CHAPITRE y
Constantin MaTrooordato part de Coastaminople pour 9Àkr prendre possosaioti de la souvorainetë de kiYalacbie. — loâuence des Fanariotes sur le reste de la nation. — Le goût des arts et de la littérature renaît pai^Dii les Grecs. — Fondation de plusieurs collèges en Euroj^e et en Asie — Colonie de Kidoniès siu: Ls côtes de r Asie-Mineure. — Etat des peuplades chrétiennes du Péloponèse et de l'Albanie. — Intrigues de Papas-Oglou en Russie auprès de Catherine II. ■7- Sa mission secrète en Morée. — Fermeulation générale des esprits.
Constantin Mavrocordato , fils et successeur de Nicolas , fut le premier Grec fanariote qui parlit des rives du Bosphore pour aller s'asseoir sur le trône de Valachie (i73ï). Ce prince emmena une foule de Grecs bizantins, (ju il revêtit des dignités laissées k sa disposition par la Sublime-Porte (i). L'avidité de ces nouveaux parvenus , les prodigalités de lliospodar, ses concussions et ses violences, furent bientôt le motif des accusations les plus graves dirigées contre lui par ses rivaux à Constantiuople; les boyards indigènes ^ blessés dans leuramr bition et dans leur amour-propre, appuyèrent par
(i) Zallony, Essai sur les Fananotes, pag. 20.
leurs murmures les inculpations dont sa conduite était Tobjet. Le peuple seul , quoique épuisé par les rapines des agens du' prince y n'osait se plaindre ^ contenu par la terreur , il souffrait en silence d'un changement qui le livrait à la misère et a la servitude. Toute la 'population grecque ne larda pas* à s'apercevoir quelle s'e'tait réjouie trop tôt de l'élévation de quelques familles chrétiennes. La morgue des Fanariotes , l'égoisme des princes et remploi qu'ils faisaient de leur crédit pour opprimer leurs frères dé religion , les rendirent odieux. On ne vit plus en eux que cette bassesse de l'esclave qui y pour conserver la faveur du maître , abjure tout sentiment d'honneur et veut rester sourd au ci-i de sa: conscience. Les Fanariotes^ persuadés que le grand-seigneur ne serait convaincu de leur dévouement que quandilssescraientdétaclîés tout-à-fait du reste des ilotes chrétiens, furent aussi ardens à leur nuire qu'on avait supposé qu'ils seraient prompts à adoucir leur sort. Ravis en secret de l'avilissement des Grecs, puisque c'était sm^ leur esclavage c|ue se fondait leur propre grandeur y ils ne s'occupèi'ertt que d'eux-mêmes, et s'ils portèrent quelquefois les yeux sur leurs anciens compagnons d'infortune, C€ ne ûit que pour les tromper par des apparences de protection. On aurait donc tort de les regarder comme les instigateurs des complots qui éclatèrent dès cette époque dans la Grèce. Intéressés au maintien de l'ordre de choses établi, puisque leur fortune et leur noblesse étaient essentiellement liées à
la servitude des Grecs et à la puissance tyramiique du sultau , les Fanarîotes auraient plutôt contribut! à rcmetlre les chrétiens sous le joug, qu'ils ne' se seraient proies à faciliter leur émancipation.
Cqpendant la prospérité des Fanariotes ne fut pas sans fruit pour la Grèce; elle rendit du moins quelque cousidémtion aux Grecs. Les pachas ne pouvaient pas croire que les Fanariotes ^ tout puissans dans le conseil du sultan^ étaient indifférens aux intérêts de leurs co-religionnairés. Cette opinion répandue chez les O llomaiis y procura quelqu'avantage aux chrétiens et leur donna une sorte de crédit. Entre leurs mains, le commerce pr t une extension nouvelle, et les Grecs qui , jusque-là, n'avaient o-é trafiquer qu'à Constantinoplc , e urent dans tous les mardiés de l'empire de nombreux comptoirs et de riches magasins; la confiance des marchands de l'Europe fut le principe de leur fortime: bientôt leur industrie ; leur aptitude accrurent leurs richesses, et de simples facteurs qu'ils étaient d'abord, ils dcvinrenlnégocians à leur tour. Ainsi, malgré l'abandon des Fanai'iotcsj et en quelque sorte à leur insu, la Grèce se créa une eicislcnce réelle qu'elle n'eût peut-être pas du à leur bienveillance, et qui i\e fut que le résultat du hasard. Avec l'opulence, le goût des lettres se ranima dans la Grèce. Déjà les Fanariotes, en s'entourant de littérateurs et de sa vans étrangers, avaient opéré une révolution morale parmi les chrétiens de Conslanlinople; le désir de s'instruire gagna les provinces, et le cortège des arts prcct'da partout les
ÛES GltrECS MODEliNES. Ï^S
pompées de la liberté. Ce fut alors que quelques prêtres russes ; apportant . dans les monastères de l'Athos les lumières de l'Europe, donnèrent an clei'gé grée les premières teintures d'une éducation qui devait se perfectionner plus tard (i)..De^ rapports plus intimes s'établirent entre les prêtres dii Nord et ceux de l'Orient, tous ministi^es'd'un même culte et soumis à la même, discipline j l'Athos, qui n'était connu auparavant que par le nombre, le» richesses et l'ignorance de ses moines, devint le siège d'ime nouvelle académie, et l'émulation y forma*, eu peu de temps, des hommes distingués, qui, appelés à l'épiscopat, portèrent dans leui^ diocèse^ l'amour de l'étude : l'élévation de ces horaimes, la plupart pauvres et obscurs auparavant, fut un puissant aiguillon pour la jeunesse.
