‹ Histoire des grecs modernes depuis la prise de ConstantinopleChapitre 5 sur 30 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La chute Su Bas-Empire produit une grande sensa-' tion en Europe. — Bataille de Belgrade ; conquêtp du duché d'Achaïe par Mahomet II. — Georges Gastriot , suri^ommë Scanderberg, — Mahomet II envahit la Servie ; il fait étrangler le duc d'Athènes. -- Conduite insensée des princes Thomas et Démétrins, — Les Albanais en Moi'ée.

La prise de Conslantinople fut plus sensible aux républiques marchandes de l'Italie qu'au reste de la chrétienté (i454). Gènes et Venise qui;par Tex-i tensièn de leur commerce dans la Méditerranée^ et le nombre de leurs colonies en Grèce ou sur le Pont-Euiin , avaient eu, de temps immémorial , des relations d^amitié et de voisinage avec le Bas- Empire, comprirent que sa ruiné amènerait infailliblement la destruction de leiirs comptoirs. Venise avait encore d'autres motifs de s'épouvanter de l'accroissement subit des Turcs : ils étaient devenus ses voisins en lUyrie , et s'ils persistaient dans leur système d'envahissement, c'était évidemment par Venise qu'ils pénétreraient en Europe. Cette métropole , sentinelle avancée de la civilisation moderne, craignait de voir incessarameat le vainqueur de Constanti^ople diriger contre

elle tous les efforts de sa puissance. C'est par cette appréhension qu'on peut expliquer les intrigues ée la république vénitienne pour former une ligue en faveur de»chrëtiens d'Orient^ dans le temps même que y par ses ambassadeurs , elle sollicitait ràmitië du sultan ; cette dernière démarche eut plus de succès que les autres tentatives. Mahomet II sentant le besoin de consolider sa domination en Asie avant de s'engager dans de nouvelles guenres^ saisit habilement Toccasicm qui se présentait^ pour se délivrer avec honneur des ennemis qu'il redoutait le plus. Il reb dit à la république les privil^cs dont elle jouissait à Gonstantinople sous les derniers empereurs^ et lui permit d'envoyer dans cette viUe un bayle .'ou procurateur chargé d'entretenir les relations amicales entre les deux états ^ et de jûg^r les différends des sujets vénitiens établis en Turquie» Le traité qui consacrait cette alliance fut signé le 18 avril, au nom de la république^ par Barthélemi Marcello , qui , le premier , remplit les fonctions de bayle dans la capitale] des Ottomans (i).

Cependant les papes Nicolas Y et Calixte III travaillèrent à organiser une croisade; mais ces pontifes ne reçurent des princes chrétiens que de vaines promesses , et plus tard la diète de Mantoue , convoquée au même sujet par Pie II , n'eut aucun résultat. Les Grecs de Gonstantinople avaient

(i) Navagiero, Stor» Venez, tom. xxiil. — Daru , Hist, de ^emje. •— Sismondî ^ Répub, ilah, toni. x.

DES GR£€S MODERNES. 3x

cessé depuis long-temps de faire partie intégiante du grand corps européen. Ils étaient presqu'oubliés^ et il fallut tout l'éclat de leur affreuse catastrophe pour rappeler un instant l'attention sur eux. La différence d'intérêts et d'opinions avait fait du Bas-Empire un état tout-àrfait à part : enclavé dans les possessions ottomanes y il était , pour ainsi dire^ en dehors de la chrétienté et ne tenait plus à elle ni pt^r les ressorts de la politique, ni par l'influence de ses^ destinées sur les siennes, ^^si quoiqu'on s'intéressât généralement au sort des Grecs qui, échappa au fer des Musulmans, étaient venus implorer la pitié 4eschrétiens de l'Occident, et qu'on gémit sur l'infortune de tant de milliers de fidèles morts ou chargés de chaînes après la chute de la vUle impériale, le pape, les Vénitiens et les Géiois seuls purent songer réellement à les venger «

C'est ici véritablement que commence l'histoire de la Grèce moderne. Le Bas-Empire est comme la distance qui sépare le présent du passé ; c'est Fin^ termédiaire entre les t^mps anct^os et fe jeune âge des Grecs. Depuis Mahomet II jusqu'à nos jours, nous avons près de quatréi siècles à parcourir. Que de honte et de misère pour tes descendans des Hel- Uoes pendant cette longue période' d'esclavage I Hâtons-nous de la traverser : à la fin, ce triste horizon prendra des couleurs moins sombres; nous verrons briller encore les beaux jours de Sparte et d'Athènes, et reverdir les lauriers de Marathon et de Salamine. *

Tous les petits états chrétiens qui s'étaient formés des débris du Bas-Empire^ s'empressèrent de faire leur soumission au sultan, et ils en furent favorablement accueillis , parce qu'il entrait dans sa politique de les ménager encore. Les princes Démétrius et Thomas, ducs du Péloponèse et frères du dernier empereur, les Comnène de Trébisonde , le Ci^le de Servie et THospodar de Valachie , envoyèrent tous des députés. Le duc de FArchipel , Jacques Crispo III , ftlt le seul qui s'en dispensa; il avait eu précédemment le bonheur de se faire comprendre dans le traité des Vénitiens.

