‹ Histoire des grecs modernes depuis la prise de ConstantinopleChapitre 23 sur 30 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

La Grhce en i8ai. — • Les ileSé -^ Alexandre YpnlaïKi en Moldavie^ •— SoiilèTement de la Merëe et de^ Ues. — «Suppliée du patriarche Grégoire. »^ On desarme les Grecs dans Tempire ottoman. — Les Sles d'Hydiâ> de Spesziaj dlpsara et d« San&os se choisissent des magistrats sous le nom dé sënateurs. '-** Défaite des Hëtërisfes en Yalachie. — Combats en Morée. — Siège d'Anapli.

Il, est nécessaire de bien connaître l'état de la Grèce pour l'intelligence des évéuemens qui vont suivre. On a pris l'habitude de la considérer d'après les anciennes divisions ; c'est une erreur, de même que le relevé de quelques écrivains qui lui donnent un cadre beaucoup trop étendu. Un mot sur la io- • pograph^ de cette contrée fixei^a l'idée.de nos k»teurs à cet égard.

La presqu'île de Morée, l'Attique, la Béotie, les divas embranchemens du Pamaçse avec le littoral du golfe de Lépante, constituent, à proprement pitrlcT, le territoire de la Hellade* Depuis, l'empire grec, laThrace, la Macédoine, l'Épire et l'Albanie ont été peuplées de ce mélange de Grecs et de EovmkAf qui reçurent autrefois le nom de Roméi, nom qui (Met eouserv^ dans la langue des Hellènes,

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et qu'ik portent encore aujourd'hui (i). Les pro^ 'vinces soumises à la domination des empereurs dé Gonstantinpple ; ainsi que les vastQS régions de l'Asie^ n'eurent de commun avec la Gxèçe que liai religion et le langage^ cependant on leur prodigua son nom* Bientôt même on n'eut plus égard aux; limites géographiques , la: croyance fit la nation; les Syriens reçturent le nom de Grecs^ en même témp$ que les peuplades de la G)lchide et de$ bords du -Danube. De-là^ sans doute ; le profond mépris dans lequel tombèrent les descendans de Philop4men et d'Aratus : on les confcmdit avec les peuples qui dégradaient leur nom après l'avoir usurpé ; on leur attribua la même corruption et les mêmes infamies.

Noos avons signalé déjà^ au commencement as cet ouvrage^ un abus si -funeste à la réputation des Hdlènes. Le Bas-Empire anéantit la Grèce en empruntant son nom* On a jugé les Grecs d'après ees esclaves asiatiques d'une foi si douteuse^ d'.une pv»' sillanimité si- reconnue. Jusqu'à ce jour même , on a été trompé par l'abus des noms, et il ne fallait rien moins que la lutte qui vient de s'engager pour dis*

(i) Kn grec moderne > les chrétiens orthodoxes dans la Mdréô » dans les lies, en Asie et même en %ypte, ne se nomment pas UeUènes , mais Roméi; c'est de* puis la révolution seulemiint qu'ils (mt repris leur ancien titre.

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siper ces erreurs et remettre les véritables Grecs à leur place.

Cest donc au sein de la Morée, de l'Épire et de rÉtolie que se trouvent les Grecs. Ils n'ont jamais ëte ailleurs. Des tribus péloponésienn^s, chassées de la presqu'île par la tyrannie des Ottomans , se sont réfugiées dans les gorges de l'Ossa , de l'Olympe et du Pélion : ces montages sont grecques encore. II n'y a point d'Hellènes au«delà de ce cercle, tracé par la nature.

