‹ Histoire des guerres civiles du VivaraisChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Siège et prise du château de Moatlaur par le duc de Rohan. — Conférence de ce due avec le marédial de Lesdfguières. -^ ^réliinînaîrcs de paix. — > Arrestation de Brison à N^sitièfr. — Le roi reiîise d'acéepter les conditions arrêtées entre les ducs êe Lesdiguières et de Rohan. — La guerre continue. — Défaite <le deux corps de calvinistes aux environs de Montpellier. — Siège de celte place. — Pertes du roi. — lEdit de ^cificatiou. -^ Rémise des places de Beauchastel et de Soyons par le i)areù de Brison ftu maréchal de Bassompierre. — YaléHçài maifilièô^ ses -troapes à MdnipeHîer malgré l'édft de paix, et veut se rend^ maître des Cévennès-. — Il fait arrêter le duc de Rohan et le retient prisonnier dans son hôtel. — Les princes de Rohan et de Soubise soulèvent de nouveau les protestants. ^ Le maréchal de Themiôes est opposé à Rohan. — Projets de paix. ^- fttrpture entre les partis^. — Le duc de Rohan lève dès troupes, ^- Traité de paix auquel le baron de Brison refuse d'adhérer. *— Reprise du Pouzin et de Ghomérac par les calvinistes. — ^ Mort de Roohemure. — Expédition de Brison sur Loriol. — Tentative contre les châteaux de La Roque et de Mirabel. — Embuscade de Rochessauve, où le comte d'Aps est tué, — Sui^rise lE^t reprise du Pouzin par Brison. — Reddition de cette place et de 'celle de Bays à Lesdiguières. — Wort do connétable. — Bud entre Brison et d'Anlrevaux. — Rohan et Soubise recommencent ^les hostilités. -^ Combat de Souilles entre les ducs de Rohan, Montmorency et Ventadour. — Marche du prince de Condé. — Singulière conversion des protestants d*Aubena's. — Siège el prisé du châteam de St-Alban. — Prbe de Soyons et de Beau-

chaste] par les ^catholiques. — Reirai^ de Brison sur Fm^^ — Surprise du ehâteau de Jalés par les calvinistes de Sl-Ainhroix. — Brison meurt assassiné. — Reprise des places du Vivarais par les catholiques. — Les protestants persécutés appellent le doc de Rohan dans cette pravioee. — Rohan marche h leur jseuours. — Priée, pillage et destruction du château ido Teyrargues paries troupes de Rohan. — Prise de St-iean-de- Mauviége et de Salavas par ce prince. — Son entrée à Privas. — Siège et prise de Chooiérac par Chal)reilles , frère du baron de Brison. — Capitulation du Pouzin, de St-Alban et de Bays par les catholiques. — Siège de Cruas. — Intrépidité de ses hahilaots* — Surprise.de pièces importantes qui révëleai la posiiicm du due de Rehau. — Siège et prise du Cheyiard par Qiabi^iUef .

Le .duc de Rohan , rétabli de la maladie que Loi 4622 aidait ûcoasioniiée rassassiuatderhoaorajDile Du Gros, s'ampr^sa de lever quatre imlle hommes, qu'ii joignit à sa cavalerie , et, dès les premiers jours de 2nar&, il se r^oil en campagne. IJnç paitie de se$ -troupes fut dirigée Aur la tour de Carbonnières , dans l'objet de s'emparei* des salines de Peccais; â'autce sur Beaucaire, qu'il voulait ^iilever aux catholiques. Ces deux je^treprises éQbou^<6nt , et les troupes xlu doc furent battues par celles du marquis de ChâtUlon , qui , ayant fait une (v%oureuse sortie d'Âigues-Mortes , se saisirent ^n outre d'une partie de leurs bagages.

Le duc lut plus heureux dans nne tentative qu'il fit sur le château de Montlaiir , 4lont il parvint à se prendre maitre, le 29 du même mois, après dnq jours de siège. Gettç prise lui donnait les moyens de rétablir ses communications entre Montpellier et les Cévennes j et de forcer le duc de Montmorency

^1622. d'abandonner le siège de Bédarrier, qu'il venait d'entreprendre après avoir soumis Fougères.

Il se passa au siège du château de Montlaur des actes d'une cruauté inouïe : le duc de Rohan, après l'avoir battu pendant deux jours avec quatre pièces de canon , parvint à y faire une brèche ; il ordonna aussitôt un assaut. L'attaque fut repoussée courageusement par le seigneur de Montlaur , qui lui tua trente hommes et en blessa une centaine ; mais le lendemain la brèche ayant été élargie , un second assaut fut donné. Montlaur ne pouvant tenir plus long-temps, offrit de capituler. Pendant qu'on négociait un arrangement , quelques officiers calvinistes escaladèrent les murs d'enceinte , et, se jetant dans le château, égorgèrent froidement une foule de paysans sans défense. Â. la vue de ce massacre, Montlaur se retira dans ses deux tours, où il lutta, pendant deux jours , avec une poignée de soldats contre toutes les forces du duc. Enfin , accablé par le nombre, il se rendit à discrétion. Rohan le fit prisonnier avec douze des siens. Tous les autres furent massacrés ou pendus , contre la foi jurée. Le nombre des victimes s'éleva à soixante-et-dix, la plupart gentilshommes et ecclésiastiques. Les religionnaires des environs s' étant mis de la partie, pillèrent et rasèrent le château, et empêchèrent même les parents des morts de recueillir les cadavres, qui furmt dévorés par les chiens [i).

Les châteaux et villages catholiques du voisinage Jurent également pillés, saccagés, détruits par les

{4) Bitioire géfurale 4e Languedoc , tome 5 , pige 535.

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gens du duc de Rohan , qui ne voulut pds y laisser 4622. des garnisons afin de ne point affaiblir ses forces. C'est ainsi qu'il se prépara à la conférence qu'il devait avoir avec le maréchal de Lesdiguières, sur la demande de ce dernier.

Laval, ouMttletaverne, lieu situé entre Barjac et le Pont-St-Esprit, avait été fixé pour cette conférence. Antomarie, capitaine corse qui y commandait, voulut , à l'instigation du duc de Montmorency, qui voyait d'un oeil jaloux que Lesdiguières vint dans son gouvernement , s'opposer à l'entrevue des deux chefs ; il fit donc prévenir Lesdiguières , qui se trouvait alors à Montélimar , qu'il ne lui livrerait le passage du Rhône qu'autant qu'il en aurait reçu l'ordre du roi. Le maréchal, indigné de celle observation, envoya Videl, son secrétaire, à Antomarie pour lui dire que sa tête lui répondrait de sa résistance (1). La conférence eut lieu.

Le maréchal et le duc de Rohan convinrent des articles d'un traité de paix; ce dernier députa aussitôt à la cour pour négocier , tant en son nom qu'au nom des provinces de son gouvernement, les sieurs de Callonges, des Isles, Dupui, de Montauban, Du Gros, de Montpellier, et de La Borée, du Vivarais, qu'il chargea d'une lettre pour le roi, datée de Barjac, le 4 avril. £n même temps les deux chefs écrivirent collectivement au duc de Bouillon et aux autres généraux calvinistes pour les engager à suivre leur exemple (2).

Le duc de Rohan, en quittant le maréchal, alla

(4) Yidel , Hittoire du eonnétabU de letéiguièret y liv. 2, cbap. 2. (2) Eisioire générale de Languedoc , tome 5 , page 533.

1622. rejoindre son armée , doniil avait laissé le commandement à Bertichères, et qui se IroHvaifc alors à Castelhau, près de Montpellier. A son arrivée, il fut informé que le duc de Montmorency , après avoir pris Graissessac, Fougères et Soumatre, au diocèse deBéziers, assiégeait Cournon-Sec, aRrec le marquis de Châtillon et le duc de Guise , qu'il avait fait venir de Provence. Dès le lendemain, il se mit on marche pour secourir cette place, qui n'était qu'à trois lieaes de Montpellier; mais déjà Montmorency s'en était emparé. Plusieurs combats partiels eurent lieu entre le chef des calvinistes et son antagonidte; après quoi ebdcus se retira , faisant le plus de mal possible aux propriétés de ses ennemis, et laissant plua ou moins de morts sur le théâtre de ses exploits.

Le duc de Rohan se tenàii à Nismes quelques jours après. Ayant appris que Brison , à qui le gouvernement de cette ville avait été confié, était dans l'intetition de soulever les religionnaires contre son autorité, le fit arrêter, le 21 mai, et le retint prisonnier. Dès-lors les nismois, sur le point de se mutiner, rentrèrent dans l'ordre, et le duc put se mettre en mesure de s'opposer aux dégâts que te roi avait ordonnés aux environs de Montpellier, de Nismes et dTJzès, et de faire passer des secours à Montauban , qu'on menaçait encore d'assiéger.

En effet, Louis XIII ayant opposé des restrictions à presque tous les articles du traité convenu entre Lesdiguières et Rohan, et prescrit les mesures les plus rigoureuses contre les religionnaires du Languedoc, toute espèce d'accommodement devenait impossible. L'exaltation de ces derniers fut si

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grande à Montpellier, qu'on y dressa deux potences 4622. pcair pendre tous ceux qui parleraient de soumission.

Le duc de Montmorency , par ordre du roi, qui, ayant soumis plusieurs places dans la Guienne, marchait snr le Quercy , fit commencer ^des ravages au* tour de Montpellier. Les habitants , furieux à la vue de leurs champs dévastés , firent une sortie au nombre de près de onze cents hommes dont quatrevingts de cavalerie, sous h conduite de Si-André de Montbrun, qui commandait la ville. Un combat trèsvif s'engagea entre les partis et dara près de deux heures. Les catholiques eurent dix-huit hommes tués et quarante-deux blessés, entre autres Montréal, qui reçut à la tête un coup de coutelas. La perte des calvinistes ne fut pas moindre.

Montmorency , ayant appris que Rohan venait de partir pour le Haut-Languedoc, que menaçait Tarmée du roi, arriva deux jours après TafTaire, et acheva de détruire tout ce qui avait échappé au feu des troupes de Montréal. Les calvinistes firent alors une seconde sortie , tant pour se venger de ces dégâts que pour s'emparer de deux pièces de canon qu'on voiturait sur l'étang; mais, investis tout-à-coup par la cavalerie du maréchal-de-camp Zamet, qui s'était embusqué dans un bois voisin , ils furent taillés en pièces. Le 2 juillet, cinq cents mousquetaires de la même garnison , attirés dans une embuscade par ce même officier, éprouvèrent le même sort.

Le roi ayant remis sous son obéissance une partie du Haut-Languedoc, se dirigea sur Montpellier, que le duc de Rohan venait de mettre en état de

>! 622. défense. Ce prince était accompagné du grand-priear de France, du prince de Joinville, des ducs d'Epernon, de Chevreuse et de Luxembourg, des maréchaux de St-Géran et de Bassompierre , du comte de Lavoulte, etc. En passant à La Veyrune (28 août) , il remit à Lesdiguières , qui l'y était venu joindre, l'épée de connétable, et le chargea de renouer ses négociations avec les calvinistes. La paix était sur le point de se conclure, lorsqu'une contestation s'éleva au sujet d'un article des propositions. Cet article portait que le roi entrerait dans Montpellier avec ses troupes : les habitants consentaient seulement à y recevoir le connétable avec les siennes, et demandaient que le roi s'en éloignât après avoir reçu leur soumission. Tout fut rompu, et Louis XIII ayant investi Montpellier, commença le siège de cette ville le 1" septembre.

