CHAPITRE IV
Etat des églises caWinistes en 4620. — Sitaalion de PrÎTas. — Paule de Gbambaud. — Troubles à Privas. — Massacre des protestants dans la plaine de Vesseaux. — • Hostilités dans Privas. — Retraite de Brison. — Arrivée du duc de Montmorency. — Combat de Villeneuve-de-Berg. — Entrée de Montmorency il Privas. — Traité de paix. — Contestations sur la propriété de la grande tour du cbâteau de Privas. — Dispositions hostiles des habitants de cette ville. — Brison assiège et prend le château de Privas. — Combat de Lemps. — Prise et incendie d'Alissas. — Retour de Montmorency en Yivarais. — Il attaque et prend Villeneuve-de-Berg. — Siège et prise de Vais. — Destruction de la tour de Sétias. — Siège et prise de Vallon. — Inaction du comte de Cbâtillon. — Départ de Louis XIII pour le Midi. — Mouvement des calvinistes à La Rochelle et autres lieux. — Leurs projets. — Rupture de Lesdiguières avec les. calvinistes. — Ils se donnent des chefs. — Le duc de Rohan est élu commandant du cercle du Haut-Languedoc et de la Haute- Guienne, et Cbâtillon de celui du Bas-Languedoc. — Combat d'Issengeaux. — Déroute de Blacons. — Contestations entre Cbâtillon et Rohan. — Combat de Fauch. — Surprise du château de Salavas. — La baronne de La Gorce et ses enfants. — Abandon du siège de Montauban. — Tentative du baron de La Gorce et de Montréal sur Barjac. — Combat de Salavas. — Mort du baron de La Gorce. — Combat de St-Remèze. — Tentative de Blacons sur Villeneuve-de-Berg. — Cbâtillon se sépare des calvinistes. — Excès des protestants à Nismes et à Montpellier. — Défaite des cèvcnnéens près de Mirabcl. -r- Assassinat
du président Ducros à Montpellier. — Le duc de Ventadour est battu au Cheylard. — De Guy et Peschaire. — Combat de Mira bel.
Ici commence une série d'événements dont le Vi- 4549^ varais fut presque uniquement le théâtre. Avant de les décrire , il importe , pour bien apprécier les faits que nous allons rapporter, de faire connaître la situation et la division des églises calvinistes en France à l'époque dont il s'agit.
Ces églises avaient été partagées entre seize provinces, subdivisées en colloques. Au nombre de ces provinces étaient le Haut -Languedoc, joint à la Haute-Guienne , le Bas-Languedoc, le Vivarais et les Cévennes. La province du Haut-Languedoc et de la Haute-Guienne comprenait sept colloques, savoir : l'Albigeois, le Lauraguais, le comté de Foix, le Rouergue , l'Armagnac, le Haut et le Bas-Quercy. Les deux premiers colloques avaient vingt -cinq églises; la province du Bas-Languedoc en avait cinquante, partagées en trois colloques : d'Uzès, de Montpellier et de Nismes ; le Haut et le Bas- Vivarais et le Velay avaient trois colloques : ceux du Haut-Vivarais , de Privas et d'Aubenas, avec vingt-huit églises. Les Cévennes avaient trois colloques : ceux de Sauve , de St-Germain et d'Anduze, avec quarante-huit églises. Ainsi sur sept cent soixante églises que les protestants possédaient dans le royaume en 1620, on en comptait environ cent cinquante dans le Languedoc , soit le cinquième des religionnaires de France. Ajoutons que l'assemblée de Saumur avait divisé, en 1611 , toutes les
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4649. provinces en sept cercles, non compris le Béam, qui en formait un huitième. Le Haut- Languedoc comprenait un de ces cercles, et le Bas-Languedoc^ avec le Vivarais et les Cévennes, en composait un autre. Dans chacun de ces cercles un conseil avait été établi (1). Ceci posé, arrivons aux faits.
Le Vivarais, et surtout la partie de ce pays qu*on appelle Les Boutières, dont Privas était la capitale^ avait embrassé des premiers les doctrines de Calvin. Cette ville, assise sur un plateau élevé, entre les rivières d'Ouvèze et du Mezayon, dominant, au midi, une plaine qui s'étend depuis la vallée de St-Priest jusqu'aux environs d'AUssas et de Conx, oh s'opère la jonction de ces deux rivières, et, tant au nord qu'au levant , tous les points praticables des montagnes qui Tavoisinent, protégée par son château et deux forts, situés, l'un auPetit-Toumon, village qui n'en est séparé que par le torrent de Charalon, l'autre au faîte du mont Toulon qui la couvre , en lui servant d'appui au couchant, entourée de bonnes murailles et en grande partie de précipices, cette ville, disons-nous, était considérée, à l'époque où nous sommes arrivés , comme rnne des principales places de sûreté accordées aux religionnaires.
Un synode national y avait été tenu, en 1612, par les ministres Chamier et Dumoulin, sans l'autorisation du roi. Les grands, la noblesse et le peuple s'y étaient liés solennellement par un serment d'union générale et des protestations énergiques contre les lettres patentes portant absolution de prétendues
(I) SpMks de$ égiitei réforméa en Franee. — Hiitoire giiUnU de loi^ put4oc, iomeJty pageS4|.
DU YIVARAIS. 161
foutes commises dans d'autres assemblées >^ avaient 4649. été formulées par les députés des églises, qui considéraient cette absolution comme une flétrissure de leur conduite antérieure. Quelques troubles avaient eu lieu à la suite de ce synode; mais ils furent bientôt apaisés : catholiques et calvinistes vivaient, sinon dans un parfait accord , du moins dans une apparente tranquillité, lorsqu'un événement peu important en lui-même , mais dont les résultats pouvaient être fort nuisibles aux religionnaires , vînt réveiller les haines et replonger non-seulement le Vivarais, mais tout le Languedoc dans les horreurs d'une nouvelle guerre civile.
Charlotte-Paule de Chambaud, veuve de René de La Tour-Gouvemet, baron de Chambaud, vicomte de Privas, l'un des principaux chefs des religion^ naires, mort, en 1617, dans la guerre du Milanais, joignait aux attraits les plus séduisants une immense fortune et le titre de dame de Privas. Une foule de seigneurs se disputaient sa main. Parmi les préten^ dants figuraient, en première ligne, Claude d'Hautfort, vicomte de Cheilane, fils aîné du baron j^éné de Lestrange , zélé catholique , doué d'une heureuse physionomie et des plus brillantes qualités, et Joachim de Beaumont, surnommé le brate Brisorij chef des protestants en Vivarais , et gendre de la noble veuve (1). Le choix de la dame de Privas, entre ces deux rivaux , ne pouvait être douteux. Sollicitée par Louis XIII (2) , en faveur du vicomte
(1) Joacbim de Beanm^nt ayait épousé la fille de La Tour-Goayeniet-Gbambaud, qui était morte depuis peu sans laisser d'enfant.
(2) Le roi , en agissant ainsi , ayait pour but de fayoriser le parti eatboiiquc.
4649. de Cheilaue, qu'elle aimait passionnément, quoiqu'il fût d'une religion opposée à la sienne, et révoltée à la seule pensée d'admettre dans son lit celui qui avait été l'époux de sa propre fille , elle accorda la préférence au fils du baron de Lestrange.
Les apprêts de ce second hymen jetèrent l'alarme parmi les religionnaires duVivarais, qui craignaient, avec raison , que leur ville de sûreté ne passât sous la domination des catholiques. Ils prirent alors la résolution de mettre tout en œuvre pour empêcher qu'il s'accotnplît.
Brison accourut à Privas, arma les habitants de cette ville et ordonna à Châteauvieux, d'A-ubenas, de lui amener des secours : vingt-quatre heures après, ce gentilhomme arriva à la tête de huit cents calvinistes qu'il venait de lever à Aubenas , Vais , Mayres et autres lieux circonvoisins.
Le 27 décembre , le vicomte de Cheilane, accompagné d'un petit corps de troupes bien armées , se rendit maître du château. Persuadé qu'il ne tarderait pas à y être attaqué, il appela à lui des renforts.
Le lendemain, ainsi qu'il l'avait prévu, les habitants de Privas assiégèrent le château , et brisant les conduits des fontaines qui l'approvisionnaient d'eau, arrêtèrent toutes les personnes qui cherchaient à se joindre au vicomte. La lutte continua pendant trois ou quatre jours; mais il y eut peu de sang répandu ; deux individus seulement furent blessés d'un coup d'arquebuse tiré du château.
I C20» Le duc de Montmorency se trouvait alors à la cour. Ayant eu avis de ce qui se passait à Privas , il envoya de suite à Dufaure , intendant de la province.
et à Bilaud, maitre des requêtes, Tordre de se 4620. rendre dans cette ville pour y rétablir la tranquillité. Ces deux fonctionnaires y arrivèrent le 2 janvier 1620. Un traité fut conclu par leur entremise. Le vicomte de Gheilane dut vider le château , avec défasse expresse d'y rentrer , et Brison renvoyer les troupes que lui avait amenées le sieur de Châteauvieux. Tout rentra momentanément dans Tordre. Mais les esprits étaient trop aigris de part et d'autre pour qu'on pût croire à la durée de cet état des choses.
En effet , pendant que les calvinistes d'Àubenas et de Vais regagnaient leurs demeures , sous la conduite de Châteauvieux , ils furent tout-à-coup assaillis dans la plaine de Yesseaux par le vieux baron de Lestrange , le vicomte de Cheilane , ses frères et plusieurs seigneurs catholiques du pays, entre autres les sieurs de Gimars et Du Haut-Villars, qui se trouvaient réunis au château de St-Etiennede-Boulogne , demeure de la famille de Lestrange. Les religionnaires perdirent une quarantaine d'hommes dans cette rencontre. Châteauvieux y fut tué; de Chamblard et le capitaine Lambesset y reçurent de graves blessures : le dernier vint mourir des siennes à Privas (1).
Cet événement fut Tétincelle qui ralluma dans tout le Languedoc le feu des divisions intestines.
(I) S*il faat en croire Fauteur un peu lusped des Commentaire» du soldat du VivaraU , Pierre Marcha , leignear de Prat , qui de zélé huguenot devint catholique exalté , les de Lestrange se seraient portés k cette violence afin de punir les religionnaires de plusieurs désordres qu'ils auraient commis sur les terres de ces seigneurs. Mais des historiens consciencieux ne parlent nullement de ces désordres , et ils considèrent comme un piège , comme un guet-apens y cet acte d'hostilité. Les auteurs de VHistoire générale de Languedoc semblent partager cette opinion f^ quoique ennemis des calvinistes. — Voyez cet ouvrage, tome 5, page 54 8.
^ 620. Peu de jours après, le vicomte de Cheilaue, impatient de revoir sa prétendue , s'introduisit au château de Privas, avec plusieurs seigneurs de ses amis, par une ouverture secrète que la veuve de Charobaud avait fait pratiquer du côté du mont Toulon, opposé à la porte principale que surveillaient activement les calvinistes.
