CHAPITRE PREMIER
Capitulation de Souli. — Les îles Ioniennes sont de ndiiyesiu soumises aux Français» — Une révolution morale s'ôpëre dans les esprils des Grecs. — Leur ooramerce. — Leur manne. — Leur littëi^ture. — Ganses de ces grands changemens. — Sociétés se~ Ci^tes. — Doctrine des écoles. — Politique des réfornateurs. <^— Une foule de circonstances favorables prirent et accélèrent rczplosion de 1821.
Le visir Aly-Pacha s'était signalé par ses filrenrs cootre les malheureux habitans de Parga dans le cours de la campagne de 1799. Enflé de ses succès, fier de Tapprobation de Nelson qui le fit complimenter, et da silence des Russes qui semblaient approuver sa conduite , il tourna de nouveau ses efforts contre les rochers de Souli oii respiraient des hom- '^es libres , inaccessibles; Jusqu'à ce moment aux angoisses de la crainte comme aux artifices de la séduction* Jamais le satrape ne s'était vu dans un état gi prospère : ses coffres regorgeaient d'or; ses troupes venaient d'acquérir une haute réputation^
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de bravoure et d'habiletë dans le combat de Nicopolis; tous les Albanais obéissaient à sou commandement; il avait déjà exterminé la plupart ^ea anciennes familles qui lui faisaient ombrage parmi les Musulmans f quand aux guerriers chrétiens ; ik ntarchaieut en grand nombre sous ses enseignes (1800).
L'ambition et le désir de la vengeance j passions si actives dans Tesprit d'un Tiirc, poursuivaient Aly même au milieu de ses triontphes , et empoisonnaient le cours de ses prospérités. Il ne jouissait pas du finit de ses crimes par le besoin d'en commettre de nouveaux ; et tout le sang chrétien qu'il avait répandu ne pouvait assouvir sa haioe> tant qu il en circulerait encore dans les veines des Souliotes. Il ' se disposa donc à marcher contre eux; et pour donner à son entreprise un prétexte honorable aux yeux des Turcs ^ il fit répandre ^ parmi les agas d# rÉpire ; le bruit d'une convention passée entre les Russes et les Souliotes^ aux termes de laquelle Sôuli devait servir de point de départ aux Moscovites pour envahir l'Albanie et s'étendre jusqu'au Bos»phore. On ajouta foi à ces insinuations, et le satrapo réunit sans peine douze mille Ottomans prêts à fondre sur la Selléide , province à la destruction: de laquelle ils croyaient leur propre salul intéressé.
Mais Aly ne sut point profiter de ses avantages et de la disposition des esprits pour arriver direct^nent à son but. Il temporisa; de nouvelles perfidies dt'lruîsircnt TcfTct des premières; et, coram«
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il arrive presque toujours aux méchans, le satrape tomha dans ses propres pièges. Il mécontenta les Musulmans par d'odieuses, tyrannies } il indigna les Anglais et les Russes en les trompant tonr-à^tour, et les Armatolis chrétiens se détachèrent tout-à-fait fle son parti en apprenaat l'assassinat de Canavos leur chef. Le heau-frère de ce malheureux, le brave Paléopoulo , rassembla ses guerriers pour se venger du barbare et seconder les Souliotes : les Russes .fournirent des munitions à Euthyme Blacavas^ successeur du fameux Boucovallas (i), à la t^te des palicaris de FAcamanie. Colocotroni, illustre capitaine des Kleftis du Péloponèse , et digne en tout point de la renommée de son père, prit part à la ligue des Étoliens , des Souliotes et des autres contre le satrape^ et pour donner à cette coalition un caractère plus grave et plus terrible, on y fit entrer les beys de Salonew AJy ne connut pas d'abord les dangers de sa position ; et pendant qu'il méditait d'autres trames ^ les hostilités qui commencèrent lui apprirent que ses adversaires avaient déjoué ses indignes calcula et l'avaient prévenu.
Cependant le génie du tyran- qui brillait surtout dans les circonstances embarrassantes, le tira bientôt de celle-ci. Son or et ses poignards le délivrè-
(i) Boucovallas , fameux capitaine d*Armatolis. On a recueilli plusieurs chants populaires qiii célèbrent son courage et ses e;tp1oits.