Cependant l'ambitieux Mahomet, au printemps de son âge et au début de ses triomphes, ne pouvait se résigner à l'inaction; et tandis qu'il abusait les chrétiens par des promesses de paix qu'il était décidé à ne pas tenir, une de ses armées pénétrait dans la Hongrie, et l'autre envahissait le duché d'Athènes. .Quarante mille Musulmans périrent sous les murs de Belgrade , défendus par Jean Huniades, dont la bravoure et l'énergie sauvèrent les Hongrois. L'expédition contre Athènes n'eut pas pour les Turcs un dénoùment semblable; mais avant de raconter quelle en fut l'issue il est peutêtre nécessaire de prendre âe plus haut le fil des ëvénemens, et de se reporter au temps d'Amurat II. . A cette époque, Antoine Acciaiuoli régnait sur l'Attique; il mourut laissant un fils qui devait hériter de ses droits, mais qui, en ayant été dépouillé par Rénier II ou Néri son oncle , venu de Florence

pour s'emparer du pouvoir, alla demander au sultan un abri contre les persécutions qu'il éprouvait de la part de l'usurpateur. Rénier ne tarda pas i payer le tribut à:la nature ( i453 ); le pçince légitime crut alors qu'il lui serait facile de ressaisir son autorité; mais Amùrat II n'était plus, et la veuve de Rénier ayant imploré pour elle et pour son fils encore en bas âge, la protection de Mahomet, qui ne refusait son amitié à personne, fut reconnue duchesse d'Athènes. Cette femme pouvait, sans inquiétude, jouir du fruit de sa démarche; une passion funeste le lui ravit. Éprise du jeuoe Priuli, fils du gouverneur vénitien de Napoli ou Napîes de Romanie, elle lui ofiFrit sa main et la couronne ducale, à condition qu'il se de'barrasseraitde sa propre ^use. Priuli consentit à ce crime , et les Athéniens, indignés de voir la sou\!*raineté de leur pays devenir la récompense d'un assassinat, supplièrent Mahomet de les délivrer du mem trier, et de leur rendre le fils d'Acciaiuoli. Leur vœu fut exaucé; le nouveau duc rentra paisiblement dans ses états , et fit emprisonner à Mégare la veuve de Rénier. Sa sûreté pouvait commander cette mesure, qui d'ailleurs avait reçu l'approbation du sultan; mais le duc n'était pas satisfait. Bientôt ri devint crufel, et^ sans y être autorisé, il fit mourir l'infortunée qu'il devait lui suffire d'avoir privée de h liberté; Cette conduite courrouça Mahomet, et lui fomnit l'occasion de précipiter du trône ceïui qu'il y avait placé lui-même : ce fut dans cette circonstance qu'il en-

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TOja des troupes coatre lui. Le pacha de Thessalie vint mettre le siège devant Athènes, et le duc, après une résistance opiniâtre dans l'Acropole , se rendit vers le milieu du mois de juin , et fut réduit à accepter un traité qui ne lui conservait que la seigneurie de Thèbes et le gouvernement de la Béotie. A la suite de cette capitulation, les Turcs prirent possession du duché d* Achaïe , qui , outre FAttique et la Béotie, comprenait les territoires de Mégare, de G>rinthe et de Platée (i).

Malgré les désastres des chrétiens d'Orient , le courage d'un héros suffisait encore pour maintenir l'indépendance d'une petite province contre laquelle vinrent se briser tous les efforts de la puissance ottomane. Georges Castriot, surnommé par les Turcs Scanderberg ou le h4f}' Alexandre, était ' fils de Jean, seigneur de Groïa , de Sfésigrad et d«s vallées de Dibra en Albanie; après la défaite de son père en i4i3iril fut donné en otage aux Musulmans, avec ses trois frères et ses sœurs, he jeune ^Gastriot était encore .enfant; à neuf ans on le fit circoncire, et à dix-huit les rares dispositions qu'il manifestait le firent élever à la dignité de San^ak, par Amurat , qui lui donna dans ses troupes cinq mille chevaux à commander. Sa valeur et sa force extraordinaires lui acquirent bientôt l'admiration des

(i) Laonicus Chalcocondyles , de Rahus Turcicis) Scip'one Amm'ratO; Storiafior,

barbares. Il contribua puissamment à tous les succès d' Amurat II en Europe et en Asie , et se per- Cèctionna dans le métier de la guerre sous ce prince , l'un des plus habiles capitaines de son temps.