Cinq cent mille âmeé au plus méritent de porter le nom de Grecs sur le continent; les îles de l'Archipel^ jusque dans les parages de l'Asie, renferment à-peu-près trois cent mille habitans, Grecs d'origine, de mœurs et de caractère; .on peut les compren^reau nombre des Hellènes; ils ont couquis œ glorieux privilège. Les autres chrétiens or» thodox^ répandus sur tous les points de l'empire turc , n'ont aucun droit à la dénomination èê Grecs. Quelques années encore, et cet abus cessera d'exister,

' C'est dans Fènceinte que nous venons de circonscrire qap la révolution comm^iça. Les tentatives faites^ sur d'autres points n'étaient, à proprement paHer, que des signaux; on peut même considérer la marche dTp^lanti en Moldavie comme une diversion > puisque dans l'état où se trouvaient les choees, le Péloponèse était presque soulevé. Le vieil "Aly a plus iadt pour la régénération de la Grecs 'que le désespoir et le temps : sans ses intrigues, les

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queues d'un satrape byzantio flottearaiçiit eattcore sur les créneaux de Tripoli tza*

(i8aî)i La révolution de Naples toucliait à sont terme; lejcommercôdes Hydiiotes devenait moin» actif ^ la misère accablait le bas peuple de cette île industrieuse. Un soulèvement était -à craindi^ ; la sagesse des Êphores conjura Toràge, Cependant le Péloponèse venait en quelque sorte, de se déclarer. Une insurrection partielle avait éclaté à^atras, le i% février j les chrétienA. de Klrcadie cisalphéenne , assaillis par les Turcs de Lalâ , reçurent rautorisation de repousser ces brigands par la force, CboUïchid-Pacha^ Vali-ci de Moréc;» était alors en mai ch« j)our l'Albanie; son Kîaïa permît aux Crées de sa défendre contre les Laliotes^ne pouvant les seco»» rîr lui-même. Voila rorigîne de la guerre de Tindépendance.

En m^me temps les communications des apôtres devenaient de plus en plus actives : on parlait positivement d'un mouvement des Russes au-delà du Pmth et de l'arrivée d'une de leurs flottes dans les eaux du Péloponèse. Ce fut alors que le bruit de rer^trée du prince Alexandre Ypsilanti dans la capitale de la Moldavie devint public : une canonnade 9e fit attendre à la même époque sur les côtes de Messénie; Théodore Golocotroni accéurut de l'île de Zan^e, où il s'était réfugié autrefois, et réunit deux'*ônf' quarante hontmes sous ses ordres aux environs de Garytènc îdes bandes indépendantes surgirent tout-i-coup de divers points de la presqu'île;

:^8 ttisTotAÊ

rinsurrection devint spontanément générale, heê coups de canon qui s'étaient fait entendre jusque dans la plaine de Misitra, glacèrent les Turcs d'épouvante ; et les deux partis ne doutèrent plus de Tarrivëe des vaisseaux russes (i).

Alexandre Ypsilanti^ major-^général au service des Russes y fils d'un ancien hospodar de Moldavie « ii*avait qu'une suite peu nonxbreuse d'Âmautes ou mercenaires albanais ^ lors d^ 6on entrée à Jassi. Des étudians grecs de divers pajs de TEurope, diSf* ci pies de THétériey s'étaient atuicbés à sa fortune* Les boyards (a) soulèvcrent un petit nombre de Moldaves ; qui grossirent le p%rti d'Alexaudi-e, et pour ameuer l'insurrection totale des deux provinces ; celui-ci fit circuler des prodafioations dans lesquc^es il annonçait aux Grecs l'interveirtion d'up ^gFand mpuarqt|^,.4fcrét-i. aouteuir leurs efforts. Les discours d'Ypsilanti^ sa qualité dfoffi* der- général russe; tout séduisit les Moldaves : ils s'enrôlèrent en grand nombre sous ses drapeaut^ et le partisan Théodore Vladimireski, armé contre lès boyards de Valachie^ feignit d'entrer de bonne

(i) On dit que ce stratagème fut employé par les Hydriotes poiu* tromper les Moraïtes et les déterminer k se constituer en état d'insurrection.

(a) Nous avons dit précédemment que les boyards étaient les seigneurs. des provîneiss valaques et moldaves» et qu'ils se divisaient en lK>yards indigènes et en boyards fanariple?*

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foi dan3 les vues d'Akxandre^ qui commit la faute capitale de s'arroger le titre de généraUssime des . Hellènes.