Alors , ce qui n'avait pas encore été tenté, ce qu'un autre Mahomet II n'eût pas souffert, fut exécuté sans obstacle de la part des Grecs. Les grandes villes de l'Europe et de l'Asie, soumises
(i) L'Athos était regarde comme le chef-lieu de la l'ellgioo grecque. Cette chaîne de ihbutagnes où , daii5 les derniers siècles de la Grèce , les philosophes allaient chercher ime retraite favorable à la méditation ^ se couvrit, dans le moyen Jge, de couvens et de chapelles , et plus djB dix milles moines de St.«6asile y formèrent une espèce de république sous la surveillance des Ttircsl ( F'ojr, Eulhières, Jlisé, de Pologne, tom. m, li?. ?H, pag. 297.)
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à la donviiiation cttomanc, et dans lesquelles se trouvait uue population chrétienne assez considérable, furent dotées de collèges. et d'institutions publics ; des professeurs , choisis parmi les religieux de la Montagne Sainte (i), initièrent aux sciences et aux arts une jeunesse ardente de zèle ; et j pour la première fois depuis que le deuil de l'esclavage courrait I4 patiie de Constantin ^ son peuple humilié, qui .comptait une illustration antérieure à son règne , entendit les noms de MiUiade et de Léonidas , de Thémistocle et d'Aristide ; il apprit quels ancêtres il avait eus, et connut leur gloire 'f il sut que la terre qu'il engraissait de ses siieurs, pour nom-rir des maîtres barbares, avait été le sol classique de la liberté et le tombeau de la tyrannie. Quelles tristes réflexions ne diirent pas naître du contraste entre le tableau de la dégradation présente et celui de la splendeur passée d'Athènes î De queb transports d'indignation ne furent pas saisis les Grecs , en contemplant leur origine et abaissant leurs regards sur les souillures- qwi la cachaient!
Scio, devenue florissante par un commerce qui embrassait l'Europe et l'Asie , substitua à l'école
(ï) Les Grecs donnent 'a l'Athos le nom ùe montagne sainte, à cause du grand nombre d'ëgtises qui s'y trouvent , et d© la multit\ide de religieux qui les desservent. ^
élémentaire, tolérée par le gouvernement turc, un collège qui se rendit bientôt fameux. Sm^me suivit cet exemple. Déjà les Grecs de Janina, en Albanie, avaient vu chez eux s'élever une école où Ton enseignait la littérature ancienne et moderne, la théologie , et même les hautes sciences. On en institua de semblables dans toutes les villes du Pd- . loponèse ; mais le collège d'Athènes fut le plus renommé pour la solidité des études et l'indépendance philosophique de ses professeui^s.
C'est ici qu'il faut remarquer de combien s*est améliorée la situation des Grecs. Naguère il leur était défendu d'élever des écoles, et voici que , de toutes parts , ils peuvent enfreindre une défense tyrannique déjà tombée en désuétude. On leur avait interdit même la faculté de penser, et main- ^ tenant c'est sur eux que leurs tyrans se déchargent du soin de gouverner l'Etat; ce n'est qu'à eux seuls qu'appartient le droit de penser pour le sultan et pour ^es ministres : bientôt ils penseront aussi pour les paclias et pour les beys; les uns et les autres veident avoir à leur service des jeunes Grecs vers^ dans la connaissance des langues. Tout seigneur turc a un secrétaire chrétien , tout fonction- , naire ottoman un interprète pris dans la même religion.
Le musulman revêtu de la plus mince dignité, au. plus petit emploi , eut son drogman. A cett« époque t)ù les Grecs étaient en si grande favemque l'on n'eût pas cru possible de se passer d'eux,
i'}H HISTOIRE
parut un personnage qui fi t peu de bruit sur k leiTe et beaucoup de bien : nous voulons parler de Jean Œconomos , fils d'un riclie Ionien. Il était né sur les côtes de TAsie-Mineure ^ k Kidoniès, petit villaiçe bâti sur remplacement de l'ancienne Cydonie. A peiue échappé à l'enfance, OEconomos commença à déplorer la malheureuse condition de ses co-religionnaires. Kidoniès, partagée en deux populations, l'une grecque et l'autre musulmane, présentait le tableau le plus affligeant: l'oppression des chrétiens, l'insolence des Turcs, la pauvreté d'un pays où, sous un régime moins affreux, l'industiie, les arts et l'agriculture devaient prospérer, se présentèrent à-la-fois à l'esprit du jeune OEconomos, et dès-lors ir voulut essayer d'affranchir sa petite patrie (i).