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rent de la plupart dé ses ennemis; il encl^ains^ les autre» par la terreur. Quelques chefs d'Armatolis^ assassinés au milieu des leurs, san$ qu'on pût mécbn-^ naître 1© moteur secret d^ ficaires ^ des peuplades entières exterminées par les horde3 du risir, tous ces horribles témoignages d&«a puissance et de ton ress^itiment dissipèrent les timides alliés de Souli : Pàléopaulo lui-m^me^ secrut trop hpure^ii de po»- Tcrir re^gner lea laoniagnes. d*Agrapha pouj: y mettre sa vie en sûreté au milieu de «ea compagnons d'armes et des amia de ;gon enfance. Jjss^ bey$ de Salane , çjjandonnés h la colère d'Aly;(. tombèrient ^ presque tous sous le cîmetèrc?^ «t leur bourrea^Tî: eiv Yoya (xaasSt v^aivode aux orgueilleux Musuliûam qu'il épargnait h Saloir ^ Un prêtre grec, noxton^ Luc^. <iSj vous manquez de respect 1^ Tautorit^ da œ mikgistrat, leur 3écrivait-il^ Je vous 4onnetai ï)our ^ gouvierûeurunè èerranUB^ de mon; ha^eiOy» Joigcant ainsi Vironie à l'insulte*
Tout le poids de 1^ rage du visir semblait devoii accabler Xe& Bouliotes désormais seuls y ou faiblement secondés par les Étoliensetles Kleftis de Gor locotroni : chaque jour leur révélait d^ nouveaux malheurs ; tandis que la fortune se mon trait de plus en plus favorable \ leur implacable ennemi. Ce monstre fit décapiter vingt -huit otages de Souli qu'il prit à Delvinof et les enfans delà Selléide, jugeant à ce dernier attentat qu'il ne leur restait plus qu'à vaincre ou à mourir, s'y préparètent avec résignation. 11^ avai^t des magasins bien appro*
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visionnés; ils en formèrent de nouveaux^ partage*renia leurs guerriers les postes périlleux, laissèrent aux femmes et aux vieillards la garde de Souli et des villages du territoire de la république; ensuite ils élurent pour polémarque un moine inconnu qui les avait subjugués par son exaltation : il se nommait Samuel^ et se Élisait appeler le jugement de^ nier (i).
Des combats I des exploits, qui augmentèrent la f^oire des Souliotes y suivirent ces courageuses dispositions (i 80 1) : la postérité recueillera les noms de Photos Tzavellas et de sa soeur Caldos , qui s'immortalisèrent par leur héroïsme; de Samud , de BatzariS; de Moscho et de Despo, qui périrent les armes à la main ou s'affîranchirent par nn trcpas ▼cdontaire d'un honteux esclavage. M^us les enfans de Souli f infiitigables dam le danger , se laissaient vaincre par le repos î une funeste sécurité désarmait leurs bras , et la victoire était pour eux comme le présage des plus terribles revers. La discorde éclata parmi les capitaines; Aly profita de cet incident avec son habileté ordinaire. Sélim III venait de se prononcer en faveur des chrétiens de la Selléide ; Aly leur fit part de cette attention bienveillante du souverain^ et leur proposa un accommo-
(i) Voyezy pour ce qui conccrae la guerre de Souli, Y Histoire de la Grèce moderne , par M. Pouqtt«villc> loin. I«^ , chap. v.
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dément honorable qui mettrait £n aux malheurs d'une si Ipngue guerre en donnant aux Souliotes lar plus fortes garanties ^our l'avenir (i8oa).
Mais lesjlots de miel qui semblaient couler des lèvres du satrape ne faisaient que mieux ressortir rabomiuftble perversité de sop caractère. Il était évident qu'il ne s'efforçait d'enchaîner les Souliotes par la force des traités que pour tromper leur vigilance et les écraser. Uû fort devait être construit sur les montagnes au milieu des hameaux de la république : une garnison turque ; aux ordres de Georges Botzaris , nommé polémarqùe par le grandseigneur, serait établie dans cette citadelle; etpouar prévenir dans la suite tout sujet de discorde, ajoutait le perfide Aly, «j'exige, mes enfans, l'éloignament du capitaine Photos Tzavellas j qu*il vive ^tx paix daas mes domaines eu dans tout autre liea de son choix , mais qu'il ne reste pas dans vos monu^ gnes. » Le traite na pouvait être conclu aaod cette clause préalable.
