CHAPITRE YI
ArrÎTée du duc de Montmorency en Vivarais. — Retraite du duc de Rohan. — Escarmouches dans les défilés de St-Germaîn.
— Funeste tentative des oatholic^ues d'Aubenas sur Vais. — Prise du Pradel par le duc de Ventadour. — Forces du duc de Montmorency. — ;Siége et prise de Ghomérac par les catholiques. — Supplice de la garnison de cette place. — Siège et prise du Pouzin par les catholiques. -^ Mort de Pierregourde.
— Siège et reddition de Mirahel au duc de Montmorency. — Capitulation de Vais par Ghambonnet. — Dégâts aux environs de Nisnies et dans le Lavaunage par le duc de Ventadour. — • Supplice de la garnison de Gallargues. — Horribles représailles. — Tentative du duc de Rohan sur Villeneuve-de-Berg. — Prise et reprise du fort de Samzon. — Rouerie d'un berger. — Traité du duc de Rohan avec le roi d'Espagn^e» — Mort de Bernard Pels.
— Vaines tentatives de St-Àndré de Montbrun sur Villefortet Chamborîgaud. — Siège et prise de Soyons par le duc de Montmorency. — Marche de St-André de Montbrun sur Privas. — Refus de l'y recevoir. -— Jj s'y maintient. — Le roi lui fait proposer cent mille écus pour la remise de cette place. — Sa réponse et sa détermination de défendre Privas. — Situation de cette ville. — Marche de Louis XIII contre Privas. — Il arrive dans la plaine du Lac. — Escarmouches. — Mort du marquis d'Uielles. — Le duc de Montmorency enlève les positions des calvinistes autour de Privas. — Le maréchal de Schomberg s'empare d'Ouvèze et des travaux avancés du côté du Lac. — Mort du père Jérôme, gardien des capucins de Valence. — Aitiaque générale. — Prise du fort de Tournon et du fort St-Andrév
— Mort du marquis Des Portes. — Fuite des privadoîs. — St- André de Montbrun se réfugie au Mont-Toulon. — Il est forcé par ses troupes de se rendre auprès du roi , qui refuse de le recevoir et le renvoie à Richelieu. — Prise de Privas par Parmée royale. — Egorgements, pillage, viols, incendie de cette ville.
— La garnison de Mont-Toulon se rend à discrétion. — Catastrophe. — Massacre des soldats du Mont-Toulon. — St-André de Montbrun est envoyé à Valence , et de là h la tour de Grest d'où il s'évade. — Ghabreilles est amnistié. — Il ramène à l'obéissance du roi tout le pays des Routières. — Déclaration du roi contre la ville et les habitants de Privas. — Le vicomte de Lestrange est mis en possession du fort de Tournon. — Le duc de Montmorency retourne en Languedoc pour combattre contre le duc de Rohan. — Louis XIII quitte Privas^ après avoir touché sept cent quarante-quatre malades des écrouelles. — Il reçoit la soumission de plusieursplaces.— Défaites des protestants, près de Nismes, par le maréchal d'Estrées et le duc de Latrémoillo. •^ Prise d'Alais par les troupes du roi. — Traité de paix avec Je duc de Rohan au nom des calvinistes. — Peste en Languedèc. -<- Misère des privadois.
4628. I"^ ^^^ d^ Montmorency, après la publication de Tarrêt du parlement de Grenoble , s'était mis en route pour le Vivarais à la tête de trois ou quatre mille hommes (1). Il arriva au Bourg-St- Àndéol , le 24 avril, au moment même oà le château du Cheylard Msait sa capitulation.
Le duc de Rohan partit de Privas dans l'aprèsmidi du 23, jour de Pâques , et se rendit avec ses troupes dans la plaine de Lussas , entre Mirabel et La Villedieu. Le lendemain, il se remit en marche à la pointe du jour et dans Tordre suivant : le baron
(4) C^est le chiHre que donne Pierre àe Marcha. Le Mercure français porte k huit mille hommes Tannée du duc de Montmorency.
DU VIVÀRAIS. 265
d'Aubays, à l'avant-garde, avec trois cornettes de 4628. cavalerie, lasieaue et celles de St-£stève et du baron d'Alais , formant chacune un escadron , la première en tète , les deux autres servant d'ailes à l'infanterie, qui s'avançait en quatre bataillons ordonnés en losange et composés des régiments de Sendres, Fourniquet, Bimart et Des Aires; ceux de Goudin, La Beaume, feu Mourmoirac et Brenoux, formaient l'arrière-garde , avec les compagnies de cavalerie de Laoassagne et de Meyrières, qui était conunandée par de Lecques. Les bagages marchaient entre les deux corps.
L'armée arriva dans cet ordre entre La Villedieu et St-Germain, lieux distants d'une portée de cancm l'un de l'autre , et d'autant de Villeneuve-de-Berg, où le duc de Montmorency entra bientôt après.
Les catholiques ayant eu connaissance du mouvement de Rohan , se mirent en mesure de l'attaquer dans sa retraite. Le duc de Yentadour enjoignit au baron de Perrault, qui était à St-Jean-le-Centenier, de se rendre la nuit même avec son régiment à Villeneuve-de-Berg (1). En même temps, Montréal envoya de Vinezac à St-Germain , avec sa compagnie et celles du baron Du Roure et Du Pouget. A ces forces vinrent se joindre deux cents hommes qu'amenèrent de Vogué et Di^ Gros , plus la moitié de la compagnie d'ordonnance de Ventadour et la moitié de celle des chevau-légersde Du Hallier, aux
('l) « Le bsroD ne Toulut pas y aller. Mgr. de ViTiers y fut en personne arec cinq cents hoiinas de pied et cinquante chevanx. Celte troupe aree oelle du S. gr. dae de Ventadour poufait faire mille k douxe eents bommes ; maif le duc de Rohan en afait six mille et deux canons , et la nuit, à la sourdine, il passa l'Ardècbe. • De BaWM, — Aucun ouvrage ne fait mention de cette démarche do Tévéque de Viviers.
4628. ordres de Du Main , formant eu tout cinq à six cents combattants. Cinquante d'entre eux furent jetés dans le clocher de St-Germain ; les autres s'embusquèrent derrière les murs qui servaient de clôture ou d'appui au terrain. Ce lieu avait été choisi comme le plus commode et le plus avantageux, en ce qu'on pouvait de là aborder l'ennemi sans se mettre à découvert, et opérer une retraite sans danger.
A la vue de l'armée de Kohan, qui s'avançait dans Tordre que nous avons décrit , Du Cros et Du Main représentèrent à Vinezac l'insuffisance de ses forces pour résister à celles du duc. Vinezac n'en persista pas moins dans la résolution où il était de l'attaquer, disant que ses barricades et le clocher de St-Germain le favoriseraient assez pour attendre l'arrivée des ducs de Ventadour et de Montmorency , dont l'armée s'acheminait vers ce point. Alors Du Gros et Du Main faisant observer à Vinezac qu'ils ne pouvaient mettre leur cavalerie aussi bien à l'abri que l'était l'infanterie derrière ses murailles , prirent le parti de se retirer : ce que celle-ci regarda comme une lâcheté.
L'avant-garde de Tarmée de Rohan qui continuait sa retraite, vit bientôt les catholiques sortir de leurs barricades pour se mettre en bataille. Le duc , informé de cette circonstance par Laroche , lieutenant de St-Estève, ordonna à Lecques et à Laboissière de prendre à droite en s'éloignant de la rivière d' Auzon, qui descend de La Villedieu à S(-Germain , comme s'ils voulaient se porter sur Vogué. Par ce mouvement l'arrière-garde se trouva à quatre cents pas environ des catholiques, laissant tout-à-fait à gauche
DO viVÀEAis. 267
te village de SMjrermaia. Une poignée de soldats 4628. que Montrai avait placés à LaVilledien, firent alors une sortie contre l'arrière-garde; mais elle souffrit peu de cette escarmouche^ dont le duc profita pour foire filer ses bagages à la droite de son avantgarde jusqu^à la rivière de Bourdarie , qu'il supposait devoir servir de limite à l'entreprise des catholiques. Dès qiMî les bagages et Tavant-garde eurent franchi cette rivière y il ordonna à l'arrière-garde de prendre encore plus à droite y afin de se mettre hors de portée des coups de mousquet que Tennemi tirait de derrière ses barricades. Cette opération ayant mis les deux corps d'armée à une assez grande distance l'un de l'autre, les catholiques, dont le nombre se grossissait des détachements qui descendaient continuellement des montagnes, saisirent cette occasion pour attaquer l'arrière-garde.
Le terrain devenait impraticable à la cavalerie à cause des ravins dont il était coupé à chaque instant. De Lecques la fit obliquer à droite , et la couvrant de son infanterie , détacha quelques pelotons pour occuper l'ennemi et le tenir éloigné du corps , qui avançait insensiblement avec le plus grand ordre , foisant de courtes haltes tous les vingt pas. Dès que ses derniers rangs eurent dépassé Sl^Germain , les catholiques , ayant à leur tête le duc de Ventadour et Montréal , attaquèrent par derrière et sur le flanc les régiments de Labeaume et de Brenoux. Le corps n'en continua pas moins sa marche, ne la suspendant que par intervalles pour ses haltes accoutumées , pendant que ses pelotons détachés protégeaient la retraite par des feux vigoureusement soutequs.
4628. Les catholiques, voyant qu'ils n'avaient affaire qu'à de petits détachements, les serrèrent déplus près. Lecques s'en aperçut; il ordonna aussitôt à Reffard, maréchal-des-logis de Lacassagne, de foire volte-face avec une douzaine de ses compagnons , et, se joignant à lui avec quelques-uns des siens, ils firent ensemble , sur un corps qui menaçait leurs derrières , une charge si terrible qu'il fut contramt de prendre la fuite dans le plus grand désordre, laissant plusieurs morts sur la place. L'ardeur du petit nombre de soldats employés dans cette actioa était telle , que de Lecques , craignant qu'elle ne les emportât trop loin de l'arrière-garde, se vit obligé de les ramener de vive force. Dès cet instant les catholiques ne firent plus que suivre et tirer de Uàm sur l'armée calviniste (1), qui put arriver à La Gorce sans plus d'obstacles , d'où elle gagna Ànduze et Nismes.
Dans le moment où le duc de Rohan passait l'Ar* dèche , le baron de Perrault parut sur la moutagne des Pradiers avec sou régiment , et le duc de Montmorency arrivait à Villeneuve- de -Berg avec uu grand nombre de seigneurs et de genlilshcmimes de son parti. Bientôt après vinrent aussi les régiments de Logères et de Lestrange, qu'on avait envoyés au Cheylard.
(I) Dans cette affaire le duc do Bohan y s'il faut en croire Pautenr des Commefh iêirtt du Soldat du VivariM , aurait eu qnatre-TÎngts ou cent hommes tués et plus de deux cents blesséS| et les catholiques seulement dix ou doue morts et quarmlQ on cinquante blessés. Il ajoute que le combat fut si long qu'il dura depuis six heures du matin jusqu'à minuit. Le duc de Rohan, qui qualifie ce combat â^eicarmouche, piséteod qu'il ne dura qu'une benre et demie, qu'il n'y perdit que quatre hommes, et n'eut que dix blessés ; il évalue , d'après les raipports que lui firent quelques prisonniers, k dix-huit morts et trente blessés la perte des catholiques. De quel cMé est la Tenté ?
DU VIVARAÎS. 269
Il est évident que si toutes ces troupes avaient ^628. mis plus de diligence dans leurs mouvements , Tarmée du duc de Rohan eût été gravement compromise dans un aussi mauvais pays que celui qu'il lui fallait traverser dans sa retraite. Depuis il a avoué luimême n'avoir jamais été plus près de sa perte. En y réfléchissant ^ beaucoup de gens auront de la peine à s'expliquer comment Montmorency 5 que Montréal tenait au courant de tout ce qui se passait en Vivarais , ait attendu , pour marcher contre le duc de Rohan avec les forces puissantes dont il pouvait disposer, l'arrêt du parlement de Grenoble. On ne comprendra guère mieux l'inaction du duc de Yentadonr dans la ville du Puy , pendant que le pays dont il avait le gouvernement était en feu; enfin, qu'induire de la conduite du baron de Perrault, qui attend l'arrivée de Montmorency à St-Jean-le-Centenier pour se rendre à VîUeneuve-de-Bei^ , où il aurait dû se trouver au moment du passage du duc de Rohan ?
Cependant le duc de Montmorency, jaloux de reprendre les places que le duc de Rohan avait' enlevées dans le Vivarais , surtout celles situées sur le Rhône et dont Poccupation par les calvinistes était extrêmement onéreuse au commerce , écrivit à Lyon pour avoir de l'artillerie et des munitions, et se rendit à Beaucaire afin d'y oi^niser des forces suflSsantes pour faire une bonne guerre à ses ennemis.
En attendant son retour, les catholiques du pays firent différentes tentatives contre les religionnaires. Ceuxd'Aubenas, au nombre de cent vingt, allèrent
provoquer la garnison protestante de Vais; mais celle-ci ayant fait une sortie, en tua un grand nombre. Quelques-uns d'entre eux s'étaient enfermés dans une grange avec la résolution de s*y défendre : les calvinistes s'en emparèrent , y mirent le feu , et tous ceux qui s'y trouvaient périrent dans les flammes. ; Le duc de Ventadour, qui était resté à Villeneuvede-Berg depuis la retraite du duc de Rohan , forma le projet d'assiéger le château du Pradel, de concert avec son frère, le marquis d'Annonay, qui setrou-^ vait aussi dans cette ville. Ce château, situé entre Mirabel et Villeneuve, appartenait à Daniel de Serres, auteur du Théâtre d'Agriculture ; sa garnison , se^ coudée par celle de Mirabel, faisait de grands dégâts et même empêchait les gens du pays de se livrer à la culture de leurs terres. Le duc fit venir deux pièces de canon du Bourg-St-Andéol , et , le 5 mai , quatre mille hommes investirent le châteauj qui n'avait pas plus de trente défenseurs , sous les ordres de Daniel de Serres et de son fils. Néanmoins la résistance fut si forte, que le duc ne put l'amener à composition que le 7 (i ) , après avoir perdu beaucoup de monde.