La carrière ecclésiastique lui parut plus que toute autre offrir des ressources pour atteindre son but : il savait qu'à Constantinople un préU'e grec troute facilement des protecteurs. Après avoir appris la langue turque, dont la connaissance était indispensable à ses projets , il quitta Kidoniès , et entra, à Tâgè de vingt-cinq ans, dans un des monastères de la montagne Sainte. Quelques années après, il sortit de cette retraiteyet,revetu.du caractère de papas ou prêtre , il s'achemina vers la capitale de l'Empire ottoman :il y arriva, muni de quelques recomman-
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(0 ^*<3>/. mon Hist, des Evénemens de la Grèce ^ lom. T , pag. ig3.
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dlatibtts dès éveques de l'Athos; et fort de la justice de la cause à laquelle il allait se dévouer, il ii'he'* si ta pas à employer son éloquence en -faveur de se* concitoyens d'Ionie.Ni les humiliations qu'il éprouva d'abord , ni la longue inutilité de ses démarches, ni la tiédeitr de ceux qu'il avait cru pouvoir faire ei> tcer dans ses intérêts , rien ne rebuta sa constanoe. Il demandait la liberté des chrétiens de Kidoniès , l'expulsion des Turcs de cfe hamea^u, et pour les Grecs qui s'y établiraient,, la faculté de choisir euxmêmes leurs magistrats sous la protection du viiir de Broussa , et sous la surveillance immédiate d'un délégué de ce grand officier.- Ce qu'il voulait n'était pas seulement la répression des abus dont ses compatriotoB avaient gémi, mais l'érection d'une petite république clirétienue au milieu du despotisme mahométan. Un siècle plutôt, ce projet aurait eu des suites funestes à son auteur 5 les temps étaient changés, et les Turcs , habitués à se servir des Grecs , Qwnmençaieiit à les regarder d'un œil moins sévèrei Sott qu'il fut appuyé par les Fanariotes, dont sou plan drivait flatter l'orgueil, soit qu'il ne fût secondé que par le fameux banquier Pétraki, qui jouissait de la plus haute faveur dans le sérail, CBELcono* mos finit par obtenir tout ce qu'il sollicitait, et revint, dans sa pairie avec un firman du grand-scignear qui déclarait Kidoniès et son territoire affranchis delà juridictioi* des Turcs et soumis à l'autorité s[>éciâk de magistrats grecs élus par les hivbitan5i -
ï8o BISTDIIIE
Ces privilèges, jusqu'alors sans exemple, cliangèrent bientôt la face de Ridoniès.Xes Turcs chasse^ de leuis maisons, furent remplacés par des Grecs des îles ou des côtes de l'Ionie qui, avec leurs richesses et leurs familles, se rendirent auprès d'QE* conomos. Celui-ci iît un appel aux Péloponésiens et aux insulaire^ , en leui' promettant tous les avantages d'un commerce libre et d'un gouvernement paternel. Il fît aussitôt bâtir plusieurs églises , et fonda un magnifique collège. L'industrie se développant avec l'instruction , le bonheur et la sécurité, des fabriques de savon, des tanneries et plusieurs établissemens considérables pour la teinture des laines e t Tepuration des huiles, enrichirenten peu d'années les premiers colons de Ridoniès. CfiEconomos, à qui'ils devaient cette prospérité, était pour eux urfbienfoiteur, un véritable père. Aussi dans les nombreuses attaques dont plus tard il «ut à se èéîetkdre contre ses voisins Musulmans , jaloux de sa splendeur, vit-on les Grecs ^'associer à ses efforts, et contribuer à toutes ses victoires. Ainsi , la petite ville de Cydonie , ressuscitée après tant de siècles par le génie d'un seul homme , prenait l'initiative de T indépendance sur toutes les autres cités de la Grèce et leurs anciennes colonies.
Les travaux. d'OEconomos signalèrent pour les cnfans des Hellènes l'aurore d'une vie nouvelle(i ']^o). On a déjà vu l'instruction pénétrer successivement dans les retraites de l'Athos , dans les montagnes de r Albanie, dans l'Attique et le Pélpponèse, àScio et
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jusqu'au sein de rAdie-Mincure. Depui$ long-temps^ 3ëjà l'on admire ces ^lordes héroïques de Mainotes qui seuls , de tous les Grecs de la presqu'île y ont échappé aux lois dés conquérans par une Gons<^ tance énergique. Npns sarons que TAcrocéraune et la Selléide renferment encore un petit nombre d'hommes belliqueux^ digne postérité de Scander* bergy réternel honneur de l'Albanie; mais les convulsions des années précédentes et l'obscurité des traditions historiques^ lie nous ont point permis dé bien connaîtra Vétat de ces peuplades sur lesquelles reposent et l'espérance et les destinées de la Grèce ; maintenant les ténèbres s'éclaircissetit; et déjà l'on peut suivre la nlarche pénible et mystérieuse des événemens qui doivent amener la plus étonnante des révolutions.