Nous n'entrerons pas dans des détails sur ce siège, où les habitants de Montpellier, sans distinction de sexe (1), déployèrent un courage extraordinaire; nous nous bornerons à rapporter un fait: c'est que dans une sortie que les assiégés firent, le 3 septembre, ils tuèrent plusieurs officiers distingués de l'armée du roi , entre autres le duc de Fronsac , fils unique du comte de St-Pol, le marquis de Beuvron, Fabrèges , St-Brès et La Roquette , maréchaux-decamp, Montbrun, frère du vicomte de Lestrange, Hocquetot, favori du prince de Coudé, de Lussan, l'ainé, de Cadouenne, etc. Nous ajouterons que le duc de Montmorency étant accouru au milieu de la

(I) On rapi>or(e que les fermes s'armèrent au nombro de cent fingt, et que, •'étant coiffées de chapeaux , elles combattirent en troupe réglée.

mêlée avec une vingtaine de seigneurs et gentils- 4622. hommes, y reçut trois blessures , et qu'il eût infailliblement péri , si la générosité de ses ennemis ne l'avait épargné. Les maréchaux-de-camp Zamet, Roquelaure et Du Plessis furent tués , le 2 octobre, dans une nouvelle sortie que firent les assiégés.

Le connétable, le duc de Chevreuse , le maréchal de Créqui et le duc de Rohan s'étant réunis, le 9 du même mois , rédigèrent un traité de paix qui fut agréé par les députés calvinistes et sanctionné par le roi. Aussitôt après , le duc de Lesdiguières et les maréchaux de Créqui et de Bassompierre entrèrent dans Montpellier avec quatre mille hommes. Le lendemain, la garnison de cette ville, composée de douze cents hommes, se retira dans les Cévennes, et Louis XIII y fit son entrée solennelle. L'ordre le plus parfait fut rétabli.

Le siège de Montpellier coûta beaucoup de monde à l'armée royale. On porte le nombre des catholiques qui y furent tués ou blessés, à plus de trois mille , non compris les lansquenets. Les pertes des calvinistes furent beaucoup moins considérables.

Le roi quitta Montpellier, le 27 octobre, laissant le commandement du Bas-Languedoc, des Cévennes et du Vivarais , au connétable de Lesdiguières et au maréchal de Créqui, avec ordre de faire détruire toutes les fortifications que les calvinistes avaient élevées dans ces contrées. Le duc de Ventadour reçut une semblable mission dans le Vivarais, et le maréchal de Bassompierre fut envoyé à Privas avec un corps de troupes pour y faire respecter l'édit de

218 GUERBES CIVILES

4622. paix (1). Les députés de celte ville s'étaiH rendue au Pouzin , le duc y reçut leur soumission , le 8 novembre. Le lendemain , il alla bloquer Beaucha?^ tel, qui était au pouvoir de Brison. Celui-ci ayant reçu du maréchal un sauf-conduit , lui remit cette place, ainsi que celle de Soyons et les châteaux d^ Chausse et de Corves', dont les fortifications furent immédiatement démolies.

Peu de jours après , le duc de Ventadour mourirt à Beaucaire , pendant que les états généraux de la

(4) Voici I«t termes 4e cet édit , dont nous nous seninies proimré uQe cepie : tk Lovys , par It grâce de Dieu , roy de France et de Nauarre , etc. , par Tadois des princes, ducs , pairs, officiers de nostre couronne et principaux de nostre conseil , auona diet , ordoniuS et âécUvé , disons , ordo»ioons ot d4cloro9» piF les présentes signées de nostre main , uoulons et nous plaist :

» <!<* Que fédit de Nantes, déclarations et articles secrets , enregistrez en nos cours de parlement , seroHt de bonne foy entretenus à nos subjects de U religion prétendue réformée , en toutes leurs parties , et oomme iU en ont bien et deu^ment joui du tems du feu roy, nostre très-honoré seigneur et père c|ue Dieu absolue, depuis nostre auènement k la couronne auparauant ces derniers mounemens.

• 2* Que rexercice de la religion catholique, apostolique et romaine sera remis et restabli en tous lieux , places et endroits de ce royaunie et pals de noire ob^yisance , où il a esté intermis , pour y estre librement et paisiblement continué sans aucun trouble. Défendons très-expressément à toutes personnes de quelque estât , qualité et condition qu^ib soient , sur peine d'estre punis comme infrancteurs de paix et perturbateurs de repos publicq , de ne troubler , molester ni inquiéter les ecclésiastiques en la célébration do diuin seruice, iouyssance et perception de dixiaes, fruiols et revenus de leurs bénéfices, et tous autres dreits et deneics qui leur appartiennent

» 3" Comme aussi l'exercice de la religion prétendue reformée sera restabli aux lieux oè il estait suiuant nostre dict édict , déclarations et concessions.

• 4«> Que les liéges de justice, bureaux de receptes et ofliciers de finani^ seront restablis en mesme estât es uilles où ils esloient establis auaut ces derniers mouue^ roents, hormis la chambre de Nérac, qui sera estabHe en tel lieu que nous auiserons bon astre , après auoir entendu les remontrances des députes de nostca prouinca de ^Suyenne.

» 5" Voulons aussi que toutes fortifications nouuelles des uilles, cbasteaux forts et forteresses tenues par nosdicts sujets de la religion prétendue réformée, et spécialement celles qui ont esté faictes es isles de Ré et d'Oleron, soient entièrement des-

DU VïVARAÎS. 219

province y étaient assemblés. Le comte de Lavoutte, 4622. son fits , fat appelé à lui succéder dans le duché de Yentadûur et dans la lieutenance-générale de Languedoc, dont la survivance lui avait été déjà accordée.

A la même époque , le roi y étant à Lyon , donna des lettres en faveur du collège de Toumon , dirigé par les jésuites, et permit aux étudiants d'y prendre des degrés de maîtrise et de doctorat, et d'être nommés aux bénéfices comme gradués, ainsi que

molies et rasée* , demearaos les anciennes murailles , tours , portaux , fosseï et contr'cscarpes en leurs estais , auec défenses k tontes Icsdites ailles de plus fortifier de nouueau : et que pour TefTect desdiles démolitions, hoslages des principaux habitans desdites uilles , seront mis es mains de ceux qu'il nous plaira d'ordonner pour exécution dudit razement , aGn que les officiers de nostre couronne ou autres commissaires députez puissent faire exécuter le contenu cy dessus , suinant les insfractions qui leur en seront données.

» 6* Entendons que toutes les uilles de la religion prétendue réformée qui dans quinze jours après la publication des présentes ; se soubroeltront à noslre oliéissance et nous ouuriront uolontai rement leurs portes , jouyssent du contenu de la présenté déclaration

• 7^ Défendons très-expressément \ nnsflils subjefs de la religion prétendoO réformée toutes sortes d'assemblées générales el particulières , cercles, conseils ^ abrogez de synodes et toulcs aulres de quelque qualité qu'elles puissent estre , il peine de crime de lèze-majeslé , s'ils n'ont expresse permission de nous : ains seulement sont permises les assemblées des consistoires, colloques, synodes pour pures affaires ecclésiastiques, avec inhibition très-expresse d'y traicler d'aucune affaire politique sur les peines que dessus.

» 8° Demeureront aussi nosdits subjecls de ladite religion prétendue réformée déchargés de tous actes d'hostilité , de toutes assemblées générales et prouinciales , cercles, abrégez et aulres , et de toulcs autres choses généralement quelsconques conlenues es articles 76 et 77 de noslre édict de Nantes » depuis le l**" jamiier K 621 jusques k présent ; en ce non compris les cas exécrables tels qu'ils sont spécifiez et déclarez par l'article 86 dudit édict , dont pourra estre faict recherche par deuant les juges auxquels la cognoissance appartient.

» 9* Et pour ce qui est aduenu ii Priuas , nous uoulons en estre expédié abolition particulière aux habitants dudit lieu, ensemble au sieur de Brison.

• 4 0* Et pour le regard des comptables et autres officiers en ce qui concerne les charges de leur maniement , les articles 78 et 79]^dudit édict de Nantes seront entièrement gardez et ot>seniez.

4622: dans les univei^sités. Ces lettres furent enregistrée» au parlement de Toulouse; mais les universités de Toulouse, de Valence et de Cahors y ayant formé opposition , le parlement de Toulouse , par arrêt du 19 juillet ^62^, défendit aux jésuites de qualifier leur collège d'université et de promouvoir a aucun degré. Cet arrêté fut confirmé , en 1626, par l'université de Paris (1).

4625. Cependant, au mépris des clauses du traité, les troupes catholiques qui étaient entrées dans Mont-

• 41" PareillemeDt poar les jugements^ sentences, arrêts donnés contre ceux de ladite religion prétendad réformée qui ont porté les armes , nous uoulons qu'ils en soient déchargez suiuant les art. 58, 59 et 60 dudit édict.

» 4 2" Comme aussi nous auons ualidé et confirmé , ualidons et confirmons les jugemens donnés par les consuls et juges establis par les chefs commandans aux prouinceS) soit en matière ciuile ou criminelle et exécutions ensuiuies contre ceux de leur party, et lesdits juges et conseils déchargez de toutes poursuites pour ce regard , imposans sur ce silence perpétuel k nos procureurs généraux , leurs substituts et tous autres qui y pourraient prétendre intércst.

» 4 5** Voulons pareillement que tous prisonniers de part et d'autre qui n'auront payé rançon seront déliurés et mis en liberté y sans en payer aucune, et toutes promesses faictes et causées pour rançons qui n'auront esté acquittées au iour et date des présentes, sont déclarées nulles et de nul effect et comme telles rendues.

» 44* Comme aussi toutes personnes de quelque qualité et condition qu'ils soient , seront restablies en leurs biens, debtes, noms, raisons et actions, charges, honneurs et dignitez, qui en ont estes priués k l'occasion des présesis troubles, nonobstant tous dons et confiscations qui en pourraient auoir esté expédiez, excepté des charges militaires, ceux qui en ont traicté de gré k gré ou auxquels nous uoadrons donner récompense.

» 4 5** Ordonnons que l'obseruation de la présente déclaration toit entretenue et gardée par tous nos subjects suiuant en la forme prescrite par l'article 82 de nostre édict de Nantes , et que les commissaires catholiques et de ladicte religion prétendue réformée , seront par nous enuoyés par les prouinces pour faire exécuter le contenu en icelle suiuant nostre dit éJict.

» Si donnons en mandement à nos amés et féaux , etc. — Donné au camp de Montpellier, le 49' jour d'octobre l'an de grâce 4622 , et de notre règne la treizième. Signé LOYTS. - Par le roy , de Lombn IB. »

(1) Mtrcure français , années 4624 et 4626.

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pallier^ et qui devaient évacuer cette ville, conti- >I625. Huaient d'y séjourner. Le duc de Rohan en prit ombrage, et fit, à ce sujet, des représentations au roi, qu'il avait suivi à Lyon. Ce prince lui donna une lettre pour Jacques d'Estampes , sieur de Yalançai , maréchal-de-camp commandant la place de Montpellier, portant injonction de faire déloger ces troupes* De retour en Languedoc, le duc remit cette lettre à Yalançai qui promit de se conformer à ce qu'elle lui prescrivait; mais il fut à peine parti pour aller faire travailler à la démolition des fortifications du pays, que Yalançai, au lieu de renvoyer les quatre mille hommes qu'il avait dans la ville , y appela quatre régiments de plus et trois ou quatre compagnies de chevau-légers, avec lesquels il tenta de s'assurer des Cévennes. Instruit de ces disposi^ tiens , le duc de Rohan s'empressa de défendre aux habitants de le recevoir ; de sorte que Yalançai ne put se présenter qu'à Sauve et à Ganges : partout ailleurs les portes lui furent fermées.

