‹ Histoire des guerres civiles du VivaraisChapitre 3 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Mort da roi de Navarre. — Défaite du prince de Gondë et de l'amiral Coligny , à la bataille de Dreux. — Mort du roaréchal de Saiot-André. — Siège d'Orléans par le duc do Guise. — Ce prince est assassiné par Poltrot. — Paii générale. — Arrivée de Damville en Languedoc. — Le roi et la reine parcourent les provinces. — Entrevue de la cour avec la reine d'Espagne , à Bayonne. — Le duc d'Albe. ^ Retour de la cour à Paris. -» Divisions entre les maisons de Guise et de Châtillon. — Les principaux seigneurs quittent la cour. — Mariages princiers. — - Révolte de Pamîers. — Manœuvres de la eonr. -— Seconde guerre civile. — Le Languedoc , la Provence et le Dauphiné se prononcent pour le prince de Gondé. — Complot de Monceaux*

— Bataille de Saint-Denis. — Mort du connétable. — Traité de paix. — Reprise des hostilités. — Anhonay est saccagé. — Combat de Messignac , où Pierregourdo et Mouvans sont tués.

— Bataille de Jarnac, où Condé est assassiné. — Bataille de Montcontour. — Désordres en Languedoc. — Le nouveau connétable vient en Vivarais. — Tentatives sur le Pouzin par les catholiques, et sur Alais par les religionnaires. — Prise de Vogué, de Nismes et de Montpézat, par les calvinistes. — Retraite des princes. — Paix du 4 4 août. — La reine do Navarre, les princes et Coligny viennent à la cour. -* Mort de la reine de Navarre. — L'amiral est assassiné. — Massacre de la Saint- Barthélemi. — Mouvement dans le Languedoc. — Prise de plusieurs places par les calvinistes. — Paix avec la Rochelle. — Départ du duc d'Anjou pour la Pologne. — Les politiques ou mécontents, — - Arrestation du roi de Navarre , du duc d'Aleoçon et des maréchaux de Montmorency et de Cossé.

— Fuite du prince de Coudé et de Thoré. — Mort de Charles IX, -— DamTille s'unit aux calvinistes, qui reconnaissent pour chef le prince de Coudé.

4565. Taudis que ces événements se passaient dans le midi 5 le prince de Coudé , toujours à la tête des religionnaires de France , appelait les Anglais à son aide et leur livrait le Havre -de-Grâce; il était même sur le point de les mettre en possession de Rouen, lorsque le roi de Navarre le prévint en lui enlevant cette ville d'assaut , le 26 octobre 1 562. Mais ce triomphe coûta cher au vainqueur , car il mourut des blessures qu'il avait reçues dans la lutte. Deux moîâ après, la reine-mère et le prince de Condé parlèrent de paix; mais n'ayant point été d'accord sur les conditions , la guerre civile se ral- Ittma plus terrible que janmis dans toute la France. Ce prince , après avoir tenté de bloquer Paris , s'était porté sur la Normandie avec Tamiral Coligny . Atteint dans sa marche , près de Dreux , par le connétable deMontmoreucy, François de Lorraine, duo de Guise,. et le maréchal de St-André, qui ne Tavaietit point perdu de vue, un combat terrible s'engagea entre les armées ennemies. Après des prodiges de valeur de part et d'autre , la victoire resta aux catholiques. Le prince de Condé fut fait prisonnier par Damville , ^cond fils du connétable, et l'amiral , réduit à quitter le champ de bataille avec des pertes considérables. Toutefois, sa retraite n'eut point Tair d'une déroute , ainsi qu'on Ta prétendu. Il se retira , dit de Tbou , dans le môme ordre qu'il avait gardé ea venant au Gombat« a II

DU vivARàia. 65

» emooeaa avec lui deux gros canoBS; Bouoha^ 4^^- » vaoue, lieutenaut delà compagaie de Gondé, » formait l'arrière-garde avec*cioquante cavaliers; « et toute cette petite armée a'allait pas plu^ vite » que dans les marches ordinaires » (1 ).

Dans cette affaire , qui prit le nom de bataille de Dreux, les catholiques perdirent assez; de m<mde. le maréchal de St- André y fut blessé mortellenD^nt par Mézières , fils de Perdrier de Baubigni, qui , outré d'une injure qu'il avait reçue du maréchal , lui cassa la tête d'un coup de pistolet* Le connétable (Jte Montmorency, alors ftgé de 70 ans, y fut fait prisom-* nier.

La défaite des calvinistes fut atliîbuée à la négligence , sinon à l'impéritie y dq prince de Condé. Un fait digne d'être cité, c'est que œ prince, amené swâ latente du duc de Guise, se réconcilia tout-à-coup avec lui. « Ces deux hommes que les événemente tt passés avaient rendus ennemis implacables , 90Ur » pèrent ensemble et couchèrent dans le même lit. » Le lendemain le prince de Condé raconta qu'il » n'avait pu fermer l'œil , et que le duc de Guise )) avait dormi à côté de lui aussi profondément que » s'ils eussent été les meilleurs amis du monde » (2). Il est impossible de faire un plus bel éloge du caractère de François de Lorraine.

L'amiral s'étant retiré à Beaugenci avec les débris de son armée et sa cavalerie allemande , qui avait peu souffert, craignit que le duc de Guise, profitant du gain de la bataille de Dreux ^ n'allât

(f) BisMre de France , Yiire 54.

(2) #tYila , BiHôite 4$$ fymrfm^ivUe$ dé franee , tome S ^ page I ^7.

•1565. s'emparer d'Orléans; c'était en effet l'intention du duc. d'Ândeiot, frère de l'amiral, promit de défendre cette place avec l'infanterie allemande et la cavalerie française. Alors Coligny alla au-devant des secours qu'il attendait d'Angleterre.

Le duc de Guise ayant fait venir de Paris une bonne artillerie et les munitions nécessaires pour attaquer Orléans , se porta avec ses troupes le 5 février, à la vue de cette ville. d'Andelot y commandait et avait sous ses ordres St-Cyr d'Avaret, Duras et Boucha vanne. Le siège fut poussé vigoureusement. Malgré les efforts des assiégés , et ceux de l'amiral, qui venait de se joindre à eux avec douze mille hommes, Orléans allait tomber au pouvoir des catholiques, lorsqu'un événement aussi funeste qu'imprévu vint changer la face des choses. Il y avait dans le parti calviniste un gentilhomme angoumois, nommé Poltrot , sieur de Méré, qui venait d'abjurer la religion catholique et d'embrasser la nouvelle doctrine avec une énergie telle, que les chefs protestants l'estimaient capable de tenter en leur faveur un coup déterminé. On prétend (ce qui n'a pas pu être prouvé ) que l'amiral de Coligny et Théodore de Bèze l'engagèrent à assassiner le duc de Guise , en lui persuadant que ce serait chose agréable à Dieu. Quoi qu'il en soit, Poltrot, feignant d'abandonner les calvinistes , s'était jeté dans l'armée catholique , où il avait trouvé le moyen de s'insinuer dans la maison du duc de Guise. Le 24 février, vers le soir, au moment où ce prince rentrait à son quartier-général , après avoir donné des ordres pour un assaut qui devait avoir lieu le lende-

main, Pd trot, qui n'avait cessé d'épier roccasion 4565. de mettre son projet à exécution ^ lui lâcha par derrière un coup d'arquebuse^ chargée de trois balles , et dont le duc mourut trois jours après (1).

Arrêté le lendemain dans une forêt voisine, et conduit devant la reine , l'assassin déclara qu'il avait été poussé à ce crime par les conseils de de Bèze et de Côligny : ce que ces deux seigneurs nièrent avec indignation.

Transféré à Paris , Poltrot fut écartelé, par arrêt du parlement.

La mort du duc de Guise causa une vive satisfaction aux religionnaires du Midi. Ceux de Nismes, de Montpellier, de Castres, d'Annonay et autres villes, se livrèrent même a des réjouissances publiques en apprenant cet événement.

La reine-mère n'ayant plus pour obstacles le roi de Navarre ni le duc de Guise, qui lui étaient également suspects , l'un à cause de ses prétentions au trône , l'autre par le nombre de ses partisans et la haute réputation qu'il s'était acquise , résolut de pacifier le royaume , afin d'en chasser les étrangers qui songeaient à s'y établir sérieusement. La chose • lui paraissait d'autant plus facile, que le connétable et le prince de Condé, devenus irréconciliables par des haines mutuelles, ne lui causaient plus d'ombrage : d'ailleurs l'un était trop vieux pour tenter de se saisir du gouveruement ; l'autre, quoique

(4) Ce prince laissa (roit filt d'Anne d'Eit, sa femme, sœur d'Alphonse, dac de Ferrare : Henri, dac de Gnise, jeune homme de grande espérance ; Louis, destiné h Tétai ecclésiastique et au cardinalat ; et Charles , qui deyint duc de Mayenne et chef de la ligne contre Henri IV.

45Ô5. premier prioce d» ^ng ^ n'avait d'appiti qoe dans le parti calviniste , s'étant rendu odienx à tout le resté des Français par son traité avec l'Angleterre.

Charles IX et sa mère se trouvaient au camp d'Orléans, où le connétable était retenu prisonnier. Eléonore de Rôye , épouse du prince de Condé , s'y trouvait atissi ; elle y était venue pour pousser à un accommodement, afin que son mari pût recouvrer 1^ liberté. On entama des négociations ^ et la paix fut enfin conclue à ces conditions : « Que les seigneurs » hauts-justiciers qui relevaient immédiatement de ^ la couronne ^ auraient le libre exercice de la re- ^ ligion réfomkée dans Pétendue de leurs villes et » seigneuries] que les nobles jmiiraient du même )é privilège pour leur maison seulement et leura do^ » mestiques , pourvu qu'ils demeurassent dans >» leurs châteaux et non datas les villes murées; que » dànë efeàque province oti dssigtaerait aux hugjue'- )i note Un certain nombre de villes (kns lès ï&i!t* )i bomtgs desquelles ils pourraient tenir leurs as-^ » semblées et faire leui^ prêche ; qu'il n'y aùnaât * ^^mercice publie d'autre religion que la catholique fi dans lès autres villes , bourgs et châteaux , sur- » tout dans Paris et sa banlieue; que chacun ^ daod » ëôn particulier ^ vivr&it el penser>ait comme il le » jugerait à propos , satas qu'oh pût^ à ce sujet, l'in-^ » tpiiétefr »i te rechercher; que lès ministres calvi*^ » -UBteB observeraient les fêtes marquées dans le » calendrier romain el les formalités prescrites par » les ordonnances des rois pour les mariages ; que » leà èeigttéurs, princes et gentilshommes, offiôiet-s » el soldats auraient amnistie générale pour tous

BU VIVAHAI». 6^

» les ôXDès cofDiBis pendant la guerre ou h wn 4Ç^3. 1^ O(î0a3ipu j que le roi déclarerait que tout %ym\ é4^ ¥> fiiit à bonne intention ; qu'en coiîséqueiipe cH»r » oun serait rétabli dans ses charges , dignités 9 » biens , privilèges et prérogatives ; que l^ all^- » roands seraient renvoyés hors du royaume , nvec >> une escorte , et que le roi pourrait nepr^pdre ses }} places let forteresses wir quiconque oserait lee » retenir. >>

Cat édit fut signé et scellé à Amboise , le 19 nDars 4563. François de Scepeaux, marécbal de Vieille* ville, fut chargé de son exécution dan^tyo», le ikuiriiiAé, la Prov^ce et le Languedoc ; Antoine de Levis , baron de Caylus , geulilhorame ordinaire de la chambre du f oi , eut Tordre é^ ie faire enreg^- Irer au parlement de Toulouse.

Dès que le courte de Grussol en eut connaissance, il euKoya son frère Baudlné dans le eoratat Venaissûi, pour enjdndre à ses troupes d'en respecter la teneur sous peine de mort. Mais ayant appris par le baron de Peyre , commandant des calvinistes du jfiévaudan, que les seigneurs d'Apchier et de la fare avaient Mtaqué, le 5 avril , les villes d*jËspa^ac et de Florac , il ordonna à tous les seigneurs protestants du Yivarais, des Gévennes et du Gévaudan^ d'armer et de marcher contre les infracteurs de l'édit. Les geiitilshommes de ces pays accoururent egx fouie et forcèrent d'Apchier à abandonner le jsiége de X5es de»x places.

Lçs reli^onnaires du Haut-Languedoc ne le respectèrent pas mieux. Ceux de Pamiers , de Castres , de Putlsuare«is , de Buzet, etc., se livrèrent même

^565. aux actes les plus répréhensibles. Néanmoins, sur les instances du roi et de la reine-mère , le comte de Crussol consentit à désarmer et à remettre à Caylus les places que les calvinistes occupaient dans la province.

Henri de Montmorency , seigneur de Damville , second fils du connétable , nommé gouverneur du Languedoc , en remplacement de son père , depuis le 1 8 mai , et qui se trouvait alors en Espagne , arriva vers la fin de septembre dans la Haute- Guienne, où commandait Biaise de Montluc. Accompagné de ce vieux général , du cardinal d'Armagnac , du vicomte de Joyeuse , de Terride , de Negpepelîsse et d'autres seigneurs , il entra dans Toulouse le 16 octobre; mais la peste qui régnait dans cette ville ne lui permit pas d'y faire un long séjour. Il la quitta le lendemain, après avoir prêté le serment d'usage entre les mains du premier président, et alla visiter les autres villes de son gouvernement. Sa conduite ne tarda pas à mécontenter les religionnaires, qui s'en plaignirent au roi. Charles IX, déclaré majeur dès le 1 5 septembre , et qui avait pris en apparence les rênes du gouvernement , quoique la reine gouvernât réellement, et plus absolument que jamais, leur fit une réponse favorable,

4564. vers la fin de janvier 1564. Mais Damville , voyant que les concessions de la cour au profit des calvinistes nuisaient singulièrement à son autorité , suspendit l'exécution des ordres qu'il avait reçus, et adressa au roi un mémoire justificatif de sa conduite , à la date du 1*' mars, et que ce prince approuva. Damville , dont le pouvoir s'étendait également

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sur tout le Daupbiué, rétablit le pariement de Gre- 4^64. noble, par le ministère da baron de Bressieu , son lieutenant , fit restituer aux catholiques l'église de Sle-Claire, dont les protestants s'étaient emparés , et rendit la liberté au baron des Adrets.

Dans ces entrefaites , les religionnaires de Villeneuve-de*Berg ayant surpris un parti de catholiques, le taillèrent en pièces. Us prirent ensuite Aubenaa , et passèrent sa garnison au fil de Tépée. Damville, informé de ces excès, envoya quelque^, troiipe^ dans le pays, qui les firent çeS|Ser.

Cependant le roi et la reine-n^ère avaient résolu de visiter toutes les provinces du royaume, et particulièrement celle de Languedoc. Le but principal de ce voyage était d'étouffer tous les germes de divisions; il devait en outre les mettre à même de s'aboucher, en Dauphiné, avec le di|C de Savoie; à Avigpon , avec les ministres du pape ; aur les frontières de la Guienne , avec le roi ou la rçine d'Espagne , et leur faciliter les moyens de concerter avec les unç et les autres les mesures qu'on prendrait, en temps opportun, contre les religionnaires, sans que ceuxci eussent le moindre vent de leurs résolutions : ce qu'on n'eût peut-être pu éviter çu coiifiant cette mission à des députés. Ils espéraient encore pouvoir traiter en personne avec le duc de Lorraine , et, par son entremise, avec les princes calvinistes d'Allemagne, afin de les lier par un traité , de manière à ne plus craindre qu'ils appuyassent lareIigioi;i réformée en France.

On pensait aussi que dans ce voyage le roi augmenterait son autorité , en satisfaisant aux besoins

4^64. du peuple. Au reste la coiHluite de Jeanne d'^Albret, reine de Navarre , le rendait également nécessaire. En effet, cette princesse s'étant emparée de toutes les églises de la principauté de Béana ^ en avait fait chasser les prêtres et briser les autels, afin de contraindre tous ses sujets à suivre la religion protestante. Craignant que le roi d'Espagne ne profitât de ces désordres pour envahir les faibles restes de la Navarre , de concert avec le pape , Charles ÏX et sa mère devaient engager la reine Jeanne à changer 4e sentiments, ou du moins lui Ater Je jeune Henri, Bon fils , et empêcher que ce prince ne fût élevé xians le culte des calvinistes , qui comptaient trouver en sa personne un nouveau chef et un nouvd pippui.

La <HHir partit de Fontainebleau att ma^ d*avTil ; ette tmversa la Brie, la Champagne, la Lorraine, et arriva à Lyon , oèl elle s'arrêta 'à peiite, à «ause de la pes*e qui décimait la population de <5ette ville. Elte passa k Vienne, en Dauphiné , et se rendit au «Miteau de Roussillon, situé non loin de la rive gau* tîhe du Rhône , eii ^île séjourna près de deux mefe. Leroî y signa deux édits : l'un , à îa date du 4 aoftt , modifiait ï'édit de pacification ^n faveur des catholiques s l'autre fixait »ù < ^^^ janvier le renouveMemienl 4e Taïmée. Il voulut visiter Crémiùux, ««r l'autre rive diu fleuve; mais les calvinistes qui Paient maîtres 4e cette place , montrèrent peu de 4ïS^9ition à lui obéir.

La cour descendit lensuite à Valence , dont le T»i fit raser les fortifications qui y avaieiA été fait^ pemdanl la <g«erre. Craignant que le marquis

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de Maugirom , ^âr son zèle outré pour le catbolî- 451(4. tMme y ne donBÂt des sujets de plainte aux calvinistes , que la reine-mère voulait ménager , il lui ^ôia k Keutenance générale du Dauphiné et la donna à Bertrand de Simiane, seigneur de<k)rde8, homme de bien et ptein de capacité. Ce choix fut agréable aux deux parlis.

De Valence , la cour se rendit à Avignon , oîi elle fut reçue en grande pompe, le 24 septembre , par Fabrice Serbellonî , qui en était gouverneur, Tévêque de Penno, vice4égat du pape, etle cardinal d'Armagnac , archevêque de Toulouse , qui s'y estait transporté (1). Elle continua son voyage. Après avoir parcouru une grande partie du Languedoc , ^e fil son entrée solennelle à Toulouse, le 17 décembre. De là , ell^ alla \ Montpellier , oà le roi

(\) « Louis Ântinori ^ florentin, confident du pape, s'y étant rendu surrifs Inltances de la reine, on traita de ce qui intéressait le plus les deux puissances. Jtftn le lot et la reine firent , aui propoaitioiis ds«««aTeraîn pon^ , la répossc jp'ils n'^Taieal pas voulu faire à aon ainbassadeur , ni à ceux ^'Espaffae et 'de Sayoie. lU se montrèrent disposés à exterminer le calvinisme et à faire obsenrer le concile de Trente dans tout le royaume ; mais ils ajoutèrent que pour prévenir 4eifi&!nuions -dai «nglaÏB et les prote^mts d'j^llana^ne , «t p^ur arrirer au M quHh a jfroposaientj sans dimger et sans renooTeler le trouble des guerres wk yérissaxent tcmt de milliers d'âmes , et qui désolaient toute la chrétienté , ils «vaicDt rés«l« de travailler, par des voies lentes «t eacbées, k entefer aux huguenots Xeofê pl«s fermes i^ipiiis ; ^ue leiir desseÎB était de «aimer les soapçotns du priopcc 4e Condé et des Goligny^ de fortifier les villes suspectes , de remettre Tordre dans les "fiuaocei, de remplir les coffres du roi j et défaire d'autres préparatifs quidejnanâoÂPotjin jtemp* «onsidéraUe^ qa'en'poutniit agir ensuite avec plus deràreté| sans comir lei risques et les dangers auxquels on s'exposerait infailliblement , et qui feraient échouer l'entreprise pour peu qu'on se précipitât. Le pape, persuadé ^«r ces raisons , ^t miHenent eiioomi des moyens deux et lents , abhorraut de sa nature l'effusion du sang chrétien , consentit que l'on différât la publication du concile de Trente jusqu'à ce que ces desseins fussent amenés au point de l'exécur tion. » Davila , Histoire des guerres civiles deFrauee, tom. 4, Itv. '5.

4565. tint un conseil, le 19, avec les cardinaux de Bourbon et de Guise, le duc de Longueville, le chancelier , le maréchal de Bourdillon , les çvêques d'Orléans et de Valence, les comtes de Crussol et de Villars et le sieur de Lagarde. On y agita l'affaire de la sédition du Puy , qui avait eu lieu au mois de septembre. Le conseil fit arrêter le juge-mage Bertrand , et renvoya le fond de cette affaire au parlement de Toulouse.