(I) Dans un manuscril que Daniel de Serres a laissé , on lit ce qui soit : « Le 7 mai 4628, le Pradcl, rendu à M. de Ventadour par composition, vies et bagues sauves , fut pillé et rasé. Mon fils aîné y commandait , ayant été investi le vendredi précédent. Ma maison ayant été rasée par ordre de M. de Ventadour, qui m'avait assiégé avec quatre mille hommes , battue de deux canons , ayant soufieii soixante votées , j'en sortis par composition avec Sarrazin de La Gorce, mon enseigne, et Jacques Perrotin, mon sergent, l'épée au côté, et vingt de mes compagnons sans armes , n'ayant pefdu qu'un seul soldat. » — L'honnête Pierre Marcha, ajoute en manière de plaisanterie : « Ses arbres et ses vergers furent coupés avec moini de peine et de labeur que Tauteur du Théâtre d'Âgriculturey qui en était le seigneur, n'en avait mis pour les élever. » Commentaire$ du soldat du Vivarais^ page 215.
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Le duc de Montmorency mit une extrême activité dans ses préparatifs. Assuré de dix bouches à feu et de munitions qui lui étaient envoyées de Lyon, il établit les communications nécessaires pour obtenir des vivres et rassembla auprès de lui une armée imposante, et dont voici lacomposition : le régiment de Languedoc, formé de quinze compagnies; les régiments de Lestranges , de Logères , de Montréal , de Perrault et d'Annonay, ayant chacun dix compagnies , et celui de Tagenat, qui n'en comptait que cinq. A tous ces régiments vinrent se joindre , du Dauphiné, ceux de Sault, d'Aiguebonne , de Grignan et de Montoison ; plus, les compagnies d'ordonnance des ducs de Montmorency et de Ventadour, celles des gardes de ce dernier et des chevau-légers de Dissimieu; enfin le régiment d'Annibal et la compagnie de cavalerie légère de Du Hallier, qui furent chargés de surveiller les mouvements du duc de Rohan dans le Bas-Languedoc. Cette armée eut pour maréchaux-de*camp Des Portes et de MontréaL
Pendant que tout s'organisait pour le siège du Pouzin , Montréal et d'Annonay résolurent de s'emparer de Chomérac, qui, par sa position à l'entrée des Boutières , offrait aux calvinistes les moyens de protéger ou d'entraver les communications entre Bays , le Pouzin et Privas.
Cette petite ville comptait alors cent cinquante maisons, entourées de bonnes murailles et défendues par un château flanqué de fortes tours. Elle était jugée si importante, que chaque fois que la guerre civile éclatait en Vivarais les partis s'en dis-
1628. putaient la possession avec le plus vif acharnement.
Montréal et d'innonay ayant reçu du duc de Montmorency l'autorisation de suivre leur projet, partirent de Villeneuve-de-Berg avec leurs régiments, ceux de Lestrange et de Tagenat et deux pièces de canon. Feignant de se porter sur le Pouzin, ils prirent brusquement à la nuit la direction de Chomérac , qui se trouva investi à la pointe du jour suivant.
Cinq cents hommes furent choisis dans les régiments de Montréal, d'Annonay et de Lestrange, pour former l'attaque , et mis sous les ordres de Vinezac , Marotte de Pierregourde et Montessagne. Cette colonne fut ainsi disposée : trois sergents avec quarante-cinq hommes eurent la pointe; trois lieutenants,ayant chacun vingt-cinq hommes marchèrent, à leur suite , soutenus par trois bataillons à la tète desquels se trouvaient Montréal , d'Annonay et de Lestrange. De Lanas et de Bavas allèrent prendre position à droite , du côté de la porte , afin de tenir les assiégés dans la crainte d'être coupés entre le faubourg et la ville. Le surplus des troupes, mis en ordre de bataille à cinq cents pas de la colonne, avançait à mesure que celle-ci gagnait du terrain.
La garnison de Chomérac se composait de sept à huit cents hommes, commandés par le sieur de Badel. A la vue des dispositions de Tennemi, il en fit sortir cinq cents qui allèrent s'établira une portée de mousqnet de la ville , sous la protection d'une maison et d'un pigeonnier, où il avait placé quelques soldats. Ce petit corps parut très-disposé à résister aux efforts des catholiques; mais ceux-ci, infinî-
méat plus nombreux, le chargèrent avec une impé- 4628. tuosité telle qu'il fut contraint de se retirer dans le foubourg, où il lutta courageusement à la faveur de quelques barricades qu'on y avait élevées. Ces barricades ayant été emportées , il rentra dans la ville. Maîtres du faubourg, les catholiques en occupèrent toutes les maisons. Les assiégés, laissant deux cents hommes dans la place, sortirent alors par une poterne qui donnait sur un précipice et gagnèrent les hauteurs, où se trouvaient des grottes qu'ils avaient eu soin de fortifier. Le régiment de Lestrange fut chargé de les poursuivre et de les déloger de cette position. Les calvinistes s'y défendirent très-long-temps ; mais la persévérante énergie de leurs ennemis finit par l'emporter. Les grottes furent enlevées, et les vainqueurs y trouvèrent une grande quantité de vivres.
Les religionnaires de Privas et des environs s'étant joints, à ceux que Lestrange avait chassés des grottes , les escarmouches continuèrent. Le duc de Montmorency, arrivant de Bays avec une foule de gentilshommes et le régiment de Languedoc , voulut en avoir sa part, et courut personnellement les plus grands dangers (1). De Clopet, capitaine au régiment de Languedoc , fut tué à ses côtés.
(i) « C^est Ift ob le doc de Montmorency courut fortune , ceux qui étaient près de lai n'ay»iiC pu enipéober quMl ne le précipitât , tout di^armé qu'il éttit , k tra- Ten Us rochers et les cailloux de ce mauvais passage. Les rebelles le Toyant venir à toute bride Fépée à la main , avec ceux qui raccompagnaient , quittèrent leur retranchement naturel y et se mirent à fuir tout de bon par des endroits où il n'y eut q«e Ftnfanterie qui p«t leur faire du mal. Ils forent suivis jusqu'à un graad bavrg^ bien barrieadé et retranché, que les nôtres emportèrent néanneins après y avoir tué un grand nombre d'ennemis, et le brident entièrement. En poursuivant
4628. A un quart de lieue de Chomérac et à peu de distance les uns des autres , étaient les châteaux de Cheylus, de Mauras, de Vaneilles et du Bois, appartenant aux calvinistes. Dès la première sommation, ils se rendirent au duc de Montmorency, qui les fit brûler et raser, sauf le dernier, qui fut conservé parce que le propriétaire était allié à Montréal.
Les canons furent mis en batterie et commencèrent à tonner dès le point du jour suivant; à midi, le mur d'enceinte offrait une brèche plus que suflSsante pour commencer Tassant. Alors Badel fit dire aux assiégeants qu'il céderait la place moyennant des conditions favorables. On eut l'air d'accueillir ses propositions ; mais pendant les pourparlers , Vinezac, sur l'ordre de Montréal, faisait entrer des troupes par la brèche, et ôtait, par cette infraction à la foi jurée, tout moyen de résistance aux assiégés. Badel s'en étant aperçu , voulut faire des représentations à Vinezac ; mais il lui fut répondu qu'il fallait se rendre à discrétion. Cette déclaration l'indigna; néanmoins, sachant les égards que se doivent réciproquement les gens de guerre et comptant un peu trop sur la générosité du duc de Montmorency , il remit, pour otages, son frère et son lieutenant entre les mains de Vinezac , qui les conduisit auprès du marquis d'Annonay.
Il avait été convenu entre Vinezac et Badel que celui-ci sortirait de la place avec les siens , et qu'ils attendraient, dans une maison gardée par les catho-
ceni qoi te saoTaient , les TÎllages qui se rencontrèreot sur le chemin passèrent par les flammes et tout fut désolé jusqu'à Primas y où la nuit borna cette victoire et mit les fuyards en sAreté. ■ Dncros, Vie du duc de Montmorency.
liqaes, la décision de Monlmorency sur leur sort; ♦fâ* mais à peine furent-ils à la disposition des catholiques que Yinezac , ayant choisi cent cinquante des plus notables d'entre eux, les fit garrotter et conduire devant Montmorency, qui était retourné à Bays.
Le lendemain, Badel, son frère et dix autres gentilshommes furent pendus à Bays , par ordre du chef de l'armée catholique. Tous montrèrent, à leurs derniers moments, la plus noble résignation. Le brave Badel, arrivé au lieu de Texécution, demanda de l'encre et du papier; et en présence de l'instrument du supplice , il rédigea son testament avec le plus grand sang-froid, et d'une main si sûre, que ses bourreaux en furent étonnés (1).
Les jours suivants cent vingt autres calvinistes , de la garnison de Chomérac, éprouvèrent le même sort sous les murs du Pouzin (2). On fit grâce à sept ou huit autres qui se convertirent à la foi catholique. Les dix qui restaient furent donnés ^ par sa Gran^ deur^ à des particuliers qui les mirent à rançon (3).
Vingt-quatre heures après la prise de Cbomérac , cette ville était réduite en cendres.
Le Pouzin, grâce à l'accomplissement des travaux ordonnés par le duc de Rohan , se trouvait en bon état de défense. Des bastions avaient été établis près de l'embouchure d'Ouvèze et le long du Rhône
(4) « Ce misérable disposa de ses biens avec une assurance raerfttllMM ; mais ni lui ni les autres ne disposèrent pas de leurs âmes, étant morts fort obstinés. » Coinmentaires du soldat du VivaraU , page 224.
(2) En 'l 628 parut une brochure in*-$** intitulée : La prise de Chalmérae , par M. de Montmorency , avec t*exicution de siX'Vingts rebelles qui ont été pendus à la vue du Pouzin, et le pillage et brûlement du cMleau de Mauras , ite.
(3) Pierre Marcha.
4628. jusqu'au fort Tagenat; des fossés et des demi-lunes entouraient le faubourg jusqu'à la montagne de Ghantaduc 9 au sommet de laquelle s'élevait un fort qui le mettait à couvert; une tour et de bonnes murailles avaient été construites à La Salle, qui se trouvait en outre protégée par un fort à quatre pointes, bâti sur les ruines de l'ancien château. Deux mois avaient suffi pour confectionner tous ces travaux. La défense de la place était confiée à six cents hommes bien approvisionnés de vivres et de munitions , avec deux pièces de canon qu'on avait tirées de Privas.
Le 25 mai , trois jours après la ruine de Ghomérac, le Pouzin fut investi par l'armée catholique. Montmorency prit position, avec le marquis Des Portes et sa cavalerie, dans la plaine, du côté de Bays; les régiments de Languedoc et de Perrault, derrière le pont et le long d'Ouvèze; celui de Naves de Légères, sur la montagne de La Graille; celui de Leslrange , sur la montagne de Chantaduc; celai d'Annonay, sur la montagne en arrière du château; celui de Tagenat , sur Ouvèze , à la ^uche de Perrault; celui de Montréal , sur le chemin de Lavoulte, en s'étendant jusqu'au Rhône, où se trouvaient trois frégates commandées par de Tournon et de Logères.
Dès les premiers coups de feu , les catholiques perdirent huit ou dix hommes, et eurent plusieurs blessés, entre autres le sieur de Maisonneuve, capitaine au régiment de Lestrange.
Le second jour du blocus, Montréal emporta le retranchement de la tête du faubourg, et y mil "^
lieutenant de la compagnie Reynaiid, nommé Ter-^ ^628. me^y avec l'ordre de s'y maintenir; mais bientôt $i68ailli par les assiégés, il fut chassé de ce poste, après y avoir reçu une balle dans la cuisse.
Plus tard arrivèrent du Dauphiué les régiments de Sault, Aiguebonne, Grignan et Montoison; les deux premiers allèrent renforcer le poste de Montréal, le troisième, celui de Tagenat, et te quatrième, celui de Perrault, eu^delà d'Ouvèze, Tput aussitôt te comte de Sault reçut l'ordre d'attaquer le feubourg, et le vicomte de Lestrange, de s'emparer du fort de Chantaduc, qui le défendait.
De Le3trange ayant commencé le mouvement, un combat s'engagea sur les hauteurs de Chantaduc, à la vue de toute Tarmée. lies assiégeants firent des prodiges de valeur, et le fort, malgré l'opiniâtre résislance de ses défenseurs , fut enlevé vers les six heures du soir , après une lutte qui ne dura pas moins de $ix heures. Plus de cent hommes, de part ou d'autre, furent tués ou blessés. Du nombre de ces derni^s se trouva St-Germain, pnajor du régiment de Lestrange.
La perte du fort de Chantaduc devait nécessairement entraîner celle du faubourg qu'il protégeait. En effet, le régiment de Sault, soutenu parles frégates des sieurs de Tournon et de Légères , ancrées sur le Ehône, et secondé par quatre cents hommes du régiment d'Âigqebonne, l'emporta peu d'instants après.
L^ lendemain, deux batteries, l'une de trois ca^ nons, l'autre de cinq, furent établies, la première du côté de Lavoulte, la seconde à l'embouchure
4628. d'Ouvèze, c'est-à-dire, aux deux extrémités de la rue qui traverse le Pouzin ; bientôt après on en forma une troisième de deux petites pièces, qui furent transportées sur la montagne de La Graille. Ces trois batteries jouèrent pendant plusieurs jours; celle de la porte d'Ouvèze démolit la tour de La Salle; les autres ne produisirent pas un grand eflTet.
Le bruit de toutes ces bouches à feu et d'une mousqueterie continuelle avait retenti aux oreilles de Chabreilles , et il était accouru de Privas , par la vallée de St-Àlban , à la tête de treize à quatorze cents hommes, au secours des assiégés. Dès qu'il fut aperçu , Montréal marcha contre lui avec une grande partie de son régiment et la moitié de chacun de ceux d'Annonay, de Grignan et de Tagenat , plus, la compagnie des garder de Montmorency. Chabreilles, à la vue de ces forces , ne jugea pas convenable d'accepter le combat , et il reprit avec les siens le chemin de Privas.