Le duc voulant appuyer la brigue de ses coreligionnaires aux élections des consuls ou magistrats municipaux qui devaient avoir lieu à Montpellier, se rendit dans celte ville; mais à son arrivée, Yalançai le fit arrêter et garder dans son hôtel par deux cents soldats et une compagnie de carabiniers. Furieux de ce contre-temps, le duc écrivit à la cour, et son frère Soubise , qui s'y trouvait , obtint sa liberté, mais à condition qu'il sortirait de Montpellier et s'abstiendrait de remettre les pieds dans cette ville. Il est évident qu'on craignait que sa présence n'y mit de nouveau les esprits en fermentation.

222 GUERMS CIVILES

4 «25. Après cet événement , tout le pays qui dépeûdaii du Haut et du Bas-Languedoc Jouit d'une certaine tranquillité jusqu'au commencement de 1 625. A. dette époque , les protestants des Cévennes commei^renft à s'o{^oser à Texercice du culte catholique dans les lieux où il devait être rétabli conformément à Pédit du 1 9 octobre , et convertirent plusieurs ^lises en temples. Leurs voisins du Bas-Lauguèdoc, dtt {jévaudan , du Velay et du Vivarais , suivir^ait leur exemple. £n même temps , Soubise , à l'issue d'iHie conférence qu'il venait d'avoir à Castres avec son frère, le duc de Rohan, courut soulever la Bretagne; et tandis qu'il s'emparait du port de Blavet , le duc ^ maître de Castres , appelait à lui la noblesse et les forces des colloques de l'Albigeds, de Foix, du Lauraguais , du Rouergue , et se saisissaii de Réal^ mont Vers la fin de mai^ il Assembla, à Castres, les quatre colloques du Haut-Languedoc , qui l'élurent chef et généralissime des églises déformées de France. Il lève au^itôt des troupes, envoie St- André de Monlbrun, comme gouverneur, à Monlauban , qui vient de se prononcer en faveui* du nouveau mouvement , s'assure de Milbau , du Vigan, de Sauve, d'Anduze et autres places de plus oiu moins d'imporiance, pendant que LaRo^ ç3xd^ se déclare pour son frère Soubise.

Le roi , instruit de cette rébellion , et voulant en arrêter île cours., envoya de suite d'Epemon aux «Bwrons de Jllonlaubam, pour détimre les récoltes, et le maréchal de Tbemines à Toulouse, pour y prendre lecomnmndei&ent de son .ai?mâe de Lan^ gueidoc. H y arriva le .9 juin.

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Celte armée se oompo^it de cinq mille cinq cents 4ttKI. hommes d'infanterie et de six cents ca\:aUeF8, savoirs règmienl de Normandie, deux mille hommes ; régiments d'Ajmonay, de Dq Clos et de Crussol, chacmi de miUe hommes; régim^it de Toulouse , cinq cents hommes ; plus , les compagnies de cent hommes d'armes de Themines, de Montmorency (1), de Yeiàftadour et de Carmaing, cinquante chevaux de d'Ambres et de Merville, la corneUe de centche- Taa4égers de MoUgon et six pièces de canon tirées de l'arsenal de Toulouse.

Plusieurs renccnitres eurent lieu entre les troupes de Tfaemines et celles de Rohan; toutes fuient acharnées et meurtrières.

Nismes et Uzès , qui avaient refusé d'abord de prendre part à l'insurrection , s'y laissèrent bientôt «ntrainer^ grâces aux efforts de Lecques, du èaroa d'Ànbays, de St-Côme et de La Cassaig&e. A oette nouvelle^ le duc de Rohan iconvoqua , à Hilhau^ les députés des églises calvinistes de la Haute-Guienne^ du Bas-Languedoc, des CéVennes et du Vivarais, Cette assemblée se réunit le 25 octobre, éi^ le (1"nove«ttbre, elle envoya à la cour le baron d'Aidmys et huit autres gentilshommes pour n^octer 4a paix au nom de Koifaan et de ses parons.

Le T(Â accueillit favorablement cette députation; mais la paix fut ajournée , parce qu'il imposait des conditioBs que les religionnaires ne voulurent pas accepter,, celle, entre autres, que le duc de Sou-

(i)iie âne de MootinoreDcy, en ta qaililé d'amiral de FranoQ, iétaU àllépreodre le coodinandeinent de la flolle destinée k agir contre le duc de Soubise et La RotMle. Biti.gén.de Langnedoe , lome 5 , page 549.

4625. bise et la ville de La Rochelle seraient expias des bénéfices du traité.

Dès-lors Rohan redoubla d'activité. Il se rendit successivement à Nismes, à Uzès, dans les Cévennes, et, s'appropriant partout les deniers royaux , leva six régiments de mille hommes chacun , dont il donna le commandement à d'Aubays, Rouveyrette, Chavagnac, de St-Cômes, Foumiquet et Lecques. Dans une nouvelle assemblée des députés des pays soumis à son autorité, qui eut lieu le 10 janvier 1626, il fut convenu, sur sa proposition, qu'on demanderait encore la paix, mais qu'on n'y consentirait qu'autant que le duc de Soubise serait compris dans le traité. Cette fois les négociations réussirent. La paix fut conclue le 5 février , et acceptée le 21 mars , par l'assemblée des provinces méridionales tenue à Nismes. Mais le Yivarais ne voulut point y adhérer , parce que Brison , maître du Pouzin et antres lieux situés sur la rive droite du Rhône , refusa de les livrer. Voici comment ces places étaient tombées en son pouvoir.

Le Pouzin , avant les événements , était sous les ordres de d'ÀUons et gardé par une compagnie de suisses , dont partie occupait la ville , partie les fortifications qui la protégeaient. De Charrier, fils du sieur de Chambaud, qui avait remis cette place au duc de Lesdiguières , n'attendait qu'une occasion favorable pour s'en ressaisir. D'accord avec les habitants , qui presque tous lui étaient dévoués , il résolut d'exécuter son projet de concert avec le sieur de Bavas, son cousin germain. Mais ne pouvant prendre les armes sans l'autorisation du baron

de Brison , ils allèrent lui faire part de leurs inten- 4625. tiens. Le baron les approuva, et le 1 *" janvier , jour fixé par le duc de Roban pour le soulèvement des calvinistes du Languedoc y de Charrier et de Bavas marcbèrent sur le Pouzin avec trois cents hommes déterminés , munis d'échelles et de tout ce qui était nécessaire pour l'attaque.

Arrivés aux portes de la ville , ils mirent le feu à un pétard qui devait donner le signal aux habitants. Tout aussitôt les échelles furent dressées , d'un côté par de Bavas et de Charrier, de l'autre par d'Entrevaux, qu'ils s'étaient adjoint. Brison, qui avait voulu assister à Talfaire , dirigea les opérations. La place fut enlevée en très-peu de temps et sans perte de beaucoup de sang; car dès les premiers coups de feu, les suisses l'abandonnèrent lâchement (1).

Le même jour , Chomérac , où Dubois et Badel s'étaient introduits la veille , de connivence avec quelques habitants , tombait aussi au pouvoir des calvinistes. Le sieur de Rochemure , qui y commandait au nom du duc de Yentadour , fut tué dans l'église avec trois ou quatre des siens pendant l'office divin. Son frère aine, qui se trouvait à côté de lui, prit aussitôt la fuite et parvint à se soustraire , comme par miracle, à la fureur des ennemis, en passant par un trou qui avait été pratiqué dans un des murs d'enceinte , et qu'on appela depuis le trou de Rochemure.

Privas et tout le pays des Boutières étaient en 4626.

{i) Ao momeot de It prise du Pouzin , le comte do Brifes, qui en était gooverneor, se troofait à Paris, ainsi que Gbabreilles, frère de firison. Le roi les fit mettre k la Bastille j d'où ils ne sortirent qu'à la reddition du Pouzin à l'armée catholique.

4626. mouvement. Les calvinistes de Mirabel , la Gorce, Vallon et autres lieux commirent beaucoup* de désordres sur les propriétés des catholiques.

Brison avait fait construire un fort sur la rive gauche du Rhône , en face du Pouzin , qu'il appela La Poule , afin de protéger les courses de ses gens en Dauphiné. Les ravages qu'ils y faisaient ayant jeté l'alarme jusqu'aux portes de Valence , le sieur de Ghambillac fut envoyé à Loriol avec la compagnie de gendarmes du connétable de Lesdiguières , pour surveiller les rebelles et s'opposer à leurs entreprises. Brison, contrarié par la présence de cette compagnie , forma la résolution de la déloger. Au milieu d'une nuit obscure , il traversa le Rhône avec cinq ou six cents hommes , s'approcha de Loriol, et attendit, aux environs, que le jour fût venu; car alors Ghambillac était dans l'habitude de retirer les sentinelles qu'il plaçait à la nuit près du bourg. Elles eurent à peine quitté leurs postes que Brison se précipita sur Loriol avec ses gens. Il alla droit au logement de Ghambillac, et lui cria de se rendre. Gelui-ci s'approcha de la porte d'entrée, pour mieux entendre les paroles qui lui étaient adressées; au même instant un pétard que le baron y avait appliqué , la mit en morceaux et tua le malheureux Ghambillac, qui se trouvait derrière.

L'alarme fut si grande que les cavaliers , abandonnant leurs chevaux dans les écuries, prirent la fuite sans songer à se défendre. Ces chevaux , au nombre de soixante, furent emmenés au Pouzin par le baron de Brison (1).

(4) Lesdigaièrés apprit, à son arrivée de rarmée d'Italie, la^surprise du Pouxio, et Tint à Valence pour ayiser aux moyens de le reprendre. Il lenta d'aboid Teffet

DU VITARAIS. 227

Dans le même temps, le sieur Des 41ras , à la tète 4626. de deux ou trois cents catholiques, prit le château de la Croisette, appartenant au baron Des Eperviers, et situé près de Meyras, sur le chemin du Bas- Vivarais en Auvergne. Sa garnison, qui n'était composée que de quinze hommes , résista tout un jour avec un courage héroïque.

Deux individus formèrent à cette époque une entreprise qui mérite d'être rapportée : Un paysan , nommé Arnoux , ayant été renvoyé , comme étant catholique, de la garnison de Mirabel, conçut le projet de surprendre cette place. Il en fit part à un menuisier d'Aubenas , appelé Ambroise, qui consentit à partager les chances de son exécution. Ils s'adjoignirent cent vingt montagnards que séduisait l'espoir d'un bon butin ; et munis d'échelles et de cordes, ils se portèrent, avec leurs gens, derrière l'immense rocher sur la plate-forme duquel s'élevaient, très-rapprochés l'un de l'autre, les châteaux du baron de La Roque et du seigneur de Mirabel. Autour de ce rocher se trouvait une palissade à travers laquelle ils s'ouvrirent un passage, à la. faveur de la nuit , qui , étant un peu orageuse , empêcha les sentinelles d'entendre leurs mouvements.

d'une Dégodalion atec Brison, auquel il envoya Dos Fond», gentilhomme du ViTtrau y ion ancien page. Brison Pamusa de paroles , mais ne conclat rien. Lesdigoières plaça alors à Loriot Chambillac. Les protestants y afin de se défaire de Chambillac et de sa garnison y lui envoyèrent Cbambaud y de Bays , pour le prérenir qu'ils négociaient afec le connétable , et qu'ils ne devaient pas être traités en ennemis. Chambillac les crut, ne se tint plus sur ses gardes et fut surpris ainsi qu'on l'a TU. LesdignièreSy irrité de cette trahison, dissimula en attendant que son armée fût arrivée du Piémont, et envoya Beaufort à Brison pour lui remontrer son devoir, obtenir de lui les prisonniers faits à Loriol et lui demander de laisser le Rhône libre. Il promit tout, dans la résolution de ne rien tenir.— Vidcl , Bist, de Lesdiguièrei,

-1626. Arrivés au pied du rocjher avec leur petit corps, Amoux et Ambroise parvinrent à en atteindre le sommet au moyen de leurs échelles. Là, ayant surpris une sentinelle , ils regorgèrent, dans la crainte qu'elle ne donnât l'éveil. Sur un signal convenu, cinquante des leurs montèrent aussi par les échelles. Six d'entre eux allèrent se poster à la principale porte du bourg , où Ton ne pouvait arriver que par un escalier de quatre-vingt-dix marches taillées dans le roc , position si formidable , que de là un seul homme armé de pierres eût été capable d'arrêtei* une colonne.

