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uèse et FAttique avaient promptement e'té envahis par une population étrangère ^ mélange de Romains ei d'Asiatiques. Les îles Ioniennes avaient subi le • même sort, et l'ombre de liberté que la Grèce dut aux ministres philosophes ( an 54 ) dont le règne fut si court sous l'exécrable Néron (i)^ ne put relever l'énergie dé ce qui restait d'Athéniens et de Spartiates dans l'Attique et la Laconie (2). En peu de temps les diverses contrées de ce pays fameux descendirent à un état d'abrutissement presque aussi grand que l'avait été leur illustratioil militaire et scientifique. Si dans l'académie quelques rhéteurs formèrent encore un petit nombre de disciples distiqgués, il n'en résulta aucun avantage pour la nation, qui perdit successivement tous ses titres à; l'admiration du monde. La langue d'Homère s'al* ! téra dans Ifes province*s où d'un peuple généreux , la cupidité d'un officier romain fit un peuple d'esclaves. Le droit de propriété fut méconnu, et l'héritage de Sparte et d'Athènes, dévoré par les conquérans, ne fut plus. qu'un patrimoine de misère et de honte. Dans l'intervalle, les apôtres du christianisme prêchaient leur doctrine pure alors d'hypocrisie et d'intolérance; l'esprit mobile des Grecs, la rigueur
(1) Sénèque et Burrhus le déterminèrent à aflfranchir FAchaïe, gouvernée par un préteur et soumise à un tribut.
(a) Tous les sa vans , tous les philosophes de la Grèce quittaient leur patrie pour s'établir à Rome.
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déployée contre les religionnairés et leur courage au milieu des supplices ^ tout concourut à répandre Tdvangile dans TAchaiej les vertus de saint Paul gagnaient les cœurs des Corinthieus, pendant que deux martyrs, Jason et Sosipâtre, scellaient de leur sang la conversion de Corcyre (i) : ainsi la Grèce, toujours disposée à accueillir les religions des autres^ peuples et à se créer de nouveaux* dieux, devança l'Europe dans l'exercice d'un culte qui allait renverser les temples du polythéisme, et s'étendre sur la terre avec les ténèbres de la superstition et de l'ignorance. .
Chaque règne, et pour ainsi dire chaque année, depuis le féroce Héliogabale jusqu'à Constantin , vit changer la fortune de Rome. Les généraux ne tkmarchaient plus.de victoire en victoire comme aux époques brillantes de l'empire j partout l'aigle des légions rétrogradait devant les bannières des Barbares. Déjà, sous Philippe , les Goths , un instant comprimés par Lucullus, attaquaient les provinces de l'empire (an aSo) : Dèce, vaincu par eux, perdit plus tard la couronne et la vie, et Gallus , dépouillant l'orgueil de la pourpre romaine pour ne se rappeler que le désastre de son prédécesseur , acheta la "paix en sacrifiant la Grèce et l'Asie. Les Gollis ne redoutanjt plus rien des empereurs, inon-
(i) Marmora raconte ce fait d'une maniera toute merveilleuse. ( F'oy, cet auteur , Istoria di Çorfu , li?. IV. ) .^ '
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dèrent la Thrace et la Macédoine; le succès les enhardit; et ils ravagèrent successivement la Bithynie et TAsie-Mineure , l'Epire et l'Achaïe. A cette époque où les nations étaient déjà confondues, où le» vices de Rome avaient pour ainsi dire infecté Tunivere, il ne se trouva plus ni courage ni amour du pays ; la Grèce subit ce nouveau joug aussi patiemment que 1 avait fait le Pont-Euxin ; mais il était réservé à l'une des îles qui s'honoraient du titre de colonies gi^ecques, de donner un grand exemple et de faire briller au milieu de cette nuit d'op^ probre les antiques vertus de Miltiadeet d'Agésilas. Corcyre , unique débris des républiques du Péloponèçe y la seule qui eut survécu au naufrage de Corinthe et d'Athènes , de Thèbes et dfeSycione (i); J arma contre des ennemis que les Romains eux-mé- ^ mes jugeaient trop redoutables, et l'héroïsme de ces courageu'K insulaires sauva peiif-étre l'Italie ; les Goths vaincus dans une affaire décisive, abandonnèrent l'Épire et les autres provinces qu'ils désolaient impunément. Ainsi quand les nations avilies se courbent sous une nouvelle oppression , lorsque les Romains ne se souviennent déjà plus qu'ils ont une patrie , des enfans de la Grèce ont encore la force de se distinguer, et les derniers ils s'immortalisent par un acte de patriotisme.