Quelques jours après, profitant d'une nuit sombre et orageuse, il tenta d'introduire cinq cents hommes dans la place, par un point qu'on n'avait jamais cru praticable.
Le régiment de Montréal , par suite des mouvements qui s'étaient opérés, se trouvait assis sur l'immense rocher qui formait un précipice sur le versant duquel s'ouvrait une poterne du château; tout au bas de ce précipice veillaient les régiments de Tagenat et de Grignan : ce fut entre ces deux régiments et celui de Montréal , sur le flanc de cette masse énorme et presque inaccessible, que Chabreilles conduisit ses gens à la poterne. Un poste
qtae Montréal avait établi près de là, découvrit le 4628. mouvement et donna aussitôt l'éveil. On accourut du haut et du bas; mais déjà une centaine de soldats s'étaient introduits dans le château; les autres, se voyant entre deux feux, se dérobèrent au danger par la fuite, à la faveur de l'obscurité.
Dans la nuit suivante, les assiégés, encouragés parle petit renfort qu'ils avaient reçu, firent une sortie et enlevèrent un retranchement q»e le régiment d'Ànnonay avait formé avec des tonneaux et de la terre au bord du fossé du château; mais vingtquatre heures après il leur fut repris par ce régiment. En même temps Vinezac , par ordre de Montréal , envoya le sieur de Panisse avec cent hommes au bord du fossé pour attaquer la poterne. Quelques heures après, Châteauneuf de Pierregourde , désireux de savoir ce qui s'y passait, se mit à découvert pour regarder: au même instant il fût frappé d'une balle dans la tête, qui l'étendit raide- mort.
Les trois batteries ayant fait brèche de tout côté , Montmorency se disposait à ordonner un assaut général. Les assiégés, que la mousqueterie des frégates n'incommodait pas moins que l'artillerie ," ne voyant arriver aucun secours, comprirent que le moment fatal était venu. Ils oflFrirent de céder la place moyennant la vie sauve et la conservation des armes : à quoi le duc de Montmorency adhéra.
Ce siège coûta beaucoup de monde à l'armée catholique. Montmorency , tout en dissimulant ses pertes, porte celles des assiégés, dans une brochure (1) qu'il fit publier en 1628, à cent hommes
(I) lUlation du siégô et 4$ la prUe du Pouzin, par M. (U Montmorûncf^. Broch. 10-8*.
1628. tués OU mid hors de combat, huit drapeaux, deux canons et quantité de munitions qui tombèrent au pouvoir des vainqueurs.
Le Pouzin ayant capitulé , on rétablit les forts de Bays, que le duc de Rohan avait fait démolir. Naves de Légères y mit deux compagnies de son régiment, et alla rejoindre le duc de Montmorency, qui venait de se retirer à Viviers , avec son armée. Ce seigneur ayant appris que le duc de Rohan était dans l'intention de revenir en Vivarais, voulut complète/ sa campagne par la prise de Mirabel , afin de fermer l'entrée de ce pays au chef des calvinistes. Cette place , bien approvisionnée de vivres et de munitions de guerre , avait une garnison de quatre cents soldats. Le sieur de Mirabel, qui y commandait, était un homme du plus profond mérite; il s'était acquia par sa loyauté et par sa bravoure une grande considération, non-seulement parmi ses coreligionnaires, mais encore auprès des notabili|,ps du parti catholique. Aussi Montmorency, avant de se décider à l'attaquer, jugea- t-il convenable d'employer auprès de lui les voies de la conciliation. £n conséquence, il lui fit proposer de mettre son château à $a disposition, moyennant une somme de dix-huit mille livres, et l'assurance de ses revenus pendant tout le temps que les catholiques l'occuperaient, s'engageant formellement à le lui rendre aussitôt que la paix serait conclue. Mirabel, ne supposant pas qu'on osât l'attaquer en si bonne position (1), et
^1) Voici la desaiplion que Pierre Marcha Uonne de cette place, et que M. àe La Boissière y éditeur de ses Commentaires , reconnaît exacte :
«.. •. Cette place est si importante que jamais M. do Roban n'eOt entrepris de
persaâdé d'ailleurs que, le cas arrivant, le duc de 4628. Roban &e le laisserait pas dans l'embarras , refusa hautement ces propositions.
La force des armes pouvait donc seule le cou* traindre; mais le duc de Montmorency commençait à manquer de ressources; il avait fait faire les der^ niers prêts à ses troupes, dit Pierre Marcha, avec l^^écus parfumée de son épouse; bientôt elles allaient se trouver dénuées de tout. Cette fâcheuse perspeo-
Tenir eu Vivarais , si elle eût élé eo l'obéisuDoe, et encore à son retour y ptssa-t-il, comme il dit y à feur de corde. C'est un point où tous les chemins aboutissent pour pnodra celai du Cotroo , de Privas , des Boolières , du rivage et du Daupbiaé. C'est on village d'environ ceiitciuç[aaDte maisons , sur un haut élevé ; en sorte ^pie lorsqu'on voulait faire entendre quelque chose à sept ou huit lieues loin , ils le Cmaient h nuit par le moyen de leurs signes. Il était fernié de bonnes murailles ; on ^raod focher élevé es (orme de terrasse au bout duquel étaient les deqx «âiàteaivi avec de fortes tours, l'un appartenant au sieur Baron de I^roche , et l'autre au sieur deMirabel. La guerre et le lieu huguenot en défendaient l'accès au premier et en même temps y maintenaient l'autre. Ces deux châteaux sur le rocher , le rocher sur le lieu y et ie lieu sur uae montagne , faisaient un grand précipice tout autour , excepté de la main droite au-dessus du Coiron j où la poterne était couverte d'un bastion qu'on y avait fait de gazon , de fascines et de terre, qui fortifiait de ce côtéhf k la pointe duquel, sur la main droite , se tire un rocher comme un ride%u qui Ta jusqu'à la maison du sieur de La Beaume , distante d'une demi-lieue ; durant cet espace il n'y a nul passage accessible , ni de U en hors aucun qui soit libre , à cause que ce sont toutes places catholiques. Sur la main gauche il y a un semblable rideau avec précipice jusqu'à St-Laurent , distant de même d'une demi-lieue , qui jette son extrémité de la mùme sorte que l'autre dans le pays catholique, s'étendant^ Fun de ce côté , l'autre de celui do La Beaume , en forme de bras ; ils font de cettfe •orte s^t lieues d'étendue d'un côté ou d'auire , et dans cet espace il n'y av^ d«l passage pour les rebelles , que bien fort hasardeux , que celui de Miràbel , audessous les murailles duquel et sous les défenses du château passait le chemin de Privas et pays sus- nommés. •
M. deLaBoisaière ajoute : « Leschàteaux de MM. de La Roche et de Mirab4 étaient bâtis sur l'engle sud-ouest de celte grande masse basaltique qui ceint la montagne du Coiron dans l'espace de plusieurs lieues. On voit encore s'élever dans leseiffs «ne grande tour tombant chaque jour en ruines, ei dont les murs portent Tempreinte des boulets dont elle fut baUue. Cette sorte de couronne basaltique forme , sur le sommet du Coiron , des escarpements presque toujours réguliers e^ liants^ 40d et 120 pieds. »
4628. tive leur faisait tourner la tête du côté du Bas- Languedoc; elles désiraient d'autant plus y retourner, que le duc de Rohan était , disait-on , sur le point de venir les attaquer.
Montréal voyant l'hésitation de Montmorency à entreprendre le siège de Mirabel, n'épargna ni conseils, ni prières, pour l'y déterminer; en même temps il mit en usage tous les expédients imaginables pour obtenir du pays les moyens de pourvoir aux besoins de l'armée. Ayant à peu près réussi, il sollicita instamment du duc la permission d'investir cette place. Elle lui fut accordée. Alors Montréal retira les troupes qu'il avait laissées en un lieu appelé La Fond , près St-Alban; et, le 11 juin, à la tête de ces troupes, de son régiment et de ceux de Lestrange, d'Annonay et Tagenat, il se dirigea sur Mirabel par Chomérac.
La garnison de Privas ayant eu connaissance de cette expédition , envoya cinq cents hommes à Rochessauve occuper le Pas-de-Léron , passage fort étroit, et où l'armée de Montréal ne pouvait s'engager qu'à la file. Mais celui-ci avait prévu l'embuscade, et déjà son régiment était maître de cette position; de sorte que les calvinistes, voyant qu'elle était occupée, s'arrêtèrent dans les bois des environs, et se bornèrent à attaquer l'arrière-garde, qui les dispersa au bout d'une heure de combat. Le soir même, Montréal et les siens se logèrent aux Granges-de- Mirabel. Le lendemain matin, après quelques escarmouches, Montréal distribua son armée de la manière suivante : le régiment de Lestrange, vers la descente de Lussas, ceux d'Annonay et de Tagenat,
DU viVÀRiis. 283
à la droite du premier , et le sien , à ^extrême droite 1628. des derniers, dans les ruines d'une église, près de la porte deMirabel et au-dessous du Pas-Ladent, qui était occupé par les calvinistes , à la faveur des rochers qui commencent le rideau de ce côté. Ceux-ci avaient construit sur ce point une espèce de fort en pierres sèches, d'où ils tiraient continuellement sur le régiment de Montréal. Fatigué des pertes qu'ils lui faisaient éprouver , ce général donna l'ordre à Vinezac de les chasser de là. Yinezac partit dans la nuit avec cent cinquante hommes et les lieutenants Servant et Marconnet, pour accomplir sa mission. Ils prirent du côté de La Beaume, montèrent sur le Coiron, et, par un circuit d'une demilieue , vinrent prendre position sur les roches qui dominaient le poste. Les calvinistes, attaqués de ce point en même temps que des ruines de l'église, se retirèrent dans un bastion qu'ils avaient à quatrevingts pas de là. Vinezac prit possession du petit fort qu'ils venaient d'abandonner. Montréal, qui était au bas , voulant établir des communications avec lui, sans être obligé de suivre le chemin qu'il avait pris, fit former une sorte de galerie d'un rocher à l'autre au moyen de tonneaux, de gros ais et de poutres solidement fixés. Cette opération terminée , les deux postes se trouvèrent en mesure de se prêter mutuellement de prompts secours. Sur l'injonction de Montréal , le régiment de Naves de Légères se porta, par ce chemin improvisé, sur une petite montagne qui dominait le château et défendait l'avenue de Privas.
Le duc de Montmorency, informé de l'habile
4628. manœuvre de Montréal ? et ne voulant pas le laisser à la merci des ennemis au milieu desquels son in^ trépidité l'avait entraîné, se pourvut de vivres et prit la route de Mirabel avec les régiments de Des Portes et de Perrault, qui allèrent se joindre à celui de Naves. Sa cavalerie fut envoyée à La Villedieu et à Villeneuve-de-Berg , pour arrêter les secours que les assiégés comptaient recevoir de La Gorce. L'opinion où était le sieur de Mirabel que les catholiques ne parviendraient jamais à monter leurs canons sur le Coiron, et qu'il leur serait par consè^ quent impossible de réduire son château , quelles que fussient leurs forces, avait, plus encore que l'assurance d'être puissamment secouru par le duo de Bohan, contribué à son refus d'adhérer aux propositions du duc de Montmorency. Ce ne fut donc pas sans regret de les avoir repoussées , qu'il vit Montréal dresser une batterie près de la galerie dont nous avons parlé, et braquer un canon au poste qu'occupaient Naves de Légères, Des Portes et Perrault. Ses craintes redoublèrent bientôt, lorsque les catholiques eurent tiré quelques volées et qu'il put reconnaître, par l'effet qu'elles avaient produit, tout le péril qui le menaçât.
Tout étant disposé pour le siège , un quatrième canon , placé au quartier d'Annonay et de Tag^ijat , commença à battre vigoureusement le mur d'enceinte de Mirabel. Ses détonaUons furent immédiatement suivies de celles des deu^ autres batteries qui avaient été pointées contre le chât^u et le bastion élevé près de la poterne. Ce feu dura tnw jours ) pédant lesquels les assiégés se défendirent
admirablement et firent essuyer de grandes pertes 4628. aux assiégeants.
Montréal reçut avis alors que des secours arrivaient à Mirabel du côté de Rochemaure. Il se transporta aussitôt à un quart de lieue du camp avec un grand nombre de gentilshommes volontaires , et la moitié de sou régiment et de celui de Languedoc. Il prit position et passa la nuit en un endroit par où l'ennemi devait arriver.
Au point du jour, un déserteur calviniste vint avertir Montmorency que cinq cents hommes de son parti, ayant quitté La Gorce à une heure du matin, étaient allés s'embusquer dans le bois de Berg, d*oCi ils avaient le projet de se jeter dans Mirabel à la nuit suivante, pendant que ceux de Privas sitnuleraient une attaque sur le quartier-général de Tarméô catholique. Cet individu mit tant d'assurance et de naturel dans son récit, que le duc n'hésita pas à prendre des mesures. Il chargea Vinezac de suivre le déserteur , qui offrait de prouver l'exactitude dû iistit, avec trois cents hommes du régiment de Montréal, autant de celui de Lestrange et cinquante maîtres de la compagnie Ventadour. Cet homme le conduisit en effet au bois où s'était formé l'embuscade; mais ceux qui la composaient prirent la fuite aussitôt que leurs sentinelles , placées sur les hauteurs , eurent donné l'alarme. Vinezac les poursuivit jusqu'aux Sallelles.
Le même jour, vers les cinq heures du soir, le canon ayant fait une assez large brèche au mur d'enceinte qu'il battait , l'assaut fut ordonné ; mais les assiégés, qui avaient entassé une grande quantité
4628. de bois au-dessons de cette brèche, y mirent alors le feu, et force fut aux catholiques de sWrêter. Cet obstacle, tout en comprimant l'élan de ceux-ci, leur procura néanmoins le moyen de se loger parmi les ruines du mur à la faveur du vent qui, jetant la flamme et la fumée du côté des assiégés, les empêchait de voir ce qui se passait au-dehors. Le feu ayant enfin cessé , les catholiques franchirent la brèche et se rendirent en un instant maîtres du village de Mirabel.