Maîtres de la place, il s'agissait de vaincre h garnison sans perdre beaucoup de monde. Elle n'était composée que de trente soldats, qu'on voyait couchés autour d'un feu. Ils firent monter un pareil nombre d'hommes. Arnoux étant allé pour s'assurer si les soldats dormaient, vint rejoindre Ambroise par un autre point que celui qu'il avait pris en le quittant; de sorte qu'à son abord, croyant que c'était un ennemi, Ambroise lui brûla la cervelle d'un coup de pistolet. « Ce coup , dit Pierre de Marcha, historien contemporain des événements que nous rapportons , ce coup avec peine éveilla le corps-de-garde , lequel criant aux armes, nos catholiques furent si vaillants, qu'ils disputèrent lequel serait le premier, c'est-à-dire, à regagner l'échelle, de laquelle plusieurs se précipitèrent; et de cette sorte s'en tua dix à douze , trois ou quatre desquels s'embrochèrent à la palissade , sur laquelle ils tombèrent de bien haut. Les ennemis, se croyant perdus, ne firent pas non plus de grands exploits , n'osant

DU VIVÂRAIS. 229

pas sortir jiisques à tant que M. de Mirabel se fût 4626. levé et venu à eux, et après ils n'eurent à faire qu'au corps du pauvre Arnoux. Les deux partis eurent (te très-grandes obligations a la vilaine qui les prit par la gorge : le corps-de-garde, de n'être pas attaqué par des gens résolus, et les entrepreneurs, de n'être pas suivis par eux pour les faire aller plus vite à la descente de réchelle- ))(1)

A peu de temps de là, les comtes d'Aps et de Rochefort formèrent une embuscade dans le Coiron, au-dessus de la vallée de Rochessauve , contre les calvinistes de Privas. Après avoir aposté deux cents fontassins et vingt-cinq cavaliers , ils envoyèrent une trentaine d'hommes qui feignirent de vouloir enlever des bestiaux sur les propriétés de leurs ennemis. Ceux-ci s'étant aussitôt rassemblés au son des cors , selon l'usage , chargèrent , au nombre de deux à trois cents, ce détachement, qui les attira dans l'embuscade. Les catholiques alors fondirent sur eux; mais, ayant reconnu le piège, les calvinistes se retirèrent sur une éminence de difficile, accès. Le comte d'Aps voulut s'obstiner à leur poursuite ; et il fut tué par un protestant qui lui lâcha un coup de carabine presque à bout portant.

Cependant Brison , qui s'était bien fortifié dans le Pouzin , continuait ses courses dans le Dauphiné , et mettant à contribution tout ce qui passait sur le Rhône, paralysait en quelque sorte le commerce de Lyon et d'une grande partie du midi de la France. Le roi , fetigué des plaintes qu'il recevait à ce sujet, crut qu'il ne pourrait en finir que par un accommor

(i) Comfnentaires duSo^atdu Vivarais, p. H9.

4626. dément. Le marquis de Grimaud fut chargé de s'entendre avec Brison. Ils eurent ensemble plusieurs conférences , qui donnèrent de l'ombrage aux calvinistes du pays et surtout aux sieurs de Charrier et de Bavas, qui se trouvant choqués de ce que Brison négociait la reddition d'une place qu'ils avaient prise eux-mêmes et dont le gouvernement leur avait été promis , formèrent la résolution de l'en sortir.

Un jour, Brison étant allé dans Les Boulières avec la plupart de ses gens pour contraindre quelques communautés à ïui payer des contributions arriérées, laissa la garde du château à Chambonnet, son fils naturel. De Charrier et de Bavas , dont les compagnies occupaient la ville et le petit fort de La Salle, espèce de demi-lune établie près du château, voulurent profiter de cette circonstance pour exécuter leur projet. Sachant que Chambonnet quittait souvent son poste pour aller courtiser une jeune personne de l'endroit, de Bavas, qui était aux aguets, le vit sortir; il s'introduisît aussitôt dans le château avec six hommes, sous prétexte de le visiter. Etant monté sur la plate -forme, il se rendit maître du donjon, pendant que de Charrier forçait l'entrée avec une partie des siens et quelques habitants du Pouzin, à qui Brison était devenu suspect à cause de ses relations avec Grimaud. La garnison fut expulsée et remplacée par les compagnies des deux officiers, qui appelèrent de Buriane et d'Énlrevaùx à leur secours. Mais ceux-ci ne furent pas assez diligents. Brison ayant reparu avec cinq ou six cents hommes, fit entendre aux habitants que de Charrier et de Bavas ne s'étaient saisis du château que pour le

livrer aux catholiqaes* Grâce à cet artifice et à 4626. d'autres moyens adroits, il lui fut remis au bout de deux jours. Ses négociations avec Grimaud continuèrent ; mais il diflféra de traiter, afin de tirer un bon parti de sa position, en compensation des dépenses qu'il avait faites pour fortifier la place. Lesdiguières , fatigué des délais de Brison , résolut de le réduire par la force. On répandit bientôt que Tarmée du connétable étant arrivée à Valence , il venait de lui donner l'ordre de descendre sur le Pouzin. Brison députa alors le ministre de Privas à Lesdiguières, moins pour conclure que pour s'assurer si l'armée annoncée était réellement en marche. Le maréchal ayant pénétré les intentions de Brison, fit répondre à son envoyé que cette armée s'avançait à grandes journées; mais que dans le cas où elle tarderait d'arriver, il en lèverait promptement une autre , à ses propres frais , qui le châtierait de sa résistance.

Cette menace décida le chef calviniste à conclure. Il fut convenu qu'il remettrait la place au connétable, moyennant une somme de cent vingt mille livres , qui lui serait comptée sur-le-champ , et aux conditions suivantea :

1 *" Abolition entière du passé en faveur de Brison, des consuls et des habitants de Privas et du Pouzin;

2** Pour assurance de ladite abolition et du rasement du château du Pouzin, des otages seront donnés à Brison, savoir : MM. Du Mas, de Bamoux, de Leberon et de Pizançon ;

3** Liberté de conscience pour les habitants di\ Pouzin;

4626i 4" Le fort de Toulon , près Privas , ne sera démoli que lorsque les conventions seront exécutées;

5** On accordera aux habitants de Privas trentesix mille livres assignées sur le Languedoc , pour leur dégrèvement des condamnations obtenues contre eux par M. de Lestrange;

6** Chabreilles sera élargi de la Bastille et indemnisé;

7** Brison sera nommé maréchal- de-camp des armées du roi.

Ce traité, signé à Valence le 27 juillet, fut pleinement exécuté.

Peu de jours après , les fortifications du Pouzin et de Bays furent rasées. Le 21 septembre on abattit le fort du mont Toulon , et le lendemain la ville de Privas fut complètement détruite.

Les cent vingt mille livres que Brison avait reçues soulevèrent de violentes réclamations dans son parti. De Charrier, de Bavas, de Buriane , d'Entrevaux et une foule d'autres calvinistes voulaient que cette somme fût partagée entre eux ; mais Brison ne tint point compte de leurs réclamations. Il s'en suivit des provocations en duel : il ne répondit qu'à une seule, celle de d'Entrevaux. Dans une r^conr tre qu* ils eurent ensemble, Brison reçut une légère blessure, et tout fut dit.

Le duc de Lesdiguières mourut à Valence peu de jours après la reddition du Pouzin : ce qui a fait dire à un historien , que Dieu semblait ne l'avoir ramené d'Italie que pour faire la fortune de Brison.

La France jouit pendant quelque temps des bienfaits de la paix. Le duc de Rohau, le jour de sa

DO VIVARÀÎS. 233

publication à Nismes , avait dit en jetant un brandon 4d96; enflammé au milieu d'un bûcher destiné à un feu de joie, qu*»7 éteignait sa généralité pour jamais. Nous verrons bientôt le fond qu'on pouvait faire sur ce propos*

Un synode général des églises calvinistes fut convoqué à Castres pour le 1 5 septembre. Tout s'y passa tranquillement, grâces aux soins d'iuguste Galland, conseiller-d'état et procureur-général du domaine de Navarre , que le roi avait chargé d'y assister. Rohan avait là un bon nombre de partisans; mais la majorité était contre lui , quoiqu'il protestât n'avoir d^wutre désir que la gloire de Dieu, le service du roi et la paix de Vestat. On eut peu égard à ses observations; il s'éleva même contre lui d'assez fortes récriminations. On lui reprocha, entre autres choses , d'avoir des intelligences avec l'Espagne , et de s'être marié avec sa cousine germaine du vivant de sa première femme, qu'il avait répudiée.

Voyant son étoile pâlir, et persuadé qu'il ne 4627. pourrait reconquérir son crédit et son influence qu'au milieu de nouveaux troubles, il s'attacha , avec son frère Soubise, à attiser le feu mal éteint des dissensions civiles.

Sachant combien il importait à sa cause d'avoir à sa dévotion les consuls de Nismes , il fit tous ses efforts pour faire nommer à ces fonctions des gens qui lui étaient dévoués. Les élections eurent lieu dans le courant du mois de décembre , et elles lui furent très-favorables, malgré la vive opposition de ses adversaires. Ses intrigues ayant obtenu le même succès aux élections d'Alais , il insurgea les

4627. Gévennes; en même temps il se ligua secrètement avec le duc de Savoie et le roi d'Angleterre , qui , sur la demande des rochellois révoltés, venait de jeter dans l'île de Ré des troupes auxquelles Soubise se joignit aussitôt. Il appela tous ses partisans aux armes, et publia un manifeste pour justifier sa rébellion; puis, ayant convoqué l'assemblée des provinces du Bas-Languedoc et des Cévennes à Uzès et à St-Hippolyte , pour le mois de septembre 1627, les députés le nommèrent généraUssimie des religionnaires , l'autorisèrent à lever des soldats et le prièrent de convoquer, au plus tôt, une assemblée générale qui demeurerait en permanence tout le temps que durerait la guerre. On renouvela le serment d'miion , avec promesse de n'accepter aucun traité particulier sans l'agrément de tous les calvinistes et des princes avec lesquels ils s'étaient alliés (1).

Le roi eut bientôt connaissance de cette nouvelle levée de boucliers. Résolu d'arrêter les entreprises des rebelles, il envoya une armée contre le prince de Rohan, sous les ordres du prince de Coudé, qu'il nomma son lieutenant-général en Languedoc, en Dauphiné, dans la Guienne et le Lyonnais, et que le duc de Montmorency devait remplacer en cas d'absence ou de maladie. Marchant ensuite luimême sur La Rochelle , il ordonna à des commissaires de se rendre à Toulouse pour enjoindre au parlement de faire le procès du dup de Rohan et de ses complices.

{\) BUL gén. de Languedoc, tome 5 , page K55.

DU VIVARAÎS. 235

De son côté, Rohan, ayant choisi de Beaufort 4fKKr. pour son lieutenant-général dans les Cévennes , et le baron d'Aubays pour commander en son absence dans le Bas-Languedoc , se mit en campagne avec quatre mille cinq cents hommes d'infanterie et deux cents cavaliers. 11 s'empara successivement de plusieurs places dans le Haut-Languedoc et dans l'Albigeois.