(i) Corcyre conserva jusqu'à Constantin le titre et les prérogatives de république alliée de Rome. {f^oy. M^riaoTA , Isloria di Coir/ïi,
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Cependant le moment approchait (3o6) où ie christianisme ; vainqueur de trois siècles d'obstacles et de persécutions , allait s'asseoir sur le trône des
' Césars^ cette époque à laquelle se rattachent indirectement et la chute de Rome, et lesévénêmens les plus remarquables du moyen âge , commence une ère nouvelle pour la Grèce : son nom , exhumé des ruines , préside à la naissance d'un, empire , brille quelque temps l'égal de celui de Rome , et survit à la destruction de cette orgueilleuse métropole du monde. Une révolution si imprévue est l'ouvrage de Constantin , de ce prince à qui quelques écrivains du temps , habitués à ne voir 'en lui que le protecteur du christianisme, prodiguent le titre de ^rand; mais que l'histoire , dont le devoir est de ju-
, ger les rois d'après toutes leurs actions, a justement flétri du nom de tyran, comme ce Clovis qui l'imita chez nous pour être le premier monarque chrétien; Foppresseur de son peuple et Je bourreau de sa famille.
Là division de l'empire Êâta sa chute; et lie trône d'Occident , entouré des ennemis les plus redoutables , s'écroula le premier. Constantin qui briguait depuis long-temps le stérile honneur de donner à Rome une puissante rivale , choisit l'emplaceihent de By^sance pour y fonder une autre citéreine(3!29); La ville impériale s'éleva comme par enchantement^ et Rome fut bientôt veuve de son sénat, de ses patrices et de toute cette foule d'ambitieux qui fait la splen-
^^eur des cours et suit le char des rois. Constantin ;
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en transférant le siège du gouvernement aux contins de -J'Europe , livra Tltalie à tous les mau:& dont elle allait être accablée* Privée de ses défenseurs naturels , lorsqu'elle en avait le plus giand besoin; administrée par des princes faibles et corrompus^ et n'ayant à la tête de ses armées que des affranchis et des eimuques , elle n'était guère en état de résister aux hordes sauvages et guerrières qui se partageaient 4^*à les riches provinces des Gaules et de Tlbérie. Toutes les forces de l'empire maintenues dans leur intégrité^ eussent à peine été suffisantes' pour' opposer une digue à ces terribles irruptions , et le moment que choisit Constantin pour démembrer le grand coi-ps ? est celui où il n© pouvait être sauvé que par l'union la plus intime entre toutes ses par ties>^e résultat de cette mesure impolitique était faciltd à prévoir ; un siècle après la fondation de Constantinople^ Rome était devenue la capitale d'un royaume de Barbares (i).
Le règne de Constantin ^ qui ne fût remarquable que par des guerres intestines^ quelques victoires sur lés ennemis extérieurs et les progrès du christianisme ^ eut sur les sciences et sur les arts une influence des plus désastreuses : c'est avec ce règne que commence sui* la terre une longue p^iode d'igi^o-
(i) Odoacre, roi des Hérules, ayant dëtrônë Popilius , dit A\/igustule , se fit coui^onner rai d'Itatîe er 476 , choisit Rome pour sa capitale ^ et mit fin à rempire d^ccident.
rance et de stupidité, et l'apparition de Gonstantia est comme le terme delà civilisation. Ce monarque^ en liant le sort des Grecs aux destinées du nouvel empire qu'il fonda en Orient , étendit jusqu'à eux les ténèbres qui s'épaississaient autour de lui ; et k^ Grèce , loin de l'honorer comme un bienfaiteur , serait peut-être fondée à lui reprocher ses malheui^y sa honte , sa servitude, et la barbarie qui la Pétrit encore. t*
Depuis la fondations l'empire grec , un intervalle de huit à neuf cents ans n'est rempli que de troubles, de déchiremens et d'agitations continuels* Dans cette longue nuit d'horreur, quelques héros apparaissent de loin en loîn^ mais Içs poignards de la lâcheté et de l'envie fi^appent dans leurs cœurs le germe des idées généreuses. Leur vertu est insupportable à des tyrans qui.se disputent un sceptre que tous les crimes ont ensanglanté, et Constantin nople^ vil assemblage de courtisans et d'esclaves corrompus , devient le foyer de l'ignorance , du fanatisme et des vices les plus odieux. Au Heu de ces écrivains généreux , de ces philosophes qtu éclairaient l'antiquité , on ne rencontre plus que d'obscurs théologiens, s'épuisant en vaines déclamations, en subtilités oiseuses pour combattre les saines doctrines d'Athènes et de Rome, et en effacer les derniers vestiges r le goût du beau s'éteint, les courages s'affaissent, et ^es discussions puériles occu-. pent «xclusivement le peuple, qui n'était sensiblo autrefois qu'au charme des beaux vers , aux nobles
