‹ Histoire des grecs modernes depuis la prise de ConstantinopleChapitre 6 sur 30 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

âcanderberg accepte enfin la paix.--^Chate deFenipire de Trëbisonde. — Les familles illustres sous le» empereurs sont anéanties k Constantinople. — Etiémiey roi des Bosniaques , perd la couronne et la vie% — ' Les Vénitiens rallument la guerre eh ]M[orëe. — lU enlèvent cette province aux Tuf es. — Muraille de THexamilion. — Méhemmed , pacha de Livadie , récupère le Pëlopooèse.

Scan DERBERG n'avait pas discontinué de faire la guerre avec la même bravoure et le même bonheur ( i46i). Il était la terreur de toutes les provinces musulmanes voisines de ses états ^ sans cesse il les ravageait; et venait régulièrement à Fépoque des récoltes incendier leurs moissons ou les enlever. Les pachas n'osaient plus s*opposep à ces terribles dévastations, et Mahomet leur avait même défendu de TX3mpromettre leurs garnisons en cherchant à combattra les troupes de l'Albanie. Au nom* de Scanderberg les Turcs étaient glacés d'ëfifroi; il suffisait pour les disperser , et plusieurs fois déjà les milices de la Romëlie avaient été vaincues par la seule puissance de ce talisman formidable. Mahomet, hors d'état de réduire son vaillant ennemi , tâchait du moins d'enchaîner son bras par la force des traités. En vain, comme on l'a vu^ lui avait-il fait

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les premières ouvertures d'unç paix honorable^ Tinvincible Scanderberg^ avec une noble fierté^ avait' fermé 1 oreille à ses propositions. D'après la promesse du «ouv^rain pontife de Rome^ , le chef des Albanais croyait à l'arrivée prochaine d'une ariàée de chrétiens, envoyée pour venger l'Orient. Mais le temps s'^oulait et les croisés ne paraissaient pas; l'Albanie s'épuisait en hommes et en arg^t , sans aucun fruit pour la cause commune, «t les victoires même de Scanderberg n'arrêtaient point la marche des Turcs, qui ajoutaient perpétuellement de nouvelles provinces à celles qu'ils avaient déjà envahies. Ces considéirations, et les dangers dç Ferdinand, roi de Sicile, à qui Scanderberg était bien aise de témoigner sa reconnaissance pour les services <iu'il avait reçus de son père, Alphonse d'Aragon (i), le déterminèrent enfin à conclure le traité si sou*? vent oflert par Mahomet. 11 se rendit en^te- en Italie, et contribua puissamment aux succès du fil» de son bienfaiteur contre Jean d'Anjou. Son départ laissait la Grèce et l'Albanie veuves du seul homme qui les illustrât encore. Mahomet respecta la convention^ et l'absence du héros ne coûta point de lar^ nies à sa patrie. Étrange effet de$ vicissitudes hu^

Biaines î qui eût dit qu'un captif, le fils d'un Alba- «

(i) Alphonse lui envoya 3oo,ooo muids de fromeiit et 100,000 muids d'orge ,. pour le dédommager âe la perte de ses récoltes après la campa gne de 4i5o. (Histoire d'Alphonse éCAragoriy liv. ix.)

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nais assez obscur^ imposerait sa loi au plus puissant monarque de la terre, et deviendrait le libérateur de son pays!