Après avoir passé le carnaval dans le Languedoc, le roi et sa suite descendirent à Bayonne , où la reine d'Espagne s'était rendue avec le duc d'Àlbe et le comte de Bénévent. Là , tandis qu'on paraissait ne s'occuper que de fêtes et de jeux chevaleresques, on méditait, on concertait secrètement les moyens les plus sûrs et les plus prompts pour rétablir la tranquillité dans les deux royaumes et en exclure le culte réformé. Le duc d'Albe, que les historiens présentent avec raison comme un homme du caractère le pks irascible et le plus violent, prétendait, dans ces conférences, que « pour cou- » per la racine aux nouveautés en matière de reli- » gion et aux troubles de l'état, il fallait abattre » les têtes de pavot et pêcher les gros poissons , » sans s'amuser aux grenouilles » (1). Il ajoutait que les flots de la populace se calmeraient d'eux-mêmes aussitôt que les vents cesseraient de les agiter. La reine-mère, s'il faut en croire Davila, qu'on trouve toujours prêt à prôner les actions de Catherine de Médicis, aurait voulu user de moyens

0) Davila, lom. I, pag.2M.

pu VIVARAIS. 75

plus doux; il lui répugnait de répandre le sang et 4S65. surtout celui des grands du pays ; elle pensait qu'il convenait d'user de ménagements envers les religionnaires, et de tenter d'abord de les ramener au caiholicisme et à l'obéissance envers le roi , par les voies de la douceur et de la persuasion. Enfin , après de longs débats, on demeura d'accord sur ce point, que les deux monarques s'entendraient, soit en se^ cret , soit ostensiblement , pour atteindre le but proposé, c'est-à-dire, la ruine des huguenots, et que chacun emploierait librement, pour y parvenir, les moyens qu'il jugerait les plus efficaces.

Les conférences de Bayonne s'étant ainsi terminées, la reine Elisabeth rentra en Espagne, et Charles IX se rendit avec sa mère auprès de la reine de Navarre. N'ayant pu la ramener dans le giron de l'église, le roi l'obligea du moins à rétablir le culte caUioUque partout où elle l'avait aboli , et à restituer aux ecclésiastiques les biens dont elle les avait fait dépouiller. Jeanne consentit en même temps à le suivre à la cour avec ses enfants; mais en ceci cette princesse consulta moins son attachement pour le monarque que l'intérêt de sa nièce Françoise de Rohan , qui plaidait alors contre le duc de Nemours pour l'obliger à l'épouser , en vertu des promesses que ce prince lui avait faites. Dès que Charles IX vit la reine de Navarre décidée à le suivre, il aflecta de la combler d'honneurs, afin de la fixer à sa cour ; mais , dit Davila , « les églises » détruites, les autels profanés, les images ren- » versées , les monastères ruinés et réduits en cen- » dres , les cadavres tirés des tombeaux , les

4565. » ossements épars dans les campagnes, dont le » spectacle Tavait frappé dans toute l'Aquitaine, » avaient allumé dans son cœur une haine si vielmte » contre la reine de Navarre et contre le parti huguenofp f) qu'il ne cessa de les persécuter jusqu'à es qu*il en » eût tiré la vengea/nee qi^'il méditait. ...»

De retour de son voyage , le roi voulant i^emédier aux désordres qui lui avaient été signalés et faire droit aux réclamations des catholiques , convoqua , pour Tannée suivante, à Moulins, une assemblée des principaux membres des parlements. Il ^ proposait de saisircetteoccasion pour tâcher de réconcilier les maisons de Guise et deCbâtillon, dont les haines réciproques entretenaient la discorde dans le royaume. Mais tous fies efforts vers ce but devaient échouer : }'amiral, qui n'avait déposé les armes qu^à contre cœur, et d'Àndelot, qm n'avait accepté la paix qfs^ fK)ur ne pas être fait prisonnier h Orjéans , mettaient tout en usage pour exciter de nouvelles dis^nsions, ^ n'avaient pas plus 4e confiance dans les caresr- ^es du roi que dans les prévenances de la reinesmère. D'autre part, le prince de Condé ne cessait d'intriguer; fatigué des obsessions 4e la cour, qui voulait l'unir à la maréchale de St-Ândré, il avait épousé Marie , sœur du duc de LongueviUe , et s'était lié avec les Cotigny plus étroitement que jamais. Enfin, la division qui régnait dans la maison 4u connétable était encore un obstacle à l'accom^ f)yssement des projets du mouarvque. En effet, le maréeh$4 4e Montmorency , Als aine 4u eomiétable, is'était 4écl»Fé pour la maison de GfaâtiUon contre Ibs Guise, tan(JÛs que Damville , son second Sàs^ qui

DU VIVÀBAIS. 7T

venait d'épouser la petite-fiUe de la duchesse de 4^^. Yalentinois et d'hériter du titre de maréchal de Frauoe , par la mort de Cessé de Bridsac » se pro- BOugait en faveur du parti catholique et pour la maison de Lorraine. Telles étaient les semences de discorde à la fin de 4565« Toutefois on essaya $ à 1566. Ts^semblée de Moulins , de réconcilier les maisons de Gmse et de Châtillon, par l'entremise du maréchal de Montmorency et des CoUgny, d'une part, et des cardinaux de Lorraine et de Guise^ de l'au^ tre. Il y eut, entre ces deux maisons rivales, une sorte d'accommodement ; mais les partis y mirent uûe si mauvaise gràce^ que le roi et les membres de l'assemblée pensèrent que le moindre événement amènerait entre eux une sanglante rupture. Cette prévi^on ne tarda pas à se réaliser.

Le duc d'Àumale parut à la cour et témoigna le plus profond éloignement pour l'amiral Coligny et tous les membres de sa famille. « Il m'accuse ^ « dit-il en présence même de la reine , de l'avoir » voulu faire assassiner : je voudrais me trouv.er » dans une chambre seul avec lui : peut-être alors » pourrais^je lui montrer que je n'ai besoin que de » mon bras pour terminer nos différents. — Peut- » être, objecta la reine, avec une sorte d'humeur, » vous trou verez-Yous en plaine . — Madame, répon^ » dit le duc, je suis venu avec cinquante gentilshom«- » mes et je m'en retournei^i avec vingt; si je reu- » conb*e l'amiral^ il entendra pat4erde moi » (1).

A oes Q^ts il vo«dfut quitter la cour; mais le roi l'y retint.

(\) iDaTÏla, Histoire des guerres civiles de France , tom. 4, lit. 3.

78 GUËtlRÊS CIVILES

4566. De son côté, d'Andelot, qui ne négligeait rien poar mettre les deux partis aux prises, accusa en plein conseil le duc d'Àumale d'avoir tenté de le faire égorger par le capitaine Àttin. Ce seigneur, sur la demande du duc lui-môme, fut immédiatement arrêté. Ayant prouvé la fausseté de l'assertion de d'Àndelot, il obtint sans peine sa mise en liberté. D'autres imputations plus ou moins graves , et que la cour reconnut sans fondement , lui firent prendre la détermination d'en éloigner tous les seigneurs dont les altercations continuelles la fatiguaient. Le connétable et le maréchal se retirèrent dans leurs terres de l'Ile-de-France; peu de jours après, le prince de Condé , le duc d'Aumale et l'amiral partirent également, chacun de leur côté. La reine de Navarre ellemême , mécontente d'un arrêt qui déclarait nulle la promesse de mariage donnée par écrit à Françoise de Rohan par le duc de Nemours, qui allait épouser Anne d'Est , veuve du duc de Guise , retourna dans le Béam avec la résolution d'exciter de nouveaux troubles. Comme il lui fallait un prétexte pour motiver son départ, elle allégua une insulte faite à un ministre protestant au moment où il allait prêcher dans son appartement.

Cette désertion fut suivie des mariages du duc de Nemours avec la veuve du duc de Guise; de Louis de Gonzague avec Henriette de Clèves , fille du duc de Nevers , tué à la bataille de Dreux ; du prince Dauphin , fils du duc de Montpensier, avec Renée d'Anjou , unique héritière du marquis de Mézières.

Tandis que la cour se livrait à des réjouissances à

cette occasion , toutes les provinces , principalement 1566. celle de Languedoc , étaient agitées par des mouvements qui faisaient présager une nouvelle guerre civile. Les protestants trouvant trop limitée la liberté de conscience que leur accordait le dernier édit de pacification , s'efforçaient de l'étendre par la force des armes ; les catholiques, au contraire, jaloux des concessions que ce même édit leur avait faites, s'en plaignaient hautement. Les parlements, que ces différentes questions affligeaient , sans qu'ils pussent y remédier, les portaient devant la cour. Là, le maréchal de Montmorency et les amis de l'amiral CoUgny soutenaient la cause des premiers , pendant que les cardinaux de Bourbon et de Lorraine insistaient pour qu'on réprimât leur audace , çn faisant droit aux réclamations des catholiques. Les uns et les autres mettaient beaucoup d'aigreur et d'animosité dans leurs observations.

La reine, persuadée que l'adresse était préférable à la force pour éteindre ces divisions , affermissait le roi dans la résolution qu'elle avait prise de dissimuler en flattant, en favorisant tour-à-tour les chefs des partis. Mais la témérité de ceux-ci, surtout celle du prince de Coudé et des Coligny , fut poussée à un tel point que Charles IX eut toutes les peines du monde à se contenir.

Alors que de toutes parts les dissensions s'allumaient ; que les religionnaires , excités par la reine de Navarre , se soulevaient à Pamiers (1 ) , massa-

(\) Les cahinistet de Pamiers ayant été inssltés, le 49 mai; pendant qa'ib se rifraient k^ Fexercice de leor culte, il s'en snifit une émotien qai fut bientôt apaisée. Toutefois les partis n'en conservèrent pas moins une attitude hostile. Le 2 juin,

^566. craiait leô prêtres et les cathcdiques de celte viUe; que des faits de même nature se passaient à Monlauban, à Cahors^ à Rhodes, à Périgueux, sur plusieurs points du Languedoc et même du Dauphiné, le prince de Condé et l'amiral élevaient à la cour de nouvelles plaintes et de nouvelles prétentions. Le roi, naturellement irritable et terrible dans. ses emportements , résolut de joindre une énergique, autorité à l'artifice pour les punir de leurs récriminations.

Le duc d'Albe , que le roi d'Espagne envoyait dans les Pays-Bas , avec une armée navale , pour dompter les séditieux qui , sous prétexte de religion, mais dans le fond par haine de la domination espagnole , venaient de se soustraire à l'obéissance de l'église et à l'autorité de ce prince , devait côtoyer la France pendant quelque temps, afin de fournir à Charles IX des moyens de répressicm contre le calvinisme. Dès que la flotte fut eu vue de nos côtes, le roi 6t la reine, qui avaient amassé de l'argent de toutes parts, prirent à leur solde un eorps de Suisses, et feignant de craindre quelqw entreprise de la part des Espagnols, firent ren^ettre sur piedla gendarmerie des provinces et levèrent plusieurs compagnies d'infanterie destinées , dî-

iour de la Pentecôte , les catholiques firent une procession ; les protestants , irrités par les propos prorocaieurs de quel^es^tmi de ceui qui y assistaient , couroreot eax âmes. Xie-vifiiier étant àMerrena , il espécha ma nx« qui ptfaissliit iamàf sente .; mais à la nuit suivante , les chanoines ayant introduit i 50 hommes armés 4laus le palais épisoopal , il en résulta plusieurs petits combats «ntre les habitants 4es deux religions. Enfin les prolestauts mirent le feu h plusieurs maisons, pillèrent le couvent 4eB GarmBsct y toèretttâeiiK rtiigieux* Ht agirent de ttème les jours suivanis^aux cou? enta diei FraMiataios et -des DomiAicaiiis. Lt ( juin , ils ae irouf aiettf inaMres de la ville , a|»rôs avoir tué ou mji en biite tout les catlioliques.

BU VITARAIS. 81

saient-ils, à aller occuper les places conquises au- ^^' delà des monts.

Les chefs du parti calviniste ne furent pas dupes de ce stratagème comme la cour l'avait pensé. Persuadés de la haine du roi à leur é^rd et de la faveur dont les princes lorrains jouissaient secrètement auprès du trône , ils comprirent que tous ces préparatife ne tendaient qu'à la ruine de leur partie et ils se tinrent sur leurs gardes.

Charles IX , après la révolte de Pamiers , avait ordonné au vicomte de Joyeuse, qui commandait en Languedoc en l'absence du maréchal Damville, d'assiéger et de faire rentrer cette place 30us son obéissance. Le vicomte y envoya Sarlabous , qui s'en rendit maître avec trois compagnies, le 23 juillet. Quant aux séditieux, ils s'enfuirent dans les domai*nes de la reine de Navarre, où se jetaient tous les mutins ; néanmoins vingt-quatre d'entre eux furent pris et envoyés à Toulouse pour y être jugés; mais ils parvinrent à s'évader, et le parlement les condamna , par contumace , à être pendus. Repris au mois de mai suivant par le capitaine Tilladet, ils furent suppliciés à Toulouse avec Tachard , leur miinistre, qui montra La plus grande fermeté à ses derniers moments.

Vers le même temps, St-Auban, qui commandait 4557^ k Viviers, refusa de rendre cette ville aux catholiques; on la prit d'assaut le 17 mai, avec St-Auban, qui fut condamné à soixante mille livres d'amende 6t à la décapitation.

A cette époque aussi les tioupes du roi firent le siège du Cheylard; mais n'ayant pu y mener du

4567. canon, dit d'Aubigné, à cause de la diflicuUé des passages, et voyant l'opiniâtre défense des habitants, qui mettaient le feu à leurs propres maisons et en défendaient les masures jusques aux coups d'épée, tandis que des rassemblements se formaient du côté de Privas, ce siège fut levé.

Le prince de Condé et Tamiral Coligny, dont la défiance augmentait chaque jour, rapprochant une foule de particularités de ce qui s'était passé à Pamiers et à Toulouse, crurent qu'il était temps d'aviser à la sûreté de leur parti. Ils envoyèrent des émissaires dans toutes les provinces. Les villes où les calvinistes étaient les plus forts prirent en même temps les armes, vers la fin de septembre. La veille de St-Michel il y eut un soulèvement général. Ceux de Castres, Nismes, Montpellier, Uzès, St-Pons, Bagnols, Pont-St-Esprit, Viviers et Baysse déclarèrent en faveur du prince de Condé et s'emparèrent de plusieurs autres villes, bourgs ou villages environnants dont ils pillèrent et rasèrent les églises. Ceux de Montauban, Mazamet, Réalmont, Lavaur, Revel, Puilaurens, St-Paul, Damiate, etc., suivirent leur exemple. Il en fut de même dans toute la Provence, dans tout le Dauphiné^ qù. le fameux Dupuy-Montbrun mit le premier l'épée à la main , comme il l'avait fait lors de la première guerre. Vienne, Gap, St- Marcellin, Romans, Valence, Crest, Montélimar, le Buis, Livron, etc., furent pris par les calvinistes.

Dans une assemblée des principaux seigneurs de ce parti, qui eut lieu à Châtillon, peu de temps après l'arrivée de six mille suisses que la cour avait appelés, l'amiral proposa d'enlever le roi et la reine-mère,

qui se trouvaient alors au château de Monceaux , en 4567. Brie , avec leurs favoris , et d'exterminer les suisses cantonnés dans les environs.

Le succès de cette audacieuse entreprise devait mettre tout le royaume à la discrétion des religionnaires, puisque dans aucune province ils ne rencontraient assez de forces réunies pour leur résister. La proposition fut accueillie avec enthousiasme. On se donna rendez-vous à Rosoi, petite ville de Brie, voisine de Monceaux. Mais le complot fut éventé : la cour en ayant reçu avis la veille, elle partit en toute hâte pour Meaux, d'où elle dépêcha des courriers aux suisses, qui la ramenèrent à Paris.

Après cette échauffourée , les religionnaires , furieux d'avoir manqué leur coup, résolurent de bloquer la capitale et de la réduire par la famine. Dans ce but ils se rendirent maîtres des villes voisines , brisèrent les moulins et interceptèrent les vivres.

La guerre prit alors partout un caractère d'acharnement épouvantable. Le 10, novembre les calvinistes furent défaits à la bataille de St-Denis, où le connétable de Montmorency reçut une blessure mortelle, à l'âge de quatre-vingts ans (1). On parla ensuite de

('l) Le ooDDétable , accablé par le nombre cl malgré cinq blessures qa*il Tenait de recevoir y comballait encore avec une extrême valeur , lorsque l'écossais Robert Stuart lui présenta le bout d'un pistolet. — « Ta ignores donc que je suis le eont nétable ? » lui dit Montmorency. — « Non , répondit Stuarl , et c'est parce » que je te connais que je te présente celui-ci. » A ces mots il lui làcbason pistolet dans l'épaule. Le connétable fut renversé du coup ; il eut néanmoins assez de force pour frapper son ennemi au visage de la garde de son épée , dont la lame avait été brisée dans le combat. Stuart eut la mâchoire fracassée et tomba à demimorl à côté du connétable , qui l'entratna dans si) chute. Ce grand homme fat

-1568. paix, el elle fut conclue le 28 mars suivant; mais elle n'eut pas une longue durée. La cour ayant tenté d'enlever le prince de Condé et l'amiral, qui s'étaient retirés à Noyers, en Bourgogne, ceux-ci se hâtèrent de gagner la Rochelle, où ils rassemblèrent une armée. Peu de jours après les calvinistes de toutes les provinces étaient sur pied.

Dans ces entrefaites , vers le commencement de septembre, le sieur de St- Romain, delà maison de St-Chamônd, qui fut plus tard archevêque d'Àix, de Virieu et de Changy , ayant pris les armes en faveur des protestants, s'empara d'Ànnonay avec sept à huit cents hommes qu'il avait amenés du Dau^ phiné. Ces troupes y passèrent une setnaiue , pendant laquelle elles pillèrent les maisons catholiques, incendièrent l'église et les bâtiments des cordeliers, rasèrent celle de la paroisse et brisèrent les cloches. Après avoir commis tous ces désordres, elles se retirèrent, parles montagnes, du côté du Poitou, avec deux cents religionuaires de la ville qui s'étaient joints à elles. ,

Le 12 du même mois, vers les dix heures da soir, St-Chamond, frère aîné de ce St-Romain, arriva aux portes d'Annonay dans là résolution de

Uansporté à Paris sans espérance pour sa vie. Il oonserra jusqu'au dernier moment sa présence d'esprit et une fermeté admirable. On rapporte qu'un religieux s'élant approché de son lit pour le préparer k la mort , le connétable Kii dit : « Croyez^ vous que j'aie vécu quatre-vingts ans sans avoir appris k mourir uu quart d'heure? » Montmorency avait beaucoup de religion ; mais, comme l'a dit Manuel, tout en récitant ses patenùtres , il criait k ses officiers : « Allez-moi pendre un tel ; — at-

• tachez celui-lk k un arbre ; — faites passer celui-ci par les piques ; — taille»-

* moi en pièces ces marauds; — brûlez-moi ce villùge; — boutez-moi le feu » partout k un quart de lieue k la ronde. »

DU VIYilUIS. 85

saccager de nouveau la ville. Les religionnaires, 4568. informés de ce mouvement, prirent aussitôt la fuite et allèrent se réfugier partie chez des gentilshommes du voisinage, partie dans les villages et dans les bois des environs. Le lendemain St-Chamond entra dans la place, qui était presque déserte. Il y séjourna jusqu'au 16; ce jour-là il tenta de surprendre les familles calvinistes qui s'étaient jetées dans divers endroits avec leurs effets; mais Latour-Maubourg l'ayant prévenu rendit tous ses efforts impuissants. De là il se porta sur Tournon, pour défendre le passage aux calvinistes. A son arrivée, cette ville fut Hvrée au pillage et incendiée. Il se rendit ensuite dans le Velay, d'où il envoya trois compagnies à Annonay , qui fut encore pillé et saccagé. Pendant ce temps les troupes de St- Romain et de Virieu s'étant réunies à celles de d'Acier, ifrère du comte de Crussol , allèrent joindre ensemble l'armée du prince de Condé.

Cette armée, qui se rassemblait aux environs de la Rochelle, devint considérable. On y vit arriver successivement les religionnaires du Poitou, sous les ordres de d'Yvoi et de Boisset; ceux du Périgord, conduits par Soubise et Puviaut ; ceux du Quercy, qui furent amenés par Piles et Clermont; ceux de* Normandie, ayant à leur tête le comte de Montgoméry et Colombières; ceux de Bretagne, commandés par le vidame de Chartres et Lavardin : d'Andelot et de La Noue, qui avaient combattu avec divers succès contre le duc de Monlpensier et Martigues au passage de la Loire, s'y rendirent aussi avec un gros de cavalerie assez nombreux; enfin ^ la reine à^

4568. Navarre elle-même, qui craignait, comme les autres, pour sa propre sûreté, n'hésita pas à s'y présenter.

Il fallait un prétexte à cette armée pour justifier les agressions auxquelles elle allait se livrer : la cour ne tarda pas à lui en fournir un puissant. Par un nouvel édit, le roi révoqua tous ceux qu'il avait rendus en faveur des religionnaires, pendant sa minorité, même celui de pacification; il interdit expressément, dans toute l'étendue du royaume, l'exercice de toute autre religion que la catholique, qui était celle des rois ses ancêtres et de ses prédécesseurs ; ban-nissant, sous peine de mort^ tous les ministres et prédi^ cants calvinistes des terres et pays de son obéissance, leur ordonnant d'en sortir sous quinze jours pour tout délai. Par grâce spéciale, le roi promettait en même temps abolition pour lout le passé en matière de religion, et dévouait au dernier supplice quiconque en professerait une autre que la sienne, k cet édit il joignit de grands préparatifs de guerre contre les religionnaires. Son frère Henri, duc d'Anjou, nommé lieutenant-général du royaume, rassembla le plus de troupes qu'il lui fut possible, pour accabler les protestants avant qu'ils eussent le temps de recevoir des secours de la reine d'Angleterre ou des princes protestants d'Allemagne.