JjC Magne, ou pays des Mainotes, occupe la par»tie méridionale du Péloppnèse ainsi que la chaîne du Taïgète depuis Sparte jusqu'à la mer. Il esl borné à l'est, par TEurotas ou Vassili-Potamo ; à l'ouest, par, le golfe de Messénie. Ces contrées arides et sauvage^, qui servirent autrefois d'asile aux fugitifs Messénieus, et qui. furent illustrées par leur désespoir , semblent destinées à protéger , dam. tous les temps , la faiblesse Contre l'oppression, le patriotisme contre le joug odieux de l'esclavage^ On se souvient que les Albanais et autres aventuriers , unis aux débris des populations de Sparte et de Léontari , s'y dérobèrent à la domination ottomane dès l'invasion de Mahomet IL Ces gueniers ,
j8t •ÙÏSTOïWE
malgré de nombreuses défections, ne tardèrent paui à Toir grossir leurs bandes de tous les Grecs perse-* cutés par les pachas ou par les gouverneurs de Yemse. On croit même <{ue plusieurs personnages des djmasties impériales de Constanlinople et de Trëbisonde s'y cachèrent sous des noms supposés , et qu'au bout de quelques générations , la trace de leut liaute origine s'ëifaça par la fusion avec les familles
'indigènes (i). Il importe fort peu h Ik glbire deè Mainotes que cette hypothèse soit plus ou moins fondée : le stérile honneur d'avoir mêlé leur sang à ceiili des monarques ; n'ajouterait nen à leur- illus^
«Iratioû.
Ceshoihmes, que trois siècles dé la plus énergique résignée avaient rendus respectables aux yeux même des oppresseurs de la Grèce, rivaient constammeot sous lès armes. Sans arts, sans autre industrie que celle de là guerre, c'était aux dépens des ïiircs qu'ils appix)visionnâient leurs rochers ; leà femmes -- les suivaient au combat et avaient cdmervé les vei^us stoïques des anciennes Spaitiates. Ce n'était que dans ces asiles recalés que se retrouvaient encore quelques vestiges des mœurs du peuple de Lycusgue. Partagés eu tribus, les Mainotes obéissaient h des chefs ou capitaines , souvent divisés entie eux, mois toujours unis pour le salut de la cause commune. Un descendant des Comnène reçut le com-
m illli ■!! '■ I • ■ I II I ■ m ■! Il I, m» I
(i) Rulhicres, Hist, de Pologne ^\om. m, pag. 33i.
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mofidemént de toutes lés tribus au milieu du xvvfi. siècle; cette dignité s'est perpétuée dans sa famille jusqu'au commencement du xvni©. Mais alors plusieurs gueiTiers intrépides ayant réuni les suffrages des tribus , se virent investis d'un pouvoir égal , et ce conflit d'autorité dans un si petit espace, ne tarda pas à conduire les Mainotes à l'anarchie. Ils reprirent enfin le cours de leurs expéditions accoiitumées, loi-sque le gouvernement eut été définitivement remis à dix familles principales qui rep;résentaient les dix tribus. Dans les temps ordinaires, ces familles exerçaient une autorité absolue ; maïs quand des dangers menaçaient la patrie, elles devaient s'éclairer des avis d'un conseil supérieur, ou assemblée de vieillards [lérundas) j qui prenaient le titre de sénateurs deLacédémone. On comptait à cette époque (1740) cinqévéqucs dans le Magne, plusieurs cottv veûs et cen\ vingt bourgades ou petites villes, dont la plus considérable n'avait guère que quatre cents feux. Les tribus réunies pouvaient fournir environ quinze mi -le hommes capables de porteries armes : au besoin (î), un pareil nombre de femmes, accoutumées aux périls et aux fatigues comme leurç maris , étaient prêtes h. verser leur sang pour la patrie. Cétait là tout ce qui subsistait des anciens défe»leurs du Pélopoîaèse. Quelques bandes éparses dans les gorges du Ménale et du Cyllène , quelques fa-
(i) Rulhicrcs, Hist, de Pologne ^ lom. ni, pag. 534.
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milles errantes autour des roseaux qui cachent Mantinée, conservaient aussi leur indépendance : le reste de la population chrétienne s'endoi*mait sous le joug dans l'inertie et le découragement. L'Attiqae et la Béotie^ plus malheureuses encore que la presqu'île , ne nourrissaient pas un homme lihre. C'était dans les gorges de l'Épire et de l'Àlhanre qu'il fallait se transporter pour y trouver les autres déhris des phalanges héroïques de la Grèce.