Le 3 novembre , au moment où il sortait de Revel pour se rendœ dans le pays de Foix, les ducs de Montmorency et de Ventadour allèrent l'attendre avec une arinée de près de quatre mille hommes , infanterie ou cavalerie , entre les villages de Souilles et Souilhanel , sur la petite rivière du Fresquel. Un combat s'engagea : Rohan y perdit sept ou huit de ses principaux officiers, cent vingt soldats et quinze de ses gendarmes; il eut, en outre, un grand nombre de blessés. La perte de Montmorency fut à peu près égale.

Après cette affaire , le duc de Rohan apprit que le prince de Condé s'avançait vers le Bas-Languedoc. Il quitta aussitôt le pays de Foix , où il venait de soumettre quelques places, et laissant à Beaufort le soin de veiller à leur conservation , il retourna promptementà Castres, où l'assemblée qu'il avait eu soin d'y convoquer, le confirma dans son grade de général en chef des calvinistes du Haut et Bas- Languedoc, des Cévennes et du Vivarais, etc. De là , il se transporta à Milhau , afin d'y rassurer les rehgionnaires , que l'approche du prince de Gondé commençait à intimider.

Dès la reprise d'armes dans le Vivarais , le régi-

4627, ment de Falsbourg, qui était en Dauphiné, ayait passé le Rhône pour venir occuper le Pouzin et Bays , que les calvinistes avaient le projet de fortin fier. Trois semaines après , le prince de Condé, étant arrivé à Lyon , ordonna à Montréal , qui se trouvait à Villeneuve-de-Berg , de relever ce régiment. Brison était à Privas. Informé de cette circonstance^ et croyant que le régiment de Falsbourg partirait de grand matin pour aller prendre de bonne heure ses cantonnements aux environs de Valence, il se porta sur ces deux places, où il supposait que Mœitréal n'arriverait qu'à la nuit. Mais Montréal, eu homme expérimenté , avait fait ses dispositions de manière à pouvoir remplacer le régiment de Fals-^ bourg au moment même de son départ. De sorte qu'il se trouva rendu à sa destination à la petite pointe du jour. Brison, déçu dans son espérance par la prévoyance du chef catholique , et voulant néanmoins s'établir sur la rive droite du Rhône, alla s'emparer de Soyons, où il lui fut facile de se fortifier.

Tandis que Montréal relevait le régiment de Falsbourg au Pouzin et à Bays , le vicomte de Lestrange 3'établissait à St-Vincent-de-Barrès, qu'il venait d'en- Jever aux calvinistes. Ceux-ci prirent leur revanche sur Vais.

On se souvient que le duc de Montmorency , après avoir soumis cette dernière place, en confia le commandement au colonel d'Ornano , qui , ayant bien fortifié la tour, y mit un capitaine corse et des soldats de la même nation. Un beau jour quelques protestants du lieu invitèrent cet officier et la plupart

DU VIVARÀIS. 237

de 8^ hommes à un repas. Mais à peine réunis dans 46^. la maison ou il devait avoir lieu , un capitaine protestant, nommé Lasagesse, aposté à quelques pas de là avec une cinquantaine d'hommes, se saisit des convives, qu'il déclara prisonniers, et, immédiatement après, de la tour,oii ils n'avaient laissé que trois soldais.

Brison voulut profiter de cet événement pour surprendre la ville d'Aubenas. D'accord avec quelques-uns de ses habitants , il devait s'y introduire au milieu de la nuit avec sept à huit cents hommes qu'il avait fait avancer jusqu'à Vais. Mais pendant qu'il conférait dans sa chambre avec trois de ses officiers sur l'exécution de ce projet , une servante qui se trouvait accidentellement dans un cabinet voisin , entendit le complot ; elle courut aussitôt à Âubenas le dénoncer à Larmande , officiai de la cité, qui en donna avis au commandant du château. Des mesures furent prises pour la sûreté de la place. Brison, instruit de ce qui se passait, ne poussa pas plus loin l'entreprise. Il reprit le chemin de Privas avec les siens , qui furent harcelés pendant plusieurs heures par deux cents catholiques de Vallon et d'Antraigues.

La prise de Vais et les craintes que les protestants d'Âubenas inspiraient aux catholiques , obligèrent d'Omano à se transporter en toute hâte dans cette ville avec une colonne de cinq cents hommes. Il y arriva le 31 décembre. Les régents, qui appartenaient au culte réformé , allèrent à sa rencontre, parés de leurs chaperons rouges. Pendant qu'ils s'inclinaient devant lui, d'Ornano les dé-

1627. pouilla successivement de cette marque distinctive de leur autorité et la remit à des catholiques. Il logea ensuite ses cinq cents hommes chez les protestants, à qui il enjoignit de les nourrir jusqu'à ce qu'ils se fussent convertis à la foi cathoUque. Cette tactique, jointe aux, efforts des pères jésuites du collège de cette ville, opéra des merveilles. En effet, ceux qui abjuraient le calvinisme se trouvant délivrés des soldats qu'on avait mis chez eux, ceux-ci étaient répartis chez les récalcitrants, dont les charges augmentaient en proportion des conversions } ces charges devinrent telles chez les opiniâtres , qu'ils se virent sur les bras jusqu'à cinquante , soixante , quatrevingts hommes, et finalement des compagnies entières; de sorte que les derniers se trouvaient dans la nécessité de pourvoir à la nourriture, à la solde , à tous les besoins de quelques centaines d'individus, qui ne leur faisaient grâce de rien. Il n'y avait pas moyen de résister! Aussi, en peu de jours, la ville d'Aubenas devint entièrement catholique (1). Dèslors sou temple ne lui étant plus utile, elle en fit présent à d'Omano, qui le convertit en écurie.

(i) Voir les Commentairei du tokUit du VivaraiSy ptgc ^144. Le Mercure français de 'f 628 t'exprime en cet termes an sujet det gimisons que d*Ornaiio imposa aux protestants d'Aubenas : • .... Un grand nombre d'iceux pré-

• Tenant Texécution de cette ordonnance y accoururent soudain au collège det j6- » suites y demandant instamment être admis à Téglise catholique. — On n'a point » TU ci-dcTant en TÎlle de France une conversion si grande et si soudaine, tu qu'en « moins de trois semaines oort été reçues k\ la loi plus de deux cent cinquante fa- » milles ; qui fait Toir que la toule-puissante main a opéré miséricordieusement... » Or y que tout-à-coup le bronze se soit amolli sans autre disposition que celle dont » Dieu a coutume de se servir y ce ne peut être que par un mouvement de Diea

• extraordinaire, à quoi a puissamment servi la prudence de M. d*Omano , etc. s -^EnA 028 pamt le Narre de la mentUleuse eanveniau des kuffueuoU «finà/mOÊ y dédié au roi , brochure in-8'*.

Cependant le prince étant arrivé à Valence le 1 1 1627. décembre , accompagné de Bourg-Lespinasse et de Ragny, ses maréchaux-de-camp, du marquis de Nangis, des comtes de Tournon, de Ghailus et de plusieurs autres officiers de distinction , fit passer le Rhône à ses troupes le même jour. Pendant que Montréal, en sa qualité de maréchal-de-camp, poussait une reconnaissance sur Soyons, afin de s'assurer de la situation de cette place, dont Brison aurait bien voulu tirer le même parti que de celle du Pouzin , un fort détachement fut dirigé sur le château de St- Âlban, que les calvinistes avaient enlevé au duc de Ventadour. Ce château , assis sur un rocher qui domine une assez vaste plaine , était entouré de profonds abîmes ; des fortifications bien ordonnées le rendaient inaccessible , excepté du côté de la montagne , où se trouvait une porte ouvrant sur un précipice , avec un bon ravelin , duquel partait une courtine aboutissant à l'autre bord du précipice , oà s'élevait une tour, ayant pour base une terrasse en forme de donjon , flanquée de deux bonnes guérites et dominant la porte dont il s'agit. D'après cette description , on comprend que la prise du château de St-Àlban , défendu par cinquante hommes déterminés, ne devait pas être facile. On en vint pourtant à bout; mais ce ne fut pas sans perte de la part des assiégeants. De Vinezac, chef de l'expédition, de Charrier, qui venait d'abjurer le calvinisme, de La Beaume et autres se distinguèrent particulièrement dans cette affaire. De Ni vélines, brave officier qui commandait la garnison du château, fut tué en combattant le dernier. Tous ses soldats , moins cinq ou

^627. six qui parvinrent à s'échapper, furent passés au fil de l'épée. La place ayant été bien approvisionnée de toutes choses nécessaires pour sa conservation , fut remise , par Montréal , à Charrier , dont l'habita* tion en était peu éloignée, et qui y tint bonne garnison jusqu'au moment où le duc de Rohan vint en faire le siège (!)•

Sur ravis de Montréal, que la plac^ de Soyons ne tiendrait pas quatre jours , le prince de Condé fit toutes ses dispositions pour l'assiéger. De son c6té, Brison , voyant qu'il n'y avait pas moyen d'en trafiquer, voulut du moins la disputer au prince. II dirigea une partie de ses forces sur le bourg de Charmes, situé à demi-lieue de là, afin d'être à portée de la secourir. Il s'empara aisément de ce bourg; mais son château, où commandait le capitaine Legris, tint bon. Toutefois, Montréal, craignant qu'il ne fût réduit par l'intrépide Brison , se porta sur Charmes avec les régiments de Falsbourg et de Tournon. A son approche, Brison se retira pour aller prendre position sur la montagne qui domine Soyons. Le régiment de Falsbourg l'en chassa, et, «'approchant de la place, parvint à se loger derrière une chapelle située à cinquante pas du fossé , d'où il expulsa les calvinistes. Ceux-ci renversèrent alors sur ce régiment un mur en pierres sèches qui lui tua plusieurs hommes, et le força à la retraite. Les calvinistes , qui occupaient la chapelle , saisirent ce moment pour faire une double décharge de mousqueterie, dont Tennemi eut beaucoup à souffrir. Le

{\) Commentaires du mMoI dm fivwéis , page 452.

DU VIVÀRAIS. 2A1

capitaine Sabatier , de La Gorce , se trouva au noixH 4027, bre des morts. A la nuit, Brison entra dans Soyons par un point que les catholiques avaient négligé de garder. Montréal, instruit de ce fait, crut qu'il s'y était jeté pour soutenir un siège. Il se trompait : Brison , à la faveur de l'obscurité , avait quitté la place peu de temps après , avec les quatre cents hommes qui composaient la garnison; de sorte qu'au point du jour les assiégeants n'y trouvèrent personne. Us brûlèrent le bourg et abattirent ses murailles et deux de ses tours ; la troisième fut conservée, ainsi que les Baumes, appelées les Sangles y oiiV on mit 1^ sieur de Romanet avec cinquante soldats.

Brison, en sortant de Soyons, s'était retiré à Beau^ chastel , qu'il avait fortifié quelque temps aupara-vaut; mais il en fut bientôt chassé par les troupes du prince de Gondé, qui détruisirent aussitôt ses travaux de défense , sauf eaux de la vieille église de Notre-Dame, où de Ghâteaubourg s'établit avec une petite garnison. Quant à Brison, il regagna Privas avec les siens.

La sûreté du Rhône étant rétablie par la prise de ces deux places , le prince de Coudé dirigea son armée vers le Bas-Languedoc, pour combattre le duc de Rohan, qui se trouvait à Nismes. En quittant le pays , il donna le commandement du Poussin au comte de Tournon, celui de Bays à Montréal, et celui de St-Vincent-de-Barrès à de Lestrange. Il chargea en outre de Tournon de la direction générale du Vivarais, en l'absence des ducs deVentadouret de Montmorency.