Le prince de Condé et l'amiral de Coligny, instruits de ce qui se passait, réunirent leurs soldats et jurèrent avec eux de persévérer jusqu'à la mort dans la défense de leur religion : tous promirent aussi solennellement de n'accepter aucun accommodement sans avoir obtenu d'avance de leurs ennemis les garanties nécessaires pour la sûreté de leur vie et de

leur conscience. Le prince dépêcha ensuite des 4368. courriers en Angleterre et en Allemagne pour solliciter des secours. En attendant, il fit des provisions de toute nature pour subvenir aux besoins de son armée pendant l'hiver qui approchait. Trente bâtiments avaient été armés dans ce but : ils firent des prises considérables, tant sur l'Océan que sur les rivières voisines. Le butin fut converti en argent monnayé. De son côté, la reine de Navarre ayant joint ses instances à celles du prince auprès d'Elisabeth, cette princesse fournit à l'armée calviniste des vaisseaux, du blé, des munitions et même une somme de cent mille ducats.

Le prince et l'amiral se mirent en campagne. En quelques semaines ils se virent maîtres de toute la Saintonge et de la plupart des places du Poitou et de la Tourraine. Le duc de Montpensier, que la cou» avait envoyé contre eux, n'osa rien entreprendre pour arrêter leurs progrès. Ainsi les prptestants pu^ rent ravager les campagnes, piller et incendier les habitations des catholiques sans éprouver le moindre obstacle. Enfin, Henri de Lorraine, duc de Guise, le duc de Brissac , Martigues, Biron et La Vallette ayant joint le duc de Montpensier avec l'armée royaliste, on résolut de réprimer les excès de l'armée calviniste.

Au moment où le duc de Montpensier, partant d'Angers, venait camper sur les bords de la Vienne, parurent Mouvans et d'Acier à la tête de dix-huit mille protestants qu'ils avaient recrutés dans le Dauphiné, la Provence, l'Auvergne et le Languedoc. Celte armée était divisée en deux corps, l'un souai

^568. les ordres de Mouvans et de Pierre-Gourde, gentilhomme distingué du Vivarais, l'autre commandé par d'Acier lui-même. Le duc résolut de les attaquer. Le combat s'engagea^ le 31 octobre, dans la plaine de Messignac : Mouvans et Pierre-Gourde restèrent sur la place avec deux mille fantassins et quatre cents cavaliers. Cette affaire fut suivie de celle de Pamprou , où les calvinistes remportèrent quelque avantage. La rigueur de la saison força les deux armées à suspendre les hostilités; mais, dès le

4569. mois de mars 1569^, elles se remirent en campagne ayec uo nouvel acharnement de part et d'autre. On se battit à Jarnac , oii le prince de Condé , couvert de blessures et prisonnier des catholiques, fut lâchement assassiné , à l'instigation du duc d'Anjou, par un capitaine de ses gardes, nommé Montesquieu (1 ] ; on se battit devant Cognac , où commun- (Jait d'Acier , qui força le duc d'Anjou d'en abandonner le siège; on se battit à Mucidon, où le comte de Brissac fut tué d'uiji coup d'arquebuse, et dont les^ soldats furent passés au fil de l'épée; on se battit à

(1) « Le duc d'Aujou TÎctorieui , poursuivant rannemi , entra le même jour a dans Jarnac, où les soldats, par d^rision^ amenèrent le corps do prince de Condé » sur un méchant cheval de bagages. Les troupes regardaient avec une joie brutale » ce guerrier dont elles avaient redouté la valeur. » Davila , Gwrres civiles de France, tom. 4, liv. 4.

Pn fit courir k cetto occasion le quatrain suivant :

« L'an mil cinq cent soixante-neuf, » Entre Jarnac et Ghàteauneuf , » Fut porté mort sur une ànesse » Le grand ennemi de la messe. » Après cette mort , l'amiral fit déclarer chefs du parti et généraux de l'armée calviniste Henri prince de Navarre, et Henri prince de Condé, fils du défunt, afin de conserver k la faction le crédit que lui donnaient les princes du sang.

DU VIVAKÀIS. 89

la Roche- Abeille, où les troupes calvinistes, sous la 4569. conduite de l'amiral et des princes de Navarre et de Condé, firent des prodiges de valeur et tuèrent près de quatre cents hommes de l'armée royaliste , entre autres St«Loup et Roquelaure, lieutenants de Slrozzi, et vingt-deux capitaines; on se battit à Poitiers, à la Charité, à Navarreins, à Montcontour, où l'amiral (1) tua de sa propre main le comte de Rhingrave , qui l'avait blessé à la joue d'un coup de pistolet*

Dans presque toutes ces luttes, qu'on pourrait qua^ Ufier de bowheriesj les calvinistes eurent le dessous. Dans la seule bataille de Montcontour ils perdirent dix-sept mille hommes , dont quatre mille allemands , qui combattaient sous leurs drapeaux. Parmi les morts on trouva PuygrelBer, d'Autricourt Tanneguy, Biron, frère d'Armand, qui servait dans l'armée ca-» tholique, St-Bonnet, St-Cyr, qui, à l'âge de 80 ans, après s'être signalé dans les derniers combats, ne rendit ses armes qu'avec son dernier soupir; deux colonels et vingt-sept capitaines (ils n'étaient que vingt-huit] de l'armée allemande, et plus de soixan-* te-dix capitaines français. On leur fit en outre un grand nombre de prisonniers, dont La Noue, l'un des principaux chefs , le général d'Acier , frère du comte de Crussol, Blacons, colonel d'arquebusiers, etc. Près de neuf cents chariots de vivres, tous les bagages allemands, onze pièces de canon et plus de deux cents drapeaux furent les trophées de cette journée.

{i) DtDs oe moment U roi faisait déeUrer l'amiral rebello par un arrêt da parle* ment '(4 5 septembre), qui promettait 50,000 écus d'ork quiconque le livrerait fivant ou le tuerait. Ou tratna à Paris son effigie sur la claie et on Taltacba à un gibet dans la place deslinée aux exécutions des malfaileors.

90 GUERRES CÏVÎLËS

4569. L'armée royaliste perdit quatre cents hommes environ; elle eut parmi ses morts, Philibert^ marquis de Bâde, Taîné dès comtes de Rhingrave, Clermont, gentilhomme dauphinois de la plus haute distinction, le comte François de Sassotello, Simon Picolomîni, lieutenant d'Otti de Monteacuti, et plusieurs capitaines d'infanterie.

Le duc de Guise, Pierre-Ernest de Manfeld, le cadet de Rhingrave, Schomberg et Bassompierre reçurent des blessures plus ou moins dangereuses.

Pendant ces luttes sanglantes et même dès quelque temps avant qu'elles eussent commencé, le Languedoc était en proie aux plus aflfreux désordres. A Nismes soixante -quatorze catholiques avaient été assassinés au milieu d'une nuit dans la cour de l'évèché et leurs corps précipités dans un puits. Au nombre des victimes étaient le père Jean Quatrebars, prieur des Augustins, Guy Rochette, premier consul de la cité, le capitaine Vidal, sieur de Lagarde, etc. Le pillage , le sacrilège , l'incendie , tant à Nismes que dans ses environs, avaient accompagné ce massacre. D'autres villes dont les religionnaires s'étaient rendus maîtres avaient subi les mêmes excès. A Alaià, sept chanoines, deux cordeliers et plusieurs ecclésiastiques furent égorgés pendant qu'ils chantaient matines; au Pont-St-Esprit, à Bagnols, à Uzès, à Viviers, etc., toutes les églises avaient été pillées, profanées, souillées du sang des prêtres. Montpellier était également au pouvoir des calvinistes, commandés par Jacques de Crussôl, qui venait de quitter le nom dé Baudiné pour prendre le nom de d'Acier; son château et celui de Nismes avaient bien résisté

quelque temps à leurs attaques; mais ils furent 1569. obligés de se rendre. D'Acier, ayant rassemblé une armée de sept à huit mille hommes pour aller secourir Cipière, que Gordes et Maugiron bloquaient à St-Marcellin, en Dauphiné, avait pris en passant St- Marcel-d'Ardèche et tué deux cents catholiques qui défeudaient cette petite place. Les vicomtes Rapin et de Mou vans, chefs des religionnaires du Bas- Languedoc, de la Provence et du Dauphiné, avaient passé le Rhône au Pouzin pour aller joindre l'armée du prince de Condé. Arrivés près de St-Agrève, les paysans duHaut-Vivarais étant tombés sur eux, leur tuèrent beaucoup de monde; de sorte que leur armée se trouvait réduite à quatre mille soldats en arrivant à sa destination.

D*un autre côté, les catholiques du Gomtat , de la Provence , du Languedoc et du Dauphiné , sous les ordres des comtes de Suze et de Tende, du vicomte de Joyeuse et des sieurs de Glandage et de La Brosse, ayant rencontré l'armée calviniste, commandée par Cipière et Dupuy-Montbrun , l'avaient battue dans la plaine de Montfrin. Enfin, le maréchal Damville, après avoir assiégé et pris la ville de Mazèves, où il perdit quarante de ses capitaines, entre autres Bellegarde, sénéchal de Toulouse, et Lapalud, seigneur de Brassac, s'était dirigé sur Montauban, afin d'entraver la marche de l'amiral et des princes de Navarre et de Condé, qui avaient d'abord songé à se retirer de ce côté.

Dans le même temps les catholiques d'Avignon ayant levé quelques troupes tentèrent de reprendre lé Pouzin ; mais leur entreprise échoua. Les reli^

4569. gionnaires , qui occupaient tout le Bas-Languedoc , bloquèrent Âlais et voulurent réduire cette place par la famine; ne pouvant y réussir, ils recoururent à un assaut, qui n'eut pas un plus heureux résultat : au contraire , ils y perdirent cent vingt hommes et eurent plus de trois cents blessés.

Après leur retraite, St-André, chevalier de Tordre du Roi, frère de Montdragon , gouverneur d*Âigues- Mortes , qui commandait à Nismes et aux environs en Tabsence de Joyeuse, vint ravitailler Alais à la tête de quatre à cinq mille hommes, infanterie ou cavalerie. Ayant ensuite emporté la place de Combas, au diocèse d'Uzès, il eut l'imprudence d'envoyer 368 troupes à Damville dans le Haut-Languedoc. Les protestants des Cévennes profitèrent de cette diver-^ ôiôn pour surprendre Vogué, Montpezat, Peccais, près de Lunel, et la Chartreuse de Bonnefoy, dont ils égorgèrent le prieur et' trois de ses religieux. Toutefois, les catholiques eurent bientôt leur revanche. Quatre jours après, Pierre de Châteauneuf-de- Rochebonne, sénéchal du Puy,et Antoine de Senneterre, évêque de ce diocèse, reprirent la Chartreuse par capitulation ; mais, malgré les termes du traité, les cinquante calvinistes que Culant y avait laissés ftirent passés au fil de Tépée.

Dans ces entrefaites une conspiration s'était formée à Montpellier; un capitaine catholique, nommé Barri , était sur le point de livrer cette ville aux religionnaires, lorsqu'on découvrit sa trahison. Barri fut décapité; deux soldats qui étaient du complot, furent étranglés, et quelques autres qui y avaient trempé, envoyés aux galères.

DU VIVARàlS. 93

Il s'en ourdit une autre à Niâmes qui eut uti 4569. meilleur succès. St-André avait banni de celte ville plusieurs habitants après leô avoir dépouillés de leurs charges. Ceux-ci, s'étant réfugiés à St-Geniez, s'eur tendirent avec le sieur de Servas, chef de calvinistes, pour la surprendre. Un charpentier de Cauvisson fut mis dans le secret ; il employa quinze nuits à limer une grille de fer placée à la porte des Carmes, par oii l'eau d'une fontaine venant de la Tour- Magne , se dégorgeait et faisait tourner un moulin. Lorsque ce travail fut fini, il avertit Servas, qui ras^ sembla trois cents hommes aux environs de Cauvisson, pendant que Nicolas de Calvière, sieur de St-Côme, capitaine plein d'audace et d'habileté, accourait de Privas et d'Aubenas avec deux cents cavaliers ayant chacun un fantassin en croupe. Les deux troupes s'étant réunies sous les murs de Nismes dans la nuit du 15 au 16 novembre , le charpentier enleva la grille qu'il avait adroitement sciée, et introduisit, par l'aqueduc , un centaine de soldats dans le moulin voisin dont le propriétaire lui était dévoué. Calvière, pénétrant alors dans la ville avec une trentaine d'hommes, fit main-basse sur le corps-degarde des Prédicateurs et courut ouvrir la porte de la Couronne aux calvinistes, qui, de concert avec un grand nombre d'habitants, s'emparèrent de toutes les positions avantageuses; et bientôt trois cents prêtres, religieux ou religieuses furent massacrés et leurs habitations livrées au pillage.

St-André, voyant sa maison envahie , se jeta par une fenêtre dans le fossé, afin d'échapper à la rage des calvinistes ; mais iUe cassa la cuisse en tombant.

45C9. Après avoir passé la nuit dans cet état, il fut recueilli le lendemain et transporté dans son lit, oii il commençait à se croire en sûreté lorsqu'un des pillards qui s'étaient introduits dans son domicile lui brûla la cervelle d'un coup de pistolet. Son corps fut précipité dans la rue et mis en lambeaux par la populace. Calvière s'empara ensuite du château, dont il fit abattre deux grosses tours qui regardaient la ville.

Les princes de Navarre et deCondé et l'amiral de Coligny s'étaient jetés, avec les débris de leur armée, dans les montagnes de la Gascogne et du Languedoc, oii ils furent poursuivis et harcelés par le maréchal Damville. Trois mille fantassins les ayant rejoints dans leur marche, ils entrèrent dans le Vivaraîs, divisés en deux corps; le premier, où se trouvaient les princes, l'amiral et les reitres,se dirigea du côté d'Âubenas; le second, composé des autres troupes, se porta, par Bagnols, au Pont-St-Esprit et prit, en passant, St-Julien et St-Just-d'Ardèche ; mais son arrière-garde , commandée par la Motte-Pujols et le vicomte de Paulin, fut complètement détruite par les catholiques aux ordres de Mirepoix, Clérac et

^570. La Crouzette, qui lui enlevèrent en outre quatre cents chevaux ou bœufs et soixante-treize charrettes chargées de vivres.

Les princes et Coligny se rendirent au Pouzin, où Montbrun, qui avait combattu vaillamment à Montcontour, ne tarda pas d'arriver.

Plusieurs fois l'armée calviniste tenta le passage du Rhône; mais Gordes, qui s'était établi sur la rive gauche de ce fleuve , la repoussa constamment.

Montbrun ayant enfia trouvé un gué à St-Montant, ^570. entre Viviers et le Bourg-St-Andéol, une partie des religionnaires purent passer sans obstacle avec quelques pièces de canon. Gordes, qui, durant quinze jours, avait rendu leurs efforts inutiles, réunit alors ses officiers dans un grand conseil de guerre : tous furent d'accord sur ce poiat , qu'il fallait se retirer et abandonner la campagne : ce qui fut fait. « Les » inconsidérés, dit Chorier (1) à ce propos, se rèw glent par l'honneur qu'ils ont à acquérir, et les » sages par celui qu'ils ont à perdre. »

Les calvinistes allèrent aussitôt attaquer Montélimar; mais La Tivolière, qui commandait dans la place, se défendit en homme de cœur et les contraignit à lever le siège, après en avoir tué près de quatre cents. Ils repassèrent le Rhône , laissant leur artillerie au château de Grane, et allèrent rejoindre les princes et l'amiral qui étaient campés à Lavoulte, et à Charmes avec le gros de l'armée.

Cependant Torquato Conti , baron romain , envoyé par le pape, s'avançait parla droite du Rhône à la tête de trente-deux enseignes d'infanterie et d'un corps d'arquebusiers à cheval , dont le comte de Tende lui avait donné le commandement , pendant que Gordes arrivait sur la rive gauche de ce fleuve avec toutes les milices qu'il avait assemblées dans le Bas-Dauphiné. A la nouvelle de ces mouvements, les princes donnèrent à St-Romain la lieutenance du Vivarais et du Dauphiné , et gagnèrent le Velay. Poursuivie par le maréchal Damville ,

(1) Histoire du Daupkinéj livre 8.

4570. leur armée se dirigea du côté de la Charité-sur-Loire, où elle devait recevoir deg secours d'Allemagne. Le pillage, l'incendie, tous les désordres imaginables signalèrent son passage.

Enfin, lassée d'une guerre qui tenait les esprits dans de perpétuelles alarmes, et réduisait une grande partie de la nation à la mendicité, la cour résolut d'accorder la paix aux calvinistes, sauf à se défaire ensuite de leurs chefs par la ruse ou la violence. De leur côté, les princes et l'amiral Coligny n'étaient pas moins désireux de la tranquillité, et se montraient disposés à la paix, pourvu toutefois qu'on leur accordât la liberté de conscience et des sâretés suffi*mntes. Coligny disait même et répétait souvent, qu'il aimait mieux mourir du poignard d'un assassin et être trainé dans les rues de Paris que de reprendre les armes. Ainsi les deux partis se trouvant tout disposés à un accommodement, ce fut sans peine que la paix fut conclue le 1 4 août.

Par le nouvel édit, outre la liberté de conscience et l'exercice publiô de la religion réformée, le roi accordait aux princes et à l'amiral quatre places de sûreté : la Rochelle , Cognac , la Charité et Montauban , que les protestants promettaient de lui rendre dans deux ans, si le traité n'était enfreint en aticun point; il leur accordait aussi le droit de prêche dans les faubourgs de deux autres villes qui devaient être indiquées dans chaque province (1) , ainsi que datis les châteaux des seigneurs qui possédaient des fiefe de Haubert; plus : une amnistie générale

('I) Aubenas, en Vivarais , et MonUgnac , dans le diocèse 4' Agdo,, furent désignées j en Languedoc j pour cet exercice.

pour tout ce qui s'était passée la restitution des 457^. bieos, charges et dignités aux religionnaires qui en avaient été dépouillés , et la permission de récuser un certain nombre de juges dans chaque parlement.

Après la p\d>lieation et Tenregistrement de cet édit , le comte Volrad de Mansfeld et ce qui restait de ses reitres rentrèrent en Allemagne; les princes et Tamiral, ne voulant pas paraître à la cour, se rendirent directement à la Rochelle, tant pour y conférer avec la reine de Navarre, Sur leurs intérêts communs , que pour se fortifier dans cette ville, oii ils comptaient fixer leur résidence (1 ).

On crut voir dans cette démarche que les princes et l'amiral n'étaient pas sans défiance envers la cour. Le roi et la reine-mère, résolus d'écraser par l'artifice le parti qu'ils n'avaient pu dompter par la force, s'attachèrent à gagner la confiance des calvinistes par mille petits égards , et ne nèghgèrent aucun moyen pour attirer leurs principaux chefe à Paris (2), Dans ce dernier but, d^ personnages éminents, dupes eux-mêmes de leur bonne foi, furent envoyés aux princes et à l'amiral pour les assurer de la sin^* cère affection du roi, et de la ferme résolution oiii il était de foire respecter ponctuellement les clauses du dernier traité de paix. En même temps, pour avoir l'air d'accorder une grande satisfoction à leurs partisans, le roi fit punir sévèrement quelques ca-

(1) Dtfila , tome 4***, livre 5. .

(2) Le duc d'Anjou , le cardinal de Lorraine , le duo de Ouise et Albert de Gondy, comte de Retz, que la reine-mère avait élevé d*un état médiocre à la plus brillante fortune, et sur la fidélité duquel elle pouvait compter , étaient seuls daat la confidenee da oonplot.

^570. tholiques qui avaient insulté des minisires protestants sur divers points du royaume , et affecta de donner raison aux gens de leur secte, chaque fois qu'il s'éleva des contestations entre eux et les catholiques; enfin, il poussa la dissimulation jusqu'à se montrer d'une rigueur excessive envers ces derniers.