Ce fait ne tarda pas à être connu , et tout aussitôt le vicomte se vit bloqué , tant par les habitants de Privas que par les troupes accourues à la voix de Brison. En même temps, le baron de Lestrange, qui veillait sur son fils , avait fait un appel aux catholiques. Les sieurs de Montréal, Des Logères, de Rochecolombe , Ducros deCastrevieille, de La Gorce, etc. , arrivèrent sous les murs de Privas avec une armée de deux mille hommes. On allait en venir aux mains, lorsque de B laçons, beau-frère de fqp La Tour-Gouvernel-Chambaud , et quelques autres gentilshommes calvinistes du Dauphiné , se présentèrent dans cette ville. Un nouvel accommodement fut conclu par leur entremise , et les partis mirent bas les armes pour la seconde fois.
Mais, le 26 mars, le vicomte de Cheilane, irrité des propos de Brison, qui se glorifiait de l'avoir fait sortir du château, et excité, d'un autre côté, par la violence de son amour, y rentra secrètement avec des forces suffisantes pour résister à un coup demain. Là, le mariage ayant été consommé, il voulut sortir et emmener son épouse; mais, au moment où il s'y disposait, Brison parut à la tête de quinze cents soldats échelonnés sur le revers du mont Toulon, en face de la poterne. Un combat
s'engagea: Tattaqiie et la défense furent également ^^^* vigoureuses; toutefois il périt peu de monde. Les catholiques perdirent quelques hommes, l'un d'eux, le sieur de La Poujade eut la cuisse brisée d'un coup de mousquet. La perte des religionnaires fut évaluée à vingt hommes.
Brison, informé que des secours arrivaient de tout côté auiè catholiques et que déjà plus de trois mille soldats de leur parti se trouvaient réunis aux environs de Privas, se dirigea vers le Coiron, afin d'opérer sa jonction avec huit cents protestants que Jaijaye du Pilhon, gentilhomme dauphinois, lui amenait des Cévenneë. D'autre part, le vicomte de Cheilàûe , prévoyant que les affaires ne tarderaient pas à se compUquer , en donna avis au duc de Montmofedcy, qui, de retour de Paris, se trouvait alors àBeaucaire. Ce seigneur, à la réception du message de Cheilane , leva à la hâte et à ses propres frais (1 ) sept mille hommes de pied et trois cents chevaux, avec lesquels il marcha contre Brison.
A son passage au Pont-St-Esprit, des députés calvinistes de Montpellier, Nismes et Uzès, vinrent lui proposer un arrangement relativement à l'affaire de Privas; tnais le duc les renvoya à son conseil, qui se composait du marquis de Portes , du président Dû Faure et du maître des requêtes Bitaud. Les députés se retirèrent , laissant tout à la discrétion de Montmorency, qui pousuivit sa marche.
Pendant qu'il s'avançait vers Privas, des troupes catholiques se portaient sur Villeneuve-de-Berg , afin de s'opposer à la jonction de celles de Brison
{\) Histoire générale de la rébellion de France , aDuée 'i 620 , pa^je 50.
4620. et de Jarjaye Du Pilhon. Les premières prirent position aux Granges-de-Mirabel, à un quart d'heure de distance de Villeneuve-de-Berg, où le corps des Cévennes s'était arrêté. Les partis demeurèrent deux jours en présence, sans pouvoir en venir aux mains, à cause du froid rigoureux qui régnait. Enfin , le 24 avril , les religionnaires sortirent de Villeneuve-de- Berg et]s'établirent sur un coteau , entre cette ville et StJean-le-Centenier , à une demi-portée de canon des catholiques , commandés par Montréal. La cavalerie de ceux-ci fit une charge que rennemi accueillit par un bon feu de mousqueterie , lequel en tu^ et blessa une partie ; mais attaqués sur plusieurs points par les manœuvres habiles de Montréal, les cévennéens de jarjaye Du Pilhon furent calbutés et forcés de rentrer à Villeneuve-de-Berg, d'où ils regagnèrent leurs montagnes , après avoir perdu vingt-cinq ou trente hommes. Les sieurs de Vinezac, Du Cros-des-Bains, de Caslrevieille et de Chaussy , officiers de Montréal , déployèrent beaucoup de courage dans ce petit combat. Chaussy , jeune et brave gentilhomme, y reçut vingt-deux blessures , dont il eut le bonheur de guérir.
Le lendemain, le duc de Montmorency arriva sur le théâtre de la lutte. Il distribua quatre à cinq mille hommes aux environs , pour tenir le pays en respect, et prit la route de Privas, où il entra, le 30 avril , à la tête de quatre cents cavaliers et de huit cents fantassins. Tout s'y soumit à son autorité.
Sur la demande de Boucaud , président de la cour des aides de Montpellier, qui s'était transporté sur les lieux , le duc consentit à un traité dont voici les principales conditions :
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<** Les rebelles demanderont pardon de leur ré- 4620. volte y et les soldats ^ après avoir mis bas les armes, seront licenciés;
2"" Brison et Tavernol, s'ils tombent entre les mains du duc de Montmorency, seront à sa discréfion;
d"" On abattra les fortifications nouvellement construites entre la ville et le château;
4** L'armée du duc de Montmorency, composée de cavalerie, d'infanterie et de milice, sera nourrie pendant six jours aux frais des habitants (1).
Il fut, en outre, convenu que le vicomte de Gheilane demeurerait maître du château, où le duc mit un des officiers de sa garde avec soixante hommes, après avoir fait conduire la veuve de Chambauddami la famille de Lestrange.
Le 1 *' mai , la messe , qui avait été interrompue depuis soixante ans , fut célébrée à Privas.
Le duc partit de cette ville , le 3 , pour aller tenir les états de la province, qui devaient s'assembler ^ le 19,àBéziers(2).
Dès que Montmorency eut quitté Privas, les religionnaires élevèrent des prétentions assez curieuses. Sous prétexte que la grande tour du château appartenait aux habitants de la ville, ils en demandèrent la remise à la dame de Ghambaud , ou plutôt à la
(\) Mémoires de Grammont
(2) L« éUts y après aToir témoigné au dac de Montmorency leur reconnaiisance. de la pacification qu'il Tenait d'opérer à Priyas , lui accordèrent une gratification de trente mille lirret pour Findemniser des dépenses qu'il avait faites dans cette occasion ; ils votèrent en même temps une somme de six mille livres en faveur du comte de Lavoulte , et celle de cent trente-deux mille livres pour frais d'armement des sept mille hommes qu'ils avaient levée. HiiUnre çéiUrûU 4$ Lan^nedof, tome 5, page 519.
46M. vicomtesse de Gheilane. C'était un moyen indirect pour s'emparer du château, que cette tour commandait, ainsi que les fortifications qui en dépendaient. La vicomtesse opposa à cette demande des pièces qui prouvaient que la tour avait été donnée à sou père. Les réligionnaires insistèrent, et l'affaire fut portée devant le conseil du roi. Craignant qu'on ne prît occasion de cet incident pour exciter de nouveaux troubles , ce prince envoya un exempt de Ses gardes , nommé Lacroix , avec Tordre de tenir la tour en dépôt jusqu'à ce qu'on eût prononcé sur le litige. Lacroix vint en prendre possession j mais , Voyant que Taflfaire traînait en longueur et que d'ailleurs les parties s'en tenaient aux voies ordinaires , sans nuire à la tranquillité par des contes^ talions bruyantes, remit son poste à St-Palaix, lieutenant des gardes du duc de Montmorency, et se retira.
Cependant les calvinistes du Vivaraiâ , mécontents de Ce qui s'était passé à Privas , avaient provoqué une assemblée à Uzès pour le 22 mai. Là, le traité qui avait été conclu avec le duc de Montmorency fut désavoué, et on décida qu'il serait envoyé dès députés au foi pour lui représenter que Privas étant une de leurs places de sûreté , les garanties que cette ville devait offrir à leurs coreligionnaires se trouvaient détruites par le fait du mariage de la veuve de La Tour-Gouvernet avec un seigneur catholique, et surtout par l'occupation de leur tour par une garnison ennemie. Ces députés se rendirent à la cour; le roi repoussa leurs doléances et les renvoya avec de sévères admonitions sur l'irrigularité de l'assemblée d'Uzès.
Les protestants de Privas ne se tinrent pas pour 4624. battus; ils voulurent obtenir par la force la satis^ fection qu'on leur refusait. Ayant fait venir secrète'^ ment de la poudre et des projectiles de la citadelle d'Orange, ils s'emparèrent, le 12 mai 1621 , de la tour du Lac , appartenant au vicomte de Lestrange (Cheilane), des châteaux de Liviers et d'Entrevaux, et du moulin de Veyras, positions très-avantageuses aux environs de Privas; en même temps ils établirent une plate-forme au sommet du mont Toulon , d'oà il leur était facile de foudroyer le château, situé au pied de cette éminence (1). Le duc de Ventadour, (jui se trouvait à son château de LavouUe, fut instruit de ces préparatifs : il envoya aussitôt à Privas les sieurs de Chambaud, gouverneur du Ponzin, et de Boissy , châtelain de Lavoulte, pour en demander raison ; mais ils trouvèrent les esprits tellement exaspérés, qu'il leur fut impossible de s'en faire écouter; ils faillirent même être assassinés par quelques séditieux, au moment de leur arrivée.
St-Pâlaix, à la vue de ces dispositions, pensa qu'il ne tarderait pas à être attaqué. Le 28, il somma les consuls de la ville de faire abattre les travaux qui menaçaient le château. On ne lui fit qu'une réponse évasive. Le sieur de La Poyade lui ayant amené secrètement un renfort de cinquante homme^s, il fit inviter St-Damoiselle , Du Tremolet, de Monteils et autres amis qu'il avait dans la ville, à la quitter sur-le-champ avec tout ce qu'ils pourraient transporter. D^ qu'il les sut dehors, il fit tirer
(I) Ce ebèieao s'éle^it sur l'em^laceiiMit q«i'o^upebt aHJoarJ^liuî le boUëge , les prisoDt et le temple dee protettints. Il n'en reste plus rien.
À62\. quelques coups de canon à travers les rues et lancer des fusées incendiaires sur les maisons les plus rapprochées du château. Alarmés de cette démonstration , les habitants lui envoyèrent des députés pour l'engager à cesser le feu, promettant de lui accorder toute satisfaction. St-Palaix répondit qu'il voulait auparavant qu'on démolît les fortifications , à quoi les privadois se refusèrent. Les députés allèrent alors à Lavoulte prier le duc de Ventadour de s'interposer en leur faveur. Mais ce seigneur les reçut fort mal, et les renvoya en leur disant : « Messieurs, vos gens sont des mutins ;^['sous peu j'irai m faire pendre une trentaine. » Âttérés par cette réponse, les privadois étaient sur le point de se soumettre, lorsque Brison arriva sous leurs murs avec des troupes , qm se grossirent bientôt de plusieurs détachements amenés par Des Grottes, Du Gardon, Malassis , La Boissière et autres gentilshommes du pays , formant en tout huit cents hommes. Il entra dans Privas avec ces forces, le 22 janvier 1621, et commença, le même jour, à assiéger le château.
St-Palaix, quoique le danger devint imminent pour lui, n'en continua pas moins à faire tirer sur la ville, persuadé qu'il serait secouru par le vicomte de Cheilane ou par le duc de Ventadour; mais ni l'un ni l'autre ne vinrent.
