devait bientôt rompre l'équilibre pcli tique en Europe. Les Russes, nation barbare , du nord de l'Europe et de l'Asie, tirés tout-à-coup, par le génie d'un grand homme, de l'engourdisse ment et de la nullité où ils avaient vécu, prenaient une attitude nouvelle, et marchaient à grands pas vers la civilisation. Cet événement ^ qui devait avoir une funeste influence sur les destinées dé la Turquie , étonna 1* Allemagne , confondit Charles Xîl (i), et fit trembler' les Polonais :> les mœurs des nations policées, leurê coutumes, leurs sciences, leiir législation, arrivèrent à Moscou sur les pas du czar PieiTC P'. ; ses armées adoptèrent une nouvelle dîsciplirie; il les forma' ^ l'art de vaincre par l'expérience de leurs défaites^ et ne s*appliquant pas moins à changer ses sujets qu'à se créer des soldats, il dispersa dans son vaste empire une multitude d'administrateurs et de sa vans élnuigers, qui y rjépandirqnt les premières lueurs, de rinstrùction fit des arts, sources prd^ire^ ^e la

-PFOspérj[^c,jdU^£^ts, ,.,... ;1 .3j-:. . ,, ...

; " — ^ T '- '' ! — { \ii)[i — rrrr' — ! ' , ' ■■! nt ■ i> -' , ;» ■ ■ ' " (i) Charles XII , roi d(5 Suède. . . , ... . . . .,

DES GREC» KODERNES. 1G9

hes Turcs ne tardèrent pas à sentir eux-mêmes % que les réformes de Pierre-le-Grand n'étaient pas moins à craindre pour leur domination, que la liberté anarchique des Polonais. Grecs de religion ., et Ton pourrait dire de caractère ; avides de combats, de renommée et de conquêtes ; brûlans de fanatisme et soumis au joug des prdtres, autant par crédulité que par ignorance, les Russes , on était fondé à le croire , devaient tôt ou tard jeter un coup -d'oeil de pitié sur les esclaves du grand-seigneur , qu'ils regardaient comme leurs frères. On pensait que, voisins de la Turquie, ils ne borneraient pas leur ambition à morceler la Pologne, à combattre la Suède, et que la Moldavie, la Valachie, ces provinces ottomanes ultra-danubiennes, exciteraient ^eut-être leur convoitise. Dans cet imminent péril , c'était cependant à des Grecs que la Porte ciMifiait les boulevards de l'Empire ; à des Grecs , alliés naturels de son ennemi , qui, naissant tout k l'heure, atteignait déjà la maturité, de la puissance. Il est vrai que si quelque chose pouvait justifier Timproyance des barbares, c'était les succès faciles qu'ils avaient obtenus sur Pierfe-le-Grattd : ils érurent qu'rh diissîperaient toujoufrs ces enfans du Word, objets de leur insoj lent mépris; ils ne virent pas qèe la civilisation I marcliàit à pas (fe géant antorur d'eux, et que les forces Al czar , encore disséminées^ pourraient lïienlôt se réunir et les accabler : en un mot, dans leur stupidé immutabilité, ils imaginèrent i^ans dutiteque

i'jO fllSTOIRC

ies Moscovites , faibles et jusqiie-là sans importance ; croupiraient, comme eux, dans une Lonteuse léthargie.

L'impulsion que Pierre T«'. avait donnée à ses peuples ( 1 736 ) se soutint sous le règne de Fimpéralrice Anùe z le traité du Pruth, h la faveur duquel Ja Porte se croyait en cureté, fut rompu vingt-trois ans après qu'il avait été signé, et la Turquie, ébranlée par la commotion violente qui avait précipité du trône le sultan Acbmet III, se vit tout-àrcoup menace d'une ruine prochaine. MunicJk était en !QIoldavie à la tête d'une armée russe, victorieuse des Tartares de CrlméGf il répandait , dans les provinces chrétiennes, soumises au su) tan, des adresses et des proclamations tendant à les faire insurger. Déjà plusieurs symptômes de révolte s'étaient malûfestés en Thessalie ; partout on n'attendait que Tapparilion des Eusses au-delà du Danube pour écraser les barbares ; et ce complot, qui n'avait point été médité , mais plutôt improvisé par l'indignation des Grecs et par la nature des circonstances, allait indubitablement éclater, lorsque Munick fut rappelé dans le Nord. Un traité , qui effaçait k honte de la capitulation du Pruth, ajourna l'éman-r cipation des Grecs (173g). Peut-^étre ne doit-ron pas }es en plaindre ; qui sait si le despotisme des Eusses ne les eùt^ pas privés à jamais des moyens de recou- >Ter une indépendance qu'il sera glorieux pour la Grèce de ne devoir qu'à l'héroïsme de ses enfans ?

Qjioî qu'il en ait été, l'expéditpu de Munick our

DES GRECS MOBERNES. 1^1

vrit le cœur des Grecs à l'espérance, et y laissa une impression profonde. Dès ce moment ils virent dans les Eusses les libérateurs qu'ils avaient si long-temps attendus > et leur appliquèrent le sens d'un vieil oracle qui aimonçait à la Grèce qm'elledevwi sa libertéràune nation blonde ^ c'est-à-dire originaire des contrées septentrionales.^ Dans les provinces .chrétiennes de l'Europe et de l'Asie, on ne formait des vœux que pour les entreprises des* Moscovites; les Grecs applaudissaient à leurs succès; ils se regardaient par anticipation comme les. sujets duczar, et lés papas mêlaient déjà à leurs prières le nom des souverains de Pétersbourg. Tel fut le principe d'une illusion fatale aux Grecs ; ils comptèrent sur les promesses fallacieuses d'une cour qui ne répondit à leur confiance que par de cruelles déceptions. »

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