Le père de Georges mourut en i43!2 , et Amu* rat prit possession de la forteresse de Croïa : le jeune Scanderberg ne se vit pas dépouillé sans indignation; mais il dissimula son ressentiment, et loin de réclamer un héritage qui lui était si injustement arraché; il repoussa les instances des sei*gneurs épîrotes qui offraimt de le reconnaîtie pour généralissime^ et de combattre sous ses ordres l'ennemi commun de la Grèce (i). En accepunt il eut compromis sa yengeance; le moment n'était pas encore venu : il attendit du temps une occa* sion plnsfavorablC; et il la trouva dix ans plustard^ après la bauille de Sophie (144^)7 ^^^ laquelle le pacha de Romanie fut défait parle célèbre Corvinus, surnommé Huniaies (2). Il quitt^ l'armée vaincue,

(i) Marinus Barletius ScodreDsis, de Vitâ^ mori^ bus ac rébus geêtis Scttnderbegii^ édit. i55fj , lib. i.

(a) Démëtrius Cai^ëmir , Ht. h. -^ Philip. Cailimachus» de Rébus VladislaL — M. Barletius.

On reproche 2i Scanderberg d*ayoir con^ibué k cette défaite par sa. trahisoiu Au moment oà les deux armées se portaient des coups décisifs , il passa du côté des chrétiens avec les cinq mille hommes qu'il com-^ mandait , et mit le désordre dans les rangs turcs.

arrêta le secrétaire du pacha et en tira violemment un ordre qui était censé émaner du sultan ^ et eu vert'>i duquel le gouverneur de Croïa devait lui remettre cette place. La fraude qu'il avait imaginé^ réussit au-delà de ses espérances; mais suivant un horrible usage , après avoir soulevé les habitas ^ il fit massacrer la garnison du fort , les Turcs qui l'avaient accompagné en Albanie ou qui s'y trouvaient cantmmés^et jusqu'au secrétaire k qui il avait arraché une £aiusse c(Mnmission (i). Bien0t à la léte d'une armée chrétienne il recouvra entièrement le patrimoine de sa £unille, et pour se mettre en état ,de le conserver , il convoqua les primats d'Albanie qui se rassemblèrent à Alessius, place des états vénitiens.

Tous ces petits princes dont les noms sont à peine connus^ lui conférèrent le titre de général des Ëpirotes , et accédant ^ d'après le vœu de l'Albanie entière ; à la guerre que, jusqu'alors^il avait soutenue seul contre les Turcs, lui formèrent une armée de seize mille hommes, moitié cavaliers, moitié £aintassins.

Ce fut avec de si faibles moyens que l'intrépide Scanderberg arrêta les hordes n^ulmanes aux frontières de sa patrie. Toujours vainqueur pendant que de toute part les trônes chrétiens s'écroulaient

( Fojr. Cantémîr , Barletius et M. de Ségur , Hist. di/ Bas- Empire^ tom. X, pag, 23 1.) (i) M. Barletius, lib, !•'.

DES GBEGS HOB£RN£S. Zj

autour de lui, il «utia gloire de battre^ les un» après les autres , tous les lieutenans d'Amurat , et de réduira ce vieux monarque lui-même à unft retraite humiliante.

lia foi'tune de Mahomet ne Tétomia pas : ni la prise de Gonstantinople ^ ni Tëpouvante qui précëdait les troupes ottomanes, ni les préparatifs formi-^ dables que les pachas voisins faisaient contre lui , rien ne fut capable de Tintimider ou de désarmer la! haine qu'il poruit aux dévastateurs de TOrient. On le vit toujours infatigable, servir comme de bouclier au dernier asile de l'indépendance et de la valeur en Grèce. Les armées de Mahomet, les trahisons que provoquait son pr, tout céda au bonheur et au génie de Scanderberg; et quand toutes les puissances de TAsie, quand les Vénitiens et les Génois eu]^-mémes recherchaient avec empressement l'alliance du terrible Mahomet II > Scanderberg seul rejetait les propositions du sultan, et dédaignai^ son amitié.