Aussitôt les îles substituent le pavillon de la croix aux -couleurs musulmanes : les Turcs tombent par centaines sous le fer vengeur des. Moraïtes. Colocotroni^ Mavro Michali^ Bey du Magne ^ et Tai^ chevêque GermanoS; appellent les Péloponësiens à ^ la liberté. Des combats s'engagent; et partout vainqueurs ^ les Hellènes enferment leurs ennemis dans les citadelles mal approvisionnées qui couvrent la presqu'île. Hydra , Cassos , Spezzia et. Ipsara se oonceilent pour Tentrelien d'une flotte nationale 5 leurs vaisseaux dolent à Trieste, à Venise, à Marseille, à Londres, à Amsterdam, pour y açhetaer des armes et des munitions, qu'une politique bar- ,bare doit désormais leur refuser. Samos se défait Am^ tyrans, organise une autorité munidpale^ et se trouve bientôt en état de braver les efforts du continent ennemi qui l'avoisii^e.

Ces mouvemens sont rapides comme la pensée.

Les messages des provinces se succèdent sans inter* ruptionàConstaatinople : le sultan reçoit de toutes parts les mêmes nouvelles à -la-fois. Dans l'épuisement où se trouvait l'empire, il ne pouvait rien lui arriver de plus fâcheux. Ce qui rendait l'embarras de la Porte plus grand encore, c'était l'attitude menaçante de la Russie, devenue plus impé* rieuse en proportion de la faiblesse du grand-sei* gneur* M. de Strogouoff; ambassadeur moscovite, à

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Constantinople , ëtonDait Id barbares par sa fei'meté. Il leur montrait" son souverain prêt à les écraser, s'ils n'avaient pas égard à ses rédamations ^ il* leur interdisait presque jusqu'au droit d'en discuter la justice. Bientôt il eut un champ plus' vaste pour se livrer k toute la violence de son caractère. Le>6 barbares apprenaient l'insurrection du Pëloponèse et des îles : ils rendirent les chrétiens de . PAjsie responsables de la conduite de leurs frères d'Europe; les massacres commencèrent, et M. de &rogonofF se déclara le champion du malheur et de l'innocence, tandis que les autres ministres chrétiens fêtaient sîlenciqax.

* Pendant qu'une armée de js^nissaires d^olait la Valachie et présentait la bataille auz tî;oupes d'Alexandi'e Tpsilantî, Constantinople, Smyrne, Magnésie, Andrinople et Salonique étaienile théâtre des fureuJB turques.

Smyme fut sauvée par le dévouement du consul de France, M. David, et par le courage de notre marine : cinq cents chrétiens y furent égorgés en peu de jours ^ et cette horrible bouchçrie continua malgré le zèle apparent des au tontes turques pour arrêter le cours de ces excès. Andrinople et Salotîi que virent supplicier ^ leurs négocians grecs les plus respectables et les ministres de la religion, parce qu'on les accusait de connivence avec les insurgés, quoique leur véritable crime fût d'être Grecs et riches. Dans le même temps, des délégués de la Porte abordaient à Hydra aVec des paroles de paix

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et de^cl^menoe^ coonme si les Hellènes avai^itpu espérer leur pardon après les actes féroces qui venaient de signaler la haine et la yengèancç de lew« emiemis.

Une «cène plus atrocB encore, et plus faite pour exaspérer les Hellènes, se passa dans l'enceinte de Constantinople, sous les yeux des ambassadeurs chrétiens. M. de Strogonoff s'était empressé de di*mentir le ïmanifeste dTpsilanti , qui s'annonçait eommê le lieutenant da Fempereur Alexandre.