Ces démonstrations séduisirent la multitude ; mais elles ne dissipèrent pas les craintes de l'amiral, dont la défiance était extrême. Toutefois, après plusieurs conférences entre les princes , l'amiral €t le maréchal de Cossé , que la cour avait député auprès d'eux, il fut résolu qu'on enverrait Téligny, Briquemaut et Arnaud de Cavagnes, conseiller au parlement de Toulouse et ami intime de Coligny, faire des représentations au roi , et le supplier de ne point laisser intervenir les Guise et surtout le cardinal de Lorraine dans le maniement des affaires ; de rétablir le chancelier de L'Hôpital dans sa charge ; de ne point nommer le marquis de Villars lieutenant-général du prince de Navarre , dans la Guienne, comme il en avait l'intention, et dé laisser ce prince libre de donner cet emploi à un homme de son choix ; de rendre au prince de Condé le château de St-Valery, dont les seigneurs d'Àchon s'étaient injustement saisis; de nommer le frère naturel du prince de Navarre à l'évêché de Comminges; enfin, de laisser, en toute souveraineté, le comté d'Armagnac à la reine de Navarre.

Le but des princes et de l'amiral de Châtillon était de juger, par les réponses qu'on ferait à ces propositions , du plus ou moins de sincérité des manifestations de la cour à leur égard.

DU VIVARAÏS. 99

les députés chargés de ce message arrivèrent à 4570. la cour dans le moment où elle était occupée des cérémonies du mariage de Charles IX avec Elisabeth d'A^utriche, seconde fille de TempereurMaximilien. Le roi et la reine-mère comprirent parfaitement l'esprit de ces requêtes , et résolurent d'y répondre avec la même finesse qui les avait dictées. Ils eurent l'air de repousser d'abord les concessions qu'on exigeait, afin d'empêcher les soupçons que les chefs du parti calviniste n'auraient pas manqué de concevoir, si on les avait admises sans contestation , et finirent par acquiescer à toutes leurs demandes , sauf de légères restrictions , entre autres celle que les princes de la maison de Lorraine , qu'il fallait menager , seraient maintenus à la cour jusqu'à ce qu'on eût trouvé un bon prétexte pour les renvoyer et les dépouiller de leurs charges et honneurs. Du reste le roi ajouta que ces princes avaient peu de part aux affaires , qu'il était souverain et ne se laisserait jamais gouverner par personne -^ qu'ainsi les princes de Bourbon , l'amiral de Châtillon et leurs partisans pouvaient être sans inquiétude sur l'influence qu'ils supposaient aux princes lorrains. Pour ne laisser aucundoute sur ses intentions, et vaincre jusqu'au dernier scrupule des princes et de Coligny, le roi et la reine-mère firent proposer par Biron, grand-maître de l'artillerie , à la reine de Navarre , le mariage de son fils Henri avec Marguerite , sœur de Charles IX, dans l'objet, disaient-ils, de resserrer les liens du sang et de cimenter la paix. Biron eut en outre mission d'annoncer à l'amiral qu'ayant reçu des injures du roi d'Espagne, Charles IX était

4570. décidé à lui faire la guerre dans les Pays-Bas, tant pour obtenir satisfaction de ce prince que pour occuper ses troupes hors du royaume , afin de les détourner de l'idée de nouvelles hostilités intestines. Biron devait ajouter, qu'en de pareilles circonstances, la présence elles conseils de l'amiral seraient du plus grand secours à Sa Majesté.

4 574 .] La plupart des seigneurs calvinistes furent entraînés par ces manœuvres ; mais elles indisposèrent les catholiques , qui croyaient que la cour agissait de bonne foi ; le pape lui-môme en fut si fortement contrarié, qu'il refusa les dispenses nécessaires poui* le mariage du prince de Navarre avec la sœur du roi.

L'amiral, cédant aux sollicitations de ce monarque, se rendit enfin à la cour. En abordant Charles IX, il mit un genou à terre , et protesta de son entière soumission. De son côté , le roi lui prodigua les pa-^ rôles les plus bienveillantes (1).

« Ce fut un spectacle remarquable, dit Davila » en parlant de cette scène, de voir ce guerrier cé- » lèbre qui avait blanchi au milieu de tant de D desseins ambitieux et de vastes prétentions , agité x> des remords de ses anciennes fautes , les recon- » naître aux yeux de toute la France et de ses par- » tisans même, et se sentir toocké d'un repentir

(4) « Lorsque Vamiral aborda le roi, dit l'auteur des Mémwreê t9fu€kiurl6$ Hf tt ce prince lui dit en souriant : Enfin nous vou« tenons y noue vous pos$i4on», » et vous M vous éloignerez plus de nous quand vous le voudrez. Ce sont , » ajouto-t-il , propos k double entente , ot qui peureot » prendre aussitôt en » bonne qu*en mauvaise part. Si est-ce que Famiral confiessa, depuis, que ce la»- » gage-là l'avait fort ému, craignant qu'il n'y eût embûches. ■ Tome 4", folio 72. -^ Voir aussi l«i Mémùkes de l'JSI«iU> tenM 4*', page 47 et aéq.

DU VrVABAIS. 101

» si vif y qo'oQ le vit répandre des larmes aux pieds ^574. » du roi^ qu'il avait bravé avec tant de hauteur et » de mépris. Mais ce qui fut encore plus étonnant , » c'fât qu'utîr jeune monarque d'un caractère si impé- » tueux pût e€ sût dissimider assez profondément pour » appeUr plusieurs fois son père celui qui avait ébranle' )) ta^t de fois le Prône de son roi. »

k l'issue de cette entrevue , Charles IX accabla l'amiral de présents et de faveurs , et le chargea de mettre la derai^ main aux mesures qu^on avait prises relativetnent à la prétendue guerre contre les Espagnols*

Tout ayant été préparé pour l'exécution du com- 4572. plot qui devait annéantir le parti calviniste , on résolut de se défaire d'abord de la reine de Navarre, qui, pleine de confiance dans les démonstrations amicales du roi et de la reine-mère , était arrivée tout récemment à la cour , accompagnéie d'une foule d'officiers renommés dans le parti calviniste. On eut recours pour cela au poison, qui lui fut donné dans une paire de gants, par un parfumeur milanais, nommé René , lequel se vanta plus tard d'en avoir d'autres pour deux ou trois personnes dont on ne se doutait pas. Ce poison fut si sublil, qu'un instant après avoir mis les gants , la reine fut atteinte d'une fièvre très-violente, dont elle mourut au bout de quatre jours, le 9 juin 1572, à l'âge de quarante-quatre ans. Cette mort produisit une vive sensation dans le parti protestant, et réveilla beaucoup de défiances;

Après ses funérailles, le prince Henri , son fils , prit le litre de roi de Navarre i mais son mariage avec Mai^uerite fut différé jusqu'au 18 août.

'572. Cependant, les rochellois, qui n'avaient cessé de nourrir des soupçons contre la cour , se fortifiaient dans leur ville, et pressaient l'amiral et les princes de les aller rejoindre. La mort de la reine de Navarre, dont ils n'hésitèrent pas à lui attribuer la cause , accrut leurs inquiétudes; mais ce fut en vain qu'ils renouvelèrent leurs instances auprès de leurs chefs.

Le jour fixé pour le mariage du roi de Navarre avec la princesse Marguerite arriva. Il fut célébré par le cardinal de Bourbon , oncle de ce prince.

L'amiral Coligny était la seconde victime que le complot avait désignée. Le roi chargea le duc de Guise de le faire assassiner. Maurevel, qui avait déjà immolé Moui, au siège de Niort, reçut cette mission. Lç 20 aoi^t , au moment où le vieux brave sortait du Louyre à pied , pour retourner chez lui , ce misérable sicaire, qui guettait son passage, lui tira, d'une maison voisine où il était caché, un coup d'arquebuse chargée de deux balles, dont l'une atteignit Paniiral au coude , et l'autre au médius de la main gauche, qui fut emporté.

Le rqi montra beaucoup d'irritation à la nouvelle de cet attentat. Sous prétexte de faciliter l'arrestation de l'assassin, mais , au fond , pour empêcher les calvinistes de sortir de Paris , il ordonna d'en fermer toutes les portes. Leurs chefs, attribuant l'événement qui venait de se passer à quelque machination de leurs ennemis, et voulant se mettre à l'abri du danger dont ils n'étaient réellement que trop menacés , témoignèrent le désir de se retirer à Châtillon avec l'amiral. Mais le roi, voulant les rassurer sur les craintes qu'ils manifestaient haute-

ment, envoya une partie de ses gardes pour veiller ^572. à la sûreté de Coligny et de ses partisans, qui s'étaient logés dans le même quartier que lui. Le commandement de cette compagnie était confié à Cosseins , capitaine attaché au roi , mais ^cendu à la maison de Guise.

Les deux partis passèrent la nuit suivante et la journée du lendemain dans des conseils. Voyant que les religionnaires exhalaient leur mécontentement en paroles, sans exciter le moindre mouvement hostile, la cour résolut de leur porter le grand coup dans la nuit du 23 au 24 août, fête de St-Barthélemi.

Toutes les mesures ayant été prises de concert avec le prévôt des marchands et les quarteniers ou capitaines de quartier , le duc de Guise , à l'heure indiquée , se dirigea vers la maison de l'amiral, avec le duc d'Aumale, le comte d'Angoulême, frère naturel de Charles IX et grand-prieur de France, à la tête de trois cents hommes. La compagnie de Cosseins était là, prête à agir. Le signal convenu ayant été donné , les portes de l'hôtel de Coligny furent enfoncées : Besme, l'un des officiers du duc de Guise , Achille Petrucci , natif de Sienne , Sarlabous, mestre-de-camp, et plusieurs soldats montèrent chez l'amiral, qui, au premier bruit, s'était levé et mis à genoux sur son lit. Comaton,run de ses domestiques , étant entré dans sa chambre , Châtillon lui demanda ce que signifiait ce tumulte : — « C'est Dieu qui nous appelle à lui, » répondit Cornaton , en s'échappant par une porte dérobée. Les assassins étant arrivés presque au même ins-

4572. tant, Besme présenta la pointe de son épée à l'amiral, qui lui dit froidement : « Jeune homme , tu » devrais respecter ma vieillesse ; mais fais ce que » tu voudras : tu n'abrégeras ma vie que de fort » peu de jours. » Besme, pour toute réponse, plongea son épée dans le sein du vieillard; ses complices Tachevèrent à coups de poignard et jetèrent son cadavre dans la cour par une des fenêtres. Ils massacrèrent ensuite le jeune Téligny , gendre de l'amiral, Guerchi, son lieutenant, Montaumar, Kouvray^ le fils du baron des Adrets et autres gentilshommes attachés à la maison de Châtillou*

Le relayant appris la mort de l'amiral, passa dans l'appartement de la reine-mère, où il manda te roi de Nayarre et le prince de Condé , qui s'y rendirent aussitôt , non sans crainte pour leur vie , voyant qu'on ne permettait à aucun de leurs gentilshommes de les accompagner. En même temps, il donna ordre à d'O, colonel du régiment des gardes^ de faire forger tous les seigneurs calvinistes qui étaient logés au Louvre. Cet officier les fit appeler l'un après l'autre, et, à mesure qu'ils entraient dans la cour, ils étaient massacrés par ses soldats, rangée sur deuK files. Ainsi périrent : le comte de La Hochefoucault, qui venait de passer la veillée à plaisanter avec le roi, dont il se croyait très-aimé; Antoine de Clermont, marquis de Renel, frère utérin du prince de Porcien; de Files, fameux par sa belle défense de St Jean-d' Angely ; Charles de Quenelleo(1), baron du Pont; le colonel Pluviaut, Baudiné,

(1) « Ce Seigneur avait épousé Catherine de Partheuai , fille et héritière de Jeai » de Soubise. La mère de Catherine lui avait intenté depuis quelque temps un

DU VIVÀRAIS. 105

Francourt, chancelier du roî de Navarre, Lavardin, +572. gouverneur de ce prince, Pardaillan et autres y au nombre de deux cents (4).

Bientôt après la cloche du château ayant sonné le tocsin y les catholiques , sous les ordres des capitaines des quartiers^ se répandirent dans Paris et mirent à mort tous les protestants quMls purent découvrir. Plus de dix mille de ces malheureux périrent dans les deux premiers jours du massacre: de ce nombre furent cinq cents seigneurs , gentilshommes ou officiers distingués , qui étaient venus pour assister an mariage du roi de Navarre. Quant à ce dernier et au prince de €ondé , ils furcmt épargnés à la condition qu'ils se feraient catholiques (2).

Nous n'avons pas cru pouvoir nous dispenser d'entrer dans quelques détails sur les faits impor* tants qui signalèrent cette déplorable époque, parce qu'ils furent à la fois la cause et le prétexte des désordres dont le Languedoc, et particulièrement le Yivarais, devinrent encore le théâtre. Désormais nous nous renfermerons, autant que possible, dans

■ procès dang le clossein de ftîrc casser le mariage pour came d^împatssauco. Comme

■ on jetait devaot le Louvre les corps de ces malheureux à mesure qu'on les mas-

■ sacrait, on remarqua que quelques dames de la cour fixèrent assez long-temps * leors regards sur le cadayrc nu du baron du Pont : curiosité bien digne d*uno » fOur aussi dissolue que barbare t De Tbou, Uvrt 52.

(i) DaTila , Hittoirê d$s guerres eiviUs ée France , livre 5.

(?) « Le duc de Guise voulait qu'on enveloppât le roi de Navarre et le ^nce d» t Gondé dans le massacre général des huguenots : mais la reine-mèxe et tous les t autres avaient horreur de tremper leurs mains dans le sang royal. Ils regardaient a comme une cruauté abomioable , et qui leur attirerait VenécnCmn de toute la t postérité f la perfidie d'égorger deux jeunes princes à la fleur de l'âge , dans les » bras de leurs épouses , et sur la foi d'une alliance si récemment contractée. ^ lé même , ibid.

4572. les événements qui se lient plus intimement à This-* toire de ce pays.

Après le massacre de la St-Barthélemi, le roi envoya des courriers dans toutes les provinces, avec ordre aux gouverneurs de faire main-basse sur les religionnaires des autres villes du royaume. Ces ordres barbares furent exécutés dans quelques-unes, sans égard pour l'âge , le sexe et la qualité des victimes, qui s'élevèrent, en peu de jours, à plus de SOIXANTE mille! Mais dans beaucoup d'autres les dépositaires de l'autorité refusèrent de souiller leur honneur par de semblables attrocités: de ce nombre furent Gbrdes, gouverneur du Dauphiné; Claude de Savoie, comte de Tende, lieutenant de roi en Provence, que la cour, pour se venger de son refus, fit empoisonner, peu de jours après, à Avignon ; St-Héran , gouverneur d'Auvergne ; des Ursières , à Montpellier, et Guillaume de Villars, à Nîsmes.

Il en fut autrement dans la capitale du Languedoc. Il y avait là un avocat-général, du nom de Jean Duranti , qui n'hésita pas à se conformer aux ordres du brigand couronné qui régnait sur la France. Ayant armé de haches et de coutelas sept ou huit misérables , il les envoya à la conciergerie assassiner deux à trois cents calvinistes qu'on y avait emprisonnés. Le 4 octobre, au soleil levant, ces malheureux, amenés devant leurs bourreaux, furent successivement massacrés au bas de l'escalier du palais. Parmi les victimes étaient trois conseillers au parlement et plusieurs riches habitants de la ville.

Les sangla^tes exécutions de la St-6arthélemi ,

DU VIVARÂIS. 107

au lieu de couper la racine des troubles ^ allumèrent 1572. une quatrième guerre civile. Les protestants coururent aux armes et refusèrent de rendre les places de sûreté qui leur avaient été accordées. Ceux du Vivarais s'emparèrent du Pouzin , de Mirabel et du Cheylard, tandis que le sieur de Légères, envoyé par le roi à Viviers, se rendait maître de Villeneuvede-Berg et frappait de fortes contributions les villes d'Âubenas et de Privas ^ dont les habitants étaient presque tous calvinistes.

Henri de Montmorency, seigneur de Damville, maréchal de France , fut envoyé dans le Languedoc pour comprimer les mouvements des religionnair^s. Â son passage à Vienne, il donna le commandement de la ville et de la baronnie d'Annonay à Nicolas du Peloux, seigneur de Gourdan eL de la Motte (1). Le 20 octobre , il joignit le vicomte de Joyeuse au Ponl-St-Esprit, et fit sommer la ville de Nismes de rentrer sous l'autorité du roi. Mais les habitants répondirent à cette injonction par la prise d'Uzès;

{4) La commissioD de ce seigneur fut publiée à Annonay , en janvier 4575. Elle portait assurance de la liberté de conscience en faveur des religionnaires^ pourvu qu'ils fussent tranquilles et soumis aux ordres du roi. « Ledit du Peloux déclara t ensuite de bouche aux habitants d'Annonay que l'intention du roi était qu'il n'y a eût qu'une religion en France , et que tout ses sujets allassent h la messe ; et a après avoir fait lire les instructions et les ordres du roi à tous les gouverneurs a sur cela , il commanda aux curés de lui faire connaître ceux des protestants qui a iraient k la messe et voudraient faire profession de la religion catholique et rot maine... La mémoire récente des châtiments passés fit que le dimanche suivant t la plupart des protestants d'Ânnonay et , h leur exemple , ceux des villes et vilt lages voisins assistèrent à la messe. Du Peloux ayant mérité par sa sage et pru- > dente conduite le commandement du Haut-Vivarais , se comporta avec tant de a douceur et de modération dans son gouvernement , qu'il contint tout le pays a dans la paix et dans la soiimission. t Achille de Gamon , Mémoirei sur les guerres civiles du Haut-Vivarais,

^ Ô72. puis , de concert avec les calvinistes de Bouillargues^ de St-^ôme, d'Anduze, d'Aubenas, de Privas, da Cheylard et autres lieux, ils se répandirent dans les bourgs et villages circonvoisins, et les incendièrent par ordre de St-Romain , qu'ils avaient prodamé chef et général des quartiers de Nisroes, d'Uzès, des Cévennes et du Vivarais. Dans le même temps, ceux de Montauban s'étant aussi soulevés , et ayant mis à leur tête le capitaine Reyniez , s'emparaient de Villemur, sur le Tarn ; puis , réunis à leurs coreligionnaires du Haut-Languedoc 9 ils renforcèrent les garnisons de Caussade, Negrepelisse , Malause^ Cadenac et Souillac> dans le Quercy , de St-Antonin, dans lô Kouergue , de Puilaurens, St-Paul, Damiate et Yiterbe^ dans le Lauraguais , de Réalmont et de Roquecourbe, en Albigeois, enfin de toutes les places dont ils s'étaient rendus maîtres depuis les événements de Paris.

Damviile , ayant reçu des renforts de divers points de la France, était parvenu à rassembler à Moni^ pellier douze mille hommes d'infanterie, neuf compagnies de cavalerie, huit pièces d'artillerie de gros calibre et six couleuvrines. Il assiégea d'abord le château de Cauvisson, qu'il n'eut pas grand' peine à réduire , car il n'y avait que cent hommes de garnison. Il prit ensuite Loques et Montpezat, qu'il fit raser, et alla assiéger Sommières (1). Cette place

('l) « Le maréchal deDamYiïïe, sans le seconrs duquel Joyeuse ne pouvait rien

• entreprendre , cherchait à tirer les choses en longueur. II était rerenn de la

• cour dans son gouTemenient , pensant à toute autre chose qu'à travailler à la

• ruine des huguenots, depuis qu'il savait qu'il était mal dans l^etprit du roi. t Aussi I contre le sentiment de Joyeuse et de plusieurs autres officiers , il laissa

• les huguenots tranquilles k Nismcs , qui était leur asile et leur place d'armef

DU VIVÀRAÏS. 109

fut investie, le 11 février 1573. Elle résista vaillam- 457S. ment à tous les efforts des catholiques jusqu'au 9 avril : alors manquant de vivres et de munitions \ die capitula , après une perte de mille hommes. Sa garnison obtint de conserver ses armes et ses bagages 5 et se retira dans les Cévennes , sous la conduite du sieur de Gremian. Les catholiques perdirent à ce siège presque autant de monde que les calvinistes. Parmi leurs morts se trouvèrent le comte de Candalle et Villeneuve , Montpeyroux , guidon de la compagnie de Joyeuse, le gouverneur de Gaillac, Mireval, seigneur de Laudun, et plusieurs capitaines et gentilshommes.

Le maréchal Bamville se rendit ensuite avec le vicomte de Joyeuse au Poht-St-Esprit, où Gordes, gouverneur du Dauphiné , leur avait donné rendezvous pour s'entendre sur les opérations de la campagne. Pendant qu'ils étaient en conférence, les religionnaires du Vivarais , déjà maîtres duCheylard, en surprirent le château en l'absence de la Motte, son commandant , et passèrent sa garnison au fil de Vépée. Ils s'emparèrent aussi du Pouzin, et allèrent fortifier le château de Crussol, situé vis-à-vis de Valence. En même temps. Bacon, l'un de leurs oflBciers , prit Villeneuve-de-Berg, où il tua beaucoup de catholiques et plusieurs prêtres qui s'y étaient réunis pour le synode. Chalandier, lieutenant au bailliage de Vivarais , se trouvait dans cette ville ;

> dans cescanloDS, et assiéga Sommières ^ petite yille faible , qttMl s'acharna k em* t porter pour ménager sa réputation ; maii devant laquelle il perdit tant de temps

> et de troupes , qu'il demeura ensuite spectateur oisif de ce qui se passait dans les » autres prorinees. % Batila , Ht. 5.