Les protestants firent une sortie pour déloger Tagenatetles officiers d'Annonay qui s'étaient barricadés dans les maisons voisines du château; mais elle leur réussit mal. On se battit néanmoins jusqu'à minuit. Alors Mirabel, voyant qu'une plus longue résistance serait inutile, offrit de capituler, à la condition que la garnison aurait la vie et les armes sauves. Le duc de Montmorency , que les mouvements de Rohan dans le Bas-Languedoc préoccupaient vivement, se hâta de conclure; et lorsque le jour vint, Mirabel et les siens, ainsi qu'il en avait été convenu, furent escortés jusqu'aux environs de Privas (1). Plus de trois cents coups de canon avaient été tirés pendant ce siège. Il y eut près de deux eents hommes tués ou grièvement blessés de part ou d'autre (2).
(i) On lit dans un maonscrit qa*a laissé Daniel de Serres, déjà cité , et qui se troufait éYÎdemment à Mirabel dans le moment du siège : « Cette reddition se fit le 45 juin. Le m^me jour je me retirai en chemise k La Beanme , ayant été mis en ce piteux étal à la porte de Mirabel , dans les bastions dudit cbàteao, par les gens du roy et M. de Perrault, qui y était en quartier. Le sieur de La Beaume de RocheYÎTe m*y reçut fort humainemeol avec mon petit Constantin y sa nourrice et une chambrière... »
(2) « Après que la ?ille et le château furent rendus an duc de Montmorency , le
Mirabel et son château furent livrés aux flammes 4628. et complètement détruits (1).
Cependant, le duc de Bohan était arrivé dans le Bas-Languedoc. Après avoir envoyé à Castres le baron d'Aubays et St-Estève , frère de ce dernier (2), il alla assiéger Vézenobre, sur le Gardon , place appartenant à Perrault, et dont il s'empara, ainsi que de son château , eu moins de quarante-huit heures. Montmorency avait appris qu'il en faisait le siège; mais il supposait que cette place tiendrait plus longtemps, et, avant de lui porter secours, il résolut de reprendre Vais, oii Chambonnet, fils naturel de Brison, s'était établi avec une bonne garnison. Ayant fait connaître plus haut toute l'importance de cette place, on comprendra aisément que le duc n'ait pas vçulu la laisser au pouvoir de l'ennemi eç quittant le Vivarais. Il se dirigea donc sur Vais avec son armée et deux pièces de canon. Chambonnet fut sommé de rendre la place. Intimidé à la vue des forces catholiques , et ne voulant pas que ses gens éprouvassent le sort des défenseurs de Chomérac , il se décida à capituler. Voici toutefois les conditions qu'il imposa à Montréal , agissant au nom du duc de Montmorency :
siear de Mirabel , qui y commandait comme seignemr et comme chef protestant, jura entre les mains du vainqueur d'être désormais bon seryitcur du roi , et lui rendit un soldat de Perrault qui s'était jeté dans la place pour découvrir aux habitants Tordre et Fétat du siège. Il fut pendu par le commandement du duc de Montmorency. Huit drapeaux furent envoyés au roi, faisant alors le siège de La Rochelle. » Mtreure français , année ^1 628.
(i) Bieit vMtable fait aux princes , ftar le sieur de Montgassin, gentil" kùmme ordinaire de M. de Montmorency j de la prise de la ville et château de Mirabel, etc. in-8<>, Lyon 1628.
(2y Ce St-Estève fut tué k Castret par un canon qui creva et qui avait été mal chargé. Hist, gin. d$ Languedoc ^ tome 3, pige 564.
4628. 1 "" Les habitante ne seront point inquiétés en lenrs personnes, leur religion , ni leurs biens;
2** L'abolition et rémission du passé sera enregistrée au parlement de Tholoze; en attendant, Chabreilles pourra retirer de Vais les armes et munitions de bouche ;
3"" Le commandant et les soldats de la garnison seront accompagnés jusqu'à Silhol; — Sauve-garde pour Jarjaye;
4** Le sieur Veyrène abattra les fortifications par lui faites au lieu de Romejouse, et obtiendra son pardon ;
5** La noblesse circonvoisine déposera toute animosité contre le commandant et les habitants de Vais;
6** Le duc de Montmorency ordonner^ à MM. de Montréal, Du Gros, Montbreton et Castrevieille de tenir la main à l'exécution des présentes;
T" îi sera accordé aux habitants de Vais , da pain et du vin; ils feront au-dehors du lien ce qu'ils voudront, sinon contre le service du roi;
8"^ Il sera permis aux catholiques de se retirer en leurs maisons;
9** Jacques Reinot pourra rester à Vais {\).
Outre ces avantages, Ghambonnet obtint une somme de mille écus, qui lui fut comptée par Montmorency, à la remise de la place, dont le commandement fut confié à Du Gros.
Après la capitulation de Vais, le duc, pressé de retourner dans le Ras-Languedoc , pour s'opposer aux entreprises de Rohan, prit la route de Reau-
{i) Elirait des registres de bailliage de Villeoeafe-de-Berg.
M viVAïiÀrs. Îi89
caire, laissant en Vivarais tes régiments de Montréal, Ifâ8. de Logerez et de Lestrange, qui allèrent occuper le» lieux où les religionnaires exerçaient le plus d'influence.
Arrivé à Nismes avec le duc de Ventadour et le marquis Des Portes, le chef de l^armée catholique commença, dès le 15 juillet, à détruire les récoltes aux environs de cette ville et dans le Lavaunage. Il fit brûler plus de blé, dit un historien, que le pays n'eût pu en consommer en deux ans. Ses troupes ayant surpris St-€eniez , y tuèrent plus de cent calvinistes. Les boor^, les villages , les hameaux, au nombre de soixante, dont elles s'emparèrent, furent pillés et réduits en cendres.
La guerre devint plus terrible que jamais. Les ducs de Rohan et de Montmorency, continuellement aux prises, se signalèrent tour-à-tour par des cruautés inoc^s envers les vaincus.
Rohan 8*étant rendu maître, le 30 septemfcfe, de la ville d*Aymargues , où commandait le marquis de St-Sulpîce, de la maison d'Uzès, soumit et fit raser, en peu de jonrs, les châteaux ou villages de Vauvert, Maine, Sagnac, St- Bonnet, Remoulins et Châtillon.
Montmorency, informé qu^Aymargues était tombé au pouvoir de son adversaire, dirigea ses forces de ee côté; mais au moment où il se disposait à faire le siège de cette place , il apprit que le duc venait d*y foire entrer douze cents hommes. Il se porta alors sw €aflafgues, qu*^rl investit avec quatre mille fan* tassins et huit cents cavaliers.
Gallargues avait une garnison de huit cents sol-
^ 628. dats aux ordres de Valescure . Rohan, pensant qu'elle était trop faible pour résister long-temps, accourut à son secours avec deux mille cinq cents hommes ; mais les positions avantageuses que Montmorency avait prises arrêtèrent son mouvement; de sorte que la place fut obligée de se rendre à discrétion , le 21 octobre. Montmorency accorda à Valescure la vie , la liberté et ses bagages , à la condition que Rohan abandpnnerait Aymargues dont les fortifications seraient aussitôt abattues. Le cas était grave. Rohan assembla son conseil, qui, appelé à délibérer sur cette affaire , rejeta les propositions de Montmorency. Alors la garnison de Gallargues fut envoyée à Montpellier , et livrée , par le prince de Condé , à Machaut, intendant de la province , qui fit pendre soixante-quatorze de ceux qui la composaient, et envoya les autres aux galères , au nombre de trois cent quatorze (1). De ^n côté^ Rohan, usant de représailles, fit pendre soixante-quatorze prisonniers sur les quinze cents qu'il venait de faire à Mons, près d'Alais. Voilà comment alors on se faisait la guerre en France ; voilà jusqu'à quel point le fanatisme et l'ambitioii poussaient la cruauté dans ces temps de réactions civiles.
Tandis que ces sanglantes exécutions affligeaient une partie du Bas-Languedoc , le Vivarais commençait à jouir de quelque reipos; m^is il ne tarda pas à être de nouveau troublé.
Rohan, après la prise de Mons, fit semblant de vouloir attaquer St-Jean-de-Lassèbes, et, de concert
(4) Histoire ginéraU de Languedoc , tome 5 , page 566.
DU VIVARAIS. 29t
avec Ghabreilles et Mirabel, il se porta rapidemeat 4^2& sur Villeneuve-de-Berg, dans le but de repreadre cette place , dont nous avons fait connaître l'impor* tance , et d*en retirer deux canons et quatre cents boulets qui y avaient été laissés après le siège de Mirabel; mais de Joannas, fils aine de Montréal, qui en était gouverneur, eut vent de ce projet; il prit si bien ses mesures que lé duc de Rohan fut obligé de renoncer àson exécution, et de repasser r A rdèche, qu'il avait franchie avec sa cavalerie du c6té de Salavas.
Dans le même temps, le capitaine Peschaire, ayant rassemblé les calvinistes de Salavas , Vallon et La Gorce , profita de l'absence du sieur de La Bastide, qui était allé à Joyeuse réclamer la solde des gens qu'il avait dans le fort de Samzon, pour se rendre maître de ce lieu.
Le fort de Samzon n'était pas sans importance. Situé sur une grande élévation, et au centre des communications entre Joyeuse, les Vans et Vallon , il offrait le double avantage de protéger le pays contre les courses qu'on pouvait entreprendre dans cette partie du Vivarais , et de donner l'éveil au moindre danger par un grand feu qu'on allumait au sommet de la montagne où il était assis , et qu'on apercevait de toute la contrée. Toutefois La Bastide en reprit possession peu de jours après , grâce à la trahison de deux catholiques que Peschaire avait eu l'imprudence d'admettre parmi ses soldats, après leur avoir sauvé la vie dans un combat où ils s'é* talent laissé faire prisonniers , et qu'il croyait en* chaînés à son parti par la reconnaissance. Plus lard,
4628. ces deux misérables reçurent le prix de leur déloyauté. Ils s'étaient réunis à une douzaine de maraudeurs catholiques 5 sous la conduite d'un sergent, nommé Voile : un berger des environs de Vallon, étant tombé entre leurs mains, eut recours à la ruse pour recouvrer sa liberté. Il leur promit que s*ils voulaient la lui rendre, il leur ferait prendre, le len* demain , tout le troupeau de son maître. Voile , dans Tespérance de cette capture , fit relâcher le berger, qui amena effectivement le troupeau au lieu convenu. La bande s'en empara; mais elle ne devait pas le garder long-temps : car sur un signal du berger , Peschaîre, qui s'était embusqué non loin de là pendant la nuit aveô trente hommes, se saisit à la fois du troupeau et de ses ravisseurs qui furent mis à mort.
4029. Pendant les délibérations des députés du Baa^ Languedoc , des Cévennes et du Vivarais, qu'il avait convoqués à Nismes, le duc de Rohan reçut du roi d'Angleterre la promesse de seconder de toutes ses forces les opérations des calvinistes et de ne con-» dure aucun traité avec la France qui ne leur fût favorable. Dans cette persuasion , l'assemblée s^en* gagea, le \" février 1629, à continuer la guerre > et renouvelant le serment dNinion", elle jura en même temps de n'accepter la paix qu'avec l'agré- Aienl du foi de la Grande-Bretagne.
Le 12 mars suivant, le duc publia un manifesté et prit des engagements avec le roi d'Espagne, etj te a mai , il conclut un traité par lequel ce prince s'obligeait a lui fournir trois cent mille ducals par an, à la condition qu'il emploierait cette somme à l'en- Iretien d'une armée de douze mitle hommes d*în-
DV VlVARÀiS. 293
fonterje et douze ceuta de cavalerie, ^ur oontmueje 4»S^. les hostililéa dans le royaume. Bernard Veh, geutilhomme catholique zélaudaîs^ chargé de soumettre ce traité à la ratification du duc de Rohau , fut ar^ rété à Luael, conduit à Toulouse, et coudamné, par le parlement de cette ville, à avoir la téta tranchée. Cette sentence reçut agn exécution le 12 juin.
Dans ces entrefaites, le duc de Kohan , dont les calvinistes du Yivarais réclamaient instamment le secours contre Montréal, qui armait de toutes parts, chargea St-Ândré de Montbrun d'y conduire des troupes et de les employer dans ce pays et dans les Cévennes* Ce général s'empara successivement de Str-Jean-de-Vals-Francisque et de quelques autres lieux qui pouvaient Tincomiftoder, Il se dirigea en^ suite sur Grenouillât, qu'il prit égaleinent, et, de là, sur Villefort, que le duc de Rohan regardait comme la clef du Gévaudan et de ce qu'il appelait le Pays-Neuf. Arrivé devant cette place, qui n'avait d'autres fortifications que ses murailles, St-André de Montbrun pénétra dans son faubourg et fit oocut per, par deux cents hommes, une montagne voi^ sine d'où l'on pouvait incommoder ou protéger la garnison. Pendant qu'une partie de ce détachement tâchait de fortifier cette position, l'autre tirait ^r les catholiques de la ville, dont la mousqueterie contrariait les travailleurs. Le lendemain, le sieur de Croussolles , qui commandait dans Yillefort^ &t une sortie vigoureuse et chassa le détachem^t de la montagne. Vers le soir du même jour, St-André de Montbrun apprit que Montréal et le mar^juis
4629. Des Portes arrivaient avec des forces supérieures, le premier à Chambonnas , l'autre à La Garde-Morangier; il leva le siège et se porta sur le village de Chamborigaud, dans les Cévennes. Chassé de nouveau de cet endroit, au bout de quarante-huit heures d'escarmouches, il se retira à Alais, oii le duc de Rohan venait d'arriver avec le surplus de son armée et plusieurs bouches à feu.