Dans le courant du même mois , le château de

4 627. Jallès, dont là garde était confiée au sieur de Mazade, en l'absence du commandeur de Jallès , fut surpris par les religionnaires , et voici comment.

Mazade, n'ayant là qu'une faible garnison , était obligé d'employer, comme sentinelles, les habitants du lieu. Un individu de St-Ambroix, nommé Bamot, s'entendit avec un paysan , qui s'engagea à lui faciliter l'entrée du château lorsque son tour de garde serait arrivé. Barnot s'adjoignit deux de ses voisins , Chabert et Allègre , gendre de ce dernier. Avertis secrètement par Barnot que le paysan serait de garde la nuit prochaine et qu'il le remplacerait à son poste , Chabert et Allègre se rendirent à Jallès avec une centaine de calvinistes de St-Ambroix. A l'heure convenue, Allègre, accompagné de dix hommes, se transporta à l'endroit que Barnot avait indiqué comme celui où il devait veiller à la place du paysan. Son complice lui ayant jeté une corde dont il fixa une des extrémités à sa guérite , Allègre, ses gens, et successivement tous ceux qui faisaient partie de l'expédition , pénétrèrent par ce moyen dans le château; ils se saisirent de Mazade, qui venait de se mettre au lit, et le firent prisonnier, ainsi que quelques soldats, qui ne songèrent pas à opposer la moindre résistance.

Montréal avait à peine pris possession de Bays , qu'il fut avisé que le baron de Brison devait venir s'emparer, à la nuit, des coteaux qui le dominent, et relever les deux forts abattus par ordre de Lesdiguières , à la faveur d'une attaque qu'il ferait sur le bourg. Montréal ordonna aussitôt à Vinezac et à Reynaud d'aller occuper ces deux points avec leurs

compagnies, et de s'y mettre à couvert par des murs 4627. en pierres sèches : ce qui fut exécuté dans le jour même; puis ayant chargé Lacroix et Fialet de les soutenir avec cinquante hommes chacun, il s'empressa de pourvoir à la défense du bourg. Brison arriva effectivement au coucher du soleil; mais voyant les positions si bien gardées , il n'osa rien entreprendre.

Tagenat, qui commandait au Pouzin par ordre du comte de Toumon , craignant aussi quelque surprise de la part de Brison, qui cherchait à s'établir sur la rive du Rhône , avait fait construire une tour sur l'emplacement de l'ancien château, et un fort auquel il donna son nom. Au moyen de ces travaux, le Pouzin se trouvait à l'abri d'un coup de main. De semblables précautions ayant été prises à Beauchaslel et à St-Vincent-de-Barrès , Brison renonça à son projet et retourna à Privas.

Le 3 janvier 1628 , il fut invité par Tremoulet de 4628. Serres à tenir un de ses enfants en baptême dans sa maison , située à une lieue de cette ville. Il s'y rendit. Le lendemain, pendant qu'il retournait chez lui, il fut lâchement assassiné par des catholiques qui l'attendaient à son passage. Ainsi finit Joachim de Beaumont , l'un des officiers les plus distingués de cette époque; son intrépidité lui avait acquis, comme à Monibrun , le surnom de brave. Ce fut une grande perte pour les gens de son parti ! Son corps ayant été transporté à Privas, fut embaumé et inhumé dans le caveau de la famille Chambaud. On donna ses biens à Montréal, en récompense des services que ce seigneur avait rendus à la cause des catholiques.

4628. Chabreilles, frère du brave Brison, hérita seulemeut de ses titres de gouverneur et iieutenant-géûéral des reiigionnaires du Vi va rais.

Il ne fut pas heureux dans son début. Le 18 mars^ il alla attaquer Lavoulte avec huit cents hommes; mais il fut vigoureusement repoussé par la garnison^ composée des compagnies de Defai , de La Pimpie et de Claude de Banne , gouverneur du château.

La position des calvinistes du Vivarais devenait de jour en jour plus critique. Presque toutes les places de ce pays étaient occupées par les catholiques, qui ne cessaient de les persécuter, de les traquer comme des bêtes fauves , surtout depuis la mort de Brison. Privas seul était à l'abri de leurs violences; mais cette ville ne pouvait servir de refuge à tous les reiigionnaires. Dans cet état de choses le conseil de la province envoya des députés au duc de Rohan, qui se trouvait à Nismes, pour le prier de venir mettre un terme aux ve:Kations dont ses partisans étaient l'objet. Emu de leurs d;oléances, ce prince prit la déteripination de se dévouer k la délivrance de tant de troupeaux désolés, dont les gémissements montaient jusqu'au ciel (1). Eu conséqueace, ayant envoyé Lacaumette-Ghambaud en Albigeois; pour s'opposer aux mouvements du prince de Condé, il compléta les vieux régiments de Goudiu, La Beaume, feu Mourmoirac, Sendres et Fourniguet; en créa trois nouveaux , qui reçurent les noms de leurs chefs : de Bimard, Des Aires et de Brenoux; le tout formant cinq mille hommes d'infanterie et deuic; cents de cavalerie, pourvus de mii^eurs et de pétar-

(I) Mémoires du duc de âohan, liy. 4.

bu VIVARAIS. 245

diers, et accompagnés de deux pièces de canon. 46». Il divisa cette armée en trois corps, qui prirent, par divers chemins, la route d'AIais, St-Ambroix et Barjac, sous les ordres des sieurs de Lecques et d'Aubays, raaréchaux-de-camp du duc, La Boissière, sergent de bataille , et Randon , de St-Hippolyte , aide de ce dernier (1). Les caissons étaient conduits par de Touyouse , commissaire-général d'artillerie. Avant de se porter à la tête de ces colonnes, le duc de Rohan fit démanteler St-6eniès , raser son château et les fortifications de Lachatte, Moussac et Brignon, afin de rendre la campagne plus libre; pois ayant assemblé le conseil de la province du Bas- Languedoc et tous les corps qui avaient la direction de Nismes, il leur fit part de ses intentions, et les exhorta à se tenir sur leurs gardes contre les propositions insidieuses des catholiques, étant bien résolu à n'accepter qu^un traité de bonne foi conjointement avec La Rochelle , touUs les églises de France e^ le roi de là Grande-Bretagne. Tous promirent de se conformer à ses intentions et de ne riea conclure sans son adhésion.

Le prince partit de Nismes trois jours après Tarmée, c'est-à-dire le 14 mars, pour se rendre à Alais, où il fit les mêmes recommandations. Là, il reçut la soumission des châteaux de Roussons , de Potelières et de Bessas, que vinrent lui offrir les ^enrs de Meyrières et de Beauvoir.

D'AIais, le duc alla à St-Ambroix, oii il coucha le 17. Le lendemain, il^prit le chemin du château de Teyrargues, appartenant au marquis Des Portes,

(A) Voyagé du ducik Rohan en Yivarait.

-1628. atin de faire expier à ce seigneur les vexations inouïe» qu'il s'était permises envers les calvinistes du pays. En effet, à en croire ceux-ci, le marquis, en haine de leur culte, les aurait traités de la manière la plus barbare, soit en les contraignant, à coups de bâton , d'assister à la messe , soit en les forçant d'abandonner leurs demeures et à aller mendier leur pain dans d'autres localités.

Ce château , assez bien fortifié , avait une garnison de cinquante hommes, qui, sommés de se rendre, envoyèrent leurs chefs pour traiter avec le duc. Il fut convenu qu'ils aurajient la vie sauve et la faculté de se retirer oii bon leur semblerait. Ils sortirent. I^e duc, pour les mettre à l'abri de tout danger, les fit escorter fort loin par sa cavalerie; puis ayant fait entrer ses gardes et le capitaine Quentin dans Ip château , avec un petit nombre de soldats , il ordonna d'inventorier les denrées et les meubles qui c'y trouvaient, et se mit en route pour Barjac; mais à peine avait-il quitté les lieux, que la nouvelle garnison et les habitants, également exaspérés contre le marquis Des Portes, pillèrent, saccagèrent le château, et le réduisirent en cendres.

Le duc, en arrivaptà Barjqic , donna rendez-vous à son armée, pour le lendemain 19, dans la plaine de St-Jean-d^-Maurièges, petite ville composée de deux cent cinquantp maisons, et que le marquis Des Portes avait privée de son temple, quoiqu'on n'y comptât que trois familles catholique^. Ce seigneur ayant fait entendre au roi que St-Jean était une place importante , il avait été autorisé à y entretenir, aux frais des habitants , une garnison de deux cents

hommes, qui faisaient mine d'opposer la plus vigou- 1628. reuse résistance. Rohan, qui n'était pas hipime à se laisser intimider , y envoya Fourniguet avec son régiment. Après quelques fusillades , cet officier s'empara des faubourgs et des travaux de défense qu'on y avait faits. L'ennemi s'étant réfugié dans la ville, on fit avancer les canons et le reste des troupes, et on la somma de se rendre. Ceux qui y commandaient s'abouchèrent avec Goudin et d'Entremaux,, cornettes de Lacassaigne, et promirent de la céder moyennant une capitulation honorable : ce qui fut accordé. Le lendemain, à midi, la garnison ayant envoyé trois de ses otages au camp du duc de Rohan , sortit avec armes et bagages, ainsi qu'il avait été convenu.

Montréal , instruit de la marche du duc de Rohan^^ s'empressa d'en aviser le duc de Ventadour , ipie le roi avait envoyé au Puy , sur le soupçon de quelques intelligences. Il écrivit en même temps à toute la noblesse du pays, en l'engageant à s'unir à lui pour combattre l'année calviniste , et prescrivit au viguier Lagarde de pourvoir aux besoins des troupes catholiques. Cet appel fut entendu : les sieurs de Légères , de Rochefort et de Lestrange accoururent avec leurs régiments , et les vicomtes Du Roure et de Beaume à la tète de tous les partisans qu'ils avaient pu réunir. Vinrent ensuite Du Cros, de Castrevieille, de Voglié, de Chambonnas, de Vernon, de Boussols, de Gros, deVinsolles, de La Molière, et autres gentilshommes , enfin Du Hallier et Dissimieu avec leurs compagnies de chevau-légers. Villeneuve-de-Berg avait été choisi pour le rendez-vous

>I628. général, comme étant le point le plus favorable à Tarméei. calviniste pour effectuer son passage, et le plus convenable à l'armée catholique pour établir le centre de ses opérations. Aussitôt que celle-ci fut assemblée , Montréal la dispersa dans les places qu'il importait le plus de défendre, telles qu'Aubenas. Ruons, St-Jean-le-Centenier, La Villedieu, Balazuc etSt-Germain; une bonne partie fut retenue à Villeneuve-de-Berg,afinde fournir des secours à celles qui seraient attaquées. En même temps , îl envoya Lachadenède, avec vingt-cinq soldats, pour renforcer la garnison de Sajavas, où commandait un sergent nommé Caudale , et des provisions pour un mois. Pareil nombre d'hommes furent chargés d'aller occuper la tour du Moulin , sous les ordres du sergent Donnadieu.

Le 20, l'armée du duc de Roban étant rassemblée dans la plaine de Barjac , le baron d'Aubays reçut Tordre de passer l'A rdèche, avec les régiments de Bimart, Sendres etFoumiguet, et une partie de la cavalerie. L'ordre fut exécuté, et les régiments allèrent se loger à La Gorce et à Vallon. Salavas fut investi, le soir même, par de Lecques , dont les troupes occupèrent le bourg que les catholiques venaient d'abandonner. Ces troupes furent divisées en détachements , sous les ordres de Goudin , La Beaume, Mourmoirac et Brenoux. Le premier prit position du côté opposé à la cour du château; le second, à sa droite; le troisième, à sa gauche; le quatrième , dans des maisons situées sur un coteau à peu de distance de là , et par où les assiégés pouvaient être secourus. La cavalerie resta dans

la plaine et passa la nuit entre le château et le \eSB. moulin.