^575. mais ses jours furent respectés, parce qu'il avait empêché que les catholiques n'y massacrassent les protestants quelques mois auparavant.

Les religionnaires prirent encore La Gorce et Salavas, et mirent en pièces un corps de catholiques qui tentait de leur enlever le château de Fay. Ceux de Privas et d'Aubenas emportèrent Desaignes et le château de Bosas. Ils allèrent ensuite assiéger Chalancon, où du Peloux, qui commandait dans le Haut-Vivarais , avait envoyé son frère Charles, sieur de Colaux , après avoir pourvu à la sûreté d'Annonay et de Quintenas ; la place était sur le point de tomber en leur pouvoir, lorsque du Peloux arriva avec des forces suffisantes pour les contraindre à se retirer.

Parmi ceux qui avaient pris les armes pour le parti calviniste, dans la contrée, était un jeune homme de Vemoux , nommé Erard , qui s'empara , avec quatre-vingts paysans, des tours du seigneur de Munas, près d'Ardois et d'Orîol; du Peloux alla les attaquer, mais il lui fut impossible de les déloger. Quelques jours après ils pillèrent les maisons de Munas et de Manoa , où les habitants des villages voisins avaient caché leurs effets et des provisions.

Les religionnaires ne faisaient pas moins de progrès sur d'autres points. Dans l'Albigeois, le capitaine Puy avait pris St-Sernin, Lagraisse, Tersac, Val-de-Riez et Cassagnes ; dans le Lauraguais, Sénégas , gouverneur de Puilaurens , avait tué deux cents hommes des troupes catholiques commandées par Vaudreuille, aux environs de Revel, et mis le reste en déroute; les capitaines Rodes et Castelrens

DU VIVÀRAIS. 111

avaient surpris Alet, et après un combat des plus 4575. meurtriers , s'étaient emparés de Montlaur , Quillan, Bugarac et de plusieurs autres lieux et châteaux du pays. A Montauban, à Caussade, à Verfeuil, à Ste- Puelles , à Castelnaudari, à Montesquieu, à Sorrèze, à La Grave, à Lodève, partout les calvinistes avaient le dessus et s'enrichissaient des dépouilles des catholiques.

Cependant le duc d'Anjou avait occupé sans succès presque toutes les forces du royaume devant la Rochelle, qu'il assiégeait depuis quatre où cinq mois avec l'élite des chefs catholiques. Le roi, voyant qu'il était impossible de les soumettre, avait ordonné à son frère d'employer auprès des rochellois la voie des négociations ; mais les assiégés n'avaient rien voulu conclure sans la participation des calvinistes de Montauban et de Nismes. Ceux-ci ayant enfin adhéré aux propositions de la cour , la paix fut conclue et le siège de la Rochelle, où périrent vingt-cinq mille hommes , fut levé le 6 juillet. Le duc d'Anjou partit au mois d'octobre suivant pour aller prendre possession du trône de Pologne, où il venait d'être appelé, après la mort de Sigismond, et Charles IX retourna dans ses maisons de plaisance aux environs de Paris , pour se livrer aux plaisirs de lâchasse; mais ces divertissements furent bientôt interrompus par la découverte de nouveaux complots.

Le duc d'Alençon, second frère du roi, occupait le premier rang à la cour depuis le départ du duc d'Anjou. Jaloux de l'autorité que Charles IX accordait à ce prince, il s'était lié secrètement avec le roi

^575. de Navarre et le prince de Condé, qui, mécontéuts du peu de cas que Ton faisait d'eux, épiaient le moment favorable de rétablir les affaires de leur parti. Les maréchaux de Montmorency , de Damville , Guillaume de Thorré , Charles de Mera , tous frères , se trouvaient dans le même cas. Aucun d'eux n'avait pu obtenir l'épée de connétable, que leur père avait si dignement portée. Depuis la mort de Coligny , ils étaient mal vus du roi et de la reinemère; unis à l'amiral par les liens du sang, ils craignaient que d'un moment à l'autre l'irascible monarque ne les traitât comme il avait traité ce grand homme. Par toutes ces raisons, ils n'avaient pas hésité à entrer dans la cabale. Le maréchal de Cossé , qui n'était guère mieux dans l'esprit de ces deux têtes couronnées, vint se joindre à eux, et bientôt leurs rangs se grossirent de tous les ennemis du gouvernement : protestants et catholiques y furent admis indifféremment. Ce fut un troisième parti dans l'Etat. On l'appela le parti des politiques où des mécontents.

Dès que le nouveau roi de Pologne eut quitté Paris, le duc d'Alençon, excité par les maréchau/ de Montmorency et de Cossé , demanda ouvertement à remplacer son frère dans sa charge de lieutenant-général ; elle lui fut refusée ; mais la reinemère, pour l'amuser, lui promit une couronne, comme celle qu'on avait fait avoir au duc d'Anjou, et même de lui faire épouser la reine d'Angleterre. Piqué du refus du roi , il résolut de jeter le masque et de susciter de nouveaux troubles. Le roi de Navarre, le prince de Condé, Cossé et les Montmorency,

DU YIVARAIS. 413

qoi ûondniBaient Pintrigoe^ af^atfdirent à sa résolu- ^h:s. Ikm. Il fut convenu que te doc d'4)ençon quitterait tmt-à-coiq) la cour; que le roi de Navarre et le prince dd Condé iraient le rejoindre deux 'jours dsprès; que Danivilte partirait le premier, pour seî raidre en Languedoc et surprendre tes principales places de cette prorbice; qné kr vicomte de Turenae^ aoQ nevea, et tcf du& de Yentadoar^ son beaufirère^ agiraient de nvéme dans la Guyenne et leô provinces voisines , afiii d'assurer une retraite aux princes, et de protéger leur évasion.

Damville retourna effectivement en Languedoc , sous prétexte de visiter son gouvernement. Dès son arrivée, il scmda la» noblesse et les gouverneurs des villes qui parurent, pour la plupart, assez disposés à entrer danslaconjunàtion. Le vicomte de Turenne et le duc de Yentadour manœuvrèrent de leur côté avec le même succès : tout était préparé, lorsque, par rinconséquence du duc d'Âlençon , la cour découvrit le complot. Le duc d'Alençon , le roi de Navarre, les maréchaux de Montmoiiency et de Cessé , ainsi que tous ceux qu^on soupçonna d'y avoir trempé, forent arrêtés. Le prince de Coudé et Thoré, parvenus à s'évader, se retirèrent en Àllemagne« Montmorency et Cessé furent mis à la Bastille; te roi de Navarre et le duc d'Alençon trouvèrent le moyen de se justifier; néanmoins ils furent retenus et surveillés à la cour comme prisonniers d'état.

Ces faitSy qu'il convenait de rapporter pour l'intelligence des événements que nous avons à décrire, se passèrent au commencement de l'année 1 574.

4574. Cependant l'édit de pacification, quoique favorable aux calvinistes , n'avait pas satisfait ceux du Languedoc. Le maréchal Dam ville fut chargé de négocier avec eux. En attendant le résultat des conférences, les partis restaient armés et prêts à rompre la trêve qui avait été conclue pendant les négociations. Elle reçut bientôt de graves infractions.

Les religionnaires du Bas-Languedoc, après avoir ravagé les environs deBeaucaire, prirent le château de Montferrand , appartenant à Tévêque de Montpellier. Ceux du Haut-Vivarais , sous la conduite d'Erard, s'emparèrent de la ville de Tence, en allant joindre, dans le Velay, François de Barjac , seigneur de Pierre-Gourde; mais ils en furent bientôt chassés par les catholiques , qui firent Erard prisonnier (1). St-Vidal, du Puy , La tour, Saussac et autres gentilshommes du même parti , reprirent aux calvinistes les châteaux d'Espaly, de St-Quentin, de Bellecombe et autres, au nombre de douze, situés dans le Velay , et leur tuèrent quatre à cinq cents hommes. Le sieur de Péraud ayant rassemblé un corps de troupes assez considérable aux environs d'Annonay , se rendit maître des châteaux de La Barge et de Serrières , mit une garnison dans son château de Péraud, sur le Rhône, et se saisit d'une voiture , venant de Lyon, chargée de marchandises dont la valeur s'élevait à plus de cent mille livres. Quelques jours aprè^ il fit prisonnier le sieur de Montrond ,

{\) Od raconte de ce misérable on raHiDenieiit de cmaoté digne deCaliguIa : curieai de latoir combien de temps Vhomme peut titre sans prendre le moindre aliment , il laissait mourir de faim ses prisonniers. L'on d'eux prolongea son exislence jutqa'aa neurièiiie jour.

DD YIYARAIS. 115

chevalier de l'ordre du roi , lequel fut tué par un '4574. soldat que ce seigneur avait maltraité quelque temps auparavant. La ville de Malleval et le prieuré de Cbamas tombèrent aussi au pouvoir de Péraud. Enfin, les calvinistes de Villeneuve-de-Berg s'étanl portés sur Aubenas , taillèrent en pièces les troupes qui leur étaient opposées , enlevèrent la place et passèrent sa garnison au fil de Tépée. Des faits analogues eurent lieu sur d'autres points du Languedoc, dans la Provence, dans le Dauphiné (1) et dans le Graisivaudan.

Ce fut au milieu de ces circonstances que Charles IX, atteint d'une maladie grave, triste résultat de ses violences et de ses débordements , expira, le 30 mai, dans le château de Yincennes, au sein des plus horribles convulsions. Ce prince n'ayant point eu d'enfant, la régence du royaume fut léguée à sa mère jusqu'à l'arrivée du roi de Pologne, qui devait hériter du trône.

Le premier acte de Catherine de Médicis fut d'ôter le gouvernement du Languedoc au maréchal Damville et de le remplacer par le comte de Villars; mais celui-ci ayant refusé la charge, elle fut donnée au prince dauphin d'Auvergne (2), qui reçut en même temps celle de gouverneur du Dauphiné. Toutefois redoutant les liaisons que Damville formait secrètement avec les religionnaires , la reine lui

(4) BfoDtbnm y qui fut toujours le premier à tirer l'épée et le dernier à la remettre au fourreau , prit Gràue , Allex , Aouste , PoDtaix et autres places du Diois. Il alla ensuite attaquer Die ; mais il fut vigoureusement repoussé par le sieur dt Glandage.

(2) Le duc de Montpensier.

-1574. envoya St-Sulpice pour l'engager à les rompre, en lui faisant espérer qu'on le confirmerait dans sa place et qu'on rendrait la liberté à son frère, le maréchal de Montmorency. Mais Dam ville connaissait trop bien Catherine pour ne pas sentir que tout cela n'était qu'un piège. Comprenant qu'il avait besoin d'appui pour conserver son gouvernement, il s'unit ostensiblement aux calvinistes, qui^ de leur c6té, ne demandaient pas mieux que de s'appuyer sur lui. Enfin, par l'entremise de St-Romain et de Clossonne , les députés de l'assemblée de Milhau ayant accueilli les ouvertures du maréchal , il fut reconnu par eux comme gouverneur du Languedoc, sous l'autorité de Henri III, frère et successeur du feu roi Charles IX. Cette assemblée proclama en même temps le prince de Condé chef et général de tous les protestants de France , et lui commis le som de défendre leur liberté de conscience et de: diriger les opérations de la guerre, suivant sça lumières et dans l'intérêt du parti. Trois députés furent chargés d'aller porter cette décision au prince et l'engageâc à hâter la levée et la marche des troupes allemanides qui devaient l'accompagner en France et conccmrir au succès de la cause calviniste.

qHiPITRË III.

HottitStéB «n Vivarais. — Av^nemeat dUenri lil. — DamVTllc V9 à sa renoo«ire jtisqo'à Turin , et rentre dans ton gonv^mettiént.

— St-Cha»oBd veut «•umettro Annonay. ** Répoote de Meaussc. — Siëge du Pouzin par le duc de lilontpensier^ — Il est repoussé de Privas. — Manifeste du maréchal Damville» — Prise d'Andanoe et du capitaine Erard. — Reprise d'Andance.

— Egorgenients. — Mort de Bochegude. — Datnvilte et -d'Usés» — £dtt de pocifieatioii* -* Les hostilités eoi^inuent. •-*- Dupny-Monthrua est décapité» -^ Fuite du duc d'Alençon «t du roi de Navarre. •— Entrée en France de troupes altemaBdes.

— Nouveau traîlé de paîx. — Origine de la ligue, — Repré-^ sentations de Damville au roi. — Rupture entre les calviniste et Damvilk). — Continuation de la guerre. — Réveil de la ligue. — Principaux ligueurs. — Le roi se jeint à eux, ^— Manifeste du roi de Navarre, — Disette, pette, comLata. -*• Chainhaud prend Aubenas. — Prise de Montélimar par les calvinistes du Yivarais, — Etats de Blois. — Assassinat du duc et du cardinal de Guise. — Assassinat d'Henri IIL — Avène- •ment d'Henri IV. — Montmorency est nommé connétable. — Joyeuse ooatinue le guerre en Laïf guedoc. — ^ Edit de Nantes.

— Supplice des irois fib du baron d'Antragues et de Villefort.

— Assassinat d'Henri lY. — Avènement de Louis XHL ^^ Troubles à l'occasion du ministre du Ferrier. — Mort du connétable de Montmorency.

Le dauphin d'A.uvergne s'étant arrêté dans le 4574. Dauphiné pour combattre Montbrun, ordonna au duc d'Uzès, son lieutenant en Languedoc, de faire

^574. prendre les armes à tous les catholiques de cette province. Ils les avaient déjà en main , et les hostilités continuaient malgré la trêve dont on était convenu.

St-Thomas, gouverneur, pour le roi, de St- Laurent- des- Arbres, se transporta à Vesseaux, bourg situé entre Aubenas et Privas , où il avait été appelé par les catholiques du pays. Il s'assura facilement de cette place ; mais elle lui fut enlevée bientôt après par Pierre-Gourde. Ce seigneur alla ensuite attaquer les châteaux de Chalancon^ de Bosas et d'Estables, qu'il réduisit successivement.

St-Rpmaîn, frère de St-Chamond, prit Annonay, le 17 juillet, et y établit un gouverneur calviniste. Les prêtes et les cathoUques qui s'y trouvaient eurent la faculté de se retirer, et il ne leur fut fait aucune insulte. Mais ses soldats s' étant répandus dans les environs, incendièrent le château de Quintenas (1), maison de plaisance des archevêques de Vienne, et détruisirent son église, dont la fondation datait de Gharlemagne.

St-Chamond et d'Antragues vinrent à leur tour pour s'emparer d'Annonay. N'ayant pu réussir, ils se dirigèrent sur Serrjères avec des troupes qu'ils avaient amepées du Forez. A leur approche, les religionnaires, qui occupaient La Mure et Chamas^ abandonnèrent ces deux positions, après avoir com-

m « Qnintenas ayait anciennement une abbaye de l'ordre de St-BenoU| à » laquelle la maison de Tournon a donné des abbez, qui avaient fourni des sommes » considérables pour la construction et l'entretien du cbàteau , sur l'une des portes » duquel on Toyait aut^fois les armes de cette maison, qui sont de France , partie B de gueules au lion rampant , avec la crosse abbatiale à la cime de Técusson. t Mémoirtt d'AehiUe de GafMm.

îQrtis quelques dégâts. St-Chamond et d'Antragues 4574. attaquèrent Peyraud et le forcèrent à leur livrer ses deuK châteaux; mais ils ne purent le chasser de celui de Quintenas, où il s'était réfugié avec quelques hommes déterminés. Sa mère et sa sœur furent &ites prisonnières.

: Dans ces entrefaites, on répandit que la reinemère venait de nommer St-Ghamond commandant du Vivarais. A cette nouvelle, SirRomain, qui avait été obligé de quitter Annonay , y rentra avec quatre à cinq cents cavaliers et cinq compagnies d'infenterîe. Après avoir mis la place en état^de défense, il en donna le commandement à Antoine de La Yeissérie, sieur de Meausse, en Quercy. Peu de temps après ( le 5 septembre ) les religionnaires de la ville brûlèrent les faubourgs et ruinèrent les monastères des cordeliers, de Ste-Claire et de Sl-Geoi^es. •

Cependant Damville ayant appris le retour du roi de Pologne , était allé à sa rencontre jusqu'à Turin. Henri III le reçut très- froidement. Informé que la reine-mère avait fortement prévenu ce prince contre lui , et qu'il était même dans l'intention de le faire arrêter, le maréchal s'esquiva de la cour au moment où elle entrait dans Suze, et revint en Languedoc. Là, il reçut du roi^ qui venait d'arriver à Lyon, l'ordre de. désarmer et de remettre toutes les villes de son gouvernement entre les mains des personnes qui devaient commander dans la province sous le prince dauphin, c'est-à-dire, au duo^'Uzès pour le Bas , et au vicomte de Joyeuse pour le Haut-Languedoc, En même temps Henri III enjoignit à ces deux seigneurs de combattre Damville, et forma une

1574. armée destinée à appuyer leurs opératioDS et empê-^ cher ce maréchal de communiquer avec le maréchal de Bellegarde, qu'il venait de nommer commandant de ses armes dans le Dauphiné. U craignait que leur ancienne intimité n'amenât quelque trahison. Le roi ayai^t ensuite confirmé la nomination deSt-Ghamond au commandement du Haut et Ba^Vivarais, l'envoya de nouveau à Annonay pour assiéger cette viHe.

St-Chamond se présenta devant Annonay avec les compagnies des gendarioes de Maodelo* , de Ros* taing etde La Barge, et douze enseignes d'infenterie. Il fit gommer l^s habitante de se rendre au roi, s'ils voyljaieîlt éviter la rigueur d'un âége. Le sieur de l^eau^se lui fit répondre qu'iZ n'y mait dans Anmmof^ ni anglais ni espagnole , mais de^s français seulement j qui voulaient la garder jxmr le roi, et que s'U s'obstinait à vouloir V assiéger^ il mait autant de force pou¥ la défendre qu'il pouvait en avoir pour l'attaquer (1).

A cetje réponse, St-Chamond n'osant rien entreprendre avant d'avoir reçu l'artillerie et les troupes qqe le roi lui avait promises y campa avec 1^ sieniies aux environs de la place.

L'armée que le roi avait organiôée à Lyon s'élevait à près de vingt imlle hommes. Placée sous ie con^mandjament du prince danphin, elle descendit 1^ long du Rhône, et commit de tels excès que les habitants du voisinage furent obligés de quitter leurs maisons et de se réfugier dans les places fortes.

Les positions que les calvinistes occupaient sur les deux rives du fleuve , notamment au Pouztn et

DU VIVABAIS. 12i

à Livron, causaient de grands préfudices au com- ^S74. merce et à la navigation. Le roi fit sommer Roche* gude et Pierre-Gourde, qui commandaient ces deux places, de les lui rendre : sur leur refus, le duc de Honl^ensier entreprit le siège de celle du Pouzin, au commencement d*octobre, avec dix-huit mille bommeg, et la battit en brèche avec quatorze pièces de caaon; puis il donna Tassant : les assiégés le repoussèrent et lui tuèrent huit ce.nts hommes. Hais les murailles s'étant tout-li-coup écroulées d'elles-mêmes, St-Romain, qui était accouru avec de là cavalerie et trois compagnies d'infanterie, dMfU Tordre aux assiégés d'abandonnet* la ville. A la nuit, ift garnison et tous les habitants sortirent et se retirèrent à Privas, sans que Tennemi s'eQ aperçAt; de sorte qu'y étant entrée le lendemain, Tarmée calhdique trouva Le Pouzin désert. De là le prince alla attaquer quelques autres places du pays occupées par les religionnaires; mais ce fut en vain qu'il tenta de soumettre Privas : tous ses efforts échouèrent contre la vigoureuse résistance du brave St-Romain, qui s'y était jetéavec ses troupes. Le duc de Monlpensier reprit le chemin du Pouzin , dont il laissa le commandement au maréchal de Bellegarde. Celui-ci repassa le Rhône peu de jours après, etalla continuer la guerre dans le Dauphiné, où il fit hiverner ses troupes.