C'est l cette épo<p^<|u'il faut rapportertine anecdote de Barletius (i). Mahomet avait entendu racditer que Scanderberg, aux jours de bataille, se servait d'un sabre merveilleux avec lequel il abattait d'uii seul coup la tête d'un taureau; il le pria de lui envoyer ce terrible cimeten^e, e^p^^nt qu'il produirait le même effet mitre ses mains. Cependant lorsqu'il l'eut essayé^ ne lui trouvan^ rien de parttcttlier et ne fiusant rien de plus qu'avec le sien, il crut que Scanderberg l'avait trompé et lui en adressa des reproches : «Je t'ai bien envoyé le sabre, mais j'ai gardé le bras, répondit l'Albanais. »

libre de toute inquiétude du côté de la Grèce (iéfii2)p Ifahomet, qui ne redoutait rien des efforu de rOocident, s'occupa exelosivement de ranger sous iùa obéissance les proivinces chrétiennes situées à Test de sa capitaleices petit» reçûmes disparurent k leur tour dims l'aUme qui engloutissait tant de Keptres. David Gonûiène, empereur de Trébisonde, s'était reconnu, vassal et utbutaire du «ultaoi; mais ce denû^ n'était point encore satis&it. Il ne pouvait souffrir si pvès de lui une domination étrangère à la .sienne» -Eâ-ceaséqueBee, il dépottitta David, et lui assigpa iv^ pension et pn lieu d'eicil. Ce prince ne s'éuit &it ^nnaUre que par son im«

(i) M. Barletius , lib. iv*

pieté envers son père et par ses violences contre ses prodies; ce n'était même qn'à nn crime qtt'il devait la couromiey puisqu'il l'avait enlevée à son neveu, do&t il était le tuteur. On ne le pl^gnit pas de sa destinée. Les petits états de Sinope et de Cérasns , voisins de Trébisonde, ne d^lorèrent pas non plus ie malheur de leun tyrans, qui furent aussi dépossédés. Mahon^t leur consenra une pension comme à Tempereur de Trébisonde , mais il sut bientte s affirancbir de l'obli^tion de les payer : il les fit as- .sasdner l'un après l'autre, en commençant par Da« vid Gomnène, et eftaça ainsi )es dernières traces dû Bas-Empire. * '

Dès ce moment on vit s'éclipser tout ce qui subsistait en^re delà grandeur des Grecs. Leféroce Mahomet extermina les anciennes ÊimiUes qui por« taieot ombrage à sa puissance ou qui fatiguaient sonorgueil. Les Notaras, les €antacuzène, et autres personnages alliés amx dernières races impériales, iareat iucceisivemeat décapités : il suffisait d'un nom itlustre pour encourir la haine du sultan ; il n'^argnait pas même les en&ns des premières victimes de sa rage, ou de ceux qui avaient fui son affreuse tyrannie. La famille de Phranzès fut traînée «asnpplice avec celle de NicépborePaléologue« Pour échajqper à cette cruelle persécution , on vit les pins cûoaidârables d'entre lès Grées ne répugner à aucun avilîssem^ent : des princes, des grands, des seigneurs, 4es Paléologues m4ime, et une mut-

titude de ces hypocrites qui avaient le plus repoussé la réunion des ^ises^ embrassèrent la religion du yaincpieur^ et achetèrent la vie et la conservation de leur fortune en se couvrant d'une honte éternelle. Dix ans après la prise de Constantinopk; on y voyait encore des chrétiens , mais ils appaitenaient aux dernières classes de l'ancien peuple ; la cour si ^ombreuse des empereurs avait disparu; .les noxûi qu'ils avaient ennoblis se cachaient sous des noms musulmans; il semblait que la conquête de Mahomet eût reçu diijà jia saaction d'une longue suite de siècles^

A peine' l'infatigable Mahomet eut- il soumis le Pont-Euxin (i463) , qu'il se porta sur la Bosnie ; , cette contrée était-le siège d'un petit royaume chrétien auquel les circonstances présentes donnaient ime haute importance politique. Il formait la barrière de l'Europe du coté de l'Italie et de l'Allemagne^ et la s.ûreté de ces deux régions exigeait impérieusement qu'il conservât son indépendance: les montagnes impraticables dont ce pays jest hérissé et la multitude des forteresses qui les cou^ vraient .alors ^ le destinaient à servir de rempart à l'Europe contre l'ambition du sultan } trois mille hommes de troupes biep disposées sur ce terrain; auraient tenu en échec toutes les forces nàûsulnianes ; mais le roi de Bosnie^ Etienne ; ne put pas même obtenir ce faible secours. Pour le refuser , Venise , allégua Je traité qui l'unissait au grànd-seigneur