Le 2 février, les pionniers de Brison s'étant ouvert un passage par des caves jusque sous la grande tour, tentèrent de la faire sauter; mais le rocher qui lui servait de base, résista aux efforts de la poudre. Ils attaquèrent alors la petite, qui battait sur la principale rue de Privas : deux pétards suffirent
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pour la renverser. Loin d'être intimidé de cette 462*. perte , St-Palaix redoubla de zèle et la vigueur du feu de son artillerie.
Le 7 y les assiégeants ayant monté des canons dans les maisons voisines y tirèrent sur le château par les fenêtres, qui leur servaient d'embrasures. Parvenus à faire une assez large brèche , ils dressèrent des échelles et tentèrent l'escalade. Alors s'engagea une lutte terrible, durant laquelle la grande tour, qu'on avait minée en plusieurs endroits, s*écroula avec un fracas épouvantable.
Le lendemain, le brave St-Palaix, réduit à toute extrémité, et ne voyant paraître aucun renfort, consentit à capituler. Il ne lui restait que vingt soldats, la plupart mutilés, qui sortirent du château la mèofae à la bouche, après quatorze jours de siège.
La garnison avait tiré quarante coups de canon et quatre mille coups de mousquet ou de fauconneau , qui tuèrent environ deux cents protestants et en blessèrent un grand nombre.
Le vicomte de Cheilane , pour qui St-Palaix avait si vaillamment combattu , parut sur le versant du Coirou qui fait face à Privas , avec une troupe légère ; « mais plus tard , dit La Boissière dans une note sur les Commentaires du soldat du Vivaraisy qu'il ne-eeifvèpait à son honneur. » En eflfet, car alors tout était fini.
Le lendemain, la garnison que Brison avait mise au château à la sortie de St-Palaix , fut renforcée de cent mousquetaires venus de Montélimar, et d'autant de montagnards que founiirent Les Boutières. Le duc de Ventadour avait été encore moinai
4624. diligent que Ghëilâne de Lestrange, car iln^arriva que plusieurs jours après la capitulation de St-Palaix, en vue du lieu de Chomérac , avec un corps de neuf cents hommes , qui eussent infailliblement donne la victoire à ée vaillant officier. Il y fut rejoint, sur un avis un peu tardif, par le marquis d'Annonay, Montréal, Logèreâ, La Rochecolombe , Du Crosdes-Bains , le comte d'Aps , et enfin par le vicoînle de Cheilane lui-même. Les troupes de ces gentilôhommes réunies à celles du duc, formaient prè» de six mille combattants. Toutefois elles ne voulurent Tien entreprendre , soit à cause du froid et de là neige , soit que la bonne attitude de Brîson et des siens leâ tinssent en respect.
Brîson ayant fait une sortie quelques jours après, attaqua Du Cros-des-Bains, qui s'était logé à Lëmps, hameau situé entré Chomérac et Alissas. Repoussé jusqu'à ce dernier endroit, où se trouvai tune partie de ses forces, le chef protestant recommença la lutte, que Du Gros soutint vigoureusement, pendant que les régiments de Montréal, de Lestrange et d'Aps, manœuvraient pour lui couper la retraite. Brison s'en aperçut, et 'comprenant tout le daiïger de sa position , regagna Privas avec une perte de quelques soldats.
Les catholiques étant restés maîtres d'Alisdas, pillèrent et brûlèrent ce village.
Le duc de Ventadour dirigea tout aussitôt sur le château de Vallon les régiments de Légères et de La Rochecolombe , dans le double but de garder le passage de FArdèche et de protéger le château de Salâvas, où le baron de La Gorce , qui y comm^n-
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dait^ allait être ia&illiblement attaqué par le marquis 4624 . de Châtillou, qui arrivait des Cévennes avec des forces imposantes.
Cependant le due de Montmorency avait appris les nouveaux événements de Privas au moment où il se rendait à Notre-Dame-de-Gruau pour visiter le tombeau du connétable; il s'était empressé d'en tiviser le roi et de lui demander ses ordres. En attendant la réponse de ce prince , il avait rassemblé , encore à ses propres frais , un corps de trois à quatre mille hommes d'infanterie , composé des régiments de Perrault, d'Ànnibal, d'Ornano et autres (1), et de cinq cents chevaux comprenant $a compagnie de gens-d'armes et celles du duc de Ventadour et du marquis Des Portes. Cette armée s'étant accrue de tous les catholiques qu'on put recruter dans le Dauphiné, le Gévaudan et le Vivarais, le duc de Montmorency se dirigea une seconde fois sur Privas. Arrivé à Chomérac à la tôte de huit mille hommes, il apprit que le marquis de ChâtiUon s'était rendu maître, avec quatre mille protestants , de Villeneuve-de-Berg et de plusieurs autres places du pays. Le 5 mars, il ordonna à Perrault et à 4nnibal d'aller investir Villeneuve avec leurs régilii^ts. Cette ville , par son voisinage avec les Cévennes et Privas, était d'une grande importance pour les religionnaires. Dès le soir elle fut bloquée et sommée par .Montréal, qui dirigeait l'entreprise, de se rendre an nom du due de Montmorency. Sur
(4). Blo9t9Qor«Dcy , povt povryoir aux finii de œt aaneneot^ engagea à Lyon 1m VijoQx de 89 femme pour une somme de deux cent mille écus. Histoire de Lan' g%edoc , tome 5 , page 521 .
4624. le refus des habitants, l'attaque commença, dans la nuit, au faubourg de Basse-Rue , qui fut emporté par Perrault. Montréal, a\ec le reste des troupes, auxquelles venait de se joindre le vicomte de Cheilane , enleva les faubourgs de Notre-Dame et toutes les barricades que les assiégés y avaient établies. Mais ceux-ci , toujours maîtres de la ville , ne cessèrent de tirer sur les assiégeants , soit des tours , soit des remparts, et de leur faire éprouver de grandes pertes.
Montréal, informé que Gbambonnet, fils naturel de Brison , arrivait avec deux cents hommes pour renforcer la garnison , envoya de Lanas , Tun de ses fils, avec un pareil nombre de soldats, sur le chemin de St-Jean-le-Centenier, par où Chambonnet devait passer, afin de s'introduire dans Villeaeuvede-Berg du côté de l'église , seul point praticable en ce moment. A minuit, Chambonnet et les siens s'étant avancés dans cette direction , ils furent accueillis par un feu très-vif qui les mit en fuite.
Le lendemain le duc de Montmorency arriva à St-Jean avec deux pièces de canon. Les habitants de Villeneuve, informés de cette circonstance et désespérant d'être secourus, prirent le parti de se soumettre. Les consuls allèrent présenter les clefs de la ville au duc, qui y fit célébrer la messe, dont on y était privé depuis soixante-deux ans.
Le même jour. Des Réaux, lieutenant des gardesdu-corps du roi, arriva en Vivarais, porteur de la réponse de ce monarque au duc de Montmorency. Tout en louant la conduite de ce dernier, Louis XIII lui ordonnait de faire déposer les armes aux partis et de maintenir la paix entre eux.
Le marqais de Châtillon, averti par Des Réaux •1624. lui-même de la volonté du roi , congédia de suite son armée. Montmorency, en licenciant la sienne, envoya le régiment du colonnel de Mazargues, frère d'Omano et de Montmajor, à Vais, bourg appartenant à ce colonel; mais les habitants^ presque tous protestants , et qui avaient reçu des Gévennes un renfort de quatre cents hommes déterminés, refusèrent de le recevoir et se mirent en mesure de soutenir un siège.
Pendant que les uns se fortifiaient à La Bégude , village situé près de là , afin de défendre le passage de l'Ardèche sur ce point, et que les autres couronnaient les hauteurs de Vais ou s'enfermaient dans ses deux tours , une centaine des leurs prirent position dans un moulin et dans des maisons voisines de la Volane , pour empêcher les catholiques de franchir ce torrent.
Le duc de Montmorency ayant rassemblé à la hâte trois mille fantassins et cinq cents cavaliers, se porta sur les lieux et fit sommer ceux de La Bégude , au nombre de deux cents , de cesser leurs travaux et de se retirer; mais ils ne tinrent point compte de cette injonction, tant ils se croyaient protégés par le torrent, qui n'était alors guéable nulle part. Il se dirigea ensuite sur Vais, avec son oncle, le marquis Des Portes, et fit attaquer le moulin et les maisons qu'occupaient les rebelles. Le feu fut très-vif des deux côtés; mais les catholiques finirent par emporter les positions de l'ennemi.
Cette escarmouche coûta sept à huit hommes aux calvinistes. L'un d'eux ayant été pris vivant, fut
4624. pendu, après s'être couverli à la foi caUioUque. Le duc de Montmorency y eut son panache coupé par une balle.
Vais, persistant à ne point se rendre, fut bloqué le lendemain par les régiments du marquis Des Portes, de Cheilane, d'Aps, d'Ornano, d'Ânnibal, de Du Cros-des-Bains et de Montréal, dont le duc de Montmorency avait indiqué les positions. Deux piècfes de canon furent placées contre la porte qui s'ouvrait sur le chemin de La Bégude. Les assiégés résistèrent courageusement pendant six jours. Alors Tartillerie ayant fait une brèche, le marquis Des Portes envoya le capitaine Coste et deux arquebu^ ôiers l'examiner et s'assurer si elle était prati€able. Cet officier, après avoir perdu ses deux hommes et reçu une blessure dans cette reconnaissance , rapporta qu'il existait un chemin creux sous la brèche, que les débris des murs entamés n'avaient pu combler : ce qui rendait l'accès difficile. Quelques coups de canon furent encore tirés pour élargir l'ouverture; ensuite on ordonna l'assaut; mais les calvinistes se défendirent si bien, qu'il n'eut d'autre résultat que la perte de quarante hommes de l'armée catholique. De Morèze , maréchal-de-camp des armées du roi , y eut les deux cuisses traversées d'une balle, à la vue du due de Montmorency , qui , s'étant jeté aussitôt dans la mêlée, t'enleva et le porta sur ses épaules hors du lieu du combat (1). Les sieurs de Lanas et de Surville y reçurent aussi des blessures. De Morèze mourut des siennes peu de jours après.
{i ) Grmnoii^, Bist, IWre 6. — Bistom de (a rébellkn «n France, ftohée 1 621 , page 75.
Le duc fit redoubler le feu de aon artillerie. Les 462f. assiégés, voyant l'impossibilité de tenir plus longtemps, demandèrent à parlementer par Tentremise de Des Réaux. Le duc, cédant aux instances de cet officier, à celles de la noblesse du pays , aux sup-n plications des consuls de Vais , accorda le pardon que ces derniers vinrent lui demander à deux genoux.
Montmorency entra dans Vais, mit trois cents hommes du régiment de Mazargues dans le château, et rétablit la messe, qui avait été proscrite de ce lieu depuis plus d'un demi-siècle (1).
Pendant le siège de Vais, un détachement de religionnaires, venant de la tour de Sétiac, qu'ils occupaient, parut sur les hauteurs voisines. Vinezaa y envoya un de ses sergents, nommé Leyris, avec quelques hommes. Leyris ayant été tué dans une es-^ carmouche, ses ennemis exercèrent sur son cadavre les plus révoltants excès. Vinezac, indigné, se mit à leur poursuite et, les ayant dispersés, il incendia le village que défendait la tour. Cette tour fut rasée le lendemain par Du Cros-des-Bams.