Damville, ayant perdu Sommières par la trahison de d'Agout , gouverneur de cette place , se rendit à Lunel et de là à Montpellier. Voyant que le due d'Uzès, dans le Bas-Languedoc, le vicomte de Joyeuse, dans le Haut, le maréchal de Retz, en

^574. Provence , le maréchal de Bellegarde et de Gordes^ en Dauphiné, assemblaient activement des forces pour le combattre, il rappela à Montpellier tous les calvinistes qui s'en étaient éloignés , et leur permit le lilwg exercice de leur religion dans cette ville; puis y ayant établi un conseil composé de vingtquatre personnes, prises parmi les notabilités des deux sectes, il pourvut à la sûreté des prêtres et de tous les catholiques de son parti. Le 3 novembre^ il publia un manifeste pour justifier sa conduite , et dans lequel, protestant de son dévouement au roi,' de son attachement à la religion catholique , il déclarait, entre autres choses, n'avoir pris les armes que pour le bien public , que pour sauver sa vie , maintenir la liberté française sous l'autorité du roi, soutenir les intérêts populaires , faire respecter les édits et ordonnances d' Orléans ^ si souvent violés par des ambitieux couverts du voile de la religion; enfin, pour délivrer le duc d'Alençon , frère d'Henri III, le roi de Navarre , le prince de Condé , divers officiers de la couronne et autres seigneurs , les uns détenus, les autres proscrits ou réfugiés sur le sol étranger, et travailler à la tranquillité publique, jusqu'à ce qu'un concile général ou national, ou les états généraux du royaume y eussent pourvu. Parlant ensuite de Tabus des finances du royaume , le maréchal se plaignait de les voir employées « à l'entretènement d'une » armée composée d'estrangers , comme suisses, » reistres et piedmontois, partie de laquelle , ajou- » tait-il, est conduicte en ce païs de Languedoc par » le sieur d'Uzès , connu par les françois pour celuy » qui, soubs couleur de religion, qu'il feignoit de

)> Tonloir suivre par le passé, a pillé et saccagé 4574. » toutes les bonnes villes de ce païs , fait démolir 19 et abastre les beaux colivens , églises cathédrales » et collégiales, prendre et ravir les joyaulx qui )» y estaient , lesquels lui défaillent maintenant par )» même moyen la religion et la piété quMl disait » avoir embrassées, lui ont aussi défailli; et il a » accepté cette charge afin dé continuer , avec les » oppressions et perturbations de la France, la » ruine d'icelle. »

Il finissait en appelant à son secours totUes les puissances de lii chrétienté, promettant de protéger et conserver dan^ la liberté de conscience tous ses adhérents; sinon il permettait de « leur courre sus » comme ennemis de Testât et couronne de France » et perturbateurs de l'union et du repos public. »

Ce manifeste eut un double résultat sur l'esprit des amis et des parents du maréchal Damville : plusieurs s'éloignèrent de lui, et beaucoup d'autres se prononcèrent en sa faveur : de ces derniers furent Meru et Thoré , ^es frères , Gibert de Levis, comte de Ventadour, etc. Mais les capitouls, dont il avait demandé la réunion à Montpellier , le déclarèrent rebelle. Il en fut de nîême dans les autres villes soumises à l'obéissance du roi.

Dans ces entrefaites, Imbert d'Angers, sieur du Mein , originaire d'Annonay , s'érigeant en conciliateur entre Meausse, gouverneur de cette ville, et St-Chamond, négociait une trêve, qui fut conclue le 6 décembre. Il y était dit : 1** que Meausse resterait à Ànnonay avec cent cinquante hommes entretenus aux dépens des villages voisins ; 2** qu'il ne

124 GUEBRES CIVILES

^574, ferait ni courses ni hoslilités; 3** quMl ne serait rien entrepris contre eux; 4** que les habitants qui étaient sortis de la ville pourraient y rentrer et jouir de leurs biens; 5"* que les étrangers n'y seraient admis qu*en vertu d'une permission du gouverneur, sauf les marchands et les négociants; €** que les gens de la campagne ne seraient pas troublés dans ieur travail ni dans la garde de leurs troupeaux; 7** enfin, que la trêve durerait jusqu'au l*'' mai suivant, sou^ le bon plaisir du roi , du maréchal Damville et dér Slr-Romain, auxquels on communiquerait lesdils articles pour les ratifier , et qu'en cas de refus de b part du roi , les habitants d'Annonay en seraient avertis trois semaines auparavant.

Le roi refusa la ratification, et, dès le 8 décembre, les gendarmes de Mandelot, de Rostaing et de Lat Barge, prirent la route du Forez et du Lyonnais , avec la compagnie de La Guiche, qui était à Boulieu, Ces troupes, dans leur marche, ravagèrent tous les villages jusqu'à la rivière du Doux; elles brûlèrent la maison d'Astier, près de Quintenas, abattirent la tour de Munas et enlevèrent tout le bétail qui s'y trouvait.

Le roi ayant convoqué les états de Languedoc à Avignon, où il se rendit lui-même le 22 décembre, les religionnaires et les catholiques politiques qui s'étaient assemblés à Nismes, sous l'autorité du maréchal Damville, envoyèrent des députés à ce prince pour lui proposer des voies de pacification; mais il refusa de les entendre , et partit pour Lyon. 1 575. Les hostilités continuèrent. L'assemblée de Nismes confirma, le 12 janvier 1575, l'élection que celle

DU VIVARAÎS, 125

de Milhau avait feite du maréchal Damville comme 457S. chef et général des catholiques et religUmnmres unie y et kd assura un traitement de sht mille livres par mois; elle alloua aussi , par mois^ trois mille livres au prince de Gondé, qu'eJle reconnut pour protec-tewr général du parti. L'ass^nblée décida en même temps que , sur le refus du roi de leur accorder la paix , les catholiques et religionnaires unis se prêteraient des secours mutuels pour te libre exercice de leur religion respective et pour le rétabKssement de la dignité du royaume. Après la clôture de rassemblée^ qui eut lieu le 10 février, Damville alla prendre possession d'Aigues-Mortes, dont ses troupes venaient de s'emparer. Le roi apprit cette perte soitf( Les murs de Livron , que le maréchal de Bellegarde assiégeait vainement (1 ), depuis le 20 décembrOy avec une forte armée et vingt-deux bouches à feu. Voyant qu'il n'était pas facile de dompter les religionnaires y Henri III eut recours à la voie des Bégocialions. Il permit au prince de Condé et à Damville de lui présenter leurs *griefs , et alla se fiaire sacrer à Reims.

Dans ces entrefaites, Charles de Barjac, sieur de laBocfaegude et de La Beaume, commandant dans

(4] \m. calhoU<Lais , tprèt a? oir tiré deux mitla si k cenfe coupt da cnoit, ^ abattirent les remparts de LÎTron, doonèrent l'assaut ; mais l'intrépide Montbrun^ qat eommandart dans la place avec son gendre (Roisse) , les repoussa et lear fil éprmua dai pertes énormes. Les awiégéi^ poorst diferUr, attacbèrent au boni d'ane pique, par manière de rébus, un fer de maréchal^ qui désigyiaitBeUegarde, un cbat, qui indiquait LÎYron , et des mitaines, Tulgairement appelées moufUes ; ce qui tignifiail qu'on ne pourait prendre un tel chat (Livron) sans être bien

Lorsque le roi parut dana l'armée catholique, les lîrrounaix l'accablèrent de huées et d'injures Us plus Kbres et les plus grossières.

^ 575. le Vivarais pour les confédérés , entra dans Annonay avec six à sept cents fantassins et deux cents cavaliers, tant catholiques que protestants, qui s'entendaient à merveille , dit dom Vaissette , pour ruiner les églises et massacrer les prêtres. Le lendemain de leur arrivée ces troupes se rendirent à Vauc^nce, qu'elles incendièrent, après avoir pillé et écharpé les habitants. Les villages de Maumeyre, Villeplas, Leclaux, Poulas, éprouvèrent le même sort.

Dans les premiers jours de février, les protestants d' Annonay et les catholiques de Boulieu, qui se faisaient une guerre continuelle , avaient conclu une trêve par la médiation de du Peloux. Mais le 1 3 du même mois , les religionnaires d'Ânnonay s'emparèrent d'Àndance, où ils pénétrèrent parla maison du capitaine Garraille, que St-Ghamond y avait placé comme commandant. Les habitants, qui étaient loin de s'attendre à cette surprise , furent pour la plupart égorgés dans leurs lits. Meausse , chef de cette sanglante expédition, après avoir pillé et bnftlé se3 faubourgs , fit fortifier Andance du côté du Rhône. Le 20 du même mois , la maison de la Rivoire , appartenant à la dame de Luppé , près da Bourg-Argental , fut envahie par quelques habitants d'Annonay, qui y mirent une garnison, sous les ordres du capitaine Pinet. Après cette affaire, Rochegude apprit que le château de Lamastre était tombé au pouvoir du capitaine Ërard, le même qui faisait de si singulières expériences sur la durée de la vie des individus privés de nourriture, et qui avait trouvé le moyen de s'échapper; il s'y transporta, et parvint à se saisir adroitement de ce misérable ,

ainsi que de son lieutenant , nommé Gachan, qu'il 4575. fit pendre aux créneaux du fort. Il rendit ensuite la liberté à plusieurs malheureux qu'Erard tenait dans de basses -fosses, et parmi lesquels se trouvait Guillaume Baud, châtelain de Rochebrune. Cet Erard avait été pris déjà deux fois par les catholiques , et deux fois il était parvenu à sortir de leurs mains au moyen de fortes sommes. Dans cette dernière circonstance il essaya de recourir à cet argument; mais il ne lui réussit pas. Ayant demandé à Rochegude si son chapeau plein d'écus ne suffirait pas pour lui sauver la vie, ce seigneur, pour toute ré* ponse , le fit pendre à côté de son lieutenant.

Mandelot, seigneur de Passy, gouverneur du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais, St-Chamond et Gordés réunirent des troupes pour reprendre Ândance, où Meausse s'était enfermé avec cent vingt hommes tirés de la garnison d'Ànnonay. Cette place fut assiégée et prise le 1 0 mars. Une partie des habitants s'étaient enfuis à Annonay ; tous ceux qui y étaient restés furent égorgés par les vainqueurs , qui pillèrent et saccagèrent ensuite leurs maisons. Meausse , après avoir combattu en homme de courage , s'était retiré dans la tour du prieuré, où il fut fait prisonnier avec trois ou quatre de ses officiers, qui n'avaient pas voulu l'abandonner.

Les catholiques mirent une garnison à Andance, et se portèrent sur Annonay , qu'ils tentèrent en vain de soumettre par de belles promesses. Mandelot et St-Chamond, n'ayant pas des forces suffisantes pour en entreprendre le siège, se retirèrent, le 13 mars, à Boulieu, d'où ils menacèrent les annonéens

12ë GUERRES CIVILES

1575. de les punir bientôt de leur résistance. Peu de jours après, Rochegude rentra à Annonay pour régler les affaires de la ville et y établir un commandant en remplacement de Meai^e, qui avait été condoit prisomiier à Lyon. Il conclut un traité avec le commandant de Boulieu^ pour la sûreté des laboureurs ei du bétail. Il était à peine signé que, le 19 mars, La Beaume parut aux environs d' Annonay, à la tête des gendarmes de La Bai^e. Les habitants firent une sortie jusqu'à Laprat, sous la montagne de Mont*miadon. Une lutte meurtrière s'engagea : Kochegude y reçut un coup de pistolet dont il mourut trois jours après. Il fut enseveli avec son neveu de Barjac, qui venait d'expirer à fo suite d'une blessure qu'il avait reçue au siège d' Andance (1 ).

Dans les premiers jours d'avril, les religionnaîrea reprirent le fort du Pouzin et y tuèrent le capitaine Geys. Bays était tombé en leur pouvoir quelques jours auparavant*

On apprit alors que le vicomte de Turenne (H^nri de La Tour-d'Auvergne, depuis duc de Bouillon), neveu des maréchaux de Montmorency et de Damville, s'était prononcé comme eux contre les catholiques, et qu'il venait d'entrer en campagne avec une armée de trois à quatre mille hommes. Bientôt après, Jacques deCrossol (ce même d'Aciar dont nous avons parlé comme chef de protestants), devenu duc d'Uzès par la mort de son frère, ayant pris parti pour le roi eu haine de Ifemville (2) , fit le

(!) Uémoitts d'AchUie de Gamoft.

(2) « C'était un spectacle singulier , dit de Thon , de f oir le BouYeau duc d^Dzès armé contre les protestants, et Damyille combattant pour eux »... « Cette

siège de Bays, qu'il reprit; mais ce fut en vain qu'il 1575. tenta d'enlever les deux tours, où les assiégés 3'étaient retirés. Après avoir fait fortifier une partie de la ville et abattre l'autre, il laissa quelques troupes pour garder le passage du Rhône et retourna en Languedoc.

François de La Barge av^it été nqpimé gouverneur du Viyarais en remplacement de St-Chsiniopd, qui s'était démi^ de cette charge. Ce seigneur se logea au château des Célesilin^-du-Colombier avec sa compagnie et quelques enseignes d'infanterie. Jl cpnvoqua les états à Tourpon, afin de se faire allouer les fonds nécessaires pour subvenir aux frais de la guerre qu'il voulait entreprendre contre Annonay. Peu de personi^es s'étant rendues à cette çoAVOcation, il congédia celles qui s'y trouvf^ient, et mit une partie de $g compagnie à Boulieu , que Mandelot venait de quitter pour se retirer dans le Forez. Il donna les ordres les plus rigoureux pour

» TérolatioD impréyue, dit le Laboureur, fist cooppllre à bien des gens que la

• religion n'estoit qu'un prétexte dont on'esloit obligé de se servir pour être ap-

• puyé contre l'incoostance des fabveurs de la cour, ou contre les entreprises de

• ses ennemis; car tout estait si brouillé , que non-seulemcnlle roy , la reyne s»

• mère et les princes du sang , mais encore cbaque maison puissante avoit des

• desseins et des maximes tous différcns, soit pour se maintenir ou pour s'agrandir.

• Tout le monde prévoyait la ruine de FEslat ; et cbacun des grands ayant la vue

• sur quelque pièce de ce futur naufrage , le duc d'Uzès , comme le plus grand » terrien et le premier en dignité dans tout le Languedoc, s'y voulait establir sous » un titre plus spécieui en apparence, mais en effet moins beureux que le fut celai » du cbef des huguenots , parce qu'il ne trouva pas la même chaleur dans les esprits t des catholiques de la province, presque tous desabusés et d'ailleurs partagés d'in- » clination entre lui et le maréchal Damville, qui donna h ceulz de son party le nom » de politiques , qui souffrit communion d'intérôt entre ceux de l'une et l'autre » religion et qui avait pour fondement la proteclion du pays contre le mauvais » gouvernement. • Additions aux Métnoires de Caststuau, tome 2, liv. 4, p. 57.

^575. empêcher les annonéens de recevoir du dehors des secours d'hommes et de vivres. Cette mesure les alarma d'autant plus, que le duc d'Uzès venait de prescrire à ses troupes de brûler tous les blés du Languedoc.

Montbrun continuait ses exploits dans le Dauphiné. Il avait battu Cordes dans plusieurs rencontres. Mais, bientôt, accablé par le nombre aux environs de Die , il fut fait prisonnier et conduit à Grenoble. Cette capture combla de joie Henri III. --- « J'étais à la cour , dit Brantôme , alors que » M. de Beire, bon et vaillant capitaine provençal, » en porta des nouvelles au roy , qui l'en gratifia » et en fut très-aise et dit : Je savais bien qu'il s'en » repentirait et en mourra ; et verra bien à celte » heure s'il est mon compaignon (1); et soudain » manda à la cour de Grenoble de lui faire son » procès. »

Vainement le maréchal , le prince de Condé et toutes les notabilités du calvinisme , s'agitèrent pour que Montbrun fût traité comme prisonnier de guerre; vainement le duc de Guise, tout puissant à la cour, sollicita l'échange de Montbrun contre Besme:

(\) Pour rintelligence d« ce propos nons devons rapporter le fait sairant : Henri III , revenant de Pologne pour prendre la couronne de France, arriva , le 4 septembre, au Pont-de-Beauvoisin. Pendant que Cordes et une foule de gentilshommes allaient le complimenter , Montbrun lui pilla son bagage. On voulut lui remontrer quMl n'avait pas le droit d'en agir de la sorte avec son roi : « Les armes

• et le jeu rendent les hommes égaux , • répondit Montbrun. Après avoir lu une lettre que lui adressait Henri III , il s'écria : « Quoy ! le roy m'escrit comme roy

• et comme si je debvois le reconnoistre? Qu'il sache que cela seroit bon en temps t de paix^ et que lorsque je le connoistroi pour roy; mais en tems de guerre, qu'on t ha le bras armé et le cul sur la selle , tout le monde est compaigwm. » Le roi ,

i on voit , se ressouvint du propos.

Henri III fut inébranlable. Monlbrun, surnommé U ^575 vaillant y fut condamné , par le parlement de Grenoble , à être décapité. Il subit son arrêt avec une rare fermeté, le 12 août 1575.

La situation des affaires prenait chaque jour plus de gravité. Le duc d'Àlençon, mécontent, fatigué de sa position à la cour, avait résolu de s'en affranchir et d'aller se mettre à la tête des calvinistes. Le 1 5 septembre , il trouva l'occasion d'exécuter son dessein, et s'enfuit brusquement à Dreux, ville de son apanage , où les principaux seigneurs calvinistes vinrent le reconnaître pour leur chef. Bientôt après il fut rejoint par Thoré, que lui envoya le prince de Condé, avec quatre à cinq mille allemands. Ces troupes ayant été battues, la reine-mère se rendit au camp du duc d*Alençon; une trêve fut conclue entre elle et son fils ; on négociait pour une paix générale, lorsque le roi de Navarre s'évadant à son tour, le 23 février 1576, 457$. se rendit en Guienne, oh il fit profession publique de calvinisme. Presque en même temps le prince de Condé rentra en France avec une seconde armée allemande, et alla se joindre, à Moulins, au duc d'Alençon. Les forces de ce prince s'élevaient alors à trente-cinq mille hommes. La cour fut alarmée. La reine-mère retourna auprès du duc d'Alençon, dans les premiers jours de mai , et après quelques , contestations, elle arrêta les conditions de la paix, que le roi ratifia par une déclaration qui fut enregistrée au parlement le 14 du même mois.

Dans ce nouvel édit , après les clauses ordinaires dans tous les précédents, par lesquelles le roi par-

4576. donnait et approuvait tout ce qui s'était passé, il accordait aux calvinistes entière liberté de conscience et libre exercice de leur culte, avec permission d'établir des écoles, d'assembler leurs synodes, de célébrer leurs mariages, administrer leurs sacrements aussi publiquement que les catholiques ; les reconnaissait et les déclarait aptes à remplir toutes sortes de charges , offices et dignités ; abolissait les distinctions et prérogatives jusqu'alors réservées aux catholiques ; promettait d'ériger, dans chaque parlement une chambre, mi-partie pour juger, leurs procès; accordait aux princes huit places de sûreté, savoir : Beaucaire et Aigues-Mortesen Languedoc, Périgueux et le Mas-de-Verdun en Guienne , Nyons et Serres en Dauphiné, Issoire en Auvergne, et Seine, la grande tour, en Provence; cassait, annulait les arrêts prononcés contre La Motte, le comte de Coconas, l'amiral de Coligny, Briquematit, Gavagnes, Montgomery et Montbrun; déclarait que les vidâmes de Ghartres et Beauvais ne pourraient être recherchés pour quelques traités ou conventions qui auraient été négociés ou conclus par eux en Angleterre; assignait pour apanage au duc d'Alençon le Berry , la Tourraine , le duché d'Anjou et cent mille écus de rentes ; au prince de Gondé , le gouvernement de Picardie, ^t, pour sûreté particulière, la ville de Péronne; au prince Gasimir, qui réclamait quatre millions d'écus d'or , pour avoir fourni des troupes allemandes dans les dernières guerres , il donnait Ghâteau-Thierry, quatorze mille écus de pension , une compagnie de cent lances et toutes les sommes dues à l'armée étrangère , montant à

DU VIVÀRAIS. 133

plus de douze cent mille ducats ; au prince d'Orange, 4576. la restitution de tous les biens qu'il possédait en France et que le parlement avait confisqués sous prétexte de rébellion; enfin, le roi promettait d'assembler dans six mois les états -généraux, où seraient présentés les griefs que ses sujets pouvaient avoir, etc.

Les conditions étranges de ce traité soulevèrent l'indignation des catholiques , qui se répandirent en murmures et en propos peu révérencieux, tant envers le roi qu'envers sa mère. Ils traitèrent Henri III de prince efféminé , amolli par les voluptés de la cour et accusèrent hautement Catherine d'avoir avili la majesté du trône et la religion , pour tirer le duc d'Alençon du mauvais pas oh. il s'était engagé. « Peutêtre , dit Davila , ne s'en fussent-ils pas tenus là , et eussent-ils pris les armes pour rompre ce traité ; mais on comprit bientôt que le roi et la reine, précisément pour ramener le duc d'Alençon , n'avaient consenti à la paix que de bouche , sans aucune intention sincère de l'observer (1). » En effet, aucune des conditions du traité ne fut accomplie, ni à l'égard des calvinistes en général , ni à l'égard du roi de Navarre et du prince de Coudé en particulier. Néanmoins la maison de Lorraine, toujours prête à saisir l'occasion d'augmenter sa puissance, ne laissa point échapper celle-ci. Le duc de Guise et ses frères profitèrent de l'impression fâcheuse que l'édit avait produite pour se mettre à la tête du parti catholique. Ils commencèrent à former secrètement une

(I) DafHa,1ifre6.