pourtant ce traité^ elle devait bientôt le rompre dans une occasion bien moins avantageuse. Le pape s'épuisa en proniesses et ne donna rien ; l'empereur d'Allemagne ne fit pas le moindre effort : son indolence était si grande, qu'il se fût à peine remué lors méijie que les Turcs auraient ravagé ses frontières. JËtienne fut donc laissé à ses propres forces. La présence de Scanderberg en Albanie aurait peutêtre rétabli ses affaires : lui seul n'abandonnait pas ses frères de religion et ne leur refusait pas l'appui de son bras; mais ce héros moissonnait de nouveaux lauriers en Italie, et l'Orient n'avait pas un homme qui pût le remplacer. Privé de ses alliés naturels, Etienne demeurait sans défeilse, parce qu'il n'or sait compter ni sur l'affection des grands de son royaume, ni sur la fidélité de ses sujets. Ils suivaient pour la plupart le rite grec; on les accusait même d'être manichéens, malgré leur retour à rÉglise de Rome en i44^* Le pape doutant de la sincérité de cette conversion , pressait depuis long-temps Etieniie de punir les hérétiques, et ceuxci ,'daDS la crainte de se voir bientôt en butte à des persécutioDS ^ appelaient de tous leurs vœux Tennemi de la chrétienté. Il est vrai que , de son côté , Mahomet ne négligeait rien pour se concflier leur affection avant de paraître enarmes au milieu d^eoz. Il avait ordonné aux pachas de Servie et de Rome» lie , d'accueillir les sujets d'Etienne avec bienveillance, de donner asile et protection aux fugitifs , et dç prendre le parti des ya*ssaax voisins de la froo^

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tière contre les injustes prétendons deieorsseigneurs. C'est ainsi qa il se faisait des créatures en Bosnie y et que f par cette conduite artificieuse , il avait déjà séduit une partie de la nation lorsqu'il se présenta pour la combattre.

L'arrivée du sultan fut le signal de la ruine d'Etienne; de tontes parts on courut au-devanit des Turcs. Le commandant de la ville capitale du royaume , en ouvrit les portes sans avoir été attaqué^ et passa à Tennemi avec la garnison qui était sous ses ordres. La plupart des gâiéraux bosniaques imitèrent cet exemple^ et le roi ne trouva de refuge que dans une forteresse d'où il fut promptement arraché et livré à Mahomet. Ce conquérant déploya dans cc^te occasion toute la noirceur de son carâc* tère : au lieu de maltraiter son captif, il lui témoigna les plus grands égards et lui promit de le rétablir sur le trône s'il consentait à lui faire la remise de soixante-et-dix forteresses qui se défendaient encore. Etienne n'avait pas à balancer; il obéit , et sur son invitation y ses lieutenants se soumirent à Mahomet (an i463). Mais les drapeaux turcs flo tétaient à peine sur les créneaux de toutes les citadelles, que le sultan, changeant de conduite envei^ le malheureux prince , le fit jeter dans un cachot d'où il ne sortit que pour marcher au suppllpe. Une proscription générale suivit cet assassinat : tous les nobles bosniaques contraires à la faction ottomane, ou qui n'embrassèrent pas l'islamisme, furent impitoyablement massacrés; et les habitans emmenés enescla-

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vagefurent contraints de céder leurplaceà uncpopula* tion musulmane. On peut d'autant moins suspecter la vérité d'un semblable récit, qu'il se trouve consigné dans Gantémir^ historien vendu aux Barbai-es et toujours disposé à pallier leurs excès (i). La Bosnie devint la plus importante des conquêtes de Mahomet, car elle couvrait les états du côté de Venise , et eue lui facilitait les moyens de pénétrer jusqu'au cœur des provinces de cette fièrer république. 11 ne resta pks un chrétien sur le sol bosniaque qui devint, par la suite , la pépinière des meilleurs soldats de la Porte ottomane.