On connaît la versatilité de ces républiques, oà l'ochlocratie, dominée par l'influence de quelques hommes adroits ^discute les affaires et prononce en dernier ressort sur les grands intérêts de l'état. Leb ouvertures insidieuses d'Aly furent accueil lies fa v-crabltement à ce tribunal, où son or avait acheté plus d'une conscience. On oublia les services de Photos, les crimes et la mauvaise foi du prétendu pacificîtteur ; le citoyen vertueux se vit exilé comme Aris-»
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tide f et entendit ses ingrats compatriotes accéder tout d'une voix aux propositions du tyran des Al- IjanieSé « Je m'éloignerai^ leur dit Photos, j'obéirai à Vos ordres; mais^aunom du ciel^ veillez sur le sort de la patrie ; et ne déshonorez pas le nom de nos ancêtres! » Après ces paroles, il rentre dans sa maison : « La demeure des Tzavella» ne sera pas souillée par l'ennemi , » dit -il ; et des tourbillons de fkmm.!^ la mettent pour toujours à l'abri d'un pareil outrage. Photos quitta en même temps Souli avec ▼ingtK:inq^ueiViers attachés à $a fortune , tandis que «a sœur Caldo yole âu monastère de Ste.-'Vénérande^ dernier rempart de la liberté des Souliotes ; où Samuel s'était enfermé avec trois cents braves sourds aux xaenacesd'Aly comme aux prières 6C aox remontrances de leurs aveugles «coacitoyena»
lia divisioniétait dans les rangs des Souliotes; leur force et leur indépendance s'étaient évanouies. Nous ne suivrons pas l'immortel Photos dans ses Çjyers voyages à Janina ^ dans les cachots où le tyçm le retient long-temps enseveli^ aParga,où il as- Mire un asile aux vieillards et à la jeunesse impuissante de Souli : nous ne raconterons ni les nouvelles perfidies du satrape, ni ses attentats, ni ses fureurs. Les noms des traîtres Koutzonicas, Diamanté Zer- Vite et Pilios Gouzis n'iront- point à la postérité , chargés par nous du poids des crimes dont ils se rendirent coupables r ces détails trop longs appartiennent en quelque sorte à une autre histoire. Coii-
tentons-nous de jeter nn dernier regard sur Soulî expirante y Souli j que ses enfans abandonnent ou déchirent de leurs propres mains (i).
Aly-Pacba ne Voulait pas la soumission des Souliotes ) il voulait leur extermination. Après avoin posé les bases du traité que nous venons de .vof» pour obéir a la Porte , il «'efforça de traîner Ifes choses en longueur pour recommencer le§ hostilK tés avec avanuge , et trouver un prétexte à ses féroces vengeances, Ses troupes s'étaient avancées sur le territoire àt la république à la faveur des négociations ; elles occupaient les principaux défilés et la gorge de Vilia , où le visir avait fait construire une forteresse- Dans cet état de choses, la ruine âfc Souli était certaine j il ne s'agissait plu^^que de la justifier aux yeux du sultan. Le génie d'Aly, fertile en expédiens et en machinations; lui suggéra, bien^ tôt les moyens d'éluder le seul frein qui l'arrétaît encore.
Une corvette française échangea à Étylos, en Morde, une partie de ses poudres et de ses munitions (fc guerre, contre des denrées du pays : elle toucha ensuite à Athènes, puis à Zante et à Parga, où elfe rendit le reste de sa cargaison pour se procurer de« rafraichissemens. Cette corvette était armée pour le compte d'un particulier^ c'était une opération
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(i) Koutzonicas et les autres traitèrent secrètement avec Aly i mais ce monstre ne les épargna pas plus que le reste des Souliotes.
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. purement Jiicrcantile, Le rusd satrape s*eÉûpressa, au contraire , de présenter cet événement naturel «omme le signal d'unp^aste conspiration. Il écrivit à Constantinople que ce navire, expédié par ïe chef du gouvernement français, avait pour but principal de faire insurger les Grecs } qu'une trame était ourdie en Morée pouf en expulser les Musulmans, et que les montagnes de Souli étaient le foyer de la copjuration. Ces perfides renseignemens , appuyés par les discours et les riches présens que les créatures d'Aly à Constantinople employaient tour-àtour auprès des ministres turcs, arrivèrent à Sélim et surprirent sa honne foi : il fut indigné, et, cessant dès-loi-s de protéger les Souliotes, il enjoignit à leur parjure accusateur de les traiter en rebelles. Celuici n'en demandait pas davantage.