11 ne se passa rien de mémorable jusqu'au commencement de i458. La Grèce, à demi-subjuguée par les Ottomans , languissait dans une pénible inaction , et son repos n*était troublé que par les querelles des deux frères du dernier empereur , Thomas et Démétrius,^ despotes du Peloponèse. li'île de Naxos, chef-lieu du duché de l'Archipel, faillit être le théâtre^d'une révolution causée par les intrigues des Sommaripa, seigneurs d'Andros(i);

(0 Le P. Saugcr , Hist. des ducs de r Archipel.

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j&ais Tordre se rétablit, et l'orient de l'Europe parut enfin goûter quelque tranquillité; c'était le calme trompeur qui précède l'orage. Les guerriers de Scanderberg continuaient seuls, pendant ce court intervalle de repos, à désoler la Macédoine turque, et à faire trembler les pachas voisins. Mal^omet toutefois n'avait pas renoncé à son ambition. U portait ses coups dans l'ombre, et tandis qu'on le croyait assoupi , il reculait, progressivement les bornes de ses états. Le dernier Craie de Servie venait de mourir sans postérité, et avait, par testament, désigné le pape pour son héHtier. Mahomet II s'appropria cette succesâon sans que le légataire, non plus que les puissances intéressées à la conservation des états chrétiens limitrophes de la Turquie, osassent lui reprocher cette injustice. Les Vénitiens ne voyaient de danger réel que dans les invasions armées des Ottomans : occupés k la garde de leurs colonies en Grèce et dans l'Archipel, ils cessaient de craindre dès que Mahomet n'était plus ^entouré d^un appareil de guerre, et fermaient les yeux sur ses usurpations continuelles et clandestines , sans doute parce que ces actes isolés de sa tyrannie ne blessaient pas leurs intérêts du moment. Cette indifférence devait leur être fisiule. Quand le rusé snltan eut abattu, l'un a{H*ès l'autre, les petits princes qui régnaient autour de lui, il tomba sur les possessions véniti^mes avec toutes ses forces, qu'il avaitpresquedottblées. Outre leroyaumede Servie, il s'appropria encore , cette année , les faibles débris

I)£$ GRECS MODERNES. Sg

du duchë d'Athènes. On sait que François Accîaiuoli avait cor ssrvë laBëotie. Mahomet, pressé d'étendre sa domination jusqu'au Péloponèse qu'il convoitait déjà y imagina y pour se donner le droit d'assassiner le malheureux duc ^ de l'accuser d'avoir ourdi un complot contre lui. U le fit en conséquence étrangler^ et resu ainsi le maître 4e toute la Grèce septentrionale, depuis la Thessalie jusqu'à l'isthme de Corinthe ou Hexamilion.

La mésintelligence des deux Paléologues qui régnaient en Morée lui ouvrit hientât les barrières de l'isthme (i4^9)* ^^ misérables princes , pouMi par le même esprit de vertige qui avait perdu leur nation et leur famille^ n'avaient pu comprendre que leur salut commun dépendait uniquement de leur union. Ils avaient acheté la bienveillance de Mahomet II par Te sacrifice de leurs meilleures places, telles que Corinthe et Fatras. Ils ne possédaient que des villes ouvertes, quelques châteaux forts et des villages. Au lieu de se contenter du lot qui lui était échu, chacun, d'eux s'efforçait de ravir l'héritage de son frère, et ils consumèrent à s'entre-déchirer les forces qu'ils auraient dû tenir toujours prêtes contre leur ennemi. Ce fut ainsi que,, sous le règoesi court de ces insensés, laMorée (i) vit renaître les troubles domestiques qui avaient trop cruellement agité les

(i) Le Péloponèse avait déjà reçu le nom inodeme de Marée: on croit qu'il le dut aux Mûriers qui le couvrent. Â Tëpoque dont nous parions, la Grèce septentrionale prit celai de LWadie,

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dernières famillei impériales. Démétriiis, le. plus jeune des deux princes, poussa la démence jusqu'à appeler les Turcs à son secours, et à armer contre le frère qiii lui restait les bourreaux de celui qui n'était plus.