Cependant Louis XIII , après avoir défait le duc de Savoie et forcé les espagnols à lever le siège de Casai , avait donné au duc de Montmorency l'ordre de soumettre Soyons , que Chabreilles avait enlevé au sieur de Romanet; en même temps il avait enjoint au maréchal d'Estrées de prendre le commandement des troupes du Bas-Languedoc et de dévaster les environs de Nismes.
Le duc de Montmorency fit d'abord attaquer, par d'Erignac, le château de Lunas, au diocèse de Béziers. D'Erignac s'en étant rendu maître , le duc disposa du commandement â^ cette place en faveur d'Annibal , son frère naturel , ^ur l'indemniser de la perte qu'il avait faite du château de Mona; s'étant ensuite rendu à Beaucaire , il y fit venir les troupes qu'on avait employées au siège de Lunas et les joignit à d'autres qui allèrent brûler les moulins de Nismes , situés sur une montagne à peu de distance de cette ville. Après cette expédition, il passa le Rhône à Avignon, et se rendit à Valence pour conférer avec le garde-des-sceaux de Marillac sur les moyens de reprendre Soyons. Après s'être entendu avec ce magistrat, il partit pour Lavoulte, où il avait donné rendez-vous à son armée. Le jour
bu ViVARÀlS. i95
thème qu*elle y afrÎTa , il voulut s^aasurer si le tor-* 4ô29« rent de Turzon ^ qui coupe la route entre Beau-' chastel et Charmes, était aussi débordé qu'on le prétendait, par suite des pluies tombées la veille et Tavant-veille- Il se dirigea de ce côté , et reconnut qu'en effet la crue de ses eaux était considérable. Une centaine de calvinistes , tant à pied qu'à cheval , qui se trouvaient sur l'autre rive du Turzon , se mirent à tirer sur lui aussitôt qu'ils ^aperçurent. Harsillac , son guide , s'étant jeté à l'eau pour leur donner la chasse, ses garde» le suivirent; Le Teil , 0on enseigne , qui était parmi eux, fut entraîné par la rapidité du courant et périt misérablement. MarsiUac et les gardes du duc, étant parvenus à franchir le torrent, chargèrent l'ennemi avec une impétuosité telle quMl fut contraint de se réfugier à Beauchastel , laissant plusieurs prisonniers qui firent connaître aux catholiques les dispositions et le& ressources de Soyons.
Le lendemain , le Turzon étant redevenu gtiéable , Montmorency se mit en marche pour bloquer cette place. Ses forces se composaient des régiments de Picardie, Normandie, Falsbourg et Lestrange; il avait pour maréchaux-de-camp Biron et Montréal. Â ce que nous avons dit de Soyons^, en parlant dit premier siège , nous ajouterons que Chabreilles s'en étant emparé après le départ du prince, avait remi» la place dans un bon état de défense. Le rempart, les tours, les cavernes du rocher, appelées les Sangles, offraient même des fortifications beaucoup mieux ordonnées qu'auparavant, et sous la protection desquelles Chabreilles faisait journellement de»
4629. courses dans le Dauphiaé^ et mettait à contribution tous les bateaux qui descendaient ou remontaient le Rhône (1).
Le duc de Montmorency ayant pris toutes ses mesures, canonna la place pendant deux jours. Vers la fin du second , de Lestrange reçut Tordre de s'a* vancer avec son régiment jusqu'à une brèche que l'artillerie avait faite de son côté. Ce mouvement fut exécuté. Les assiégés firent alors une sortie contre ce régiment, qui était venu se loger* près de la brèche; mais, après une lutte opiniâtre, ils furent obligés de rentrer. De Lestrange perdit près de cent hommes dans cette action, entre autres de Contrèves, son enseigne, et de llitaisonseule, premier capitaine de son régiment, qui ayant été blessé mortellement^ périt au milieu des décombres^ Le même jcmr, de Bavas, autre capitaine au régiment de Lestrange, fut tué dans une autre attaque dirigée contre le rocher des Sangles (2).
, Les calviniste , qui tenaient avec raison à con-
server Soyons, firent tous les efforts imaginables
(1) On lit dans les CowmeiUaires dm iolàat du Yivarait , lux note oxtraUe à^im pnanuscrit de M. de Raniie , par M. de La Boissière , ainsi conçue :
<^ ËJ9 ee iemp»-)à le ttee»l(^t d'Avignon fui pris prisonnier étant en Languedoc, «t puis déliirré. Les hugueuoto, par dérision de l'^gliie roowint, diraient qui Venêei^ne de Jésus-Cbrist était prisonnière , et qu'ils voulaient aller prendre son lieutenant dans la ville de Borne. Un autre vice-lég|i d'Avignon étant envoyé par N. S. ?. le Pape , nonce «• lVlo(|o«, o« passant par le Daapbiné, aes bardes «ll^ gages furent volés par les hu^nots de Bays^ <{u Poutin «t autres, qui pusèrcnt en Daupbiué étaot avertis do ce passage ; dès-lors qu'ils s'en retournèrent audit Bays, ces mnaHles s'habillèrent des habilleincnts pontificaut et aacerdotaui qu'ils amÔHM ^àUê audit viec'lé0it et ini ccolésiMtiquet de i» suite , et maà revêlM, avec des propos insolents , des chants et des cris du tout hornblei , il firent leur entrée à Bays. p
(2) Gêmm»ntmrm du ioktêt eu Vwarm$j page 279.
WJ ViVARAlS. 297
pour secourir celte place. St-Aodré de Monibrun , 4629* qui accourait dans ce but à la tète de deux mille hommes, fut contraint de s'arrêter à La Gorce, ayant appris que les r^iments de Navesde Légères et de Montréal occupaient, avec la compagnie d'or* donnance du duc de Yentadour, tous les passages aux environs de Villeneuve-de-Berg,
Le siège continua encore deux jours, pendant lesquels le canon fit de grands ravages dans les for^ tifioatioos. Axk bout de ce temps, Chambonnet, qui avait tout à redouter de Montmorency, s'il tombait entt^ ses mains, a^èsla promesse qu'il lui avait faite de ne plus porter les armes contre le roi, pitH fita de l'obscurité d'une nuit pluvieuse pour se laisser glisser jusqu'au bas du rocher, avec les deux cents hommes qui composaient la garnison, et gagner le mauvais pays , où l'on ne songea pas à le pour^ suivre (1). *
L'occupation de Soyons par l'armée catholique ^ raidit libre la navigation du Rhône; et bientôt on put recevoir, de la Bourgogne et de Lyon, une grande quantité de grains et de muni dons de guerre et de bouche (2).
(4) L'««lcar dt VHi$toUt$ gékéfnié de iM^f%tdoe ifiDoe im fait, rdfttiyemMl t<| si^ de Soyons, qui n'est appuyé que par le duc de Roban (ycir ses Hémoires). • Chetrilles , dk-il \ c'est ains» qu'il nomme Chabreillcs , qui était alors li Privas), ^Mremear de la place ( SoyoBs ), crait déjà traité •ecrètcneot avec le roi , al avait promis de lui livrer, moyennant la somme de vingt-mille écus , toutes celles qu'il possédait dans le Vivarais , où il commandait pour les religionnaires. La garnison de Soyons ayant pris la fuite au bout de quelques jours , Ghevrilles remit cette place au duc de Montmorency, qui en 0t détruire les fortifications. » Tome $, page S69.
(2) Ce fut dans ces entrefaites que les religieuses de St-Benolt établies k Soyons , 4(Uèrent se fixer ]| Valence , où elles furent accueillies par Pierre Leberon , évëque
4629. Maître de Soyons, le duc de Montmorency alla attendre le roi à Valence , où ce prince arriva le 6 mai.
A quelques jours de là , les religionnaires de Privas y au nombre de deux cents, se saisirent du port de Bays, passèrent le Rhône, et prirent, dans une auberge de Saulse, le sieur d'Ollivier, jugecriminel de Villeûeuve-de-Berg , et quelques marchands d'Avignon qui s'y trouvaient. Marsillac, enseigne de la compagnie Yentadour, qui était aussi dans cette maison, parvint à leur échapper, ainsi quei son valet. D'Ollivier et les marchands furent conduits à Privas.
Le maréchal de Schomberg ayant précédé le roi à Valence, s'empressa d'y organiser une armée destinée à chasser le duc de Bohan du Bas- Languedoc. Ce duc en fut informé; il apprit en même temps que le Rhône était couvert de bateaux chargés d'armes et de munitions de guerre , et que la campagne devait s'ouvrir par la prise de Privas. Sachant combien il importait de conserver cette place, il y envoya St-André de Montbrun avec cinq cents hommes d'infanterie et douze maîtres de la compagnie de Cassagne. St-André de Montbrun se mit en route, et fut attaqué , entre Mirabel et St-Laurent , par les troupes de Montréal et de Lestrange. Après un combat où les catholiques perdirent une douzaine
de ce diocèse. Elles y firent bàlir , avec raulorisalion du roi » une maison conventuelle où elles conservèrent les reliques de saint Venance , évèque de Viviers , qui, <elon quelques-uns , a laissé deus eorp$ , et qu'elles avaient apportées de Soyons , quoiqu'on eût soutenu que ces reliques avaient été détruites par les calvinistes. Elles avaient et elles ont encore , s'il faut en croire beaucoup de gens , le privilège de guérir les maladies des petits enfants. Ollivier (Iules), Essais kist sur (a vUU deVuUiue.
DU VîVÀRÀiâ. 299
d'hoiïitoes , St-Ândré de Monll>run, qui venait de 4(^29. recevoir une balle dans le bras, força le passage et parvint à gagner le Goiron , et ensuite Privas.
Les consuls de cette ville étaient assemblés lorsque St-Àndré de Montbrun arriva à ses portes. Sous prétexte qu'ils n'avaient pas besoin de gens de guerre , Us voulurent loger ses troupes dans les villages voisins. St- André de Montbrun, persuadé qu'ils n'agissaient ainsi que parce qu'ils étaient en négociation avec le roi , s'obstina à entrer.
Chabreilles, qui se trouvait alors auCheylard, fut mandé en toute diligence. De retour le lendemain, il assemble aussitôt le conseil de la ville et de la province , afin de faire prononcer le renvoi de St- André de Montbrun et de ses troupes; mais celui-ci se rend au conseil et déclare hautement qu'étant à Privas par ordre du duc de Rohan , il n'en sortira que sur sa propre injonction.
Cette résolution déconcerta Chabreilles. Voyant qu'il lui serait impossible de la vaincre, il eut recours à un moyen conciliateur. Il proposa à St-Â.ndré de Montbrun de lever quinze cents hommes, dont une partie resterait dans la place, tandis que l'autre tâcherait de s'emparer des vivres qu'on envoyait à l'armée du roi par la voie du Rhône. St-André de Montbrun accepta et se rendit bientôt après sur les bords de ce fleuve , où ses gens venaient de saisir trois bateaux de blé; mais à son arrivée sur les lieux, ces bateaux avaient été repris par les frégates des catholiques, ce qui le contraria beaucoup. Toutefois, il apprit dans cette course que le roi avait d'abord rassemblé peu de troupes à Valence , dans
300 GUERRES qiViLES
4029, la persuasion où il était que son garde-des^soçaux ayant traité avec Chabreilles, on n'aurait rien à en-!treprendre contre Privas; inais que l'entrée de St* André de Montbrun dans cette ville ayant changé la face des choses , ce prince s'était empressé d'ap-^ peler des forces avec lesquelles il se proposait de bloquer Privas 30us quatre ou cinq jours. Tout cela était e35iict. Néanmoins le roi fit proposer à St-Ândré de Mon tbr un jusqu'à cent mille écus pour la remise de la place de Privas; mais cet officier lui fit répon«dre qu'il était homme d'honneur , et que l'or ni aucune puissance ne lui ferait violer ses serments.
De retour à Privas, St*André de Mon tbrun assembla le conseil et lui fit part de ce qui s'était passé entre lui et les envoyés du roi. Sur sa proposition , il fut résolu qu'on soutiendrait le siège ^ et que le premier qui parlerait de capitulation serait mis à mort sur-le-champ. En même temps il ordonna des travaux au-dehors et distribua des troupes sur tous les points convenables.
Avant d'aller plus loin, il convient de &ire connaît tre au lecteiir la p<fôition de Privas, l'état de ses fortin Qcalionset de ses ressources, à l'époque dont il s'agit» Pour pela nous emprunterons le passage suivant à l'auteur des Gommentaires du soldat du Vimrais (1),
(î) Pieriv MATcha , «eigoeur 4« Prat , œaUre des roquétas de la rai»a, iakiÊdmki de Farmée catholique en Viyarais. Amsi que nous l'avons dit dans une note au eoauneocemeDt du cliapitre IT de cette histoire, il arait abjuré la religion protestante. Cette abjwralÎDtt lui attira l'ammathé d« «ea aiidei» ooraligtonnairea , qui 8*eo venfèrent en ravageant ses propriélés. Les persécutions qu'il éprouva le rendirent partial, injuste envers ses ennemis. En écrirant son livre, il semble s'èlra imposé la tâche do déaaiurer tou» las faits dans l'intérêt de sa haine pour les eaW c» pistes. Quant k la desoriptioe des tieua dont il parle,. el^ est toujours exacte : auaf* ^'est-ce guère que sous ce rapport et sous celui des dates qu'il doit être cQiisulté.
DU VIVARÀIS. 30Î
cbntemporain et souvent témoin ocdalaire des évé* 4629. neàients que nous rapportons :
ce Privas est la capitale de ceux de la religion prétendue réformée du Yivarais , le séjour de leur gouverneur , le rendez-vous de leurs assemblées et Id clef des Boutières, qui est une contrée dé douze ou quinze lieues de circuit, tous huguenots (f). Maintenant nous dirons que c'est un si mauvais pays et de si difficile accès (2), qu'il est malheureux que des troupes y puissent entrer contre la volonté de ces peuples , lesquels peuvent foire en vingt-qtiatre heures douze ou quinze cents hommes de guerre , tous bons soldats , et tellement unis qu'il n'y a ni justice ni prévôt, même en pleine paix, qui y puisse prendre grand avantage. Ils sont fort peu respectueux aux gens de (qualité , et entre eux fort querelleurs; mais leurs querelles se vident le plus souvient à coups d'arquebuse , desquelles Us se servent de derrière leurs murailles, et jusqu'aux moindres les portent ordinairement aux foires et aux marchés, le chien abattu "(3). Il y a fort peu de noblesse qui se tienne parmi eux , ou qui n'encoure du hasard s'ils trouvent à dire à l^irs mauvaises actions , lesquelles proviennent en partie de ce quMls sont éloignés des cours de justice et qu'ils sont sujets de grands seigneurs qui en sont loin , ou de gens d'église que la religion prétendue réformée et le mauvais pays donnent la liberté de ne guère re-
(1) Aujourd'hui les catholiques y sont , comme presque partout ^ en grande majorité.