Là , au milieu de l'anarchie la plus sanglante ^ des familles chrétiennes^ renommées par leur vaillance^ occupaient, d'espace en espace, des contrées sauVages, des montagnes inaccessibles ou la férocité des Turcs ne pouvait les atteindre. Quelquefois c/lle& en descendaient pour prendre part , comme auxiliaires, aux combats des beys ou seigneurs turcS; et leur intervention assurait toujours la victoire au parti qu'elles avaient embrassé. Dans l'état de crise OÙ l'Albanie était depuis plus de deux siècles, il avait été impossible aux sultans d'y asseoir leur domination sur des bases durables : deux ou trois pachas, élus pour la formé , étaient censés gouverner le pays , tandis que toute l'autorité civile, toute la pi^issance militaire , étaient réellement entre les mains des beys et des agas. Ceux-ci, toujours armés pour attaquer ou se défendre, songeaient moins à entraver la liberté des chrétiens qu'à se les rendre favorables ; en sorte que tant de désordres avaient amené une amélioration po.sitive dans le sort des
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Grecs; ils jouissaient de restime des Musulmans; ou recherchait leur alliance de même que Ten craignait de les avoir pour ennemis. Parmi les tribus guerrières de Schypetars chre'tiens, celle des 5ouliotes fut toujours la plus illustre et la plus redoutable. Elle habitait au sein dé quelques rochers de la Thesprolie près des sources du Goçyte et de TAchëron , dans la dernière chaîne de ces horribles montagnes que les anciens nommaient monts Acrocérauniens^ou montagnes des tempêtes. Invincibles jusqu'alors, les Souliotes n'étaient soumis ni aux beys ottomans , ni aux pachas de la Porte ; ils n'avaient ni code, ni institutions civiles y et ne reconnaissaient c^autre autorité que celle de leurs capitaines, qui présidaient au partage du butin et jugeaient les différends entre leurs soldats. La guerre ei le pillage occupaient tous les instans de ces m,ontagnards qui , fondant parfois sur la plaine avec la rapidité de Tâigle , dépouillaient indifféremment amis et ennemis.
Une multitude de tribus guerrières, conflues sous le nom d'yirmatolisy et ayant des chefs particuliers, couvraient les cimes escarpées de l'Épire et de l'Etolie. Ces chrétiens, familiarise's avec le métier des aTïB^e» par des com,bats sans ce^e réitérés, avaient la même turbulence , la même bravoure que les Souliotes; ils étaient peu touchés des malheurs de la Grèce, parce qu'ils les attribuaient à la lâcheté de leurs compatriotes, et, fiers de traiter d'égal à égal avec les dominateurs, de les humilier
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quelquefois et de leur inspirer des craintes contînuclles y ils ne concevaient pas un état plus heureux : la liberté, dans racceptioa qu'ils donnaient k ce nK)t , était inséparable de la licence f à cet égard ils n'avaient rien à désirer. Aussi peu scrupukux, quant à la religion , que les autres Albanais du'éliens ou musulmans , ils suivaient ses préceptes avec une si grande légèreté , qu'on ne pouvait gucre s'attendre à exciter chez eux les ti-ansports âa. fanatisme. Attachés à leurs montagnes y au genre de vie qu'ils y menaient depuis plusiëui's siècles , à leur indépendance et à leur barbarie, ce n'était que par Tappiit du gain, et non par l'espoir d'un cban'geiuetit avantageux f qu'ils se seraient déterminés k travailler au salut de la Grèce | et le projet désintéressé d'afiranchir leur patrie, ne' pouvait leur venir a ïa pensée. Ainsi qu*on le voit , le lud de TEpire et les provinces qui bordent le golfe Ccninthien , étaient peuplés en partie de Grecs belliqueux et indépendans ; il en existait encore plusieurs tribus dans la chaîne du Pinde et dans les gorges de rOljmpe et du Pélionj mais nulle part les chrétiens rebelles au joug ottoman ne s'étaientacquis autant de gloire, de puissance et de réputation qiie dans la contrée qui borne l'Albanie au nord et qui sépare àes possessions véfciitiennes les états du grand-seigiieur.