^576. ligue dans toutes les provinces du royaume, sous prétexte d'arrêter les progrès de l'hérésie et l'empêcher de s'établir en France. Leur vérilahle but était de réunir en un seul et même faisceau les forces du parti catholique, afin d'en disposer ensuite à leur gré, soit dans l'intérêt de leur propre sûreté, soit pour l'afiFermissement de leur faction.

L'édit n'avait toutefois pas plus satisfait les calvinistes que les catholiques; car ils s'attendaient à des concessions beaucoup plus Jarges que celles qu'il leur avait faites. Le prince de Condé, qui s'était présenté à Péronne pour prendre possession du gouvernement de Picardie , en avait été repoussé par les habitants. Excités par les princes lorrains , ils avaient déclaré qu'ils ne recevraient jamais dans leurs murs une garnison protestante.

Les griefs ne manquaient pas non plus au maréchal Damville, que l'édit privait, sans compensation, de Pautorité presque absolue dont il jouissait dans son gouvernement de Languedoc , et qu'il eût été bien aise de conserver à cause de sa défiance envers le roi et surtout des Guise, ses mortels ennemis. Contrarié des associations que ceux-ci formaient contre les calvinistes, il adressa des représentations à Henri III sur ce point. Il lui disait entre autres choses que ces associations n'étaient propres qu'à enfanter une cinquièipe guerre civile. A.près lui avoir démontré qu'il existait en France pl^s de cinq cent mille familles protestantes ouvertement déclarées , et autant de cachées y qui pourraient mettre aisément cinquante mille hommes sur pied au premier signal , il ajoutait ; f( Il faut , par une bonne réformation , apaiser l'ire

DU TIVARAIS. 135

» de Dieu, et estimer que sa parole ou son évan- -1576. » gile n'a jamais été plantée ni maintenue à coups » d'épée. »

Le roi avait pris son parti , et il goûta peu les avis du maréchal. Néanmoins, connaissant son influence sur les protestants , il employa tous les moyens pour le détacher d'eux. Mais pendant qu'il travaillait dans ce but par l'entremise du duc de Savoie, Honoré- Albert dit le capitaine de Luynes, lieutenant de Dam ville, à qui celui-ci avait confié le gouvernement du Pont-St-Esprit, s'assura de celte place, de concert avec la cour, sous prétexte que Guillaume de Montmorency , seigneur de Thoré , qui s'y trouvait accidentellement, avait formé le projet de s'en rendre maître avec un corps de religionnaires , rassemblé aux environs par les soins de Bjacons, Vauchière et Priez. Damville apprit cette trahison dans le moment où les députés du duc de Savoie, étant venus pour remplir leur mission, s'engageaient à renoncer à toutes sociétés et coqfédérations, afin de ne pas troubler la. paix. Le maréchal, tout en protestant de son dévouement au roi, déclara aux députés que le procédé du capitaine de Luynes n'était propre qu'à remettre tout en question ; il ajouta que si le prince avait réellernent si ionne volonté^ ce qu'il pouvait faire 4e n^ieuûç, c'était depy,nir V^ttentat de son lieutenant.

Lé roi, désireux de se concilier l'amitié de Damville, et instruit des observations qu'il avait faites aux députés du duc de Savoie, lui envoya le viguier de Marseille pour excuser l'entreprise de Luynes et lui faire entendre que , dans l'état des choses , il

n'était pas possible d'ôter à ce capitaine le gouvernement du Pont-St-Esprit (1).

4577. ^^^ négociations ne laissèrent pas de devenir suspectes aux religionnaires^ qui soupçonnaient Dàmville d'être d'intelligence avec la cour et d'avoir adhéré aux conclusions des états de Blois , où le roi , s'étant déclaré chef de la ligue , avait juré de ne souffrir en France d'autre religion que là catholique.

Les hostilités recommencèrent. Les religionnaires du Bas-Languedoc se séparèrent du maréchal |)ar un acte solenûel , à la date du 27 février 1 577 , où ils lui reprochaient, entre autres choses, d'avoir enfreint le traité d^union et favorisé les catholiques à leur préjudice; d'avoir laissé surprendre le Pont- St^Esprit par de Luynes, et donné le gouvernement d'Annonay à Du Peloux; d'avoir envoyé Charretier, l'un de ses secrétaires, aux étals de Blois, et négligé de se préparer à la guerre.

Dàmville, voyant que sa réconciliation avec le roi ne s'opérait pas encore, et que les ennemis de l'union s'étaient emparés successivement du Bourg- St- Andéol, de Largentière, Langogne, Pradelles et autlres places du Vivarais , jugea convetiable de se rapprocher des religionnaires, en se justifiant de tous les griefs qu'ils lui reprochaient; mais son accord avec eux ne fut pas de longue durée. Le roi lui ayant concédé le marquisat de Saluces à la condition qu'il lui remettrait toutes les places du Languedoc qui étaient en son pouvoir, le maréchal abandonna définitivement les calvinistes , qui élurent pour chef

(I) Bistoire générale de Languedoc , par dom Vaissctte, tom. 5.

DU VIVARAÎS. 137

son frère Thoré. Bientôt tout le pays fut en feu. 4877.

Après plusieurs mois dé combats où la fortune fevorisa alternativement leà partis, parut un édit de pacification, à la date du 17 septembre 1577. Mais il ne fut guère observé. Le maréchal Damville, dont les brouilleries avec les religionnaires s'aigrissaient de jour en jour, faisait une guerre acharnée à ceux d'entré eui qui l'avaient, disait-il, outragé, et couvrait ses hostilités du prétexte de soumettre à l'obéidâance du roi les places de son gouvernement (1).

Il en était de même dans les autres provinces, et surtout en Dauphiné , où Lesdiguières craignait, en désarmant, d'éprouver le sort de Montbrun. Ailleurs , les ligueurs ne pouvant soufifrir que les calvinistes se livrassent à l'exercice de leur culte dans les endroits où il avait été toléré par les édits, élevaient des murmures et se livraient fréquemment envers eux à des voies de fait.

Les calvinistes du Languedoc s'emparèrent, au ^575 mois de janvier 1578, de Baillargues, au diocèse d'Uzès; de Salelles, au diocèse de Lodève; de St-Martin-le-Vieux et de Cailhavel, au diocèse de Carcassonne; du château de Vialard, au diocèse dp Mende; de St-Remèze, de Pailharez, etc., au diocèse de Viviers. De leur côté, les catholiques enlevèrent aussi un grand nombre de places aux religionnaires. Les luttes devinrent de plus en plus acharnées et sanglantes, non-seulement en Languedoc, mais encore dans presque toute la France. Elles durèrent plusieui*s années, pendant lesquelles

(\) DaviU f lif. 6.

4578. le roi s'occupa beaucoup d'exercices de dévotion; Il y eut bien quelques trêves , mais à peine conclues, elles furent violées ouvertement par les partis. Le Haut et le Bas-Languedoc, et surtout le Vivarais , eurent beaucoup à souffrir de ces désordres abominables. St-Agrève (1) , Désaignes , Anno-

4585. nay, La Bâtie, Bays, Viviers, Montpezat, Aubenas, St-Privat , Largentière et autres lieux , furent tourà-tour pillés , saccagés , incendiés. Puis survinrent les divisions entre les chefs, notamment entre le vicomte de Joyeuse et le maréchal Damville, qui , depuis la mort de son frère François, avait pris le titre et le nom de duc de Montmorency. Les luttes dégénérèrent alors en véritables brigandages : d'un autre côté, les intrigues des Guise ajoutèrent à la gravité des événements.

I9S4. Henri III , après dix ans de mariage avec Louise de Lorraine, n'avait point eu d'enfant, et désespé- ^it d'en avoir. Le roi de Navarre se trouvait le

{I) St-Agrëye était ono det places de sûreté que les édits royaux ayaient accordées •ui cahinistes. Elle fut assiégée, le 22 septembre 4580 , par Àotoioe Latoar, seigneur de Str-Vidal, avec douze pièces de canon. Cbambaud, qui y commandait, était alors absent, et ce fut rainement qu'il tenta d'y rentrer. Le siège dura plusieun jours. Réduits à leurs propres forces , les habitants se défendirent avec opiniâtreté et ne cédèrent que pied à pied aux assiégeants les fortifications extérieures. L'assaut «liait être donné : les assaillants se voyant perdus et ne consultant que leor désespoir , formèrent un bataillon carré au milieu duquel ils placèrent leurs femmes et leurs enfants ; puis ayant mis le feu à leurs maisons afin de dissimuler leor retraite , ils gagnèrent les montagnes à la faveur de la nuit. Les assiégeants, àl> Tue de cette yille embrasée , crurent que les habitants allaient fondre sur eux avec impétuosité et tenter de se frayer un passage k travers leurs rangs. Cependant n en Toyant paraître aucun , quelques-uns se hasardèrent à pénétrer dans la ville, et, la trouvant déserte , ils revinrent avertir leurs compagnons, qui se mirent aussitôt a la poursuite des fuyards ; les ayant atteints , ik les massacrèrent jusqu'au dernier , sans exception d'âge ni de sexe. St- Vidal, dans la mêlée, eut un œil crevé d'un coup 4'trquebuse.

DU VIVÀRÀIS. 139

plus proche héritier de la courontie. Led Guise, 4 «584. ses ennemis jurés , craignaient de voir un jour le trône occupé par un prince calviniste. Mécontents de la cour, qui depuis long-temps se défiait d'eux et les dépouillait insensiblement de leurs dignités et de leurs gouvernements , pour les prodiguer à ses favoris , ils résolurent secrètement de ranimer le feu de la ligue, qui couvait sous la cendre, et de reconquérir tous les avantages dont Ja maison de Lorraine jouissait naguères. Henri duc de Guise, excité à la fois par son ambition et son zèle pour la religion, ne tarda pas à grossir le nombre de sçs partisane ^ tant à Paris que dans les provinces , par le concours d'éloquents orateurs. Le cardinal de Bourbon, séduit par l'espérance qu'on lui faisait entrevoir de succéder au trône, et qui n'était pas moins désireux d'étendre dans tout le royaume la foi catholique, dont il avait toujours été zélé protecteur, accepta sans peine le titre de chef de Vtduion ou de la ligue. Le duc de Guise l'avait amené à ce point par ses artifices et ses caresses. Aussi disait -on plaisamment : « Le cardinal es^ semblable au chameau , » qui se met à genoux pour qu'on puisse le charger » avec plus de facilité du fardeau qu'on yeut lui » imposer. »

Les principaux chefs de l'union étaient le cardinal Louis de Guise, frère du duc, qui ne lui cédait ni en audace ni en activité ; Charles , marquis de St- Sorlin, fils d'Anne d'Est, frère utérin du duc; Charles de Lorraine, duc d'Aumale, et Charles d'Aumale, son frère; le duc d'Elbeuf, Emmanuel, qui, quoique beaux-frères du roi, n'en étaient pas

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4584. moins attachés à la maison de Lorraine, dcmt ils étaient princes; Charles duc de Mayenne; le prince de Gonzagues, duc de Nevers; Gui de Lansac; François d'Epinay de St-Luc, baron de Crèvecœnr; le comte de Saux; Pierre d'Espinac, archevêque de Lyon; le comte de Brissac; les seigneurs de La Roche-Breauté, de LaBeaume, de Sourdac, de Chevrière , etc. A ces personnages s'étaient joints Jean Lemaître, président à mortier au parlement de Paris ; Etienne de Neuilly , président au même parlement; le cardinal de Pellevé; le commandeur de Diou, et une infinité d'autres prélats , seigneurs etoflSciers, qui tous devaient leur avancement au crédit et à la puissance des princes lorrains.

La ligue étant bien aifermie et cimentée par le prétexte de défendre la religion et d'empêcher que le sceptre ne passât aux mains d'un huguenot , on s'occupa à se procurer les fonds nécessaires pour la soutenir. La cour de Madrid, intéressée à ses succès, s'empressa d'en fournir; le roi d'Espagne même se déclara protecteur de la ligue; mais le pape Grégoire XIII 5 pontife d'un caractère doux et modéré , ne voyant pas qu'il y eût nécessité de prendre les armes contre un roi qui professait ouvertement la religion catholique, jugea convenable de temporiser et de refuser tout écrit de sa main d'où l'on pût induire qu'il approuvait et protégeait la ligue. Il dit même au cardinal, qui tâchait de l'y entraîner : li La ligue n'aura de moi ni bulletin ni bref jusqu'à « ce que je voye plus clair en ses brouilleries (1). >»

{I) Journal d'Henri 01 , année 4585.

Pendant que les ligueurs travaillaient à fortifier 45S5, l'union , le roi , exactement informé de leurs manœuvres , délibérait avec ses confidents sur la résolution qu'il devait prendre pour coiyurer l'orage. Il fut décidé qu'on enverrait le duc d'Epernon au roi de Navarre , pour l'engager à rentrer dans le sein de l'église et à revenir à la cour. Le but du roi était de se faire un appui de ce prince contre les ligueurs.

Le roi de Navarre se trouvait à Castres en conférence avec le duc de Montmorency ( Damville ) , lorsqu'il reçut d'Henri III une lettre ainsi conçue :

« Mon frère , je vous avise que je n'ay pu em- » pescber, quelque résistance que j'aye faite, les » mauvais desseins du duo de Guise. Il est armé : » tenez-vous sur vos gardes et n'attendez rien. J'ay » entendu que vous étiez à Castres pour vous par- A lementer avec mon cousin le maréchal de Mont- » morency , dont je suis bien aise , afin que vous » pourvoyiez à vos affaires. Je vous enverray un » gentilhomme à Montauban qui vous avertira de » ma volonté. Votre bon frère , Henri. »

En effet, d'Epernon arriva peu de jours après pour remplir sa mission. Le roi de Navarre lui, répondit qu'il ne renoncerait point à son culte ; mais qu'il était tout disposé à prêtera Henri III le secours de sa personne et la force de son parti contre les ligueurs.

Au bout dç quelques mois le roi de Navarre et le duc de Montmorency apprirent qu'Henri III s'était uni* à la ligue, par un traité conclu à Nemours, le 7 juillet. Ils se concertèrent sur le parti qu'ils devaient

^585. prendre dans cette grave circonstance. Il fut convenu qu'ils se fortifieraient et traîneraient les affaires en longueur , jusqu'à l'arrivée des troupes que le parti calviniste attendait de l'étranger. Ils dressèrent, de concert par le ministère de Duplessis- Mornay, gentilhomme de la suite du roi de Navarre, un manifeste contre la ligue. Ce prince s'y plaignait amèrement de ce que ses ennemis le qualifiaient d'hérétique , de relaps , de persécuteur de l'église , de perturbateur de l'état et d'ennemi mortel des catholiques, dans le but de l'exclure de la succession à la couronne; se justifiant de toutes ces inculpations , qu'il accusait le duc de Guise d'avoir inventées et propagées parmi le peuple , il rappelait les services qu'il avait rendus et qu'il rendait journellement dans ses états aux partisans de l'église romaine; rejetant sur la maison de Lorraine tout l'odieux des machinations dont il était l'objet, et voulant prouver son vif désir pour le maintien de la paix , il offrait , tant en son nom qu'au nom de son cousin le prince de Condé, d'abandonner toutes les places qu'ils occupaient, pourvu que les Guise en fissent autant de celles dont ils s'étaient emparés. Signalant les malheurs où leurs machinations allaient replonger le royaume, il demandait au roi de France la permission de leur donner publiquement un démenti , et souffrait à terminer cotte querelle avec le duc de Guise dans un duel seul à seul , cni chacun avec un second y ou dix contre dix, ou vingt contre vingt , plus ou moins y selon que le duc de Guise voudrait choisir (1);

{\) DaTÎIa / line 7.

ajoutant qu'il prendrait pour second le prince de 4585. Condé , résolu , comme lui , à ne point s'arrêter à l'inégalité de la naissance pour vider une querelle qui n'avait d'autre but de leur part que la pacification du pays.

Le duc de Guise n'accepta pas le duel, et fit répondre par d'autres d'une manière vague au manifeste du roi de Navarre.

Au milieu de ces circonstances on ne négligeait rien pour se préparer à de nouvelles hostilités. On établit des garnisons dans les villes et dans les châteaux ; de grandes sommes furent exigées pour leur entretien : le Vivarais , seul , fut imposé de six mille écus par mois dans cet objet. Les rigueurs des agents du fisc , appuyés de soldats pour la levée de ces taxes excessives , contraignirent les gens de la campagne à abandonner leurs habitations, ^t à se retirer dans des forêts ou dans des lieux inaccessibles avec tout ce qu'ils purent transporter. A cette calamité vint se joindre une stérilité sans exemple et qui fit élever les denrées à un prix excessif. Les paysans du Vivarais, réduits à la plus profonde misère, se nourrissaient de glands de chêne, de racines sauvages, de fougère, du marc et des pépins de raisins séchés au four, de coquilles de noix, de vieilles tuiles, qu'ils faisaient moudre et mêlaient avec une poignée de farine d'orge, d'avoine ou de son, pour en faire du pain. « Pour comble de malheur , dit Achille de Gamon en parlant de cette disette , la cherté des vivres fut suivie d'une espèce de contagion qui dégénéra en peste (1), dans l'été

(4) Ces calamilét lont attestéei par le journal V Etoile , édit. de 4 744 , p. 482 et 492. On y lit qa'aa moU de mai le têpiier de froment fiit Tendu jusqu'à sept

^1386. de Tannée 1586^ et qui s'étendit dans le Dauphiné, le Lyonnais, le Forez et le Vivarais. La plupart de ceux qui sortirent d'Annonay, pour l'éviter, en furent infestés à la campagne, et moururent presque tous. Les villages voisins d'Annonay qui se ressentirent le plus de la peste, et où elle enlevia presque tous les habitants , furent ceux de RoiflSeu, Brogieu, Lemps, Boucieu, Chatinaix, Varague, L^ Seux, Eynas, Vicenti, Clémencieux, LeaMoures, Midon, Bolais, Jalencieu, Pinieu, Davezieu, Les Sollods, village de Gourdan, Chazeaux, Javas, Charezin, Les Souillères^ Esteyses, EsenviUe, Samoyas, Sassolas, St-Marcel, St-Cyr, Esterpas ; les autres villages plus éloigés furent Sarras, Sillon, Revirand, Germes, Ardoix, Forany, Esclassan, LaCoulange, Marsan, Str-Jeure, Quintenas, Martoret, Felis, Anti , More, Loume, St-Alban, Ay, Préaulx, Satillieu, Vaudevant, St-Félicien, Bouzas, Boucieu-le-Roi, Colombier-le-Vieux , Etables, Crémolières et un

à huit éciu aux halles de Paris , et qu'au mois d'août suiTant^ « lt$ pauvret 4fen$ mourans de faim allaient par troupes couper les épis à demy-mûrsy qu'ils mandaient sur 'le^ champ f menaçans les laboureurs de lbs man6br kux- MftHBS, s'ils ne leur permettaient de prendre ces épis.-t 11 parait, selon le rnèoM journal, qu'en 4S87 la disette continua, puisque le blé, à Paris, yalait quarantecinq francs le setier.

On lit d'autre part : « L'an 4586, le Dauphiné feult tant affligé de guerrv » ciyilc , famine et peste , qu'on ne sçavait lequel des trois fléaulx était le plus » Tiolent ; car eyant été prinses par ceulx de la religion prétendue réformée , les » Tilles de Dia, Montelimard , Embrun, y furent exercées beaucoup de tyrannies. n Quant II la famine, elle feult telle qu'on fauoit ordinairement du pein du marc » des raisins, passé sur le pressoir , et de la fugière, et yalust le sestier de fro- » ment dix-neuf livres quatre soûls : dont mourut une infinité de personnes. • Après Teint la peste, si asprc qu'en une nuict tout œ qui estoit en une maison » mourut , bien que le jour par arant ils n'eussent encore poinct de mal ;; en » feulrent généralement yisités autant les champs que les villes. »

Aimarii Ritalii, de Allobrogibus , M. SS. delà bibliothèque royale , n" 6014, page 567.

très-grand nombre d'autres où elle se répandit. 4S86. Les grandes villes n'en farent pas exemptes; elles devinrent désertes et sans commerce , soit par la mort de ceux qui en étaient infestés, soit par la retraite de ceux qui voulaient l'éviter... Il arrivait que les uns et les autres, par l'horreur qu'ils avaient de se voir et la crainte de se communiquer la contagion , mouraient sans secours. Les fruits ne furent pas recueillis; le bétail fut abandonné; en un mot les biens et les héritages laissés ou à des orphelins hors d'état d'en jouir, ou à des absents que l'éloignement empêchait de les prendre et d'en avoir soin , ou à des étrangers qui s'en emparaient. Les villes ou les villages de deçà et de delà le Rhône éf»*ouvèrent les mêmes calamités, aussi bien que toutes celles du Dauphiné , du Velay , du Lyonnais et d'Auvergne. La seule ville de Boulieu , dans la baronnie d'Annonay, qui en avait été exempte, en fut infestée sur la fin (1 ). »

la guerre se ralluma avec plus de foreur que 458T. jamais. Nous ne suivrons point les armées belligérantes dans la Guienne, laSaintonge, l'Auvergne, la Provence, la Picardie, la Bourgogne, la Champagne, la Lorraine; nous nous abstiendrons aussi de signaler les succès divers de ces armées dans les luttes terribles où l'ambition insatiable de la maison de Lorraine et Timpéritie de Henri III entraînèrent presque toutes les populations du royaume : nous mentionnerons seulement la bataille de Centras, que le duc de Joyeuse perdit, avec la vie, contre le

(4) Mémoiret «nr U$ ffmrret mHe$ eu Mûui-Vivmrûiê

4587. roi de Navarre; tous ces faits appartiennent à V histoire générale de France ; revenant à ceux qui concernent particulièrement le Vivarais , nous refliverrons le lecteur jaloux de s'initier à de plus grands détails, aux ouvrages de Davila, du président deThou, etc.