Vais, à cause de sa position, était regardée par les calvinistes comme un des remparts des Gévennes. Châtillon^ qui tenait essentiellement à cette place, s'était empressé de rassembler des troupes, en aprprenant qu'on en faisait le siège, et d'envoyer douze
[i] On lit àButV Histoire ih l»reM(to« e% Fronce j année 4621 , qu^an mépris^ de la capitulation , touks sorUe de cruautés , violences et barbaries furent exercées , à Vais j sur une infinité de" pauvres personnes innocentes cruellement iMurtries ou violées. Il at b remarquer que ce recueil a été rédigé par des écrivaint eatholiquei , et qu'aucun historien ne fait mention de pareils actes.
-1624. cents hommes pour la secourir. D'Autiége et de Valescure, qui commandaient cette petite armée, étant venus trop tard, se jetèrent avec elle dans Vallon, d'où ils chassèrent l'exempt des gardes-ducorps qu'y avait mis Des Réaux , en arrivant dans le pays. Mais, inquiets du voisinage du duc de Montmorency, ils appelèrent Châtillon, qui avait plus de cinq mille combattants autour de lui. Ce seigneur leur fit dire qu'il allait se mettre en marche pour les rejoindre par St-Âmbroix , Barjac et Vaguas.
La ville de Vallon se composait, à cette époque^ de près de trois cents maisons toutes protestantes. Elle avait de bons remparts, des fossés et une demi-lune qui faisait face au château, lequel était assis sur un point culminant, à cinq ou six cents pas de là, de manière à protéger un village entièrement catholique bâti au pied de l'éminence. Sa situation, sa proximité de Barjac et autres lieux où les protestants se trouvaient en grande majorité, lui donnaient beaucoup d'importance.
Le duc de Montmorency arriva sous ses murs avec son armée , le dimanche des Rameaux , et dès le lendemain , Vallon fut investi.
Toute la semaine se passa en escarmouches , dans l'une desquelles le capitaine St-Maurice, fils aîné de La Rochecolombe, fut blessé mortellement d'une balle qui lui traversa le corps.
Le huitième jour , quatre cents cavaliers tirés de l'Auvergne et du Velay , conduits par le vicomte de Polignac, vinrent renforcer* l'armée du duc. Le lendemain le canon ayant fait brèche, le marquis Des Portes allait ordonner l'assaut, lorsque d'Autiége,
sar le point d'être forcé, demanda à capituler. Des 4624. Portes le conduisit auprès de Montmorency, qui reçut ses propositions en présence d'une foule de gentilshommes qu'il avait assemblés à cette occasion. Le président Du Faure , le conseiller-d'état Bitaut et Des Réaux assistaient aussi à cette entrevue.
Le duc montra à d'Autiége assez de bienveillance, et lui représenta qu' « il y aurait eu plus de gloire » pour son courage, qu'il savait très-bon, d'em-^ » ployer son espée pour le service du roy, que » pour fomenter la rébellion d'une ville sédi- » tieuse (1). »
Il fut convenu qu'en moins d'une heure d'Autiége sortirait de Vallon avec les siens , sans tambours , les armes basses et la mèche éteinte; qu^en même temps tous jureraient de ne servir de six mois dans la province.
D'Autiége et ses troupes se mirent en marche pour se rendre à Barjac , où Ghâtillon était campé avec sept mille hommes d'infanterie , mille cavaliers et deux pièces de canon.
Quant à la ville de Vallon, elle fut livrée au pillage pendant une journée; le duc fit ensuite raser les maisons des habitants qui avaient appelé d'Autiége.
Ghâtillon aurait pu secourir Vallon et compromettre gravement l'armée du duc de Montmorency avec les forces qu'il avait à Barjac ; mais il tenait à rentrer en grâce avec la cour. Aussi s'empressa-t-il de désarmer, lorsque la capitulation de cette place fut connue. Il conclut même , peu de temps après,
( I ) BUtoire de la rébellUm en France , année 4 62 1 , page 78 .
^624. un traité avec le duc de Ventadour, Du Faure et Des Réaux , ce qui le rendit fort suspect aux religionnaires , qui lui donnèrent le surnom de Vescan^ bar Hat, root patois indiquant un homme qui a un pied dans un parti et un pied dans l'autre. Bientôt après l'assemblée de Nismes le destitua du grade de général des armées protestantes (1).
Appelé dans le Bas -Languedoc, oii les religionnaires continuaient à s'agiter, le duc de Montmorency quitta le pays avec ses troupes , laissant seulement à Villeneuve-de-Berg le régiment de Montréal.
Cependant les calvinistes , malgré la défense du roi , tenaient des assemblées à La Rochelle et suscitaient des troubles sur divers points du royaume. Ce prince, bien déterminé à y porter remède, se mit en route pour le Midi avec une armée. En apprenant cette détermination, les religionnaires se livrèrent à toutes sortes de vexations. Dès le 23 avril, ceux de Montpellier avaient fermé les portes de cette ville aux catholiques, avec défense d'en sortir, pas même pour inhumer leurs mortsdansles églises des faubourgs. Ceux de Gignac, peu de jours auparavant, avaient chassé de l'endroit quatre cents lamilles catholiques, et Brison, que les nismois avaient élu gouverneur de leur cité, mit le siège devant Serviez , au diocèse d'Uzès; mais le marquis Des Portes et le baron de Cauvisson ayant marché contre lui avec le régiment de Montmorency et quelque cavalerie , culbutèrent ses troupes et lui prirent le seul canon qu'il eût , après lui avoir tué
(4) Bernard, hisMre de ùmis XIII.
I>U VIVÀRAIS. 18J
«ne centaine d'hommes. Enfin, 1^ assemblée de La i624- Rochelle , à qui la prochaine arrivée du roi aurait dà inspirer de salutaires réflexions y ayant confirmé {a division qui avait été &ite des provinces en cer^ cle$ ou départements 9 ordonna à tous les calvinistes de prendre les armes, nomma un général dans chaque cercle , et conféra au duc de Bouillon le titre de généralissime, se réservant à elle-même l'autorité suprême. Elle fit divers règlements , soit pour la discipline militaire , soit pour Tadministration et la perception des fina0ce3. Elle établit deux conseils dans chaque cercle, Tun politique, Vautre militaire, et s'appropria tous les deniers royaux et ecclésiastiques; « en sorte que les prétendus réformés , disent » les auteurs de V histoire de Languedoc , firent assez » connaître le dessein qu'ils avaient depuis long- » temps de s'ériger en république (1). »
De telles mesures ne pouvaient être approuvées par des gens dévoués à la monarchie , quelle que fût d'ailleurs la divergence d'opinions religieuses ; aussi le duc de Bouillon et la plupart des généraux qui devaient commander dans les provinces , s'y montrèrent opposés, h^ maréchal de Lesdiguières , chef de tous les religionnaires de la Provence , du Dauphiné et de la Bourgogne, indigné de pareils actes , passa dans l'armée du roi.
La même assemblée donna au duc de Rohan le commandement du cercle du Haut- Languedoc et de la Haute-Guienne, et au comte de Châtillon, qui avait été nommé gouverneur de Montpellier,
(() Histoire générale de Languedoc , tome H y page $2^.
-162^ . celui du cercle du Bas-Languedoc. Le duc de Kohan entra en fonctions vers la fin de juin , et Châtillon se mit en môme temps k la tête des troupes de son cercle, mais avec une répugnance qui le rendit de plus en plus suspect à son parti. Une circonstance ne tarda pas à augmenter la défiance qu'il lui inspirait. Pendant qu'une assemblée de ce dernier cercle se tenait à Montpellier, Des Réaux, que la cour avait envoyé, comme on sait, pour calmer les esprits , chargea un nommé La Tour d'aller assurer ses membres des bonnes intentions du roi envers les calvinistes. Ceux de la ville ayant pris ce La Tour pour un espion, voulurent lui faire un mauvais parti: Le comte de Châtillon s'y opposa et le fit évader. Dès-lors il n'y eut qu'une voix contre le gouverneur; on cherchait à le faire destituer; mais Châtillon ayant adhéré aux décrets de l'assemblée de La Rochelle , parvint à se maintenir encore quelque temps dans l'exercice de ses fonctions.
Le roi poursuivait sa marche. St-Jean-d'Ângély, défendu pendant un mois par Soubise , frère du duc de Rohan, s'était enfin soumis à son autorité. Clairac, dans l'Agenois, l'Isle-Jourdain, Mauvoisin, Le Masde-Verdun et beaucoup d'autres villes protestantes avaient suivi l'exempl^e cle St-Jean-d'Angély, les unes volontairement, les autres après un(*, résistance plus ou moins longue.
Le 1 8 août , Louis XIII parut sous les murs de Montauban, dont il entreprit le siège, à la sollicitation des toulousains , qui avaient beaucoup k souffrir de la garnison de cette place , et qui offrirent de
contribuer aux frais qu'il devait occasionner (1). 4624, En effet, ils fournirent , pour ce siège, quinze pièces de canon , beaucoup de munitions de bouche et de guerre et un régiment de douze cents hommes, dont le commandement fut confié à Cornusson , sénéchal de Toulouse; plus, cent hommes de cavalerie et une foule de volontaires qui coururent se ranger sous les bannières du roi.
Montauban , que le duc de Rohan avait mis eu bon état de défense , et où venaient de se jeter le marquis de La Force, ses deux fils et plusieurs autres seigneurs protestants , était dans la résolution de se défendre jusqu'à la dernière extrémité (2).
Les approches du roi , loin de calmer Tefifervescence des religiounaires , semblaient au contraire Taccroître. Partout leurs outrages , leurs violences forçaient les catholiques à sortir de leurs villes. Les conseillers de la chambre de Tédit de Castres^ appartenant à ce dernier parti, avaient été obligés de se réfugier à Lautrec, puis à Yillemur, afin de ne pas être égorgés par leurs ennemis.
Le duc de Montmorency, pour mettre un terme à ces tlésordres , avait rassemblé à Cons, vis-à-vis de Valabrègues, un corps de troupes assez considérable, composé d'une partie de sa compagnie de gendarmes , sous les ordres du baron de Gastries, son lieutenant, de deux compagnies de chevaulégers de Cauvisson et Perrault, et de sept régiments d'infanterie, chacun de cinq cents hommes, et dont la plupart avaient combattu en Vivarais. Le 2 juillet^,
(\) Graramont, histoire ^ livre 9.
(2) Mmoire$ du duc de Rohan , liyre 2.
^62<. à la tête de cette armé^, il avait attaqué le lieu de Marguerites, situé à une heure de distance de Nismes, et s'en était rendu maître sur les calvinistes, après leur avoir tué une centaine d'hommes.