Ce petit pays, appelé le Mvnténéro ou la moiuagne Jfcire, est habité par les Monténégrins. D a toute Fhopreur des régions les plus après des Alpes ou des Pyré-
nées; il semble plutôt destiné à servir de rc^xiire aux betes féroces que de ptitric a des hommes. Que le charme de la liberté est puissant, ou que la tyrannie est affreuse quand on sent pour la première fois le poids de ses chaînes , puisque Tamoin" ^e Fune et la haine de l'autre font chérir jusqu'aux solitudes les plus maltraitées de la nature ! Heureux au sein de leurs montagnes, qu'ils avaient conquises et défendues au prix du sang de plusieurs génératioiMÇ, les Monténégrins voyaient leur société prospérer et s accroî tre ; elle s'élevait déjà h plus de cent millo âmes, d'où Ton pouvait tirer quinze mille combattans : chaque année, une portion de la jeunesse passait au service de Venise ou dans les troupes dé Napîes, et ces guerriers, formés à la discipline européenne ,. revenaient ensuite dans leurs tribus qu*ils liabituaient aux évolutions militaires. Les Monténégrins faisaient alors sur les Turcs des environs l'essai de leur tactique nouvelle, et , fiers d'une sup^noritc constante , ils n'a§piraient plus qu'à ravir aux oppresseurs dégénérés les belles vallées de l'Illyrie , patrimoine de leurs aïeux.
liC règne du czar Pierre-le-Grand en Russie, fut une époque mémorable pour les Monténégrins^ ils envoyèrent dans les armées de ce prince une foule de jeunes gens qui parvinrent bien tôt aux premiers emplois militaires^ ils adoptèrent l'usage de faire sacrer leurs éveques àPétersbourg, et dans l'espérance de voir un jour l'empereur orthodoxe relever le trône de Constantin , ils se déclarèrent volontairement-aï-
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4[és et sujets des Busses^ eux qui n*avaient jamais obéi à aucune le le couronnée. Ce fut d'abord sur ce point reculé, et pour ainsi dire excentrique de la Grèce, que les Moscovites réussiient à se faire de nombreux partisans 5 et quoique le projet attribué auczar Pierre d'envahir l'Orient, ne fut encous que vaguement conçu , le gouvernement russe ne négligea ni présens , ni caresses pour entretenir l'alFection et le dévouement des peuplades du Mont éncro.
Cette puissance colossale qui venait de s'ériger soudainement dans le nord (1764), se voyait enfin en état de tout oser et de toutentreprendre.Ee génie d'une femme parvenue au trône par un assassinat , imprimait à la politique de Pétersbourg une directi6in nouvelle, et l'on pouvait présager d'avance que les Russes ne tarderaient pas à réaliser les rêves de l'ambition de leur immortel législateur. Catherine ftttira^ à sa cour une foule de Grecs de Constantinople, du Péloponèse et des îles; elle les plaça dans «es armées; elle leur conBa l'administration de ses provinces et ouvrit à quelques-uns les portes de son conseil. Ses états étaient le refuge des chrétiens persécutés en Orient , €t les Grecs parvenus à Pétersbourg , jouissaient des droits de citoyens russes; ils retrouvaient sur les bords de la Newa une patrie gdncreuse où les soins les plus tendres leur étaient prodigués ; quelquefois même les bienfaits de l'impélatrice allaient leschercher jusque dans les fers des Ottomans.
DES GRECS MO]>£RIf£S. l8ç)^
*^ljn Thessalien , nomme Papas-Oglou , capitaine d'artillerie dans la garde russe et ami d'Orloflf, que. la faveur de rimpe'ratrice venait d'approcher du trône , crut les circonstances propres à hâter l'éman^ cipaîion des Grecs lil lit part au favori du dessein qu'il se proposait de soumettre à la sanction de la souveraine, pour insurger le Péloponèse et l'Albanie. Orloff saisit avec transport l'idée de conquérir ou de gagner une couronne de plus pour sa maîtresse. Il se laissa facilement éblouir par le tableau que le Thessalien ûl de la disposition des esprits dans la Macédoine y rÉpire et la Morée; il ne douta pas du. succès d'une entreprise dans laquelle toute une population se rangerait spontanément de son parti. IPapas-Oglou exagérant le véritable état des choses ^ ou cherchant à s'abuser lui-même, montrait les Grecs comme déjà soumis de cœur à l'impéralrioej, il ne fallait, selon lui, que là présence d'un général russe parmi eux pour décider un soulèvenient. A l'apparition d'un vaisseau du nord sur les cotes du Magne-, cent mille bras allaient se lever pour écraser les Musulmans peu nombreux del'Attiqueet dela Morce* Il parlait d'une, insurrection qui avait éclaté à Athèùes peu d'années auparavant , et ce mouvement fortuit, dans lequel le nom deMosco- ^ vite n'avait pas même été prononcé , lui paraissait la preuve ijjécusable de la fermentation qui régnait l>armi les chrétiens , fernxentation toute favorable â la cause des Russes, ajtutait-iL Ces discoui:s artificieux séduisirent OvloS,^ et, dès ce moment, il.
ne rév^a plus que la ruine du Croissant et la conqucie de la Grèce,
Il décida sans peine Catherine à adopter les avis de Papas-Oglou (1765). L'espoir de régner sur l'Orient comme une autre Sémiramis, souriait à l'ambition de Fimpératrice et flattait son amour-propre; mais le conseil examinant avec plus de sang-froid ce projet gigantesque ; fut loin de le trouver d'une ex(k:utk>n aussi facile qu'on s'efforçait de le lui persuader. La Russie n'avait pas un marin ; quelques vaisseaux construits «ous le r^ne du czar Pierre y pourrissaient dans les ports; ils n'étaient pas en état de tenir la mer , et leur armement aurait trop coûté. Cette considération, que la pénurie du trésor rendait toute puissante , fut regardée comme un obstacle insurmontable , et l'expédition du Péloponèse fut rejetée.