Les Vénitiens qui , pour ne pas se brouiller avec Mahomet II, venaient de refuser leur assistance au malheureux Etienne, n'attendirent pas même la fin de l'expédition contre la Bosnie pour rompre le traité de i454« Mais au lieu de prendre les armes ea faveur d'une cause juste et noble, comme ils auraient pu le faire quelques mois auparavant, ils déclarèrent la guerre pour un motif des plus ignominieax. Un esclave du pacha d'Athènes s'était enfui, emportant avec lui la caisse des deniers publics^ le gouverneur vénitien de Coron qui n'ignorait pas le crime de cet homme, et qui peut-être y était intéressé, s'empressa de lui donner asile : le& Turcs demandèrent qu'on leur livrât le coupable et l'argent; un refus fut la seule réponse : ils s'en indignèrent , et se crurent en droit de se venger d'îihe conduite

(i) D. Cantémir, liv. m, chap. i.

Sit HISTOIRE

que réprouvaient également la morale et la justice. Atissitot le pacha d'Athènes marcha «ur Argos^ en •urfHrit la garnison vénitienne, Tégorgea , et fit ravager toutes les campagnes environnantes jusque sous les mut« .de Napoli. Il n'en fallait pas davantage pour amener une rupture complète^

Le sénat de Yenifie informé de ce qui s'^it passé, ue songea ni à punir le gouverneur de Goron^ni à offrir à Mahomet une réparation convenable. Soutenu par l'espoir de soulever les Grecs du Pélopo- Dièse et de les employer cont];e les Turcs, il ne lit rien pour éloigner les hosMlités, et disposa tout, au contraire, pour ouvrir la campagne dont l'issue fa* vorable ne lui paraissait pas douteuse^

On équipa à la hâte yingt-^trois galèi^ et cinq grandes naves (i) qui reçurent à bord cinq mille hommes de troupes italiennes , commandées par Berthold, et destinées à former le noyau delà grande sfkxaée qu'on se flattait de lev^r dans le Péloponèse. Les commandans vénitiens de Corfou et de Candie eurent;. ordre de joindre tous leurs vaisseaux à la fjptte. Le duc de Naxos avait promis aussi d'envoyer à Modon quelques galères armées, et, le a5 juillet, toutes jces forces navales parurent en mémertemps dans la rade de Napoli et de Malvoisie.

A cettemalheureuseépoque(i4fi3), la Grèce n'est

(i) Wave est un vieux mot eniployë par les historiens du temps : il correspond k celui de^rand vaisseau de transport.

DES GRECS MOBERNCS. 5J

plus comptée pour rien ^ on pourrait presque dire que son histoire s'arrête. Le Péloponèse est à la -^M le théâtre de nouveaux événemens; ïnais les Grecs n y jouent qu'un rôle passif. Condamnés à Yi'éliw que spectateurs de la lutte «ngagée entre leurs ennemis^ ils sont le trophée réservé au vainqueur. Si les VAiitiens essayent de leur communiquer une vigueur qu'ils ont perdue, c'est moins pour les régénérer que pour gagner à la république une province de plus. En réveillant les Grecs, Venise n'a d'autre but que de les- faire servir d'instioimens ^ pour arracher la Grèce au joug de Mahomet et la replacer sous le sien. Aussi les chefs italiens tte mettent-ils point de bornes aux vexations et aux mauvais traitemens qu'ils font su^if à un peuple déjà regardé par eux comme soumis à leur tyraii-> nie. Ce peuple infortuné, les troupes de Venise l'accablent, et bientôt, sans avoir contribué aux succès de la république^ il en sera puni par les soldats de Mahomet. Toujours opprimée , toujours esclave , le sort d'une nation autrefois brillante est de gémir alternativement sous tous les glaives et d'être Is^ proie du dernier combattante Que d'années encore avant de pouvoir échapper à tant d'oppv obre et à tant de misères!