Le 6 juillet^ le sieur de Blacons^ qui avait été promu par les protestants à la dignité de gouverneur des églises dans toute l'étendue du Vivarais, secondé par les habitants du Cheylard, qui presque tous appartenaient au culte réformé, attaquait le château d'Anne de Lévy, duc de Ventadour, seigneur de l'endroit; mais le capitaine Du Bourgs qui en avait la garde , se défendit si bien , que Blacons et les siens , après avoir pillé l'église et quelques maisons , furent contraints de se retirer au château de La Chèze. Le 13, sur l'ordre du duc de Ventadour lui-même , le Cheylard et sa tour fur^it rasés.
Le 4 août, Blacons entreprit une course dans le Velay avec trois députés de l'assemblée de Privas. Il avait quatre cents hommes commandés par Châteauneuf, €eintres, €halard, Sibleiras et Goucoules gentilhomme dauphinois. Ce corps pilla La Louvesc, qui se trouvait sur son passage , traversa Tence et arriva à Issengeaux un peu avant le jour. Une brèche fut faite à la porte de cette ville au moyen d'un pétard. Geintres et Sibleiras y étant entrés , égorgèrent une femme et deux: hommes qui se trouvaient dans la rue. Ce fut leur premier exploit.
Les habitants prirent les armes au cri de vivent les églises 1 le curé du lieu accourut au milieu d'eux , et tua Ceintres et deux autres protestants à coups de hallebarde. Excités par ce courageux exemple , ses compagnons se jetèrent sur Sibleiras et Chala-
DU VIVABAIS. 185
mon, auteur du pétard qui avait brisé la porte, ^^24. et les massacrèrent. Les soldats, forcés de quitter la ville , furent assaillis par les gens du faubourg , qui les mirent dans une déroute complète. En ce moment survint Chattes , gouverneur du Velay , à la tête des paysans des environs , qui , voyant les protestants en fuite , coururent aussitôt sur eux et en firent un tel carnage que Blacons ne rentra à Privas qu'avec quarante hommes, laissant Coucoules et d'Audemard prisonniers à Issengeaux. L'imprudence de ce chef fut hautement^blâmée par les privadois , qui lui reprochèrent d^avoir conduit tant de braves gens à la boucherie (1).
Châtillon ayant compris combien il importait, sinon de détruire du moins d'atténuer la gravité des soupçons dont il s'était rendu l'objet auprès des religionnaires , tant par son inaction à Barjac qu'en facilitant l'évasion de La Tour à Montpellier , avait formé une armée de quatre à cinq mille hommes, etrepris Marguerites et Clapiers, qu'occupaient les catholiques.
Dans ces entrefaites, un bâtiment hollandais, chargé d'armes et de munitions pour les protestants, fut saisi à Cette (2). Ceux-ci se vengèrent de cette perte en saccageant plusieurs villages catholique^
{{) Grammont , histoire, — Mercure franchit , année 4 621 .
^ Ce bftlioient fut pris le S août. Le lendemain y le due de Montmorency qui p^ trouvut à Pézénas , se rendit k Cette et le visita. Il contenait : « Sii doubles » canons , huit pièces de campagne dictes moyennes , sans compter les huit de » Farmement dudict yaisseau , quatre mille mousquets , quatre mille dragonneaux • •« cardbines , deux mille cinq cents pistolets, cinq cents cuirasses, deux mille » cinq cents piques , dnq cents casques , deux cents quintaux de poudre , un gran^ » nombre de boulets et bdies pour les canons et pièces de campagne^ quantité dq
^62^ . et le château de Mirabel dont ils tuèrent le seigneur. Malgré ces hostilités, Châtillon faisait tous ses efforts pour ramener les religionnaires de son département à un accommodement avec les catholiques. Cette conduite fit renaître les défiances de son parti ; bientôt un démêlé qu'il eut avec le duc de Rohau acheva de le perdre dans l'esprit des calvinistes.
Ce duc, après avoir pourvu à la défense de Montauban, que menaçaient les principales forces catholiques , prit la résolution de former à Milhau un corps d'armée qui pût secourir efficacement la première de ces villes. Dans ce but, il demanda quatre mille hommes au Bas -Languedoc et aux Cévennes. Châtillon, dont cette levée contrariait les vues secrètes , chercha un prétexte pour l'empêcher. Il commença par se formaliser de ce que Rohan venait donner des ordres dans son gouvernement, et fit ensuite tous ses efforts pour le contrecarrer et s'opposer à ce que les religionnaires allassent le joindre. Le duc eut alors recours à l'autorité suprême du cercle, composé, comme il a été dit, des provinces du Haut et du Bas-Languedoc, des Cévennes, du Vivarais et du Dauphiné, lequel s'étant assemblé à Njsmes, se prononça en faveur de la leyée.
Rohan ayant donc réuni à Milhau les quatre mille hommes qu'il réclamait , plus mille autres qu'il arma et équipa à ses frais, se mit en mesure de forcer les troupes royales qui bloquaient Montauban à
• plomb, etc. ; le tout estimé deux cent mille écns. » Histoire de la rébeUUm e% France , année i 02i, page 464 .
Cet envoi était adressé au comte de GhÀtillon , par le comte Maurice de Nassau.
DU VIVARÀIS. 187
S* éloigner de cette place. En conséquence, il ordonna ^62< . au marquis de Malauze , qui commandait dans TAlbigeois et le Rouergue , à Leran , ancien enseigne du duc de Montmorency , et à Lauraguais , de rassembler toutes les troupes que les colloques pourraient leur fournir, et se porta sur Castres, où il fit convertir en pièces d'artillerie toutes les cloches des églises catholiques.
Les manœuvres de ce seigneur n'avaient point échappé à l'active surveillance des agents du roi. Ce prince ayant pénétré ses intentions et voulant l'empêcher d'arriver jusqu'à Montauban, envoya le duc d'Angoulême sur le Tarn avec quatre mille hommes d'infanterie et cinq cents cavaliers , qui , d'après ses instructions , durent feindre d'attaquer la ville de Lombers, que dominait un château occupé par les catholiques. Trompé par cette démonstration , le duc de Rohan détacha Boyer, l'un de ses mestresde-camp, avec mille hommes, pour joindre Malauze, St-Rome et le baron de Sénégas , qui se trouvaient à Réalmont avec trois mille fantassins et quatre cent cinquante cavaliers. Le duc d'Angoulême s'étant retiré , comme il devait le faire , dans le cas oti l'armée calviniste donnerait dans le piège , Malauze, au lieu d'attendre le duc de Rohan, alla assiéger Le Fauch, lieu fortifié dans le voisinage, et dont il se rendit maître, après avoir perdu Boyer, qui fut tué dans la lutte. Dans ce moment, le duc d'Angoulême, qui de Lombers s'était rendu à Lautrec , en s'emparant lies places de Castres et de Réalmont, parut tout-a-coup devant Fauch avec ses forces, grossies dé mille fantassins fournis par l'évê-
-1624. que d'Alby, et ayant sous ses ordres le comte d'Àlais, son fils, d'Elbène, Cornusson et autres seigneurs distingués. Un combat des plus meurtriers s'engagea. Malauze y eut quatre cents hommes tués et deux cents blessés; de ce dernier nombre furent St-Amans et Nogarède, mestres-de-camp, Sénégas, capitaine de chevau- légers, et une quarantaine d'autres officiers. On lui fit en outre plus de cent prisonniers.
La perte des catholiques fut moins considérable: ils eurent cinquante hommes tués, dont trois ofliciers de chevau-légers.
Malauze , réduit à capituler , obtint , pour lui et les siens, la vie sauve et la faculté de se retirer avec les honneurs de la guerre, sous la promesse de ne porter de six mois les armes contre le souverain.
De son côté Montmorency, alla joindre le roi à Montauban , avec les régiments de Portes , que les habitants du pays appelaient le régiment de Languedoc, de Rieux, de Moussoulens, de La Roquette, (Je Des Réaux et de Fabrèges , commandés par les jseigneurs dont ils portaient les noms.
Vers le commencement d'octobre, Montréal reçut l'ordre de conduire à la même destination les régiments qui ayaient été laissés en Vivarais. Le duc de Ventadour, inquiet au sujet de deux canons qui étaient restés à Chomérac depuis le départ du duc de Montmorency, et craignant qu'ils ne tombassent centre les mains des calvinistes, qui assiégeaient cette ville, où le sieur de Pampelone se trouvait avec sa compagnie , chargea Montréal de les retirer, dans
Sa marche : ce qui fut exécuté. MaisTennemi ayant 4634. été informé de ce fait , se porta sur le passage des canons , qu'on dirigeait vers le Hhône , avec la résolution de les enlever. La chose lui paraissait d'autant plus facile que le pays qu'ils devaient traverser était couvert des troupes de Blacons , qui occupait St-Vincent-de-Barrès. Néanmoins le duc de Ventadour parvint à les sauver , après un combat qui dura depuis sept heures du matin jusqu'à deux heures après-midi. Les calvinistes perdirent trois fois plus de monde que les catholiques dans cette affaire (1). Quinze jours après, Chomérac, privé de défenseurs, recevait une garnison protestante. Le château de Vallon, qui se trouvait comme Chomérac entouré d'ennemis et dénué de secours, car le siège de Montauban attirait presque toutes les forces des catholiques , était aussi sur le point de tomber au pouvoir des calvinistes, qui le tenaient bloqué. L'officier qui y commandait menaçait même de l'abandonner, si on ne lui envoyait bientôt des hommes et des vivres pour pouvoir s'y maintenir. Les sieurs de Plaisiant, de Baubiac et quelques-uns de leurs amis ayant rassemblé trois ou quatre cente hommes^ se dirigèrent sur Vallon , en suivant le bois de St- Remèze , et parvinrent à introduire dans le château les secours réclamés. Mais l'alarme fut donnée, les prolestants accoururent de Vallon , de La Gorce, de Vagnas , de La Bastide-de-Virac, au nombre de quatre à cinq cents. Connaissant parfaitement la
(i) Lef catholiques n'eurent que qaatro homme» tuéi. Le nombre de leurg bleis^s fut de trente-huit , dont le capitaine de la Yisclède, deux tergenU et trente-cinq •dUilf. BitMre générale de la rébellUm , année 4 621 , page 589.
\62\. localité, ils atteignirent sans peine leâ catholiques, en un mauvais passage appelé le SauP-du-Loup , et en firent un carnage affreux.
Le baron de La Gorce , gendre de Montréal , et nouvellement converti à la foi catholique, avait voulu prendre part au siège de Montauban , à l'exemple des autres gentilshommes du Vivarais; mais étant devenu , par sa conversion , l'objet de la haine particulière des calvinistes du pays, et ayant tout à redouter de leur vengeance, il jugea prudent, avant départir, de mettre son château de Salavas à Tabri d'un coup de main. Il y plaça une garnison de quatre-vingts hommes déterminés, avec des provisions sui&santes pour long -temps. Cela fait, il quitta la contrée avec toute la sécurité que pouvaient lui inspirer ses précautions et la position avantageuse de son château. Mais il n'avait pas prévu la trahison dont il devait être victime. En effet, il y avait parmi les soldats de cette garnison un serrurier, nommé Chalanqui, natif du lieu de Salavas, et en qui le baron avait toute confiance, quoiqu'il appartînt à la religion protestante. Dès que ce seigneur fut parti , Chalanqui , cédant aux suggestions de son père et de son frère , établis dans le pays, introduisit ce dernier dans le château avec un de ses parents de Vallon , du nom de Sautel , lequel y attira à son tour un des fermiers du baron, qui s'y présenta sous prétexte de régler des comptes avec M""* de La Gorce.