OrloiF avait à la cour un ennemi redoutable dans la personne du premier ministre Pannine. Ce fut à la jalousie de cet homme qu'il attribua l'opposition à ses vues ambitieuses et à celles de l'impératrice. Il crut découvrir dans les manœuvres de ce rival k cause de son désappointement; maisiln'edfiit.pas déconcerté. Il accorda , comme grand -maître de l'artillerie , à Papas-Oglou im congé de trois ans pour aller régler ses affaires à Larisse, sa patrie, et cet intrigant se mit en route sous ce prétexte. Il avait ordre de tramer une conjuration générale , dans laquelle devaient entrer tous les Grecs soumis au grand-seigneur. Il ne devait épargner ni les pré-
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seiîs ni les promesses p<^ur entraîner les plus timides et soutenir la résolution des autres. Dans le mente temps, Catherine, travaillant sous main contre l'avis de «on conseil , faisait offrir à la republique de Venise un traiië d'alliance qui ne fut point accepté, parce que le dc^e, qui depuis long-temps cherchait à se faire oublier pour échapper à l'ambition de ses voisins, craignit d'attirer sur ses états toute la colèpe dés Musulmans. On avait vu , pendant plus de trois siècles, les Vénitiens lutter avec persévérance contre les envahissemens d:es Turcs; mais les circonstances n'étaient plus les mêmes , et la puissance de la république n'était plus que l'onibre de ce qu'elle avait été. Cependant Papas-Oglou s^embarquait à yenise pour l'Albanie après avoir reçusecrèlferaent lautorisation de disposer de sommes considéFables provenant de la vente de marchandise, dont deux vaisseaux russes, ]es premiers qui eussent encore paru dans la Méditerranée^ avaient élë charge au nom d'OrlofF et de l'impératrice. Dans la tra* versée 4u golfe , l'agent de Catherine fut pris par des corsaires Dulcignotes, relâché ensuite, à la re* ([uéte d'un consul autri^ien } il ne gagna le port de Trieste qu'iaprès avoir éprouvé les plus grandes contix&riétés (1766) ; ce fut là que ses opérations commencèrent. Les Grecs et les esclavons que le coinmer^ ceatûreda^ cette ville , cédèrent les premiers à ses séductions^ il^choisit p^rnû eux plusieurs émissaiixs qui se répandirent dans toutes les parties de la Grèce^ et il fit lui-même plusieurs voyages dans le Monté-
IQ^ BISTOIR£
neio. Alors on vit paraître dans ces mcmtagnes un aventurier connu sous le nom de Stëphano-Piccolo (Étienne-le-Petit), qui parvint, à force d'artifices , à se faire passer pour un grand personnage ; on alla même )usqu à prétendre qu'il était l'époux de Catherine, l'infortuné Pierre III. Cette fable, que Stépkano ne chercha ni à propager ni à démentir,, mais que la bizarrerie de sa conduite et les déguisemens qu'il affectait de prendre contribodiafit à accréditer , excita bientôt une violente fermenta^ tion chez les Monténégrins et dans toute l'Albanie. UEurope s'épuisa en conjectures sur oe mystérieux personnage, qui ajoutait à sa signature cette étrange idormule : a Etienne , petit avec I4S petiu , méchant » aveb les méchant ^ et bon avec lésions (i). » On s'attendait à voir l'impératrice employer tous les moyens en son pouvoir pour étouifef des bruits <pii pouvaient devenir un sujet de discorde. Catherine, au contraire, apprit <»fficiellement la nouveUe de ce qui se passait en Albanie sans laisser parakre la moindre émotion. Elle savait à qmoi s'en tenir sur le €om»p te du. fatux Pierre III. '
A la fin de la miéme année, Papas-^O^lon pénétra dans le Magne ou sesémissaires ravaieàt déjà précédé, lanaki Mavro^'Mîchali, le phis inj^ocfit des capitaineade. cette contrée, celui qui ;toQÀ lettre debey, exerçait isur ses cdUigoes une' sorte de suprénEtatie, reçut l'agent deCiai^herine^ it|ais se tenant en dé- " ■ " ' ' ■ ■..,-,
(i) Rttikières, ist. de Pologne^ tbm. m.