Après avoir pris terre à Malvoisie, l'armée vénitienne vint assaillir Argos, qui n'opposa pas une longue résistance. Le corps de Musulmans qui observait la presqu'île , ne se croyant pas assez fort pour arrêter les Italiens, se~ retira en Livadie, ei

laissa Berthold maître de toute la contrée. Toutes les villes de rintériear, à Texception de Gorinthe , d<BS châteaux de Sparte, de Léontari et de quelques autres, se soumirent à lui. Gorinthe, par sa position et son importance militaire , pouvait seule assurer la conquête rapide des Vénitiens. Ce fut contre elle qu'il dirigea principalement ses efforts; il en commença le siège; et convaincu qu'il n'avait rien à craindre du côtéderAttique,etque ses derrières ne seraient pas inquiétés, il résolut de faire appuyer ses opérations par la flotte divisée en deux escadres ,. dont l'une occupait le golfe de Lépante, et l'autre celui d'Egine. Les Grecs, témoins de ces préparatifs , les virent d'un œil indifférent; en vain les exhortait-on à s*a$mer et à psendre parti {5our la république ; on ne put rien gagner sur eux , et Berthold désormais ne dut compter que sur lé petit tKAnbre de soldats qu'il avait amenés d'Italie.

11 n'en investit pas moins la place ^ et pour empêcher les troupes du pacha de Thessalie de venir au secours des assiégés, il mit à exécution le plan depuis long-temps conçu de fortifier l'isthme par lui rempart. Les matériaux nécessaires à ce grand travail étaient réunis sur les lieux; il ne fallait plus que des bras pour les mettre en oeuvre. On arracha trente mille Péloponésiens à leurs travaux et à leurs familles, et ces malheureux se virent forcés ^d'élever eux-mêmes ce monument qui attestait leur esclavage. En moins de quinze jours une muraille en pierre sèches, haute de douze pieds,, s'étendiw

d'un golfe a l'autre ^ et coupa l^isthiue dans toute sa largeur, c'est-à-dire, dans une étendue d'environ six milles , que présente presque partout dans cette dimension la langue de terre qui en a pris le noiii X Hexamilion. Berthold fit en outre couvrir d'un . fossé très profond toute cette immense ligne de défense, que protégeaient cent trente-six tours élevées d'espace en espace. A voir de semblables dispositions on pouvait croire que les Vénitiens con* • serveraient la Moréej mais ils touchaient à un revers de fortune.

Pendant qu'on terminait les ouvrages de l'Hexa* milion, les Corinthiens , pressés vivement, se défendaient avec une opiniâtreté à laquelle on avait été loin de s'attendre , car ils étaient Grecs ; et dans ce temps de décadence et de dégradation, on ne supposait aux Grecs ni vertus ni courage. Lesassiégeans étaient néanmoins parvenus à enlever quelques ouvrages extérieurs, et les assiégé se seraient ►vus bientôt réduits à la delnière extrémité, lorsque Berthold fut atteint d'un coup mortel ( i464 ). Cet événement causa une vive sensation dans les troupes ; elles étajent déjà fatiguées de tant d'obstacles et de tant d'efforts inutiles : la mort de leur chef acheva de les décourager. Un autre capitaine succéda à Berthold; mais il n'inspirait pas la même confiance et n'adoptait pas ses projets. Il suspendit aussitôt le siège, assigna des quartiers d'hiver aux divers coi'ps de son armée, ne laissa que deux mille hommes pour défendre Tisthmc, et après avoir disse-

miné celte faible gamisoD dans les toui*s de l'Hestâmilion^ il se retira en Laconie.