(i863) Aussitôt il fail marcher des renforts de troupes vers la Selléide : les combats recom^mencent avec un nouvel acharaementj Samuel relève les courages abattus , montre le ciel à ceux qui redoutent la mort, promet aux autres la vengeance et la victoire, et annonce à tous des jours de gloire et de prospérité : mais sa voix impuissante tonnait inutilement au milieu des tribus épouvantées ; l'heure suprême^de Souli était enfin venue. La trahison , la disette et la soif dévorante triomphaient des braves. Fortifié sur tous les points, maître des passages, campé sur les rives de l'Achéron qui roulait au pied des Souliotes et où ils ne pouvaient puiser qu'en y faisant descendre des époiiges, l'en-
ncml obse^Toit un blocus trop rigoureux pou? que le sabre de Photos pdt rompre ses lignes. Enfin le village de Souli et le bourg d'Avaricos, livrés aux troupes du visir, n'e'taient déjà plus qu'un monceau de cendres. Tant de revers , tant de souffrances paralysent tous les c<3eurs : une voix répond à Samuel ^ toujours inébranlable et préchant encore l'héroïsme et la persévérance , qu'il faut capituler; la multitude profère le même cri, et Photos est chargé d'écrire à Véli-Pacha, fils du visir, pour lui demander à traiter.
C'en est fait^ Véli accorde, non pas une capitulation , mais une amnistie , partage ordinaire des rebelles qui doivent leur salut à la pitié du pouvoir heureux]^ c'est le 12 (27) décembre : bientôt Im tribus des Souliotes , conduites par leurs chefs , abandonnent la terre de la patrie pour aller vivre dans l'exil sous un ciel étranger ; mais Samuel ne dément pas l'héroUsme de son caractère dans ce moment suprême; il tonne, toujours invincible,' sur les hauteurs de Ste.-Yénérande. On le somixie de livrer la place; il envoie la mort aux soldats d'Aiy pour toute réponse. On l'assiège ; dix mille hommes franchissent les ruines de ses rempart» abandonnés de leurs défenseurs; les féroces AIImh nais pénètrent déjà dans la tour où il s'est réfugié : alors le Jugement dernier se recueille on instant | il cesse une vaine défense ; il permet aux bordes ennemies de s'entasser autour de fOn dernier asile. Tout-à-coup une explosion terriblp
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éclate dans les souterrains y et les troupes de Vélî , le» colonnes f^loigni^cs desSouliotes fugitifs ^ voyent sauter dans Tes airs Samuel, silt cents Turcs et les dëbris de Sle.-Vénérande.
Cet acte sublime de courage et de dévouement oonsteiHa Varmée du satrape : mais bientôt 1<î fils d*AIjr se rappela les ordres de son père^ et^ charmé de trou- ▼er un prétexte à ses fureurs, il crie à la trahison, fait marcher des troupes à la poursuite des Souliotes , et jouit enfin lorsque ses féroces émissaires lui rapportent les têtes des braVes. Il n'échappa qu'on bien petit nombre de guerriers : la tribu de Photos arriva presque intacte sur le territoire de l^rga;, les autres furent exterminées. Tous ceux qui survécurent à ce grand désastre passèrent dans les îleS) Ioniennes et bientôt sous les drapeaux de k France. Parmi eux se trouvait le jeune .Marcôs Botzaris; qu'un trépas glorieux devait immortali-' ser plus tard.
\ Les prisonniers souliotes que Téli conserva étaient destinés à d'horribles épreuves. Le satrape, ivre de joie à la nouvelle des malheurs de la Selléide , se rendit au camp de son fils : les supplices comment cèrent. N'épouvantons pas nos lecteurs par le spectacle hideux des tortures que le génie du monstne inventa pour déchirer ses victimes : il présida luim^e à toutes les exécutions ) et quoiqu'il proposât à ces infortunés de se sauver par l'apostasie, il ne s'en trouva pas un qui ne préférât la mort à la 'tioDte.
B£S GK£GS HOPXRNES'» - 24l
Ce scx« faible et craintif, qui excite partout k^ pitié du vainqueur, n'eut pas besoin de fimplorer sur les ruines de Soidi. Les compagnes des^ braves avaient précédé leurs fils , leurs pères et lenrâ époux dajQS la tombe* Un trépas volontaire, après une résistance héroïque ^ les avait à japoiais affranchies. Qui redira le sublime désespoir de celles qui, aprè« -avoii' jeté leurs enfans sur les barbares en guise de pieiTe, se précijpîtèrent elles-mêmes dans les abîmes de Zalongos , plutôt ^pjà de se livrer à la ser- \itude et à l'infamie? Qui rappellera la gloire de Despo, qui s'ensevelit sous les tTiines de la tour de Dimoula avec ses filles déjà mères etime multitude de génét-euses Soulioies, en renouvelant le sacrifice du grand Samuel 7 O Souli ! noble tombeau des braves,' tu n'as pas sucîcombé tout entière; tes ham^ux sont anéantis; tes enlans sont morts pour tes montagnes; mais ils vivent potir la postérité.