(2) Ce pays, il Theure oiinous sommes, est trafersé par de bonnes routes et admirablement cuIliTé.
(3) Depuis long-temps cet usage n'existe plus.
^629. douter (1). Toat cela s'appelle Boatières ou Haut- Vivarais j qui s'étend depuis Privas , en montant le long du fthône , jusque par delà Annonay , et jusqu'au Velay ; Privas faisant la séparation de ce payslà et du Bas-Vivarais, la fait aussi de l'humeur, de la liberté et de la façon de vivre des peuples. Cette ville est située à deux lieues du Rhône (2), entre des montagnes; du côté du levant et du midi, elle est entourée d'une plaine (3) , la plupart des prairies , d'environ demi-lieue , très-belle et très-fertile ; du couchant et septentrion, ce ne sont que montagnes et précipices qui font l'entrée des Boutières* C'est dé ce côté-ci , et quatre à cinq cents pas qu'est le village de Tounion-lès-Privas (4) , lequel est composé seulement de cinquante ou soixante maisons, fortifié de bonnes murailles et remparts de terre , et un grand précipice (5) du côté de la ville, et de l'autre des montagnes d'un fort difficile accès. Sur le plus proche d'icelles , les rebelles avaient fait un fort ,
(\) On lit dtns les Mèmoirw d$ BoBvilU , intendant da Langoedoe au 4 7* tiède: « On a touJQun remarqué entre les habitants du Vivarais et ceux des Cévennes une différence de caractère prononcé. Ceux des Gérennes sont légers , capables de toute impression , Uàla à éqaouToir ; mais ib rentrent facilement dans leurs de? oirs. Tandis que les gens du Vivarais réfléchissent plus lon^j-temps à ce qu'ils ont à ftute ; mais quand ils ont pris un parti , ils sont opiniâtres. C'est pourquoi les révoltés du Vivarais ont donné plus de peine pour être soumis que ceux des Cévennes. On remarque que les uns et les antres sont naturdlement portés pour être bons g«arriers. •
(2) Un myriamètre cinq kilomètres.
(Si) Cette plaine est celle dite dii Lac^dont nous avons parlé au commencement du chapitre IT; elle s'étend du couchant à partir du càhtean d'Antrevaux jusqu'aux environs d'Alissas , qui se trouve au levant; die est bornée au nord par la rivière d'Ouvèxe, et au midi par une partie du Coiron.
(4) On l'appelle aujourd'hui Petit^Toumon.
(5) Au fond de ce précipice, oii coule le ruisseau de Charalon , plusieurs i «nt été ooottraites ; elles forment un hameau qui a pis le nom de ce ruisseau.
DO VIVÀRAIS. 303
qu'ils nommaient de Si- André (1) , duquel ledit lieu 4629. de Tcmrnon était couvert. A la droite de Tournon , environ cinq à six cents pas plus bas {2) , est le village de Coux, composé de quatre-vingts ou cent maisons , à l'entrée duquel il y a un petit pont où passe une petite rivière (3). En cet endroit, et en plusieurs autres de ces contrées , se voient de grands rochers dans lesquels il y a plusieurs cavernes (4) , que les rebelles avaient fortifiées de portes et flancs, où ils montaient de rochers en rochers par plusieurs échelles qu'on tirait après eux. Beaucoup de familles, et notamment celles des maisons champêtres, s'étaient logées là-dedans et y avaient porté leurs biens , armes et munitions de guerre et de bouche. Au haut de la plaine susdite, est un petit coteau qui s'élève en rond (5) , duquel la montée est d'environ cinq ou six cents pas de la ville, au bout duquel est le fort de Toulon, bâti en forme d'étoile et au milieu une tour. Ce fort commande tant la plaine que la ville, qui est en forme ovale. Un peu en montant vers le fort de Toulon, au bout d'icelle,^ était jadis ce beau château (6), le rasement duquel donna l'entrée à la rébellion , comme il a été dit en notre commencement. Cette ville n'était composée au plus
(i) Sans doate da nom de St-André de Montbrun.
(2) A trois kilomètres sud-est de Friras.
(3) L'Oafèze , qui a reçu on peu plus haut les eaux du Charalon et du Mezayon. {4) Ces caterues soot parfaitement eenser? ées tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ;
elles portent le nom de Grottes dd la Jauhmûj et sont presque toutes habitées.
(5) C'est le Mont-Toulon.
. (6) Sur remplaeement de ee château fut construit plus tard un coufent où s'établirait des récollets. Ce local , après avoir serri long-temps de palais de justice , a été converti en collège. Le château occupait aussi une partie des terrains où l'on a bàli le temple des protestants et les prisons.
30* GUKURKS CIVaES
4629. que de cinq oa six cents maisons, maiis trèc^riclies et opulentes avant leur folie ; elle avait été trè84>ien fortifiée de bons bastions, fossés et pièces d'avance^ avec un chemin couvert pour monter et avoir la communication du fort de Toulon. Entre detix, el sur le milieu de la montagne, on avait mis une bonne redoute pour la défense dudit chemin ; les avenues en sont très-difficiles; les plus aisées sont du côté de Layoulte et du Pouzin , par la vallée de St-Àlban à Ceux , et celle de Bays k Ghomérac et Alissas; encore ces deux sont fort étroites entre des montagnes et rochers presque inaccessibles 5 0^ tout au long, de côté et d'autre, il y a les cavernes susdites qui rendent le passage fort (kngeneux, pouvant tirer d'en haut sans être vu ni endommagé. »
Le roi , à son arrivée à Valence , n'avait avec lui que ses mousquetaires et six compagnies de gardes* françaises. Voyant qu'il ne pouvait entrer en arrangement avec Si-André de Montbrun, il ordonna à Montmorency d'amener à Bays et au Pbuzin, les régiments de Picardie, Normandie, Falsbourg, McmSréal, Annibal, Perrault etLestrange.
Dans ce moment les députés du Haut et Bas- Vivarais s'étant rendus auprès du roi, Dufaïn , syndic du pays , prit la parole au nom de ses collègues , et représenta à ce prince les excès auxquels les protestants , surtout ceux de Privas, se livraient envers les catholiques. Louis XIII répondît à ses doléances avec une extrême bienveillance, et lui promit de faire bientôt des rebelles tel châtiment qu'il en serait à jamais mémoire.
M VIVÀRAIS. 305
14e 14 mfii, le roi qqitt^ Yf^lenee,, fiy^ le nqfiré^. 462». cbal de Sohomberg et Biron, ^t desçeadU sur le JlhÔHe josqu'à Bays, où l'allendaient ses troupes. Anivé d^ns cette place , il se mil à leur {èifi çt sq dirigea sur Privas par St-Yincent-de-Barrès , Chor» méracet Alissas; à deux heures après-midi , il abor* dait la plaine du Lac, avec s£^ cavalerie. Alors plusieurs volées de çauon partirent duf(M*t deMout- T0UI09; mais les boulets n'atteignirent per^onOt
MontfifiorenGy venait l^ rejoindre par la vallée d^ ^t-Alban^ avec les régiments de Montréal ^ N^v^ 4e I^Qgères et Picardie 9 ayant popr maréchaux-<|ecjunp le marquis d^iJ:^^lles et ]!i(ontréal. Peadanf le trajet, il fut harcelé par cinq q^i six cents hoinme# qçe Chabreilles avait îeié^ ^u milieu 4^ rochers et dans les çs^yernes de Gbomérac , qui se trouvaiept mr sw passage. Il perdit quelques hqmmes et en m\ k@aucoup de blasés; mais en rey^iM^be il brûla une cinquantaine de maisoqs icalvini^tes. Parvenu i Coux 9 où Tennemi s'était retranché , il en força le pont ets'empftra du village. Ceu^ qui le défendaient priresrt la fuite et allèrent se réfugier dans des pigeonniers et quelques maisons situées sur le flanc du coteau qui s'élève sijir ia rive gau^e d'Ouvèj^e, et va joindre Privas (4) à une portée de fusil de Ut. En face et sur la rive droite de cette rivière , est une éminence, jeilors couverte d'u^ boia tailUs- Montnâal et d'Uxeties y montèi^t vers le soir pour roeonnattre Tassiette du camp. Mais au même insr tanionl^ feu sur euxduicoieauopposé , etd'Uxelles,
(i) Ce eoteau «tt coapé depub quelques anuéet par une belle roule.
306 GUÉRBES CIVILES
4629. atteint d'une balle dans l'épaule droite, tomba dans les bras de Montréal , qui l'aida à se soutenir jusqu'à Coux, où il mourut quatre jours après. Il fut vivement regretté du roi, qui devait lui donner le bâton de maréchal le jour même où il reçut la mort.
Louis XIII était parvenu à se loger à la tour du Lac avec sa cavalerie. Le mardi ,15, Montmorency donna ordre à Montréal de s'emparer du coteau opposé au fort de Tournon avec son régiment, ceux de Picardie , de Logères et d'Annibal. Au point du jour, ces troupes se mirent en mouvement et s'avancèrent dans l'ordre suivant : le régiment de Picardie marcha directement, par une montée assez difficile , vers un chemin barricadé où se trouvait un pigeonnier; celui de Naves de Logères prit à droite au-dessous du Petit-Toumon , ayant à sa gauche Montréal, et à sa droite Annibal. Ces quatre régiments allaient de front, précédés de pelotons^ que soutenaient de petits bataillons , commandés par des lieutenants; les religionnaires qui occupaient cette position , hérissée d'obstacles de toute nature^ ne firent aucun effort pour la conserver, bien que ce fût la seule qui dominât le plus la ville; ils s'enfuirent à l'approche des catholiques et allèrent s'enfermer dans leurs fortifications , après avoir échangé quelques coups de mousquet avec eux. Les régiments, conservant l'ordre indiqué, s'établirent contre une corne avancée qui couvrait la ville et ses bastions du côté de Tournon; il ouvrirent une tranchée en droite ligne de la pointe de cette corne,
entre Privas et Tournon , dont les flancs se trou vèi^nt \ 629, dès-lors également menacés (1).
Pendant cette opération , le maréchal de Schomberg s'avançait directement, avec six compagnies des gardes , vers le hameau d'Ouvèze , qu'on appelait alors les Chaussières , à cause des cuirs qu'on y préparait et dont on faisait un assez grand trafic dans le pays; il avait à sa droite le régiment de Perrault; à sa gauche , en face du fort de Gmtenat (2), ceux de Normandie et de Falsbourg; au centre, sous le fort de Toulon, celui de Lestrange. Un combat très-vif s'engagea entre ces. troupes et les, religionnaires qui s'étaient retranchés dans le hameau , et derrière les travaux avancés qu'ils avaient élevés en dessous des bastions de la porte de la plaine. Le pont et le hameau d'Ouvèze furent enlevés, ainsi que les petites redoutes, et Privas se trouva bloqué, tant du côté du quartier de Montmorency, que du côté du quartier du roi.
Ce jour-là , le père Jérôme, gardien des capucins de Valence, que d'Effiat, surintendant des finances, avait appelé pour remplir les fonctions d'aumônier dans le régiment des gardes , fut égorgé par les calvinistes , dans la vallée de St-Âlban , pendant qu'il se rendait au camp du roi (3).
(4) Commentùirei du ioléat du VivaraU y page 286.
(2) Ce fort a?ait été construit sur remplacemeot quVcupent aujourd'hui k palais de justice et le rond-point du cours.
(3) Voici comment Pierre Marcha rapporte cet événeinent : « Il fut pris par huit rebelles des Baumes qui ont été dites ; son compagnon se sauva pour être plqs avancé que le père , et lui mené quelque espace de chemin , étant persuadé de te faire huguenot pour sauver sa vie , laquelle autrement il était menacé de perdre ; k quoi ayant répondu que son àme lui était plus chère que son corps , il fut attaché
-1629. Le 16, la garnison de Privas fit différentes sorties; ses troupes, au nombre de dotize cents hommes, vinrent éscarmoucher jusqu'au camp du foi. Le 17, elles attaquèrent Coux; repbussées par Montréal, elles reprirent l'offensive, et feignant ensuite de fuir, attirèrent Tenilemi dans une embuscade et lui tuèrent une douzaine d'hommes, entre autres le sieur dé Mohtgros , officier distingué.
Le 18, le roi alla coucher à Bays; le soif dû mêhie jour , le cardinal de Richelieu , accolnpagné du maréchal de Bassompierre et des maréchaiix-decâfiap Dés Portes et Louis de Marillac , arrivèrent à Lôriol avec l'armée iju'ils ramenaient de Suze , et y |)assèrént la ttùil. Le lendeihain, le cardîiial traversa le Rhône à fiays avec ses troupes , et se fendit ail camp dû roi, qui, dé retour de ce boui^, était allé se loger daiis la maîsbn de Garniëf (1), située dànë ia praîiiè dd Lac , en face et à line portée dé canon de Privas , d'où il pouvait suivre de l'œil lôlitës ieà opérations du siège.