Dans ce moment, le sieur d'Arcus, commandant de la garnison, était à diner dans une maison du village, et ses soldats jouaient aux quilles dans la
DU VlVARAtS. 491
cour du château. Chalanqui saisit cette occasion 4621. pour donner à son père le signal convenu. Tout aussitôt une soixantaine de protestants, cachés dans une grotte voisine , fondirent sur le château , en brisèrent les portes avec des pétards et s'en rendirent maîtres à l'aide des calvinistes du village, qu'on avait eu soin de meltre dans le complot.
Au bruit du premier pétard, le fermier, nommé Théophile , se saisit d'un grand couteau de cuisine et monta à la chambre de la baronne , avec la résolution de l'égorger ainsi que ses enfants; mais^ au moment où il allait consommer cet horrible forfait, le sergent qui commandait en l'absence de d'Ârcus, survint et retendit mort d'un coup d'épée qui lui traversa le corps. Assailli à son tour par les furieux qui venaient d'envahir le château , ce brave eut la tête brisée d'un coup de mousquet. Un vénérable ecclésiastique qui se trouvait avec M"** de La Gorce, reçut cinq blessures; mais il fut encore assez heureux pour se sauver au milieu du tumulte.
Le château était pris. Mais il restait une tour appelée la Tour-du-Bateau , qui était défendue par trente soldats. Vainement les protestants l'assiégèrent pendant un mois; elle résista à toutes leurs attaques. L'infâme Chalanqui imagina alors un moyen affreux , mais infaillible pour la réduire. Il se saisit de la baronne de La Gorce et de ses enfants; il les entraine devant la tour, et , le poignard sur la gorge , il somme la noble dame d'en ordonner la reddition. La digne fille de Montréal hésita d'abord; mais ayant jeté les yeux sur ses enfants , la tendresse
^62^. materaelle remporte sur la résolution qu'elle avait prise de mourir plutôt que de céder à la violence de ses ennemis. La tour eut le sort du château.
Les calvinistes ayant dépouillé la baronne de ses bijoux et même de l'anneau nuptial qu'elle avait au doigt, paraissaient disposés à se livrer envers elle aux derniers outrages , lorsque le sieur de Blacons, que les coups de feu tirés pendant le siège avaient amené , vint interposer son autorité et la soustraire à leur fureur.
Cependant les forces imposantes que le duc de Rohan avait conduites devant Monlauban, et une maladie pestilentielle qui décimait l'armée du roi , jetèrent le découragement parmi les assiégeants. Bientôt la désertion acheva d'éclaircir leurs rangs : en une seule nuit plus de trois mille disparurent. Le roi, après avoir pris conseil de Lesdiguières, ordonna la levée du siège, et laissa au maréchal de St- Géran le soin de tenir la ville bloquée (1).
(I) Peodaot le siège de BfonUaban il se passa uo éyénement assez bizarre et que Dons croyoBS devoir rapporter :
Le marquis de La Force , qui se troufait daas la place , le 9 octobre , envoya un cahioiste des eoTiroos de Joyeuse , nommé YidaleBchey dans le camp du roi , afia de s'assurer des dispositions des assiégeants. Pris et reconnu comme espion , Vidalencbc fut condamné k être pendu k la rue des assiégés. Deux capucins Payant con- Terti et absous de son crime , il fut lirré au bourreau. L'exéeuteor de la lumta justice le monte k Péchelle et se met eu devoir de le pendre ; mais la corde casse et le condamné tombe droit sur ses pieds , sans se faire le moindre mal. On le remonte k la potence atec une double corde au coup ; au moment de Pexécution y la double corde casse et le ▼ivarais tombe pour la seconde fois sur ses pieds , sans plus de mal que la première. Des remparts et du camp partent des cris au miracle I Pendant qu'on se rend auprès du roi pour l'informer de ce qui se passe et demander la grâce du criminel ^ la baurreaa veut contemmer son csavre : il passe une triple corde au cou du patient ; mais elle casse encore : et Vidalencbe se retrouvé sur ses pieds comme aux deux premières épreuves. Le roi , instruit de ces particularités, fit grâce au condamné.
DU VIVAtlAI». 193
Lotiig XIIÏ avâit perdu, dans cette entreprise, près 4 fâl . de hait mille hommes , parmi lesquels Se trouvaient plusieurs personnages distingués , tels que Henri de Lorraine, duc de Mayenne; le marquis de Villarg, frère utérin de ce duC ; le vicomte de Themines, fils du maréchal de ce nom; le vicomte DuBosc, cousin germain de ce dernier j Sarroque, premier capitaine du régiment de Normandie, etc.
Le bruit avait couru en Vivarais que le baron de La Gorce avait aussi succombé sous les murs de Hontauban , ce qui faisait espérer aux habitants du pays de le voir remplacer dans ses domaines par d'Àpchier, qui avait des prétentions à son héritage. Mais il avait échappé aux balles et à l'épidémie. Ce brave gentilhomme revenait chez lui , lorsqu'il tomba dans une embuscade que lui avait dressée St-Blancard, près d' Aiguës- Mortes, arec des troupes de Ha garnison de Peccais. Mais il parvint à se soustraire au danger , après avoir reçu quatre un cinq blessures. Le sieur de Cbaussi ^ qui l'accompagnait, et quelques-uns de seê cavaliers furent moind heureux : ils restèrent au pouvoir des calvinistes.
De retour en Vivarais y le baron de La Gorce songea à tirer vengeance de ses ennemis* De coneert avec Montréal , qm était revenu aussi du siège
L'auteur de V histoire de la rébellion en France j année 162\ , tn rapportant celte anecdote, ajoute :- « Ce faicl , tenu pour un miracle noroire , fui publié par » toute la France ; i'en ay yen lettre cscrile par le R. P^ Artooax ^ iéftUité , à* » monaieur le cardinal deLaBochélbuoauUy et adej^uia esltf confirmé par Idtes- » moignagede tous ceulx qui assistëreutà ladicte exécution. » En admettant l'exactitude dé te Cnt extr&otdrnarre, Ue serait-il pas plus naturel dé fattrilMier à hr edtniWtoce-diES deux captrciiis avec le^arreao , cp^à un miraefo de la prof idevee ?
1621. de Montauban , il forma le projet de s'emparer de Barjac, place très-importante k cause de sa situation et qui n'est éloignée que de deux petites lieues de Salavas. Voici comment il comptait le réaliser.
Barjac n'avait qu'un pont-levis , établi à la porte du ravelin; en avant de ce pont était une tourelle servant de corps-de-garde aux patrouilles. Cette tourelle avait une fenêtre ; il s'agissait d'introduire par cette fenêtre assez de poudre pour faire sauter la tourelle, pendant qu'un homme se glisserait derrière le pont-levis au moyen d'une échelle dressée contre le ravelin ; une fois là , cet homme devait abattre le pont, en arrachant, avec de fortes tenailles, la serrure qui le maintenait levé , et faciliter ainsi le passage des troupes , puis renverser la maitresseporte avec un pétard. Tout cela avait été jugé trèspraticable par Montréal, qui se chargea lui-même de diriger l'affaire. Douze cents hommes furent amenés secrètement sur les lieux ; mais au moment où l'on mettait la main à l'œuvre , le canon du duc de Rohan, qui assiégeait Carbonnières , se fit entendre. Montréal , obligé de porter des secours de ce côté, confia l'entreprise à Du Cros-des-Bains , qui^ étant tombé malade, la remit à Castre vieille et au baron de La Gorce. Ceux-ci se rendirent près de Barjac , où ils trouvèrent les sieurs de La Vernade, de La Roche, du Main, de Yinezac, Des Craux, Des Courbières et autres, qui s'y étaient donné rendez-vous.
Le projet fut mis à exécution; mais il n'eut pas le résultat qu'on espérait. L'échelle par laquelle on devait atteindre à la fenêtre du corps-de-garde se
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trouva trop courte; celle qu'on dressa derrière le 4 621. ravelin fut brisée par un bloc de pierre lancé du . haut des remparts, et on ne put la remplacer. Néanmoins la principale porte fut enlevée par un pétard. Vinezac, Lavemade, Laroche et Du Main pénétrèrent jusqu'au pont-levis, que défendait vigoureusement le poste de la tourelle; mais, malgré tous les efforts, ce pont ne put être abattu. Par surcroît d'embarras le jour survint; alors, les catholiques forent contraints de se retirer, abandonnant pétards , échelles et un mort. Us eurent dans cette affaire plus de trente blessés , au nombre desquels se trouva Du Main. ^
Désespéré d'avoir échoué dans cette tentative, et dominé par le désir de se venger de ceux dont il avait le plus à se plaindre, le baron de La Gorce alla s'embusquer avec une trentaine de cavaliers au gué de Salavas , près de Vallon , et ordonna au sieur de PeroUe d'attirer l'ennemi sur ce point en manceuvrantaux environs delà place avec quelque» chevaux et cinquante fantassins. Perolle se mit eu devoir de remplir sa mission; mais au moment où il s'approchait de Vallon , Boule , de Salavas , en sortit avec quatre-vingts hommes qui ayant. été joints en un instant par un pareil nombre de ceux qui occupaient La Gorce, fondirent sur son détachement et le mirent en fuite sur Ruons , village situé à demi-lieue de là. Cette retraite précipitée laissait le baron de La Gorce et ses cavaliers sans appui. Néanmoins, ne consultant que son courage et le sentiment de vengeance dont il était animé , il se précipita, avec les siens, sur les calvinistes, qui.
t62l. intimidés par l'impétuosité de cette charge, coam- ^ rent se réfugier dans une maison isolée , appartenant à un nommé Barques. Le baron ne pouvant les forcer dans cette position, prit le parti de se retirer. L'ennemi, voyant ce mouvement rétrograde, fit une sortie et se mit à sa poursuite. Un combdt très-vif s'engagea; plusieurs hommes furent tués de part et d'autre. Le baron, secondé par le capitaine Claron, homme d'une bravoure extraordinaire, voulut opérer une nouvelle charge; mais un feu de mousqueterie mit ses cavaliers en déroute. Blessé en plusieurs endroits et privé de son cheval , qu'une balle venait d'abattre , il tomba au pouvoir de ses ennemis, qui voulurent en vain lui arracher son épée; ils ne l'obtinrent qu'avec sa vie.
Le capitaine Claron, voyant son ami expirant, résolut de venger sa mort. Son cheval était blessé; il mit pied à terre, et, se jetant dans la mêlée, le pistolet d'une main et l'épée de Tautre , il fit mordre 4a poussière à cinq ou six calvinistes; mais, criblé de blessures , écrasé par le nombre , il tomba laimême mourant sur le corps du baron.
Boule ne tarda pas d'expier cette victoire. Quelques jours après il se mit à la tête de deux cents hommes qu'il avait ramassés à La Gorce , Vallon et Sala vas, et parcourut les environs de St-Remèze, dans le but de s'emparer du bétail; mais les paysans, qui se tenaient sur leurs gardes, donnèrent avis de son projet aux catholiques du Bourg-St*Andéol. Ceux-ci accoururent au nombre de trois ou quatre cents, et tombant à l'improviste sur les gens de Boule j les mirent en déroute et vengèrent par sa mort celle du baron de La Gorce.