Mahomet parut' empressé de seconder de si coupables intentions : il courut en personne où sa coopération était sollicitée , et, perfide auxiliaire , il déposséda Démétrius et envahit les deux états. Thof mas ne songea pas même à résister : à l'approche des Musulmans, il s'enfuit à Gorfou, alla ensuite à AncSne^ et se retira enfin à Dui*azzo , où il mourut quelques années après sans avoir pu armer les Latins ^ sa faveur, pémétrius, qui avait donné la main de sa fille au sultan , fut relégué à Andrinopie, où il vécut deux ans , absorbant dans l'insouciance et dans la mollesse une pension considérable que le grand-seigneur lui payait pour l'indemniser de la perte d'un trône. Ce prince mourut en 1471, et avec lui s'éteignît la branche régnante de la famille impériale (i). Ainsi, en moins de trois mois et presque sans avoir combattu , Mahomet se vit maître de la portion de la Grèce qui lui manquait encore. C'est de cette époque, à jamais fatale, que date la domination des Turcs en Morée.Ces barbares ne tardèrent pas à chasser les Vénitiens des ports de mer qu'ils occupaient en Laconie , et des places xpie le prince Thomas leur avait cédées.

(i) Phranza Plotovest., lib, m, chap, xxvi.

Nous touchons aux ëvénemens qui amenèrent la servitude de tout le Pëloponèse; Depuis, cette affligeante conquête, la Grèce devint la plus malheureuse des provinces ; elle subit le joug sans interruption et ne parvint qu'à de long» intervalles' à recouvrer une liberté éphémère toujours- cruellement achetée ; expiée plus cruellement peut-être. •

Dès la fin du XIV*, siècle une foule d'aventurier» étrangers^ sans industrie y sans profession ^ et ne faisant d'autre métier que celui de soldats mercepaires, s'étaient introduits dans le Pélop<»iè5e; passant alternativement au servi<ïe des seigneurs féodaux qui guerroyaient entre eux; le parti du plus offrant était toujoursTcelui qu'ils grossissaient. Au moment oii le Bas-Empire allait s'écrouler^ cette milice s'était rapidement accrue^ et était devenue dangereuse;ello désolait le pays, tourmentait les habitans, et èjxu tait entre les barons des querelles qui devaient tourner à fon profit; on ne connaît bien ni l'origine ni la patrie de ces vagabonds. Il ea(t probable qu'il» étaient un mélange d'Italiens, d'Albanais et des descendans de ces Normands et de ces Catalans qui , sous les ordres de Robert Guiscard et de RogeJ' de . Flore, envahirent la Grèce aux xi*. et xii*. siècles. Quoi qu'il en soit, comme depuis quelques années ils sortaient tous de l'Ëpire et de l'Albanie , ou se formaient leurs bandes j^ on les désigna sous le nom collectif d'Albanais. Ces stipendiés étaient toute la» force militaire du Péloponèse , et les derniers prin- ^ ces, dans la lutte qui leur fut si funeste ^ n'em^

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plojèreni pas d'autres soldats. Les habitans de la Péninsule y {alignés des crises qui bouleversaient sans cesse leurs malheureux foyers , ne prenaient aucune part aux débats de leurs oppresseurs. Il y avait déjà long-temps qu'ils ne portaient plus les armes; habilués à devenir la proie^u plus fort , ils voyaient avec la même indifférence les succès où les rievers des tyrans qui se disputaient le droit de les accabler» Un despotisme affreux avait poussé leur exaspération à ce point que; dans le principe^ ils durent regarder la domination ottomane comme une faveur du ciel; car il entrait encore dans les vues de Mahomet d'adoucir le sort des vaincus popr leur rendre %aa joug plus supportable. Il sévissait contre les roiS; il épuisait sur les généraux et sur les grands tous les ra&iemens de la cruauté ; mais il ménageait les peuples : peul>étre même dut-il la multitude de ses conquêtes à cette modération politique plus encore qu'à ses armes. Les infortunés Pé* loponésiens s'étaient donc soumis sans se plaindre , et comme par habitude ; peu leur importait de cultiver leurs champs pour des Musulmans ou de se voir enlever leurs récoltes par des tyrans chrétiens. Les Albanais ; qui n'avaient pas les mêmes motifs pour se résigner ; s'établirent dans les montagnes de la Laconie; et après y av<»r fait éprouver plus dfim revers aux troupes du sultan ; ils passèrent d'eux-mêmes au semce de ses pachas. Quelques-uns cependant; mais ce fut le plus petit nombre, ne voulurent pas renoncer à leur indépendance^ et sur-

tout à la religion de leurs pères; ils aimèrent mieux une vie avaitureuse dans la retraite qu'ils s'étaient choisie y et ilsi'y maintinrent en état d'insurrection ouverte et permanente. Telle est peut-être l'origine de ces guerriers indomptés qui devaient plus tard faire pâlir le croissant et rendre la liberté à la Grèce.

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