L^ârmée royale fut portée , par l'arrivée de Richelieu, àVihgt-îîebf millehommess elle était composée
k Uà attire et de p\va \m éihorté à m gilraAtir j^r le nàoyen pr6pôié ; il penétéi^ toujours en sa constance , ce qui les porta à armer six roueltes qu'ils avaient) le»quelles y voulant lâcher Tune après Vautre, faiUirent sans prendre f eu. Elles furent derechef préparées , aussi ellet faUUrenX derechef; à quoi fut subrogée Fépée, de laquelle il Jui fut donné plusieurs coups , même après sa mort : coqui é été Vérifié par les pères capucins de la mission de VilleneuTO-de^Berg, de la propre confession d'un desdits rebeiles du depuis catholique. »
(1) Cette maison existe encore et porte le nom de Logis du Moi. On raÎDonte cette ^>èrUcalarité à Voccasion du siège de Privas : Le roi étant à une des fenêtres de son logttnehit et regardant Privas , dit à un de ses courtisans, en désignant cette ville : « Quoi ! c'est ce nid de poules qui prétend me résister I » A ce moment un boulet 'pkrti de Mdtil-Tonlon , frappa le mur à une très-faible distanoe du roi : ce qui ne laissa pas de lui causer quelque émotion. Les courtisans y qui avaient été obligés 4e s'établir par-lè, s'y trouvaient moins è l'aise qu'à Yerstillas.
bV VlY>RJ^s. 309
du régiment des cardes, de ceux dejs susses ^ ^ 4629r Piémout^ de Normandie^ Picardie, Liginguedoc, Fal^our^, Hambure, Montréal , Yaillac, Âtunibal, Pe,rrauU^ Auûonay, Logères, Lestranges^t^'Effiat, d'un <5orps de gentilshommes de yçloutaires au nombre de deux mille, et de plusieurs compagnies d'ordonnance et de cavalerie légère.
Le 20, une tranchée ouverte au qus^rtier du roi, permit d'é)>abUr, sur des plates-formes qu'on dressa de ce côté , deux batteries de six canons , chacune dirigée çonke la princip$ile portQ de la ville , les bastions , et pièc^ d'ays^^ce qui la défendaient. Ces batteries, commandées par d'Amboise et de Chabaud, abattirent bientôt flne tour qui s'élevait à droite de cette porte, et à cent p^s du fort de Gratenat, qui se trouvait sur la même ligne.
Leiinème jour, au quartier de Montmorency, Polargue fit monter six canons par rescarpement qui domine ^Charalon , et en forma deux batteries sur .yn popt qui permettait de tenir en respect celles du Fetit-Xournon et de Privas, composée? chacune de deux pièces.
I^e régiment des garde? vint occuper )a tranchée avancée du. côté de la plaine. Marsillac, l'un des capitaines de ce régiment, y fut tué d'un coup de ^mousquet tiré des hauteurs du Mont-Toulon.
Les assiégés firent, bientôt après, une sortie sur qe poii^t; mais ils furent vigoureusement repoussés.
Yers les quatre heures du soir, le roi , ayant jceçu le ti^jité de^paix qui avait été conclu le 24 avril, à ,Si|ze, avec l'Angleterre, monta à cheval; et, le sceptre à, la main, précédé de ses hérauts d'armes.
4629. commandés par Le Breton de La Chesnay , il le fit publier dans le camp. A la nuit, l'armée, en rejouissance de cet événement , alluma un grand feu et fit plusieurs décharges de raousqueterie : ce qui donna l'alarme aux calvinistes. Ignorant la cause de ce mouvement, et se croyant attaqués, ils coururent aux armes et sonnèrent le tocsin.
Le 21 , Privas, sommé de se rendre au nom du roi, maltraita le héraut d'armes porteur de cette sommation; Louis XIII dit même, dans sa déclaration, qu'on se permit de tirer sur lui. Pierre Marcha et SouHer affirment que le héraut fut reçu à coups de mousquetade.
Le 22 , le régiment de Champagne et la cavalerie légère d*Alais vinrent se joindre à l'armée du roi. Le lendemain , ce régiment alla prendre position à Veyras, village situé à une demi-lieue de Privas, à l'ouest de Mont-Toulon. Le 24, jour de l'Ascension , on lui adjoignit le régiment de Piémont, aux ordres du marquis Des Portes. Le même jour, les calvinistes de Privas firent une sortie sur la tranchée de Montmorency , et mirent le feu à quelques tonpeaux qui couvraient un corps-de-garde avancé; ipais ils ftirpnt repoussés par les régiments de Montréal et de Naves de Logères, qui leur tuèrent plusieurs hommes et en blessèrent un très -grand nombre.
Le 25 , les travaux de la tranchée se trouvant presque terminés , le roi fit avancer les postes et attaquer l'ouvrage à corne de la place par six pièces de canon. Le père Bonaventure, de l'ordre des récollets, et confesseur du duc de Jllontmorency,
qui travaillait dans la tranchée pour stimuler le, zèle 4629. et le courage des soldats , fut frappé mortellement d^une balle qui lui traversa le corps.
Dans la nuit du. 25 au 26, les assiégés ayant appris que quelques officiers de la maison du roi venaient d^ se loger dans une grange voisine du château du sieur d'Entrevaux (4), gentilhomme protestant, qu'occupait le comte de Soissons dès l'arrivée de Louis XIII;, allèrent investir cette grange et attaquer les officiers qui s'y trouvaient; l'un d'eux fut tué; les autres, s'étant barricadés et défendus courageusement, perdirent seulement leurs chevaux et leurs bagages, qui leur furent enlevés.
Le 26, Montréal reçut l'ordre de partir pour Castres avec son régiment , qui faisait partie du corps d'armée de Montmorency; il fut aussitôt rqmr placé par celui de Rambure.
La tranchée pratiquée par ce corps, ayant été poussée jusqu'à une distance de vingt pas de Touvrage à corne que les calvinistes avaient construit de ce côté , Montmorency fit avancer ses canons qui le battirent toute la journée. A la nuit, la corne se trouvant abattue, le diuc ordonna l'assaut. l«'attaque commença , à huit heures du soir , tant sur ce point que sur celui que menaçait le corps d'armée du maréchal de Bassompierre. Tandiaque ce maréchal enlevait la contrescarpe avec le régiment de Normandie , et que le régiment de Falsbourg forçait un bâtiment situé près de la porte qui faisait face à la plaine du Lac, et où les calvinistes s'étaient fertile) Ce château, situé près de St-Priest, existe encore, et n'a subi aucune dégrada-v lion. Il appartient aujourd'hui (1846) à un fabricant de soie nommé Benoit.
312 GUEBRfiS GlVIiËS
4629. fiés y les régiments de Picardie^ de Bainfoure, d'Ànnibal et de Perratiît francfaissafeût le fossé de ^Ui corne éboulée , et se jetaient dans la place, <pi'ite traversèrent entre deux bastions, sans ^ro^r^er la moindre résistance , sans ^suyer nn coup de toô^s- ^et; mais les assiégés, qui les avaient laissés avstacei* jusque-lk sans obstacle > ^lancèfent alors sur eux une grêle del^alles, dé grenades, de ^Ftratillè^, de pétards, de ^pote à fèu et de pierres; puis pi'Ofitenl; 'de l'obsoiirité eft dû désordre qu'ils vènaiéQft «de jeter dans leurs rangs-, ils fii*ent une ^sortie p» la pointe -de ïduî^ndn, au nombre de cinq on sQt cents , la "plupa^rt armés de ^foulx emmanchées 11 t^cfeôurs, et rejétèii^ènt lès assiégeiants ennàeià de )a corne. Mais Itf ôntmor^ncy ayant aisément i^Uiê dés îderniérs, les raùMenn nussitôt »à tebïèche, et, puissamment secondé par la noblesse volontaire, il pàivittt à retendre la position d'où l'on venait delès expulser.
lia Intté'futlongtië et meurtrière. De Logères, qui ^'êtâit maintenu bravemeut dans son poste, eut ^ins de deux cents hommes de son régiment tués eu niis hors de combat : LeCros deChadenaejeapi- ^aitt^ et major; Des Rowvettesèt Planzolles, caç^i- 4ain@d; Defeabfes'et de Selve, lieutenants, et >six feérgénts âe trotivèrént au nombre de ces derniers. te 'réginient de Picardie y perdit te comte de Fer-^ riè^es, capitaine; dix ou douze autres officiers, et plus de cteux cents soldats ; celui de Sermult eut cinq ou six capitaines 'blessés, et cinquante soldats tués: celui d'Annibal perdit le capitaine Serrières Ide Chàtereyne, et environ deux cents soldats; les
4$£k^ de celui de ^fttnbure furent de ciAquantie f as», hotilmes ; enfin ce combat , qui dora près de àéux ibeut^es, ^eàla la vie à plus de deux oents catboli- "Ifuës^ et efniiiitati moins trois cents horë de ^combat.
tét énorme déchet provint de la faute que cornèrent tes aséiégeatils «n afttir^nt sur un seul poiiA tentes les forces defe assiégés, «u lieu de les obliger Il %e diviser, par de feintes attaques, en divers endroits, les tihefs toanqnèmtift évidenimentde tête dsms eette^i)rconstance.
Le mèmie soir, le marquis Bes Pointes fut plus tetiretrx. Posté au-dessus du fort St- André , avec 9eis régitnents d'Annonay, deTjanguedoc, de Chamf^a^e^t de Piémont, il s'empara de ce fort et du bourg de Toumon, qui le commandait, ainsi que ïeô bastions et la corne du combat, et passa au fil de i'épée les calvinistes qui les défendaient. Mais il ne survécut pas long-temps à cette brillante action : le lendemain., dimanche 27 , vers les neuf heures dnmstfin, il fut tué d'une balle qu'il reçut au milieu du front, sous les murs du Petit-T.ournon, derrière lesquels dix-huit soldats ennemis étaient restés ça** chés. On se saisit presque aussitôt de ces misérables, qui furent condamnés à être pendus. Les soldats t3atholiques, justement irrités de la mort d'un chef au^i distingué, ne permirent pas l'exécution de là Bentence ; ils mirent en pièces les auteurs de ce guet-à-pens.
Des Portes était un excellent général. Le jour même oùil fut tué, le roi devait l'élever à Indignité de maréchal de Trance. Xouis XIII et le cardinal de 'l^chelteu se montrèrent très-^ffligés de cette
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4629. perte. Qaant à son neveu, le dac de MoDtmoreDcy , il en fut inconsolable (1).
Une courte trêve fut consentie de part et d'autre pour enlever les morts. A la nuit , les assiégés se voyant dominés de tout côté par leurs propres fortifications, où les catholiques transportaient leurs canons pour foudroyer la ville, pressèi*ènt St-André de Montbrun de s'entendre avec Gordes* Ces deux chefs eurent une entrevue dans laquelle Gordes offrit à son adversaire une composition honorable pour lui et pour ses soldats seulement, non pour les habitants de Privas, dont le roi se réservait de faire un exemple. St-André de Montbrun refusa, en disant que la cause des privadois étant la sienne , il ne les abandonnerait point.
Les habitants de Privas, instruits des dispositions
(4) Docros y auteur de la Vie de Montfnorency , rapporte à celle occasion une doguliëre particularité que nous derons reproduire : « En? iron le temps de la mort du marquis Des Portes j dit-il , le'duc de Montmorency, dormant dans sa tente, fut éreillé par une foix semblable à celle du marquis qui lui disait tristement adiea. L'amour qu'il afait pour une personne qui lui était si proche , 6t qu'il attribua ce sQPge à la force de son imagination ; et le travail de la nuit qu'il avait passée , açlon sa coutume, dans les tranchées, fut cause qu'il se rendormit sans aucune crainte ; mais la même voix qui avait troublé son sommeil l'interrompit encore un coup , et le fantôme , qu'il n'avait vu qu'en dormant , le contraignit de s'éveiller et d'oulr distinctement le» mêmes mots qu'il avait prononcés et qu'il répéta avant de disparaître. Alors il se ressouvint qu'un jour qu'ils entendaient discourir le philosophe Pi tard sur la séparation de l'iune avec le corps, ils s'étaient promis de se dire «dieu l'un à l'autre , si le premier qui viendrait à mourir en avait la permission ^ et ne pouvant s'empêcher de craindre la vérité de cet avertissement, il envoya promptement un de ses domestiques au quartier du marquis , qui était assez éloigné du sien. Avant que son homme fût de retour , on vint le quérir de la part du roi , qui lui fit dire, parades personnes propres à le consoler, l'infortune qu'il avait appréhendée. Je laisse à discuter aux doctes , ajoute Ducros , sur la raison de cet événement que fat oui plusieurs fois réciter au duc de Montmorency , et dont j'ai cru que la merveille et la vérité étaient également dignes de mou histoire. »
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du roi à leur égard, abandonnèrent la ville et s'en- iB29. fuirent dans les Boutières, laissant St-André de Montbrun dans la place avec cinq cents hommes. Celui-ci voyant qu'il ne pourrait s'y défendre avec si peu de forces , se retira à Mont-Toulon , oii il espérait obtenir des conditions plus avantageuses que dans la ville, parce qu'on ne pouvait enlever cette position sans perdre beaucoup de monde.
Le lendemain , 28 , au point du jour , Gordes d'Effiat et Veines demandèrent à lui parler. St-André de Montbrun se rendit auprès d'eux. Gordes ne lui oflFrit cette fois que la vie sauve, et à la condition qu'il abandonnerait ses soldats. Révolté de cette proposition, St-André de Montbrun répondit qu'il était homme d'honneur, et qu'il ne souillerait point son nom par une pareille lâcheté ; il ajouta qu'il trouverait dans le courage des siens les moyens de les soustraire au sort qu'on leur réservait. Bientôt après, il fut sommé de faire connaître sa dernière résolution. Il envoya par trois fois Brunel , du Dauphiné, à Gordes , qui consentit à accorder la vie à tout le monde , pourvu que St-André de Montbrun allât sur-le-champ se jeter aux pieds du roi et lui demander pardon. Le chef calviniste, qui ne pouvait supporter l'idée d'une humiliation, assembla son conseil et lui fit part de ce dernier message. Ses officiers l'engagèrent fortement à faire la démarche que Gordes exigeait; et comme il s'y refusait obstinément, ils ajoutèrent qu'il était de son devoir de les tirer de la position critique où il les avait placés. Sensible à ce reproche , St-André de Montbrun n'hésita plus à se dévouer. Il sortit avec
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4«29. omq de ses <îapi!tefeeg et Sie rwdit, en \mr compfr^ goie, auprès de touville^ capitaine m ré^w^ut des gax^des , qiii ie& conduisit au logis d» Toi. Ce priûce ae voulut point les Tecevdir, et les enyoya^u eardinal de Riolietieu, tjui les retint prisonniers. Néanmoins le cardinal persuada à M<^1i)]:iun d%^ -CTïre ià la garnison du fort de Mont-Toolo® , paiir l'engager à ae rendiîe à discrétion, ten l'assurant que tous ceux qui la compossiient auraiesH la vie sauve.