Ayant d'aller plus loin, il convient de faire connaître la position du château de Salavas et l'état de ses fortifications à l'époque dont il s'agit. Voici la description qu'en donne le duc de Rohan lui-même, dans son V&yage m Vivarais.

c< Le château de Salavas est situé sur les bords de la rivière d'Ârdèche, du côté de laquelle le coteau sur lequel il est assis, le taille en précipice; du c6té opposite, où estle bourg, il se hausse plus mollement. Le oorps-de-logis était flanqué de plusieurs tours et de quantité de bonnes guérites; ayant, du côté du précipice, un rocher assez élevé, appelé Baldasset ou Baudasset, séparé du corps-de-logis, au-dessus duquel était un petit terre-plein, à la faveur duquel les assiégés espéraient de faire , à toute extrémité, une composition honorable. La basse-cour, fort grande et formée en un grand terrain, avait à sa droite ^n jardin haut-élevé, fermé de bonnes murailles et défendu par une grosse tour massive; à sa gauche était la principale porte, qui avait été murée, et sur le coin d'entre -deux qui joignait l'entrée à la basse-cour, une autre assez bonne tour servait de défense » (1).

(I) Pierre 6e Blaroha , dans ses CommeiUâiret du iùl(M du Vivatais , Àonne k peu près la même description du château de Salayas. 11 ajoute : « Cette place étaî^ » d'ailleurs hors d'escalade de toute part, et quoique le logis fût fort grand, il a s'y aTait aucun moyen par lequel il pût être surpris, que celui des traîtres qui le a lÎTrèrent à Chalanqui aux premières gueffes , comme il a été dit en son lieu.

'^H. de La Gorce n'afait rien omis (ce semblait) pour le rendre hors de mine et a de sape y ayant fait caTsr partout autour et fait de profends glacis, excepté

' >• ce que contenait le ravelin , lequel semb)ait asses oouyrir sou étfndue, et ce fut nNIJ qu'arriva ta perte de cette place. » Page 470.

4 628. li y avait là quatre-vingt-dix hommes déterminés; Lachadenède, qui les commandait, fut sommé de se rendre ; mais il ne répondit , à cette injonction , que par railleries , mousquetades et coups de fauconneau.

Le duc , qui s'était établi à La Bastide , chez le sieur de St-Florent, se rendit, le lendemain, au village de Salavas. Après l'avoir visité et pris les renseignements nécessaires auprès des habitants, il alla asseoir sa batterie, composée des deux pièces de canon qu'il avait amenées de Nismes, sur le coteau que domine Sizaillers, près d'une petite maison, afin de ruiner les fortifications du logis neuf, qui était à sa gauche. Dès le soir même , il fit commencer une mine qui devait conduire sous la tour dont le jardin était flanqué; mais, après deux jours de travail, on fut obligé d'y renoncer, à cause des obstacles que les mineurs rencontrèrent. On en entreprit une autre sous la tour qui flanquait à droite la basse-cour; puis une troisième sous la muraille de ce côté. Les journées des 23 et 24 furent employées à ces opérations. Vers le soir du 24, on dirigea sur ce point les deux bouches à feu pour abattre les défenses du corps-de-logis vieux. Le lendemain , dès le point du jour, le sieur de Toyouse fit jouer sa petite batterie avec une vigueur telle , qu'à midi les défenses étaient emportées. Alors le duc ordpnna l'assaut, qui fut commencé par Goudin et soutenu par La Beaume et le régiment de Mourmoirac. Brenoux se tint au-dehors en bataille avec ses gens et la compagnie des gendarmes de Rohan, prêt à porter du secours où besoin serait. D'Aubays

se platçà. dans le même ordre sur le bord de l'Ar- 4628. dèche.

Les deux mines jouèrent : celle sous la muraille produisit peu d'eflfet , mais l'autre abattit la partie de la tour qui regardait le village, et mit à découvert une porte de communication du château k cette tour. Juran , lieutenant de Laureille , et Peschaire , ayant appliqué une échelle dont l'extrémité aboutissait à cette porte , montèrent aussitôt et se jetèrent dans la basse-cour. Les assiégés qui l'occupaient rentrèrent dans le château , abandonnant quelques mousquets dans la précipitation de leur mouvement.

Goudin , jugeant qu'il serait trop long d'introduire ses soldats par la porte dont il s'agit , courut à celle qui avait été murée, et parvint, en la trouant, à s'ouvrir un passage. Chalanqui et Peschaire se précipitèrent par là sur le ravelin , sapèrent la muraille du château à coups de pétard, et pénétrèrent, par la brèche, dans une cave , où leurs soldats et ceux de Logères, qui les avaient suivis, se mirent à l'abri des pierres énormes que les assiégés faisaient pleuvoir sur eux.

Cette action coûta la vie à Chalanqui. Le colonel Goudin y eut la cuisse traversée d'une balle.

L'assaut continua jusqu'à la nuit. Les assiégés tendirent alors un drap blanc en signe de détressé; ceux de la tour du Moulin et de Vallon en firent autant. Les premiers continuèrent à se barricader, et firent, dans Baudasset, un nouveau rempart de leurs morts, qu'ils couvrirent de quelque terre (1).

(I) VoyagedudwdeBohanenVivarais.

252 GlIEHRES CIVILES

1628. Le lendemain, 26, ils demandèrent à parlementer. De Lecques s'étant abouché avec Lachadenède y celui-ci remontra que la garnison était encore assez nombreuse et approvisionnée pour résister long* temps; qu'elle avait, en outre, un moyen de retraite infaillible; mais que, n'espérant aucun secours deô catholiques, il offrait de céder la place à des conditions honorables. De Lecques répondit qu'il ne pouvait rien prendre sur lui, et l'engagea à se soumettre, sans condition , au duc de Rohan , qui , dans sa clémence, accorderait sûrement un traitement favorable aux soldats qu'il pouvait lui rester. Là-dessus , il alla rendre compte de sa mission au duc de Rohan. Voyant qu'il ne pourrait prendre la place sans perdre des hommes et du temps , le duo renvoya de Lecques auprès de Lachadenède pour s'entendre avec lui sur la capitulation. Il fut convenu, entre ces derniers, que la garnison sortirait avec ses armes. De quatre-vingt-dix hommes dont elle se composait, il n'en restait plus que quarante « deux (1), dont la plupart étaient couverts de blessures.

L'armée calviniste eût douze ou quinze soldats tués et soixante blessés pendant la durée de ce siège (2).

Restait la tour du Bateau ou du Moulin. Cette tour, construite sur un rocher au milieu de la ri-

(1) Ce chiffre est celui que donne le duc de Rohan. Pierre de Marcha n'évalue qu'à vingt-huit le nombre des catholiques blessés ou mis hors de combat dans Vaffnre de Salayas. Il ajoute que le siège dura onze jours , tandis qu'il est avéré qu'ayant coitimencé dans la soirée du 20, il finit à la nuit du 26.

(2) C'est encore le chiffre du duc do Rohan ; mais Pierre de Marcha porte à deuc cents hommes tués ou blessés les pertes de Tannée calviniste.

vière d'Ardèche^ entourée d'eau à une grande pro- 462S. fondieur , et qu'on ne pouvait aborder d'aucun côté, lorsque son pont-levis était levé , avait une garnison de vingt hommes , commandés par le sergent Don* nadieu. Elle aurait pu se défendre long-temps et coûter bien du sang aux calvinistes; mais Donna^iêu n'égalait point Lachadenède en courage: dès lapre- . mière sommation il se rendit à St-Florent. D'Àubays, qui fut chargé, le lendemain, de soumettre le château de Vallon , n'éprouva pas plus de résistance. Le duc de Rohai^ le fit immédiatement raser , ainsi que celui de Salavas , mais il conserva la tour du Moulin à cause de la commodité de son port, et y laissa St-Florent avec quelques hommes.

Il était dans l'intention de marcher sur Villeneuvede-Berg , où Montréal s'était enfermé avec huit ou neuf cents hommes; mais il manquait de vivres : ce qui le détermina à aller à Privas, où il devait trouver de quoi pourvoir aux besoins de son armée.

Chabreilles était dans Cjette ville. Ayant appris la marche du duc , il crut de son devoir d'aller à sa rencontre pour le recevoir à l'entrée de son gouvernement. Montréal eut connaissance des dispositions de Chabreilles. Prévenu qu'il se dirigeait vers Salavas , il alla s'embusquer à la nuit dans le bois des Pradiers, entre deux chemins dont son ennemi devait suivre l'un où l'autre. Il avait avec lui, le comte et le baron DuRoure, le vicomte de Beaume, de Vinezac, de Castrevieille , de Ghaussy , de Choisinet^ et autres gentilshommes au nombre de cinquante , pourvus de bons chevaux et accompagnés de deux cents hommes d'infanterie.

4628. L'escorte de Chabreiiles était de quatre-vingts cavaliers et de cent fantassins, auxquels se joignirent une vingtaine de montagnards. Il longea la petite rivière de Claduègne jusqu'aux Pradiers.

Bientôt les sentinelles de Montréal vinrent f'averGr que l'ennemi prenait le chemin d'en haut; il . s'y porta à l'instant même avec toutes ses forces. Les sentinelles s'étaient trompées. En effet, Chabreiiles avait pris, au contraire, le chemin d'en bas et gagné du terrain pendant que Montréal faisait son mouvement. Ce malentendu le sauva d'une rencontre qui eût pu lui être fatale. Quelques heures après, il était auprès du duc de Rohan.

Ce duc, après avoir fait passer la nuit à ses troupes dans les granges de Mirabel et dans quelques lieux voisins , laissa son canon à La Gorce, parce qu'on craignait qu'il ne pût franchir la rivière , et se rendit à Privas avec toute sa cavalerie. Le soir même de son arrivée en celte ville (le 31 mars) , il envoya Chabreiiles avec douze cents hommes investir Chomérac , où commandaient Lanas , fils de Montréal, et le cadet de La Rouillère.

Pendant la nuit , Chailus de Moras se saisit de quatorze soldats qui venaient de Lavoulte pour renforcer et approvisionner la garnison de Chomérac. Le lendemain, le duc y envoya, de Privas, deux canons, l'un de petit calibre, l'autre portant quinze livres de balles. Ces deux pièces furent placées, l'une devant la porte du faubourg, l'autre en face de la maison qu'occupait Lanâs, et dont les défenses furent bientôt abattues. Ce gentilhomme, doué d'un courage extraordinaire , opposa a l'attaque la plus

opiniâtre résistance. Le feu dura deux jours : au 4628. bout de ce temps Ghabreilles allait ordonner Tassaut, lorsque Lanas, qui avait reçu quatre blessures, s'aperçut que ses gens étaient sur le point de manquer de vivres et de munitions. Il demanda à capituler, et il fut convenu que Lanas et les siens auraient la vie sauve et conserveraient leurs armes. Ghabreilles adhéra à ces conditions à cause des bons procédés de Lanas envers les habitants de Ghomérac , qui , presque tous , professaient la religion protestante.

Après la prise de Ghomérac, le duc de Rohan dirigea son armée sur le Pouzin, qu'il avait résolu de fortifier.