D£S GR£€S M0DERICE8. IqS
fiance, il nfe crut pas convenable de prendre avec lui un engagement |K>sitif; et ses coUèguel assenablés partagèrent son avis. Ils promirent de se concerter avec les Russes au$sit6t qu'ils paraîtraient avec des forces implosantes , et que l'on connaîtrait leurs intentions. Ainsi , les Maniotes refusèrent de s'abandonner à la foi d'un homme sans caractère authentique; et les discours de Papas-Oglou fte changèrent point cette détermination. Cet agent forma dès-lwsdes intelligences avec un Orec de Gakmata^ le riche Bénaki ^ proëstos du canton , tout puissant auprès des Tures par son crédit et ses alliances , et auprès de ses compatriotes, par Ja considération que lui donnait une immense fortune. Quoique déjà sur le retour de TAge, époque de la vie où les fantômes de^l'ambition s'évanouissent ordinairement ^ Benaki cnit voir dans les projets des Russes là source de sa propre grandeur. Il ne désespéra pas de gouverner un jour le Péloponèse au nom de Catherine, s'il contribuait à lui en faciliter la conquête. En conséquence , aussi peu avare de promesses que Papas-Oglou lui-même ^ il s'engagea à faire soûle* ver cent mille Grecs dès qu'on leur enverrait des armes et des vaisseaux ; de son côté , le Thessalien lui garantit la prochaine arrivée d'une armée navale et d'une- division nombreuse de troupes de terre moscovites. Ces deux conspirateurs^ assistée d'un petit nombre d'évêques; de primats et de Maniotes ; . parens de Benaki j dressèrent raCte de leurs engagemens réciproques ^ et pour abuser le
CAiwet de Pétersbourg^ ils oontrefireot aufaascle celte pièce les signatures des principaux capitaines du Magne (i).
Ces intrigues agitèrent toute la Grèce. Elle n'avait point encore été trompée; elle compta aveu* glément sur une assistance qu'elle crojait lui être sincèrement ofiGB^rte. Bientôt on parla trop oarenemept de la révolution qui sfi préparait « poar que les Turcs ne s'aperçussent pas qu'un complot se tramait contre eux^ Aiais les Grecs pouvai^ent^ls contenir leurs transports et l^njc espérance! Après trois siècles d'esplavage et de barbarie ; largue les lumières de la civili^tion ^mpiençaienH à pénjétrer }.udqu'à eux y. on leur Caisait i^ntrevoir une liberté prochaine ; obj.et de leurs plus aréens désirs; on les entretenait dans la pensée ^e l'on allait leur donner des arme$, qii'ils pourraient enfin immoler leurs tjrrat)S| et depuis long-temps ils ne vivaient que pour la vengeance. Partout les agens de l'impéra^ %riçe r^cuejillirepLt les sermens des primats et du clergé ; partout on ^'attendait pour écjlater que la présence de l'escadre moscovite ; et quand le divan, alarmé de la fermentation qui se manifestait parmi lès rayas 7 faisait externiiner les Monténégrins p^f les janissaires de S(ervie et de Bosnie , la crise du Péloponèse ne^ pouvait déjà plus se c^lmisr quf par le sang.
Il est vrai que Ijb rusé PapasrOglou y mesurant ses paroles avec adresse^ se g|irdait bien de déclarer à
(i) Rull^ières^ ftV/. fie Pologne, tom, m.
DES GR£€S 9l<n>£BN£S. ig5
tous les Hellènes <jue Catherine se proposait de les délirrer à son profit^ et de substituer le joug russe au sabre ottoman. Ce n'était psis aux Maniotes ; aux guerriers de Souli^ aux Ànnatolis de l'Olympe, du Pind^ et de FO^ ^ 'qu'il eût £ei11u montrer un pareil avenir. L'artificieux éndssaire tenait à chaque peuplade un langage différent : à l'une il assurait son émancipation complète , k Fautre la possession de quélqués'Vâliéeis ; celle-ci devait recouvrer ses anciens privilèges / et celle-là en obtenir de nouveaux. Ce n'était qu'aux malheureux habitans tjes plaines, façonnés à une obéissance passive, qu'il osait exalter comme un bienfait la domination des Russes., Pour trouver des partisans jusque dans les tribus de sch}^petai*& chrétiens , livi'és de tout temps au bri^ndage , il leur annonçait que la.çzarine protégerait leurs excès < et leurs dévastations. £n flattant ainsi toutes les passions , il ent:caina tout le monde ; . mais ' comme les moyens qu'il em-. ployait n'étaient point avoués , comme l'échafaudage de sa conjuration ne reposait que sur le mcn-, songe , il était facile de prévoir le dénoùn^^nt. Ij^ Grecs avaient soif de liberté; cependant ils t:ompranaientque le moment n'était pas encore venu pour eut de lutter sçuls contre le croissant ; aidés de k Russie, ils pouvaient réussir : sans elle , un eilTort tiéméraire et mal combiné les perdait peut-être à jamais.
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