DU VIVAJUIS 197
A quelqoes jours de là, deux protestants de la 4621. garnison de Salavas, qu^on avait laissés seuls dans te château , émus des malheurs de la famille du baron de La Gorce, eurent la généreuse idée de profiter de l'absence de Ghalanqui , devenu capitaine depuis sa trahison, pour le restituera la malheu* reuse veuve. En conséquence, ils en fermèrent les portés, et lorsque Ghalanqui se présenta pour y i^ntrer, ils n'hésitèrent pas à lui &ire connaître leur résolution. Bloqués à l'instant même , ils firent bonne contenance pendant deux jours et tuèrent plusieurs des assaillants qui s'étaient un peu trop approchés des cours , entre autres l'oncle du capitaine Ghalanqui. Mais n'ayant pas eu la précaution d'appeler les catholiques à leur secours , ils fiirent enfin obligés de capituler.
Les religionnaires du Vivarais regrettaient fortement la perte qu'ils avaient faite de Villeneuve-de- Berg. Gette place ayant été donnée par le roi à Montréal avec morte -paie, ce seigneur y avait mis SQU fils, le sieur de Jonas, avec sa compagnie, ei le sieur de Vinezac avec la sienne. Gette garnison, selon l'occasion , protégeait ou défendait le passage des troupes qui allaient ou venaient du côté de Montpellier et de Nismes , ou qui, des Gévennes, se rendaient aux Boutières ou dans le Dauphiné. Bla- Qpns , comprenant tout l'avantage de sa position, ne négligea rien pour le reprendro,
La garnison de Villeneuve-de-Berg entreteniait au fort du Pradel, situé k un quart de lieue de là, une vingtaine de soldats qui étaient journellement aux prises avec ceux de Mirabel. Au moindre danger le
1621. capitaine Abraham^ qui commandait le fort, en donnait avis à Villeneuve-de-Berg , et tout aussitôt accouraient de cette place des troupes qui forçaient les calvinistes à rentrer chez eux. Blacons crut pouvoir tirer parti de cet état des choses. Il aposta, pendant la nuit, un millier d'hommes aux environs de la ville , les uns à Javelier , les autres à Berg , et le surplus dans le bois du Pradel. Les soldats de Mirabel étant venus , comme de coutume , pour provoquer ceux du Pradel, Blacons envoya deux des siens crier au gens de Villeneuve-de-Berg que la capitaine Abraham réclamait de prompts secours, faute desquels le fort du Pradel allait être pris par les calvinistes. La garnison, alarmée de ces nouvelles, se disposait à sortir, lorsque le piège fut dénoncé par un espion. Le plan de Blacons était de l'attirer au dehors par ce stratagème , de fondre sur elle, de l'écraser et de s'introduire dans la place au moyen d'échelles qu'il avait fait préparer et cacher dans le bois du Pradel. L'entreprise ayant échoué , il se retira.
Quelques escarmouches eurent lieu, plus tard, entre Montréal et les religionnaires de La Gorce, de Vallon et de Barjac. La perte des partis ne fut pas considérable; toutefois les catholiques eurent à regretter celle du sieur de Surville, vieux et brave capitaine , qui fut tué d'un coup de mousquet près de Rochecolombe. ,
Jbe roi, enlevant le siège de Montauban, s'était rendu à Toulouse, où il arriva, le 14 novembre, suivi de Monsieur, du connétable de Luines, du prince de Joinville, son grand chambellan, du cardinal de Retz, des ducs d'Elbeuf, de Luxembourg
pu vivAJUïs. 199
et d'Halwin, du maréchal de Praslin et autres 4621. grands persoBoages de sa cour. Pendant son séjour dans cette ville , il transféra à Frontignan le gouvernement et le siège présidial de Montpellier, à cause de la rébellion de cette ville
Quelques jours avant de quitter Toulouse, il apprit la défaite de trois mille protestants que le duc de Rohan avait envoyés dans le pays de Foix.
Ce fut au milieu de ces circonstances que le comte de Châtillon, fatigué de la morgue et des airs d'autorité du duc de Rohan, abandonna décidément le parti calviniste. Du reste , dès le 20 octobre , les députés des cinq cercles assemblés à Nismes l'avaient déclaré déchu de tous les pouvoirs que lui avait conférés l'assemblée de La Rochelle, notamment du grade de général des religionnairés dans le Bas-Languedoc , les Cévennes , le Gévaudan et le Vivarais, et des titres de gouverneur de Montpellier et d'Aigues-Mortes.
Ayant répondu à cet acte injurieux par un mémoire justificatif de sa conduite, Châtillon se retira dans cette dernière place, et s'y fortifia. Les habitants de Montpellier se prononcèrent contre lui et arrêtèrent son fils, le comte de Coligny, et M"* de St-Germain , sa belle-mère. Les calvinistes du Bas- Languedoc, l'ayant également désavoué, tentèrent de lui enlever Aigues-Mortes , en corrompant Corbières , son lieutenant , qui devait leur livrer cette place moyennant trente mille écus. La tentative éiJhoua, et les états de la province, assemblés à Carcassonne, le 18 novembre, résolurent de secourir Châtillon.
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4621. Quelques jours après j on apprit que les calvinistes du Bas-Languedoc avaient enlpvé les places d'AIzon et de Vissée, dans les Cévenues, et de Gabian, au diocèse de Béziers. On fut également informé que le roi avait nommé le comte de Garmaing et le marquis Des Portes , maréchaux-de-camp de rarndée qui s'organisait en Languedoc pour affran^ chir les catholiques du joug des calvinistes, qui, étant les plus forts dans beaucoup de localité^, leur faisaient'souffrir mille maux,
En çffet, les nismois, qui avaient élu Brison pour gouverneur , autorisés par une ordonnance de leur cercle, à la date du 15 décembre, qui prescrivait la destruf^tion des églises , couvents et clochers, sous prétexte qu'ils pouvaient servir de forteresses aux catholiques et préjudicier à la sûreté des religionjiaires, se portèrent à la cathédrale pour la démolir, pillèrent sa sacristie , puis l'évèché , abattirent les maisons des prêtres et ne craignirent pas de violer Tasile des morts , d'exhumer les corps des catholiques pour leur enlever quelques joyaux qui leur avaient été laissés. Ces désordres durèrent plusieurs jours , pendant lesquels les plus effrénés des calvinistes parcoururent les rues en criant qu'il fallait que tous \e^ philistins (catholiques) quittassent la ville ou qu'ils abjurassentjafajt^au^', menaçant de retenir prisonniers de guerre tous ceux qui n'obéiraient pas.
A Montpellier, même tumulte, mêmes violences de la part des religiotmaires. Le 3 décembre , après avoir assisté au prêche , ils vont piller et incendier les églises, enpoussant des hurlements effroyables (1 ].
(I) Histoire générale de Languedoc, tom. 5 , page 550.
Un peu plus tard, ils se jeltent sur la maison des 4621. chanoines, enlèvent et brûlent le$ archives du chapitre et des titres précieux. Dans la nuit du 16 au 17, ils abattent l'église de Notre-Dawe-des-Tables , celle de la Canourgue et cinq ou six couvents ; enfin ils vont jusqu'à déterrer les cadavres et disperser leurs ossements.
A tunel, à Uzès, à Alais, au Bourg-St-Andéol, danç presque toutes les villes du Bas-Languedoc, on vit les mém^s excès, les mêmes profanations* Trente-six églises furent entièrement détruites dans cette partie de la province.
Le Haut-Languedoc n'eut pas moins à souffrir de la fureur des calvinistes. Là , ils poussèrent la cruauté et rignominie jusqu'à crucifier les prêtres, violer les femmes et les filles , même celles à peine âgées de dix ans (4),
Le duc de Rohan, dans l'objet de rétablir la 4622. concorde entre le Bas-Languedoc et les Cévennes,^ qui étaient en dissentiment avec les trois autres cercles, se rendit à Montpellier, où le sieur de La Pesdièré commandait en remplacement du comte de Châtillon. Il y fut reçu avec tous les honneurs qu'on pourrait rendre à un souverain , le 1 *^'' janvier 1622. Dès son arrivée, les catholiques le firent prier de les protéger et de leur permettre de se livrer aux exercices de leur religion; mais il repoussa leurs instances et leur. défendit même de s'assem-^ bler et de quitter la ville sans son autorisation.
Il nomma le marquis de La Charce son lieutenants
(I) Histoire génèraU de la rébeUUm en France , année 1624 , page 637.
4622. général dans les Gévennes, et donna le gouvernement de Sommières k CoUonge, son favori; puis il se mita lever des troupes, afin de résister aux ducs de Montmorenoy, de Guise et de Lesdiguières , qui se disposaient à Tattaquer, de concert avec le comte de Châtillon.
Sa position était d'autant plus critique que Blacons, son lieutenant en Yivarais, lui demandait en ce moment un secours de cinq cents hommes , dont il avait besoin pour lutter contre une armée catholique qui menaçait les places du Pouzin et de Bays. Le duc, connaissant l'importance de ces deux positions, se rendit en toute hâte dans les Cévennes, et envoya, d'Alais et de St-Ambroix, le secours réclamé ; mais Blacons ne devait pas le recevoir.
Montréal, qui était à Villeneuve-de-Berg , ayant appris que ce renfort arrivait à La Gorce , en donna aussitôt avis à plusieurs gentilshommes cathoUques, qui accoururent avec cinq ou six cents soldats qu'ils s'étaient empressés de rassembler. Ce corps , commandé par Montréal, qui avait pour lieutenants les sieurs de Vinezac, Des Armecènes, de La Teaule, Beauvais de Plaizian et autres , se dirigea sur Mirabel par le coteau des Pradiers , afin d'éviter la cavalerie ennemie. Les deux partis furent bientôt aux prises , et se battirent avec une égale valeur. La victoire était incertaine, lorsqu'on apprit l'arrivée du duc de Ventadour, que Montréal avait avisé du passage des cévénéens. Ceux-ci, à cette nouvelle, reprirent bien vite le chemin d'Alais, laissant au pouvoir des catholiques plusieurs drapeaux et deux pièces de panon.
1)U VIVARÀIS. 203
Désappointé de ce contre-temps, le duc de Rohan 1622. se décida à faire des propositions à Lesdiguières , afin de retarder sa marche. Le maréchal se montra d'autant plus disposé à les entendre que le roi l'avait chargé d'entrer lui-même en accommodements avec le chef des armées calvinistes. Il envoya donc à ce dernier , dans le commencement de mars, le sieur Du Croa , président du parlement de Grenoble , homme prudent , plein d'éloquence et dévoué au roi, quoiqu'il appartînt au culte réformé, elle sieur Du Mas de Vercoiran, également calviniste, pour s'entendre avec Rohan. L'entrevue de ces personnages alarma les catherinots[\ ], qui, excités par Suffrein , l'un de leurs ministres, se portèrent à l'hôtel du président Du Gros , à deux heures après minuit, et l'accablèrent de reproches : « Ah! tu » viens, disaient-ils en le menaçant, tu viens pour » débaucher le duc de Rohan et nous livrer à ton » beau Lesdiguières! » Du Gros essaya d'apaiser leur fureur et de leur faire connaître l'objet de sa mission; mais à peine eut-il ouvert la bouche qu'il tomba percé de vingt coups d'épée. Du Mas de Vercoiran, témoin de cette horrible scène et ayant tout à craindre de la rage des factieux , sauta par une fenêtre pour s'y soustraire, et se cassa une jambe. Le fils du président, qui avait accompagné son père à Montpellier, n'échappa à la mort qu'en se cachant derrière une tapisserie.