illusions d'iine gloire véritable ou à l'éloquence patriotique des orateurs. Des pratiques superstitieuses paralysent le développement des esprits ; des préjugés monstrueux aliènent toutes les têtes et ne laissent plus d'empire à la raison. Au lieu de repousser vaillamment les attaques des nombreux ennemis qui plusieurs fois s'avancent jusqu'aux portes de Constantinople même, une multitude stupide encombre les églises , et des moines ignorans abusent de sa crédulité pour lui faire attendre d'im miracle le salut qu'elle ne peut devoir qu'à son énergie. Les apôtres du Christ si tolérans dans l'origine , eux qui professaient une morale si pure, qui s'accréditaient par une humilité si grande y se métamorphosent eu tyrans avides; la corruption et la barbarie infectent à un point égal la cour et l'Eglise; les persécutés deviennent persécuteurs, et les ministres de l'Evangile oppriment tout ensemble les peuples et les rois. Dans l'intervalle , toutes les institutions s'altèrent : le pouvoir et les dignités sont le prit des assassinats et des trahisons ; la couronne impériale tombe des mains d'un usurpateur pour ceindre le front d'un parricide ; les devoirs sociaux sont abrogés ; les ordonnances d'un clergé fanatique proscrivent le génie et imposent des barrières à la pensée. On prodigue à quelques momeries l'absolution de tous les crimes ; on subordonne la validité du serment à la sanction des prêtres; enfin , oi|ipréconise comme des vertus évangéliques l'égoïsme et l'oisiveté /fléaux de toute civilisation qui poussent les états vers leur
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décadence 9 isolent les hommes^ ou les portent à s'entredéchirei%
Ainsi fut |fbuvemée pendant mille ans et plus la malheureuse Grèce. Voilà par quels moyens ses oppresseurs parvinrent à étouffer les sentimens qui pouvaient la ramener à son ancienne dignité. Réduits à l'esclavage le plus dégradant^ les peuples de ces contrées ne conservèrent de leur origine que cette sagacité et cetle promptitude d'esprit qui les distinguèrent dans tous les temps ; et que cette inconstance d'un caractère léger qui empoisonna tant de fois le cours de lem*s prospérités, l^ais sous le régime monstrueux du Bas-Empire^ ces dispositions naturelles ; d'abord heureuses ou innocentes ^ contribuèrent à l'abjection des Grecs. Ceux qui respirèrent l'air contagieux de Gonstantinople, y surpassèrent peut-être, en corruption, les com-tisans romains ' venus sur les pas des empereurs. La subtilité de leur esprit les rendant plus propres que les autres Orientaux à faire mouvoir les ressorts d'une politique té- . nébreuse , ils prirent part à toutes les intrigues, et devinrent bientôt nécessaires aux ambitieux qui s'agitaient sans cesse autour du trône. On les vit même s'élever jusqu'au rang suprême et garder sous la pourpre tous les vices de leur ancien état. C'est alors que la morale publique fut tout-à-fait outragée, que la perfidie fut érigée en principe, et que les excès les plus révoltans donnèrent lieu à l'élection d'un si grand nombre de monarques, et au renversement de tant de dynasties impériales.
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La dépravation fut moins grande dans 1^ pro* Vînces, et dès-lors on put reconnaître parmi les Grecs deux classes bien distinctes : les Grecs d'Asie et de Constantinople, livrés à tous les désordres et accoutumés à tous les genres de bassesse } et les Grecs d'Europe et des îles, dont les mœurs avaient été alt^ées par la contagion de l'exemple, et surtout par la décadence progressive des arts , mais chez qui il était facile de retrouver encore la trace des anciennes vertus. Ainsi que leurs frères dégénérés, ces derniers s'abandonnèrent aux erreurs superstitieuses que l'ignorance ou^Ia mauvaise foi se plaisaient k propager^ ils surchargèrent leur croyance des fables les plus ridicules, et leur verve à demi-glacée par l'infortune, mais encore active, créa des miracles pour l'évangile, comme leurs ancêtres en avaient créé pour leur théogonie. Mais c'est ici justement que la différence des époques se fait sentir d'ime manière bien pénible : les fictions de l'antiquité brillent de tous les charmes de la poésie ; elles peignent l'héroïsme des grandes âmes, la lutte des passions les plus impétueuses et les plus tendres, tandis que les fictions des temps modernes, tristes et dégoûtantes, pâles de toute l'aridité de la sottise, soulèvent l'imagination, et ne lui font pas moins horreur qu^au bon sens. Au milieu de cette dégradation morale , les Grecs du Féloponèse et des îles donnèrent encore des preuves de ce courage indompté qui les maintint si long-temps purs de tout esclavage- Lorsque les chrétiens d'Occident eurent envahi Yemr
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pire, on les vit, à diverses reprises, secouer le joug étranger , et il» ne furent pas les seuls qui se montxi^rent jaloux de leur indépendance^ avant même qu ils se fussent signalés par de tels efforts, on remarquait dans les montagnes de l'Arcadie des ùir milles errantes qui préféraient une vie affreuse, mais libre, à la servitude dans laquelle gémissaient lesbal>itans des plaines. £nfÎD , dès l'origine de l'empire d'Orient, Constantinople, qui n'avait jamais fait partie de la Grèce , Im* devint bien plus, étrangère encore, et les habitans de cette capitale, qui sembla n'avoir usurpé le nom de Grecs que pour le flétrir, formèrent jp peuple à part, Tour-à-touF Romain, Grec et Musuhnan , ce peuple ti'a rien de commun avec cehii de la Péninsule, qui, plus mal^ beureux, mais moins fait pour l'être, reçut du Bas* Bblpire l'ignorance et la superstition, sans en adopter jamais ni la corruption ni les vices.
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