Alors tomba le masque dont l'exécrable Aly s'était toujours couvert. Les chrétiens avaient cru long-temps qu'il s'intéressait à leur délivrance. Ses disctissions avec la Porte, son hypocrisie envers les Âri](iatoli3 , ses craintes superstitieuses et son respect pemr les ministres de l'Évangile, donnaient aupc Grecs l'espérance de le voir bientôt arborer l'étendard de la révolte, embrasser la religion Aâ Christ, et relever la gloire de Sparte et d'Athènes; mai» •es crimes , ses perfidies et la ruine d^s 'Soulîbtes dissipèrent les trompeuses illusions qu'on s'était ' plu à AouiTir jusque-là ^ on ne vit plus dans Aly-
^4^ BUTOIRS
TébâeQ qa*uii tjrran cupide ^ uniquemeat occupé é9 sa pix^re fortune, disposé à sa servir des Grecs pour réaliser les rêves de son ambition , et prêt à briser ensuite les instrumens qu'il aurait employas.
Il se passa quelques années à la suite de la catastrophe de Sonli qui ne furent mémorables que par les débordemens du satrape et de ses fils, par les crises intérieures de la Turquie et par les malheurs de la Grèce. Les lies Ioniennes , formées en repu- ' blîque indépendante , .sous la protection 4es Tuwxv Busses, furent cédées à la France par le traité de Tilsitt (1607) : le général César Berthier, gouverneiu'-général de ces lies au nom de l'empereur des Fran9iis, respecta toutes les institutions des IoniénS| et donna aux possesseurs futurs de ces belles coik trées un exemple de justice que l'Angleterre dédaigna de suivre plus urd.
.Cependant les Grecs, réveillés de leur léthai^ie par les troubles de l'Europe , commençaient à s'élever à la hauteur du siècle. Déjà l'éducation que les prêtres dû mont Athos leur offrait ne suffisait plus à le«r avidité d'apprendre. Os arrivaient en foule dans^ les écoles de Vienne, de Paris, de Mh lan et de Florence : ils raisonnaient leur position, lent foroe^ leurs besoins; ils osaient considérer pour là première fois le colosse délabré de la puissance ottomane ; le prisme de la crainte ne fascinait pUu leurs regards, et ils le voyaient avec sa faiblesse, ses élémens destructeurs et son immuable
siarbarie. Ib lisaient les œuvres immortelles de nos
D£8 GRECS MODKRNB»» 343.
graxids philosophes , de nos grands publicistes; la nécessité d*étre quelque chose se faisait sentir plus vivement à leurs cœurs, tandis que leurs richesses toujours croissantes , les vertus guerrières dé leurs concitoyens duPéloponèse leur disaient assez qu un dernier effort serait couronné du succès. Us n'étaient plus ces esclaves d'autrefois^ muets sous le joug des barbares ; ils sentaient ^ifîn qu'ils étaient homme»; 11^ brûlaient de reconquérir leur dignité avilie. >
Déjà la plupart des caboteurs de l'Archipel avaient arboré le pavillon russe : la sphère du oommèroe s'était agrandie pour eux. Libres sous la protection des agens moscovites, ils ne se bornaient plus à naviguer sur les côtes de TAsie-Mineure , dans les eaux du Bosphore et de la mer Noire ; ih portaient maintenant les riches productions de l'Asie sur les marchés de Trieste et de Livoume; ils approvisionnaient les magasins de Mai^eille^ les manufactures de Lyon , pendant que la marine française , paralysée par suite du funeste système eon* tinental, pourrissait dans nos ports. Les Anglais &• vorisaient eux-mêmes le développement de cette industrie naissante : la franchise des pavillons turc^ et moscovites assurait aux Grecs d'immenses avantages; ils étaient trop habiles pour n'en point profiter.
Ce fut alors que tout le commerce de la Méditerranée , exploité au profit de la France ayant la révolution, devint l'apanage exclusif des Grecs. Ils armèrent une foulé de navires } et leur hardiesse ^