Le duc de Rohan fut si vivement affecté de cet assassinat qu'il en eut une maladie de plusieurs
(4) C'est ainsi ^a'on désignait les protestants les plus exaltés.
4022. jours; et il est juste de dire que sa douleur lut partagée sincèrement par tout ce qu'il y avait d'honorable dans son parti.
Les assassins furent recherchés; mais on ne put en arrêter que quatre , les autres étant parvenus à s'échapper. Ces misérables furent livrés au bourreau et exécutés sur la principale place de Montpellier* L'un d'eux, avant de mourir, déclara qu'ils avaient été poussés au crime par le ministre SufiFrein.
Cependant le duc de Lesdiguières, qui venait de pacifier le Dauphiné (1 ) , avait formé à Valence une armée de près de sept mille hommes, dont cinq cents de cavalerie. Il la fit embarquer sur le Rhône, sous la conduite de deux de ses maréchaux-de-camp, le comte de Maugiron et le marquis de Bressieux. £n même temps il écrivit à ses coreligionnaires du Languedoc pour les engager à expier leurs fautes par une prompte soumission. Sa lettre, toute paternelle , se terminait ainsi :
« Qiiand une heureuse paix nous feroit encore » un coup gouster les fruicts de ses fabveurs et que » vous vous présenteriez au roy avec les clefs de vos » villes et de vostre cœur, ce n'est pas le pis que » vous pourriez faire; au contraire, cela vous don- » neroitplus de repos et en vos affaires et en vostre
(4) Les proteitants du Daopbiné , irrilés de la détentioi du coînte de La Soie et autres chefs de leur parti , s'étaient souleyés ?ers la fin de 4 62 1 et livrés à des excès «nvers les catholiques. Les châteaux de Mollans , Beilhanette , Puygiron , Maxenc, * Poèt'Laval, La Beaume-Coroillanney Gmpies, Pilan et autres du Diob pétaient tombés en leur pouvoir. Ils ataieut détruit les églises du plat pays et conterti les 'Cloches en canons ; puis s'étant emparés du Pouzin et de Bays , ils exerçaient , sous les ordres de Blacons et de Montbrun, gendre du duc de Lesdiguières , toutes sortes de brigandages sur les deux rives du Rb6ne. Lesdiguières , sans égard pour les liens de famille , poursuivit Monlbrun k outrance et le contraignit ! mettre bas les s et ! licencier sesiroupes.
» conscience , pirigqne le roy ne veut auconement 4022. » altérer ni rompre les édicts qn'il a faicts en vostre » fabveur. Yous y penserez. Je prie Dieu qu'il vous » esclarcisse davantage et que vous puissiez 1er- » miner tout différend par une longue et heureuse » paix. Adieu. »
Dès que ses troupes eurent débarqué et investi le Pouzin , il se rendit de sa personne à Loriot et fit jeter un pont de bateaux entre ce bourg et le Pouzin; ensuite il arma un grand bateau d'opérations, dont il confia le commandement à Lamarette, frère cadet de Pierrôgourde.
Maugiron y qui était allé prendre position entre Bays et le Pouzin, avec une partie de la flotille^ fut Iqé d'un coup de mousquet qui lai coupa la veine jugulaire au moment où il passait devant les ruines d'ime ancienne église.
Le Pouzin fut vivement attaque. Pendant que le château était foudroyé par trois bouches à feu , trois aotres pièces d'artillerie dirigées sur la ville, ruinaient ses remparts et ses bastions* Bientôt une brèche fut ouverte. Ayant para suffisante pour livrer passage aux troupes y le régiment de La Beaume^ d'Hostun se porta , par la droite y vers la rivière d'Ouvèze, celui de Sault sur le Bastion-Vert, et celui de La Grange à la porte du chemin qui conduit à Privas. Les assiégés combattirent vaiUam^ ment et parvinrent à repousser plusieurs fws l'ennemi, qui éprouva des pertes considérables; sa défaite pàrais^it même certaine lorsque Bressieux étant arrivé avec la noblesse du pays, ordonna la retraite.
1622. Jarjaye Du Pilon, l'un des lieutenants de Blacons, fit alors une sortie à la tête de cinquante hommes, et combattit corps à corps Charamande , capitaine au régiment de La Beaume-d'Hostun. Montchalin, son unique enseigne , craignant de perdre le drapeau qu'on s'efforçait de lui arracher, le roula autour de son corps et se laissa couper le poignet qui tenait la pique à laquelle il était fixé (1).
L'assaut fut néanmoins continué par le comte de Tallard, qui , secondé par un sergent d'une rare bravoure , contraignit Jarjaye Du Pilon et les siens à rentrer dans la place. Ce sergent , après avoir monté trois fois à la brèche , fut frappé mortellement d'une balle. Le canon de Lesdiguières ayant élargi cette brèche, il allait ordonner un assaut général, lorsque Blacons reçut, par Des Iles et l'avocat Du Gros , l'ordre du duc de Rohan de remettre au maréchal de Lesdiguières les places du Pouzin et de Bays. Blacons ne pouvait qu'obéir. Voici toutefois quelles furent les conditions auxquelles il les céda.
Il fut convenu :
« 1 ** Que ledit sieur de Blacons sortirait de ladite » ville et chasteau du Pouzin armes et bagages sau- » ves , et auroit la ville de Bays-sur-Bay en gou- » vemement.
» 2** Que les gouverneurs de ladite ville et chas- » teau dudit Pouzin changés par ledit sieur duc de » Lesdiguières , seroient néantmoins de la religion » prétendue réformée.
» 3** Comme aussi que les garnisons qui seroient
(I) Videl , Hisloire de Lesdiguières.
DU VIVARÀIS. 207
» estabUes esdîts lieux ne seroient d'autre religion ^<>22. » que de la religion prétendue réformée.
» 4** Que pour le Bays-sur-Bay pareilles côndi- » tions seroient observées en la reddition d'icel|e.
» 5"" Et finalement qu'il ne ^eroit faict aucun » tort ni dommage aux habitants desdites places ^ » tant en leurs personnes qu'en leurs biens et fa- » milles (1). »
Le Pouzin fut remis , le 1 7 mars , à Lesdiguières, qui laissa , pour quelque temps encore , à Blacons le gouvernement de Bays, où il mit une garnison , de même qu'au Pouzin , avec promesse de rendre ces deux places aux religionnaires dans le cas où la paix , qu'on commençait à négocier , ne serait pas conclue , et de ne rien entreprendre contre le Vivarais ni le Languedoc (2).
Le maréchal donna le commandement du Pouzin à d' Allons , gouverneur de Serres en Dauphiné , et à La Roche - de -Grâne, avec, une compagnie de suisses. Peu de temps après, la garnison de Bays s'étant révoltée y Blacons fit sa soumission à Lesdiguières, qui le remplaça dans le commandement de cette place par le capitaine Tlalcoz , homme dévoué au maréchal (3).
Vers la même époque, le duc de Ventadour, ayant à se plaindre des dégâts que les religionnaires des Boutières faisaient sur ses terres, se porta au Cheylard avec deux mille hommes et deux fauconneaux pour en faire le siège. Mais, à son approche, les habitants du pays s'étant réunis au son des cors,
(1) EitUMô de la rébeUion en Fraïue , année 4622.
(2) Bittoire générale de Languedoc , tome 5 , page 535 .
(3) Videl , BisMre de Leedigwères,
208 GUEBRÊS CIVILES
^622. Taltaquèrenl avec une telle furie, qu'en moinô d*ttne heure il fut mis dans une déroute complète, et contraint I abandonner ses deux fauconneaux, tous ses bagages , et le sieur de Gonfreville , commandant de son infanterie , que les calvinistes firent prisonnier.
D'un autre côté, deux chefs de protestants, nommés de Guy et Peschaire, parcouraient depuis quelque temps le Bas-Vivarais, avec leurs coreligionnaires de Mirabel , La Gorce et Vallon. Chaque jour leur passage était signalé par des dégâts et des pilleries. Pour échapper à leurs embuscades, les habitants de Ruons avaient Thabitude de les faire sarveiller par quelques-uns d'entre eux, qui, à leur approche, donnaient aussitôt l'éveil dans la localité : alors chacun, averti du danger, se mettait en messave de s'y soustraire.
Dans une de ses courses, de Guy, ayant aperçu un de ces éclaireurs, appelé le cadet de Picboty , Je chargea de toute la vitesse de son cheval, et lui porta plusieurs coups d*épée, que le montagnard paraît avec un pistolet dont il était armé, en le suppliant de ne pas lui Ôter la vie. De Guy, ne tenant aucun compte de ses prières, continuait à l'attaquer; alors le cadet de Pichoty lui logea deux balles dans la tète, et s'empara de son bon cheval et de ses armes.
Peschaire, son digne collègue, finit à peu près de même. Un jour, s'étant un peu trop approché de Ruons avec sept ou huit de ses pillards^ les habitants de ce village firent une sortie, et, dans l'escarmouche qui s'engagea , Peschaire fut tué d^un coup de mousquet.
Il y eut aussi quelques petits combats du côté des 4622. Vans, entre les habitants de cette ville, presque tous protestants, et la garnison que le sieur de Chambonnas tenait dans son château, situé à une demilieue de là; mais il s'y perdit peu de monde.
Il en fut de même entre la garnison protestante de Mirabel, sous les ordres du seigneur de ce nom, et la garnison de Villeneuve-de-Berg , commandée par Joanas et Vinezac. Leur affaire la plus importante fut celle-ci :
Le sieur de Mirabel ayant appris qu^une grande quantité de mulets et de bestiaux, destinés à l'armée de Montpellier devait passer près de Berg, village à un quartde lieue de Villeneuve, aposta, aux environs, une vingtaine de cavaliers et cent vingt fantassins qui s'en emparèrent. Pendant qu'ils regagnaient leur château avec ce butin, Vinezac, accompagné de deux officiers, les sieurs de Régis et de Grandval, alla les attendre avec quatre-vingts hommes au passage de la petite rivière qui coule entre Mirabel et St-Jean-le-Centenier. Une lutte s'engagea et dura près de deux heures. Au bout de ce temps, Vinezac et Mirabel s'étant rencontrés en un lieu un peu écarté, résolurent de décider l'affaire à eux seuls. Ils se battirent bravement en présence de leurs troupes. Celles de Mirabel voyant leur chef sur le point d'être vaincu , se précipitèrent sur le lieu de la scène pour arrêter le combat; celles de Vioezac craignant également pour leur seigneur, suivirent leur exemple. La lutte deviut alors générale. Les calvinistes perdirent vingt hommes et les catholiques huit ou dix seulement; mais ils eurent beaucoup de blessés.
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