Chambaud, commandant pour les religionnaires dans le Vivarais, avait pris position aux environs de Désaignes , d'où il harcelait continuellement la garnison catholique de Valence ; mais celle-ci , après avoir essuyé des pertes considérables , finit par l'en chasser. Chambaud se jeta alors dans Charmes, qu'il occupa pendant quelque temps ; mais les valentinois, ne voulant pas le souifrir dans leur voisinage, allèrent l'y attaquer avec des renforts qu'ils avaient reçus de plusieurs points du Dauphiné et du Lyonnais. Il s'y défendit vaillamment; mais contraint de céder à des forces supérieures, il se retira en combattant à Chalancon. D'Ilières, chef des troupes catholiques , reprit aussitôt la place de Charmes.

Vers la même époque, Montlaur, à la tête d'un fort parti, surprit la ville d'Aubenas et la saccagea. Le château, où les religionnaires s'étaient réfugiés, jrésista d'abord; mais il fut bientôt obligé de se Rendre. Peu de temps après , Chambaud en fit le siège et l'enleva aux catholiques, malgré les efforts de Montréal , qui était accouru pour les secourir.

Ce Montréal, dont le véritable nom était Souillac , de la famille Balazuc, et l'un des chefs des ligueurs du Vivarais, passa ensuite le Rhône et surprit Montélimar , le 16 août; mais le château resta aux reli-

DU VIVÂRAIS. 147

gionnaires qui s*y maintiûrent courageusement. 4587. Çhambaud^ qui n'avait pas perdu Montréal de vue, franchit le fleuve à son tour avec cinq cents hommes ; secondé par les religionnaires du Vivarais, sous les ordres de Cheilus , l'un des principaux seigneurs du pays , et de Jean-Baptiste Gentil , qui s'étaient empressés de se joindre à lui , il reprit la place, après un combat des plus opiniâtres, où plus de deux mille cathoUques furent tués. Parmi les morts se trouvèrent le comte de Suze, qui commandait la place; Ghenilhac, gouverneur du Vivarais; Lestrange et autres personnes de distinction. Ce Gentil, qui était originaire de Florac et d'une bravoure à toute épreuve, se détacha de Chambaud, après cette sanglante afiPaire , etalla s'emparer d'Embrun; puis, laissant une bonne garnison dans^cette ville , il repassa le Rhône et se rendit maître en peu de temps de St^JuUen, dans le Haut-Vivarais, et de Montfalcon, dansleVelay.

. Cependant les états-généraux du royaume, con- .««« voqués par Henri III, s'assemblaient à Blois, a6n de remédier aux maux qui déchiraient la France.

Le duc de Guise , qui visait au pouvoir suprême , prenait chaque jour plus d'ascendant sur les esprits. Déjà il avait contraint le roi à s'enfuir de Paris, dan& la fameuse journée des barricades (13 mai 1588): Ce prince , en proie à de perpétuelles alarmes par les entreprises audacieuses de cet ennemi , résolut de s'en débarrasser pendant la tenue des Etats. Ainsi, le 23 décembre, au moment où le duc de Guise se rendait auprès de lui, il le fit assassiner par ses gardes. Le lendemain , son frère le cardi-

4 588. nal de Guise , qui n'était ni moins fougoeuK^ ni moins redoutable que le duc , éprouva le même sort. Le . roi fit ensuite arrêter le cardinal de Bourbon , qa§- ' les ligueurs voulaient porter au trône; Charles prince de Joinville; Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf; Charles de Savoie , duc de Nemours, et Anne d'Est, duchesse de Nemours, mère des Guise. Celte mesure ne put s'étendre au duc de Mayenne, qui se trouvait alors à Lyon, ni au duc de Mercœur, qpi était en Bretagne.

4589. La mort de la reine-mère fut comme le dernier acte de ce drame : attaquée depuis long-temps de^ la goutte et minée par une fièvre lente, cette princesse termina ses jours, le 5 janvier 1589, à l'âge de soiKante-dix ans.

la mort des princes de Lorraine fut le signal d'an soulèvement général. Gens de tout état, de toute condition, y prirent part et entraînèrent les personnes qui s'étaient distinguées jusqu'alors par leur prudence et leur modération : partout on se porta aux excès qu'une fureur délirante pouvait inspirer. Les villes furent opposées aux villes^ les seigneurs aux seigneurs, les artisans aux artisans : dans tous les rangs ^ dans toutes les classes, et du propre mouvement des partis , éclata une guerre des plus violentes et des plus acharnées. On ne vit que massacres, pillages, incendies, sacrilèges. Les chemins étaient infestés, les riches rançonnés, les paysans mis à contribution : plus de gouvernement, plus de justice nulle part. Peuple , noblesse , tout était en armes, jusqu'aux ecclésiastiques, entourés de satellites; tout , s'égorgeait^ sous les noms de huguenots , de cathor

liqueS) de royalistes, de ligueurs, de nayarrois et ^589.

lorrains.

%n milieu de ces circonstances, un religieux de l'ordre des dominicains ou des jacobins, nommé frère Jacques Clément , séduit par les ligueurs et excité par les chefs de son ordre, à qui il avait manifesté l'intention de tuer le roi , se rendit au camp de Henri III , le 1" août, et le frappa mortellement d*un coup de couteau dans le ventre.

Le duc d'Âlençon étant mort , en juin 1 584 , la branche des Valois se trouva éteinte par le crime de Jacques Clément.

Le roi de Navarre , descendant de saint Louis , avait des droits incontestables au trône de France , et il fut proclamé roi, sous le nom de Henri IV, par tons les officiers de l'armée , qui lui prêtèrent serment de fidélité, le 4 août. Mais la religion servit de prétexte à la ligue pour ne pas le reconnaître. Elle lui opposa d'abord son oncle, le cardinal Ckirles de Bourbon. Les cours de Rome et d^Espagne, qui jusqu'alors n'avaient favorisé les ligueurs qu'en secret, se déclarèrent ouvertement pour eux. La plus grande partie des soldats abandonna Henri IV. De trente mille hommes qu'il avait amenés sous les murs de Paris, à peine lui en restait-il cinq mille. 11 se retira avec eux à Dieppe. Le duc de Mayenne, chef suprême des ligueurs , l'y poursuivit avec une armée quatre fois plus nombreuse ; mais bientôt après , ayant reçu des secours de la reine Elisabeth et des princes protestants d'Allemagne et de Hollande, le roi battit son ennemi à Arques et à Ivry. Ces deux victoires le ramenèrent aux portes de Paris, dont il emporta les faubourgs.

1589. Tandis que cette capitale était livrée à la tyrannie des seize et aux intrigues des agents de l'Espagne et de Rome, Henri IV, à la tête de quinze mille hommes, l'assiégeait et la réduisait aux plus affreuses extrémités par un blocus absolu. Enfin , pressé par les catholiques de son parti de remplir la promesse qu'il avait faite d'abjurer le calvinisme , et comprenant que c'était le seul moyen de se concilier tous les esprits, il se rendit à leurs instances, le 25 juillet

4393. 1593. Son abjuration amena la reddition de Paris, sa réconciliation avec le Saint-Siège, qui l'avait excommunié, la soumission de Mayenne et des principaux ligueurs. Il entra dans Paris aux acclamations du peuple. Jlenri, maître du trône, opposa la clémence à l'opiniâtreté, et la bienfaisance à l'ingratitude.

La ligue néanmoins se soutint encore dans quelques provinces, notamment dans le Dauphiné et la Provence, où elle était appuyée par le duc de Savoie ; mais le brave Lesdiguières et le colonel Alphonse Ornano parvinrent à la dompter après de longs et sanglants combats (1 ).

4594, Le duc de Montmorency, que le roi venait d'élever à la dignité de connétable, annonça aux états de Languedoc qu'il avait fait choix d'Anne duc de Ventadour , son neveu et son gendre, pour son lieutenant-général dans cette province, et que ce seigneur devait le remplacer en cas d'absence; il ajouta que le duc de Ventadour était dans la résolu-

(I) Dans ces enlrcfaites, la yille d'Aubenas , dont Montréal était gouverneur, fut reprise, à la faveur d'une nuit obscure, par 1 20 protestants commandés par Faijas, de Vais f Laborie et Boulle , de Vallon.

DU VIVARAÏS. i5i

lion de protéger également les catholiques et les 4595. religionnaires , et de maintenir la plus parfaite harmonie entre eux; puis ayant conclu une trêve avec les ligueurs , le connétable alla joindre Henri IV en Bourgogne.

Cette trêve se prolongea jusqu'au mois d'avril 1595. A cette époque, Henri duc de Joyeuse, frère du cardinal et du maréchal de ce nom tué à la bataille de Centras, sous prétexte que le roi n'avait pas fait droit à quelques-unes des représentations qu'il lui avait adressées, voulut exciter de nouveaux troubles pour se donner de l'importance et forcer la main à ce prince. En conséquence, il s'empanj de Gaillac , d'Alby , de Rabastens et de Lavaur , où il mit des garnisons. Il revint ensuite à Toulouse avec cinq cents hommes de cavalerie, dans le dessein de s'en rendre maître. De concert avec plusieurs seigneurs de son parti , il y jeta quelques compagnies d'infanterie , dont la présence a^arma les capitouls qui allèrent lui demander la cause de cette mesure. Il s'en excusa vaguement; et prétendant qu'on avait formé le projet de le chasser de la cité et même de l'égorger, il se saisit de vive force de l'hôtel-de-ville et des portes de Toulouse. En même temps, un cordelier, nommé frère Maurel, l'un de ses émissaires , étant monté en chaire dans la cathédrale de St-E tienne , excita le peuple, par des discours véhéments, à se soulever; puis il se mit à la tête de son auditoire et parcourut les rues le poignard d'une main et le crucifix de l'autre , aux cris de vive la ligue! Joyeuse l'ayant rejoint avec le baron d'Ambres, ils se portèrent au palais, où le parlement était assemblé, et le sommèrent d'en sortir, sous peine

^595. d'être enseveli sous les ruines de cet édifice, qu'ils menaçaient de faire sauter avec des pétards. Le parlement répondit que c'était le lieu où Ton condamnait à mort les rebelles , et que la cour n'en sortirait que pour aller rendre justice ailleurs. Ces paroles intimidèrent Joyeuse, qui envoya Hauterive aux conseillers pour traiter à l'amiable avec eux. Il fut convenu qu'ils sortiraient librement de Toulouse pour se rendre à Castel-Sarrasin , où ils se retirèrent en effet fort tranquillement.

Le duc de Ventadour , après avoir soumis plusieurs places aux environs de Toulouse, se présenta devant cette ville; mais ses troupes étant affaiblies par des maladies, il ne voulut pas en entreprendre le siège; il prit même le parti de les congédier. Joyeuse, informé de cette circonstance , en profita pour se diriger sur Castel-Sarrasin avec un corps assez nombreux; mais il fut contraint de s'en retourner sur les menaces que lui firent les habitants de Nar-^ boïine et de Carcassonn^.

4506. Ï-6S choses en étaient là lorsque l'édit de Folembray vint pacifier la province. Par cet édit, le roi accordait une amnistie générale à tous ceux qui avaient suivi le parti de l'union , créait le duc de Joyeuse maréchal de France et l'un de ses lieutenants-généraux en Languedoc (1), en l'absence du connétable de Montmorency, défendait l'exercice de la religion prétendue réformée dans Toulouse et toutes autres du parlement, sauf celles où elle avait été établie par l'édit de 1577, etc.

(I) L'autre éUit le duc de Ventodour. Plus tard le maréchal de Joyeuse s^étant fait capucin , le duc de Ventadour resta seul lieutenant-général en Languedoc.

La guerre civile ayant cessé > le roi tourna ses 4598, armes contre les espagnols, qui depuis long-temps attisaient en France le feu des divisions intestines à la tête de cinq mille français, il leur mit en déroute un corps de dix-huit mille hommes à Fontenay-le- Français, et leur reprit Amiens , qu'ils occupaient. Regagnant pied à pied le terrain qu'ils avaient usurpé, il mit fin à celte guerre en leur imposant le traité de Vervins, en 1 598. Depuis ce traité il s'occupa exclusivement du bien-être de ses sujets et calma les inquiétudes sans cesse renaissantes des protestants par le fameux édit de Nantes , qui leur accordait l'exercice public de leur culte dans plusieurs villes et les admettait , en concurrence , avec les catholiques, à la possession des places et des honneurs.

Quoique la paix fût rétablie, il restait encore, en 4605, Languedoc , quelques troupes de bandits qui exerçaient des hostilités dans la province. De ce nombre étaient les trois fils du baron d'Antragues , qui volaient sur les grands chemins , tandis que leur père expiait aux galères des crimes du même genre. On se saisit d'eux, et, le 2 octobre 1605 , le parlement de Toulouse les condamna à avoir la tête tranchée et le corps partagé en quatre quartiers : ce qui fut exécuté* Plusieurs autres gentilshommes qui exerçaient aussi des brigandages dans le pays subirent la même peine. Le parlement ne se montra pas moins sévère à l'égard de Villefort , frère du vicomte de Polignac. Ce sei neur se trouvant aux états particuliers de Gévaudan, comme baron de Randon, le comte d'Apchier lui disputa la préséance et l'obtint sur lui. Outré de ce triomphe, Villefort, suivi de

4506. plusieurs gentilshommes de ses amis et de quelques valets, alla le lendemain attaquer d'Apchier dans la cathédrale de Mende, pendant l'office divin, et le blessa mortellement. Les compagnons de d'Apchier mettant aussitôt l'épée à la main , tuèrent trois de ces gentilshommes et deux des gens de Villefort, qui fut arrêté , conduit à Toulouse et condamné à être décapité sur la place St-Georges.

A la même époque , deux frères , nommés Luquisses , fils d'un gendarnfe de la compagnie étrangère du connétable de Montmorency , avaient formé le complot de livrer différentes places de la province au roi d'Espagne , moyennant une assez forte somme. Ce complot ayant été dénoncé par un individu qui avait refusé d'y entrer, ils furent arrêtés. L'aîné, comme le plus coupable, fut écartelé; l'autre eut la tête tranchée. Deux de leurs complices, les capitaines Julien et Jean , furent aussi condamnés , l'un à être rompu vif, l'autre à être écartelé. On exposa leurs têtes sur la tour du pont de Béziers(l).

L'ordre , par des exemples d'une semblable sévérité, fut enfin rétabli. La paix se consolidait chaque jour davantage; les peuples du Languedoc, comme ceux des autres provinces du royaume , jouissaient de ses bienfaits, lorsqu'un événement épouvantable vint jeter la consternation dans toute la France.

Henri IV était sur le point de porter la guerre en Allemagne, non pour soutenir, comme on le supposait, les droits de ses alliés au duché de Juliers, mais bien dans le but de faire participer les autres

{i) Histoire générale de Languedoc , tome 5 , page 497.

nations de l'Europe aux avantages qu'il avait pro- 4605. curés à ses peuples. Tout à coup , au moment où il traversait la rue de la Ferronnerie pour se rendre auprès de Sully, son premier ministre , il fut assassiné par un fanatique nommé François Ravaillac, natif d'Angoulême. Ce crime abominable fut commis le 14 mai 1610. La mort prématurée de cet excellent 4640. prince fit passer le sceptre aux mains de son fils , le dauphin Louis, alors âgé de neuf ans et quelques mois , qui prit le nom de Louis XIII , et régna d'abord sous la régence de sa mère, Marie de Médicis.

Les premiers soins de cette princesse furent de concilier les esprits et surtout de se faire bien venir des calvinistes. Dans ce double but, elle supprima un grand nombre d'éditsbursaux et de commissions extraordinaires , diminua le prix du sel , objet de récriminations continuelles, confirma l'édit de Nantes et permit aux religionnaires de renforcer les garnisons des places de sûreté qui leur avaient été accordées; en même temps elle enjoignit aux gouverneurs des provinces et à leurs lieutenants de se rendre à leurs postes, et de veiller à ce que la tranquillité ne fût troublée nulle part.

Le duc de Ventadour , conformément aux ordres qu'il avait reçus, s'empressa de visiter les places frontières du Languedoc, au nombre de vingt-cinq, et de les approvisionner de vivres et de munitions de guerre , afin d'être prêt à réprimer le moindre mouvement qui pourrait éclater. Cette précaution devint inutile , car le calme le plus parfait ne cessa de régner jusqu'à la fin de 1612.

A cette époque des bandes de pillards et d'assas- 4642. sins , parmi lesquels on comptait beaucoup de gen-

-•612. tilshommes, s'étaient organisées dans la province. Les états s'assemblèrent , le 26 octobre , à Beau* caire, oà se trouvaient le connétable de Montmorency, qui s'était retiré de la cour pour venir finir ses jours en Languedoc, l'amiral son fils, à • qui Henri IV avait accordé la survivance du gouvernement de ce pays, et le colonel d'Ornano, marquis de Montlaur et baron d'Aubenas. On y prit des mesures sévères qui mirent un terme aux brigandages de ces misérables. Mais bientôt après des troubles se manifestèrent à Nismes , et voici quelle en fut la source.

Du Ferrrier, ministre calviniste de cette ville, s'était déclaré ouvertement , à l'assemblée de Saumur, pour le parti de la cour. Outré de ce procédé, le synode national des églises réformées tenu à Privas en 161 2 9 le destitua de ses fonctions. Le roi, pour le dédommager de cette disgrâce , le nomma conseiller au présidial de Nismes. Ses ennemis, indisposés de cette faveur, ameutèrent le peuple contre

4643. lui. Le 14 juillet 1613 , au moment où il sortait du palais, il fut assailli par des furieux et ne put échapper à leur rage qu'en se réfugiant chez de Rozel , lieutenant au même siège. De là , il se retira à Beaucaire, où il se fit catholique. A son départ, le peuple, dont l'irritation était au comble, envahit sa maison , brûla ses meubles et ses livres , et maltraita le peu de partisans qu'il avait dans Nismes ; puis il alla s'emparer dés arènes, d'où l'on ne put le olmsser.

Ce fut dans ces entre&ites que l'amiral de Montmorency épousa Marie-Félicie des Ursins. Le coaaétable> qui avait négocié ce mariage, n'y survé-

DU VIVARAI^. 157

eut pas loDg -temps : il mourut près de Pézenas, le 4644. 2 avril 161 4, à rage de quatre-vingts ans (1). Âumoment où il descendait dans la tombe , Â.nne de Yentadour, son neveu et son gendre, obtenait du roi la survivance de sa charge de lieutenant-général en Languedoc , pour son fils aîné , Henri de Levis , comte de Lavoulte.

Vers le même temps , le prince de Condé , qui s'était éloigné de la cour avec plusieurs seigneurs mécontents comme lui , publia un manifeste pour justifier sa conduite et tenta de se liguer avec les religionnaires; mais cette entreprise n'eut aucun résultat. Peu de jours après, il fit sa paix avec le roi par Tentremise du duc de Ventadour. Plus tard, à la fin de Tannée suivante , s'étant adjoint le duc de Bouillon , Henri de Rohan , et plusieurs autres personnages qui se plaignaient du peu de part que la reine-mère leur donnait au gouvernement, il recommença ses intrigues et parvint à exciter quelques émotions qui auraient pu ramener la guerre civile; mais le roi ayant consenti à la translation de l'assemblée des églises protestantes de Plismes à La Rochelle, ainsi que les mécontents le réclamaient, tout rentra momentanément dans l'ordre.

Divers mouvements se manifestèrent aussi, au bout de quelque temps dans les Cévennes , le Vivarais et l'Auvergne; mais le duc de Montmorency les comprima presque aussitôt. Il en fut autrement de ceux qui éclatèrent dans le Vivarais vers la fin de 1619.

(I) II est à remarquer que le connétable de Montmorency , qui réunissait toutes les qualités qui caractérisent Phomme de bien et le grand homme, ne sut jamais ni lire ni écrire. A peine était-il parvenu k griffonner son nom.

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