Le lundi 3 avril, le baron d'Aubays reçut Tordre de se porter sur la montagne de Rompon et de se jeter, parla, sur le faubourg du Pouzin, après avoir laissé un régiment en observation près d'une église d'où Ton dominait toute la contrée et les plaines du Bas-Dauphiné qui avoisinent le Rhône ; en même temps de Lecques fut chargé de pénétrer dans la ville avec l'artillerie. Tout cela fut rigoureusement exécuté. La garnison de la tour voyant qu'on se disposait à monter du canon sur une éminence pour la battre en brèche , s'empressa d'en sortir et de se soumettre. Alors le canon fut transporté et mis en batterie devant le fort La Salle. Lecques somma Tagenat, qui le commandait, de se rendre au duc de Rohan. Get oflScier, voyant qu'il lui serait impossible de résister long-temps s'il n'était secouru, demanda du répit jusqu'au lendemain, déclarant, sur l'honneur, qu'à huit heures du matin il céderait

4628- la place s'il ne recevait pas de renforts pour soiitenir le siège, à la condition toutefois que la garnison conserverait ses armes et ses bagages , et qu'elle serait conduite en Dauphiné avec une escorte assez imposante pour la garantir de tout danger. Le duc de Rohan ayant agréé ces conditions, il n'y eut aucune hostilité. Tagenat, fidèle à sa parole, sortit da fort à l'heure indiquée avec quatre-vingts hommes dont se composait la garnison , et qui passèrent le Rhône, ainsi qu'il avait été convenu, sous la protection d'un détachement de l'armée calviniste. Maître du Pouzin , le duc de Rohan envoya ChahreîUes investir le fort de St-Âlban. On se souvient que Montréal, après avoir pris ce fort, en avait confié la garde à Charrier, fils du sieur de Chambaud, qui y tenait garnison. Charrier, à rapproche de ChabreUles, pensa que la résistance serait inutile, et oflErit de sortir avec ses gens, à la condition que le fort serait démoli : ce qui fut accepté et impiédiatement exécuté. Le même jour, le régiment de Mourmoirac se rendit à Rays, avec^ ordre de ^'emparer de cette place ^ de s'y fortifier, de se saisir de tous les bateaux qui pourraient se trouver dans le port et de les conduire au Pouzin. Le baron d^Aubays fiit chargé du commandement de cette expédition.

Montréal , dès le commencement de cette guerre, avait fait établir, sur les ruines des deux châteaux ^ deux forts en pierres sèches, avec quelques gabionnades. Fialet, enseigne de Yinezac y occupait le plus élevé avec une trentaine d'hommes ; le plus bas était gardé par le lieutenant Lacroix,, avec le dou-

ble plas de inonde. D'Ânbays ayant formé une 4tf2S. batterie sor la montagne^ un peu au-dessus du poste de Fialet, lui fit la sommation d'usage. Cet officier, menacé de si près et se voyant tout-à-fait à la merci de Tennemi, s'empressa de se retirer. Le lendemain, Lacroix en fil autant , de sorte que le baron demeura paisible possesseur de la place.

Ces succès de l'armée calviniste émurent profondément les catholiques du Bas-Vivarais. La plupart de ceux qui habitaient le voisinage du Rhône abandonnaient leurs maisons et allaient se réfugier dans des endroits inaccessibles, emportant des provisions et tout ce qu'ils avaient de précieux. Leurs craintes étaient d'autant plus fondées que cette année s'augmentait tous les jours des religionnaires qui arrivaient du Haut-Vivarais et des Boutières. Cependant, elle commençait à manquer de vivres et d'argent. Le duc de Rohan, dans cette extrémité, réunit un certain nombre de bateaux et jeta, sur l'autre rive du fleuve , douze cente hommes d'infanterie et une centaine de cavaliers, sous les ordres de Lecques , tant pour se procurer des provisions que pour contraindre les habitants du Bas-Dauphiné à apporter , au Pouzin , le montant des contributions qu'il leur avait imposées. Les courses de Lecques , dans ce pays, ne furent pas infructueuses. Quelques vivres arrivèrent, avec deux cents mousquets qui avaient été saisis dans un convoi, et que les catholiques dauphinois expédiaient à leurs coreligionnaires de Bagnols. Dans ces moments, des gens de la localité persuadèrent au duc de Rohan qu'il serait très-facile de s'emparer de Cruas , et de tirer de ce

4628. bourg une grande quantité de grains. Il y envoya aussitôt d'Àubays avec du canon et l'ordre de l'assiéger.

Gruas, situé à une lieue au-dessous de Bays, était alors entouré de bonnes murailles. Il y avait, en outre, une abbaye assez bien fortifiée et où Montréal avait mis le cadet de La Rouillère, frère de l'abbé de ce nom, avec une compagnie d'infanterie.

D'Àubays étant arrivé avec ses troupes, fit les dispositions nécessaires pour l'attaque; mais on répondit à ses sommations par des mousquetades. Alors il fit jouer son artillerie , qui ne produisit pas tout l'eflfet qu'il en attendait. La garnison , l'abbé , les moines , les habitants , hommes et femmes , rivalisant de zèle et de courage , se défendirent si vaillamment, que le baron ne fit aucun progrès.

Pendant la durée de ce siège , Rohan apprit que Perrault, qui se trouvait aux environs de Beaucaire, avec son régiment, venait d'arriver au Bourg-St- Andéol , et qu'il devait se porter sur Rochemaure, en même temps que de fortes colonnes conduites par Montréal , de Lestrange , Du Hallier et le baron de Dissimieu. Il ordonna aussitôt de ramener ses soldats à Bays et d'envoyer ses deux canons à Privas , où il se transporta lui-même , après avoir pris des mesures pour que les fortifications du Pouzin, où l'on avait travaillé sans relâche , fussent bientôt complétées (i).

(I) «.... Ses soldats y firent des cflbrls merveilleux , et en moins de temps qu'on ne peut s'imaginer ; et parmy des incommodités assez grandes , fit creuser l'abîme qui serrait de fossé au ehàteau de plus de trois toises de profondeur , parache? er tout ce fossé de fortifications, élorer en tous les endroits nécessaires le rempart k une hauteur défendable , et n'en bougea point que là place ne fût en état de soutenir un effort plus grand que l'ordinaire, t Voyage duducdô Hohên en Vivarûii*

Dans ces entrefaites, un soldat calviniste ayant 462S. été toé, ou 5 pour bien dire^ assassiné par les gens de Montréal , entre Privas et Mirabel , on trouva sur lui quelques papiers et deux lettres du duc de Rohan , adressées , Tune au sieur de Mirabel , Tautre au gouverneur de La Gorce. Dans la première , il chargeait de Mirabel de faire parvenir l'autre à sa destination, et de favoriser le passage des gens que le gouverneur de La Gorce devait envoyer; dans l'autre , on lisait ces mots : « Envoyezr-moi le gen- » tilhomme de M. Chavagnac et celui de ma femme ; » il m'importe qu'ils passent la nuit prochaine en » sûreté , et pour cet effet j'ai écrit au sieur de Mi- » rabel de faciliter leur passage à Villeneuve; à » quoi me rappoi^nt, vous envoyant les ordres » que vous avez désirés de moi, je demeure, etc. »

La lettre au gouverneur de La Gorce fut soigneusement recachetée et remise par de Vinezac, ainsi que les ordres du duc , à un soldat de sa compagnie, qui, ayant reçu les instructions nécessaires^ se rendit auprès de ce gouverneur. Après la lecture du message, Legraveron et Dupont, le premier gentilhomme de Chavagnac, l'autre gentilhomme de Madame de Rohan , partirent avec le soldat qui devait leur servir de guide; mais celui-ci, au lieu de les conduire à Mirabel, comme ils s'y attendaient^ les mit entre les mains de Vinezac, qui les envoya, sous bonne escorte à Montréal. Les papiers qui furent trouvés sur eux firent connaître la position critique du duc de Rohàn. D'après les lettres dont ils étaient porteuirs , il dem^irait constant que le doc ne pouvait espérer ni vivres ni munitions de NismeSj

4628. et que sa présence devenant indispensable du côté d'Âlais et d'Ânduze, où les gens de son parti avaient fort à faire , il serait obligé de sortir incessamment du Vivarais. On transmit de suite ces pièces à Montmorency.

Cependant, Chabreilles venait d'apprendre que les catholiques se disposaient à renforcer la garnison du Cheylard , petite ville appartenant au duc de Ventadour , sur les confins du Vêlai ; il pressa le duc de Rohan d'en faire le siège, avant qu'elle eût reçu les renforts qu*on lui destinait , et qui devaient en rendre la prise moins facile. Le duc , cédant à ses instances , l'y envoya avec les troupes du Vivarais. Il fit partir en même temps les régiments de Sendres et de Des Aires, pour s'assurer du château de La Chaise , situé près du Cheylard , où pouvaient se donner rendez-vous ceux qui auraient voulu porter du secours à cette ville-

Le Cheylard $ dont les habitants étaient généralement protestants , fut emporté à coups de pétard. Alors les soldats de Chabreilles purent serrer le château de plus près. Ses guérites furent abattues par des fauconneaux qu'on employa en attendant l'arrivée d'une pièce de canon qui devait être envoyée de Privas. Dans ce moment le lieu de La Chaise se rendit, ce qui donna la facilité à quelques-uns des assiégeants de se loger dans la basse-cour du château , pour tâcher d'en aborder la muraille et de la renverser par la sape ; mais les assiégés ayant ouvert les écuries , où ils s'étaient retranchés, firent tin feu de mousqueterie si bien nourri, que les assiégeants furent forcés d'abandonner leur entreprise et de battre en retraite.

DU viVÀiUis. 264

Au miUen de ces circonstances, le duc de Rohan IMV. fat informé que le duc de Montmorency était de retour dans le Bas-Langnedoc , et qu'il se disposait à s'emparer de Barjac avant qu'on eût porté des secours à cette place.

En efiet, le duc de Montmorency ayant appris les progrès du duc de Rohan en Yivarais , s'était empressé d'assembler une armée de huit à neuf mille hommes (1) , afin de le contraindre à sortir de ce pays ; mais avant de se mettre en marche, sachant que le chef suprême des calvinistes tenait les deux rives du Rhône, et craignant que ses coreligionnaires du Dauphiné ne lui envoyassent des secours , il voulut, par un moyen énergique, intimider ceux qui seraient tentés de l'assister; en conséquence, il provoqua un arrêt du parlement de Grenoble > qui fut rendu le 10 avril, portant en substance que tous les protestants qui suivaient le parti de Rohan étaient déclarés traîtres à la patrie; que les juges royaux dresseraient des listes de ceux qui s'étaient absentés de leur domicile depuis six mois , et séquestreraient leurs biens. L'arrêt défendait en même temps, sous des peines sévères, de fournir des vivres aux rébelles, et ordonnait de leur courir sus au son du tocsin.

Cette mesure retint beaucoup de gens qui auraient pu se joindre au duc de Rohan et combattre sous ses drapeaux.

La position de ce dernier devenait critique. Il fallait empêcher l'ennemi d'arriver à Barjac et de prendre des positions avantageuses de ce côté; pour

(4) Mercure françaU.

262 GUERRES CIVILES DU VlVARAIS.

4628. cela il avait besoin de toutes ses forces. Il écrivit donc à Chabreilles d'abandonner le siège du Cheylard , s'il voyait qu'il dût traîner en longueur , et de lui ramener ses deux régiments avec les troupes vivaraises que ce siège occupait.

Mais Chabreilles n'avait pas perdu de temps. Les assièges, réduits, par ses efforts à l'impossibilité de résister un jour de plus , capitulèrent, le 21 avril , au moment où il recevait le message du duc de Rohan. Le lendemain , il alla le rejoindre avec sa colonne, dans la plaine du Lac, près de Privas, lieu indiqué par le duc pour le rassemblement de son armée.

Le duc de Ventadour ayant appris au Puy la marche de Chabreilles sur le Cheylard , était accouru à Villeneuve-de-Berg, d'où il avait fait partir de suite un régiment pour secourir les assiégés ; mais Lignerac , qui le commandait , fut informé en route que le château s'était soumis, et il rentra a Villeneuve.

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