Mais cette fétractaiîon -ne calma pats la ragç diD» barbares. Ik menacèrent Jes sujets russes, firent main-basse sur les Grecs, et, dans leur délire, ik iimnolèrent une partie des équipages de leurs vaigseaux de haut-bord, composés d'insulaires. grecs, Gomme nous TaTonà dit» Jusqu'au 20 avril, Gdï»t^uitinopLs fut incmdée de sang; les villages voispsft de cette capitale éprouvèrent le même sort. Enfin, k ai , jour de Pâques, l'ii^dèle consomma Je plus grand de tous les. crimes , celui qui devait rompœ à jannais les liens politiques qui ruxussaîent encore aux puissances de la chrétienté.

Dès que le di^an fut informé de la marche ()q, prince Ypsilanti, on arrêta la plupart des nobles fanariotes comme coupables de haute trahison. Ils furent conduits aUx Sept-Tôui-s (i), et de-là au sup-

(i) Les SeptrTours, prison d'ëtat k l'entre* du canal de Constantinople. On n'y met que les «on* damnés.

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plioe* Le prince Moroùsi , premier drogman de la Porte, fut du nombre des victimes. Cependant il restait encore sa veuve et ses enfans, que Ton voulut garder comme otages. Halet-EfTendi^ itvcri du grand- seigneur, personnage que nom connaîtrons bientôt; et qui jouait alors le premier rôle dans la politique orientale, confia cette famille prosente à la garde du patriarche Grégoire^: il voulait le perdre ; il en avait presque les moyens ; mais il s'efforça de le rendre coupable en apparence pour léj^timer son attentat.

Le vénérable Grégoire accueillit avec empressement les victimes de la tyrannie : heureux de pouvoir offrir quelques consolations à ces infortunés, il s'abusa jusqu'à croire que Thumanité entrait pour quelque chose dantf cette infernale machina' ' «ion. « Vous serez pour ces dames et leurs enfans, lui avait dit le perfide visir, un^ gardien moins léfcarbatif qu'un seigneur turc. » Il les recomxoanda à ses vicaires, en leur laissant toute la liberté possible^ne s'imaginant pas que la famille Morousi pût en abuser an point de le compromettre. Pour lui, livré à k méditation et à la prière ime partie du jour, il ne les voyait qu'à de longs intervalles. Peut-^tre que, se laissant aller à un mouvement de compassion, Il souhaitait en secret Tévasion de ces malheu* reux, qu^un supplice prochain attendait sans doute; mais il n'^iste point de preuves qu'il y ait contribué.

Les ministres chrétiens favorisaient alors l'éva-

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sion des ra^rar sur la tête desquels la hache des barbares était suspendue. Chaque vaisseau de l'Europe portait dans les îles ou dans les provinces russes de la mer Noire un chargement de fugitifs. La famille Morousi profita de cette faculté qui restait au malheur. Boit jpitié^ soit cupidité^ Fecclësiastique que Grégoire avait délégué auprès d'elle se laissa. gagner; un vaisseau européen la reçut à son bord, et elle s'éloigna deConstantinople avant même que kft gensjdu patriarche se fussent aperçus de sa fuite.

Dès que cet év^nemei^t fut connu du^ pontife, il dit sans s'émouvoir aux prélats qui l'entouraient : « F'oUà rron arrêt de mortl » Tl ne prévoyait pas (pxe l'élite de son clergé serait enveloppé dans k même proscripllon,: Aussitôt il retourne chez le visir : « Où est la famille Morousi? » lui deniande le barbare qui l'avait comblé de caresses peu d'instans auparavant. Le vieillard, étonné d'une queetien ai^peu attendue, lui apprit cequ'il savait probablement, et d'une nianière plus précise (i) : a C'est vous qni êtes l'auteuf de cette évasion , lui cûa le perûde^ retirez-Tpus^ i»

Ce p^ 4^ mots équivalaient à une sentence capitale, Le lendemain, yonr de Pâques, solennité dans . la^iielle les patriarches ont l'usage de célébrer pu-

(i) On assie^r^ que le visir avait ménagé lui-même la fuite des Morousi. {Voy* mon Histoire des évténe^ mens de la Grèce y ^om. i, pag: 6a-24') .

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