Les Turcs, étonnés d'abord de la prodigieuse actirité des Vénitiens, se tenaient en Livadie sans oser faire un mouvement. Le grand-seigneur envoyait cependant message sur niessage à Méhénved^ gouverneur de cette province , pour lui donner l'ordre de secourir Corinthe. Celui-ci, qui pouvait k peine disposer de cinq ou six mille cavaliers, jugeait ce nombre trop inférieur à celui de l'ennemi qu'il fallait combattre; toutefois , pour ne pas désobéir k son maître, il se mit en marche, mais avec si peu d'espoir de succès, qu'il écrivit pour s'excuser d'avance des réveil qu'il allaitéprouver. En arrivant à Platée, il flottait encore indécis entre l'attaque et la retraite. Ce dernier parti, qui lui paraissait le plus sage, aurait été vraisemblablement suivi si les Corinthiens n'étaient parvenus à lui faireconnattre le véritable état des choses. Les troupes vénitiennes préposées à la garde de l'isthme, venaient d'abandonner leur poste. A peine le bruit de la marche du pacha s'était-il répandu dans le pays, que tous les Italiens avaient gagné Argos et Napoli; On ne supposait pas moins de quatre-vingt mille cavaliers au général ottoman, et cette exagération ridicule frappa tout le monde d'une tendeur panique. La lâcheté des soldats chrétiens, dans cette, circonstance, est d'autant plus inexcusable , qu'à la faveur des positions qu'ils occupaient ils pouvaient encore résister avec avantage , lors même que le pacha se fût réel-

lemen-t présenté avec des forces aussi considérables qu'où le prétendait (i464). Méhémed n'hésita plusj il se dirigea rapidement sur Mégare, et. aperçut des hauteurs decetteville les vaisseaux vénitiens qui couvraient encore les deux mers. U ne put revenir de sa surprise, lorsqu'en appï'ochant des fortifications de Cenclirée j il les trouva désertes. Jamais les Turcs n'avaient eu si bon marché d'un corps de scddats italiens ; ils regardaient ces derniers comme leur étant bien supérieurs pour la tactique; mais la campagne de i464 leur prouva que ces adversaires r^' étaient pas si redoutables. Peut-être cette . découverte ne fut-elle étrangère ni aux conceptions audacieuses de Mahomet II , ni aux désastres qu'il devait encore faire éprouver aux Chrétiens.

Le pacha de Livadie s'arrêta quelques jours à Corinthe, puis il conduisit ses soldats devant Argos qui lui ouvrit ses portes. Les Vénitiens fugitifs de l'Hexamilion s'étaient réfugiés dans les petites forteresses de l'Argolide et de î'Arcadieron les y extermina successivenient. La république , réduite à ses anciennes possessions, ne conserva pas une seule des places qu'elle avait acquises dans cette guerre impolitique : elle perdit même Argos et son territoire. La destruction d'une armée y le sacrifice d'une hante réputation de valeur et de sagesse, méritée, par de glorieux antécédens, tel fut poui* la république le râultat de cette funeste campagne. Pour les Grecs, die eut des suites encore plus déplorables. Le padKi fit tomber sur eux tout le poids de sa

veDgeance. Il les pifiût d'avoir été tyrannisa pendant plusieurs mois par les troupes de Venise, et toutes les villes qui s'ëtaient détachées du parti ottoman furent traitées comme des villes prises d'assaut. Il serait impossible d'évaluer le nombre des victimes de cette atroce exécution. Le Péloponèse fut presque entièrement d^euplé : ceux qui échappèrent au glaive des barbares gagnèrent les montagnes^ et grossirent le nombre des Albanais qui s'y trouvaient déjà : ils adoptèrent leur vie sauvage , leurs mœ.urs belliqueuses^ et combattirent avec eux pour défendre leur commune indépendance.

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