Pendant les n^ociattons, le baron de Cbswblay, mestire-^denoamp du Tégime^t de Falsbourg , ;app]fit^ par un espiion, que les calvinistes venaient d!aban^ donnerBrLvasetdese di&perser dans les Bûutières^. Il en ifit avertir le roi^ qui donna l'ordre, de faire tèntrer les troupes : ce qui fut exécuté , non sans défiance, car on craignait d'être entraîné dans (quelque piège, le baron de Cbamblay, ayant pris toutes les précautions nécessaires pour résister aux forcesqui pouvaient lui être opposées., .fitjavancer plifâieut-s compagnies de son régiment, qui s'emparèrent des maisons :les plus proches de l'entrée. «Ces troupes reconnaissant bientôt que l'espion avait -dit la mérita, appelèrent le régiment tout entier, qui 'v^int occuper les.:pQints fortifiés. Averti à son tour de la fuite des calvinistes, le régiment des gsH*des]»iii^it:le mouvement et pénétra dans la ville, oùse jeJtèrenfepresqueen mên^ temps tous lesautres régiments pour la ipiller. IdB butin fut d'autant plus ^.considérable, que les habitantsn'avaientrien emporté en fuyant, et qii'ûutreJenrs effets, s'y trouvdiefttqe que les riches {Mrojpdétaif es des Boutières y avaient
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aparté eu s'y réfugiànl. Deo& cents hommes btes^ mw. ses y malades ou irieux, Irouvés dans les maisons, forent {iassés au il de l'épée (1).
Le roi défendit le viol et rincendie ; néanmoins plusieurs femmes eurent à essuyer les derniers outrages, et un grand nombre de maisons devinrent la proie des flammes. Le duc de Richelieu ayant rencontré douze jeunes filles qui fuyaient pour se dérober ai la brutalité des soldats , les fit conduire sous boune escorte du château d'Ëntrevaux, où leur vertu fot mise à l'abri de toute atteinte. Dans le tïième moment, on lui apporta un en&nt de sept mois qui avait été trouvé sur \é sein de sa mère, qu'on venait d'immoler. Il reçut cette pauvre petite créa^ ture et la confia auic soins de l'évéque de St-Paul, qui la fit élever dans la suite par les cordeliers de Montélimar (2).
Le 29, Quelques-uns des soldats qui investissaient le Moât-Touloii crièrent à ceux du fort que St-André de Moutbrun venait d'être pendu. Cette nouvelle , qui détruisait toute chance de salut pour eux, les réduisit au désespoir. Préférant mourir les armes à la tmitï plutôt que de partager te sort de leur «hëf y iU déclaï'èrent qu'ils ne cédei^ient que lors*qu'ils auraient versé jusqu'à la dernière gouWe de leur sd)àg. Le roi, instruit de leurs dispositions ^ s'empressa de les tirer d'erreur en faisant conduire St-André de Montbrun, par le maréchal BassompiiBi're , sous les murs du fort. Les assiégés, en le
{4) Cêmmeniairêi dm S^tUiêt ém Fît «ftit , p. 308.
^ Oét «nfiBt > wqatH le caréintl d«iDa !• «dm lie FcutHmé de Mvêt , àefivâ lé Hl» ie •!• faÉiille UttUÊtà, ^i eûfU iMofeà IbiMlMMr.
31 ft GUERRES CIVILES
4029. revoyant, ouvrirent leurs portés aux soldats calho* liques, en déclarant qu'ils se rendaient à discrétion; Mais dans cet instant une explosion terrible se fît entendre, et bientôt assiégés et assiégeants ne virent autour d'eux que des cadavres et des hommes mutilés. Un soldat calviniste , nommé Cbamblanc y soit par inadvertance , soit avec intention , pour ne pas survivre à la défaite de son parti , venait de mettre le feu à quelques barils de poudre qui se trouvaient dans le fort. Les catholiques, exaspérés par cette catastrophe , se jetèrent sur la garnison et massacrèrent tous ceux que la fuite ne put soustraire à leur fureur. En vain les aumôniers de l'armée voulurent intervenir par des supplications en faveur des calvinistes; ils ne furent point écoutés, et le carnage continua malgré les plus pressantes exhortations.
Deux cents de ces malheureux étaient parvenus à s'échapper; mais arrêtés près de Veyras par les suisses, qui conduisaient un canon, ils furent taillés en pièces. Ainsi périrent six à sept cents protestants (1). Ceux qu'on parvint à arracher des mains des catholiques furent pendus ou envoyés aux ga-f lères. Quant à St-André de Montbrun , il fut conduit à la citadelle de Valence , et de là transféré à la tour de Crest , d'où il parvint à s'évader quelques mois après (2).
{i) « Cinquante furent pendus deyant le fort par les goujats de l'armée , et cent furent condamnés aux galères. » Laboissière , Comm. du soldat du Vivarait, page 542.
(2) Âlciandre Dupuy-Monibrun , marquis de Si-André , était le petit-filt de Charles Dupuy , seigneur de Montbrun , suhiommé le 6rst^ , décapité k Grenoble le 4 3 août 1 575. Le marquis de St-André , après son évasion de la toor de Crut ,
DU VIVARAIS. 31 d
M. de La Boissière , dans une note qui se trouve 4629. à la page 312 des Commentaires du soldat du Vivarais^ dit qu'il existe diflférentes opinions sur la manière dont le feu prit aux poudres. En eflfet , le duc de Rohan prétend , dans ses mémoires , qu'il y fut mis par les soldats de l'armée royale en entrant dans le fort , afin d'avoir un prétexte pour faire main-basse sur les religionnairesy comme il leur avait été commandé. « Cette opinion , dit M. de La Boissière , n'est point admissible; parce que des soldats victorieux ne se seraient pas prêtés à une manœuvre qui les dévouait à la mort pêle-mêle avec ceux qu'ils voulaient perdre; d'ailleurs, le roi était religieux, et il n'avait besoin d'aucun prétexte pour exterminer des rebelles qu'il n'avait jamais voulu recevoir qu'à discrétion. »
Bernard, historiographe et lecteur de Louis XIII, qui se trouvait au siège de Privas, s'exprime en ces termes au sujet de cet événement : « Soit que ce f&t la mèche d'un soldat qui eût mis le feu à la poudre répandue dans la place , soit que quelqu'un de la ville y eût mis le feu par désespoir , on crut que les gens du fort avaient voulu faire jouer une mine pour perdre l'armée du roi. »
Ceci n'est pas plus vraisemblable. Le récit de Soulier, prêtre du diocèse de Viviers, historien exact et consciencieux, nous semble mériter plus de confiance, lorsqu'il affirme que le feu fut mis aux poudres par un soldat calviniste (Chamblanc) qui
senit fidèlement la France. Il se trouva aux sièges de Casai et de Valence y dans le Milanais. Nommé général dans les armées de la république de Venise , il n'accepta ce grade qu'après en avoir obtenu la permission de Louis XIV. Il remplaça, le mar« quis de Ville au fameux siège de Candie , en 1 C68 , et s'y couvrit de gloire.
GUËRKBS CIVILES
4€29. se sQHciaU peu de mowrir pùurm gu'il fit mourir les autres, ie carcfoial de Richelieu esVclii mèçae avis* Dans son compte -rendu du siège de Privai à 1a reine-mère , il dit en partant de cette cataatro{^ : u Un nommé Ghamblanc ^ qui s'était to^io^r$ opposé qu'on se rendit à discrétion , ayant k la maîn ^ae mèche allumée , dit tout haut : Çeusf qui se rené(^ sont pendus; il vmit mieux périr par le feu que pe^r h^ corde: je vais mettra le fw <wa? poudi^es / çt \\ le ftt e© mixité temps (1). »
Le 30 y le roi statua sur le sort des prisounters» fit retirer son artillerie du parc et se dispo$^ ^ (piitter Privas. Le même jour, il accorda un pardon géK néral à Chabreilles , qui avait sans doute exécî^té le traité conclu secrètement entre lui et le garde-dessceaux; une semblable feiveur fut dévolue à Achard, Aviasy Lagarde, Mo^troume, Laselve, Réfté^ Ladrëyt, Jean Jean et Jacques Léglise, les u^ des Routières, les autres de Privas. Chabreilles ramena Aussitôt à l'obéiasanee de ce prince la pays des
{\) Lei exploite de Louis XIIJ eu «iége de Prinu eKÎtèrevt le verte de ^aelfiiec poètes edalatoars ; de ce nombre fat le siear de Ress^ier , qnî publia une ode sur f» siège , à le suite d'une trt(;6die tntitulée Attrie. Voici deu» strophes de cette
iivtifli, 4|ui de^ieMnt4'a99^i par des conseils séditieux | |)e Tos esprits ambitieux IVonblei DOS bonne* destinées j Après nos tea||>las d^iolis Et'le mépris des flewrs-de-lis, Croycu^vons trousrer des défenses i^ai fo«s sawpent d« éhàjtiment Que foe déleiliUeB 4ifiBnses enlméi^ei jnstementf
\ Swtf éloge obligé du roi. )
JVif 9i » ff¥e TiHe reMl« i
A-t-elle pu leur résister ,
Ni tant de soldats éviter
La perte de la ôtadeHe?
N'entais pas Corcé las rempir^
Qu'à relever de toutes paris
Leur folie avait pu résout?
Etses bastions démolis
Soot^ls pins riea qv'nn peu de ftmèn
Snr des seidats eniëfelis !
DU VIVÀRAIS. 821
Bomtières et les châteaux de Domnat, La Tourrette, 4629. Cfaalam^oû, La Chaise, Le Cheyiard et Pierregourde. Le roi reçot eu même temps la soumission de Bar- ^c, des Vans, de Vallon, La Gorce, Vagnas et La Bastide-de-Virac (1), et promu! ga une déclaration portant en substance : 1 "^ « confiscation des biens des habitants de Privas qui étaient restés dans cette ville pendant la durée du siège; 2** réserves au roi de disposer des maisons et des fortifications à démolir eh faveur des personnes qui obtiendraient de lui la permission d'habiter à Privas; 3* mêmes réserves relativement aux héritages ayant appartenu wux rebelles j et dont il pourrait gratifier les nouveaux propriétaires, lesquels jouiraient des privilèges des autres bonnes villes du Languedoc , et auraient un marché par semaine et quatre foires par an; 4"" enfin, défense k toutes personnes de s'JwbUuer à Privas «ms lettres du grand sceau. »
Le vicomte de Lestrange, dont les propriétés avaient le plus souffert, jouit seul des bénéfices de cette déclaration. Le roi lui accorda en outre le fort de Mont-Toulon avec bonne morte-paye^ afin de mettre ce seigneur à même de faire observer les volotitéë de sa majesté.
Le 31 , le roi créa Louis de Marillac maréchal de France, et écrivit au parlement de Provence pôui* lui faire coanaitre le Succès de ses ai'mes au siège dePrivaa(2).
(2) « On remarque comme une lingularité historique que trois des cheb qui commandaient au siège de Prifas, Marillac, Montmorency et Lestrange, périrent sur
4629. Le 1 **^ juin , le duc de Montmorency reçut Tordre de retourner en Languedoc pour s'opposer aux progrès du duc de Rohan et reprendre les villes dont les calvinistes s'étaient rendus maîtres pendant son séjour en Yivarais. Le duc partit immédiatement de Privas avec trois régiments.
Le 2 juin , le roi reçut les députés de Barjac , Vallon et La Gorce, et chargea La Roche-Colombe et Pierre de Tardieu, juge du bailliage, de &iro abattre les murs de cette dernière place ainsi que les fortifications de celles des Vans , de Barjac , de Yagnas et de La Bastide-de-Virac (1).
Le dimanche 3 , jour de la Pentecôte , il toucha sept cent quarante-quatre malades des écrouelles ^ et chargea le vicomte de Lestrange de faire démolir les forts du Petit-Tournon et de Privas.
Le lendemain, il quitta cette ville, passa le Coiron et alla coucher à Villeneuve-de-Berg, dans la maison du baron de La Roche-des-Âstards. Il fut reçu et harangué aux portes de celte ville par Pierre de Tardieu, qu'il chargea défaire démolir les murs de Bays et du Pouzin, après lui avoir remis des lettres d'anoblissement..
Le 5, il repartit de Villeneuve-de-Berg, traversa La Gorce et Vallon, passa la rivière d'Ardèche, et reçut la soumission de la tour de Satavas , du fort du pont d'Arc , de La Bastide et de Vaguas. Arrivé à Barjac, il fut reçu par St-Laurent, gouverneur de
un écbafauâ ; que St-Preoil , un des brayei officien de cette année , eut le i •ort , et que Cinq-Mars , fils de 4'Efllat » fut aussi décapité, t — De La Beiaîère , Journal kUtoriqw du $iégt iU Mv(u> (i)Ilnd.
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cette place ^ qui lui en apporta les clefs. Il y coucha 4629. et séjourna le 6. Le même jour, il détacha Bassompierre et Montmorency pour aller reconnaître St- Ambroix , où le duc de Rohan s'était jeté avec le régiment de Faulgères. Le roi était résolu à €n faire le siège; mais il n'eut pas cet embarras , car la ville se rendit à la sollicitation même de Beauvoir, que Rohan y avait établi gouverneur. Louis XIII y fit son entrée le 7, et accorda aux habitants le pardon qu'ils sollicitèrent de sa clémence. La ville des Vans suivit l'exemple de St-Ambroix.
Le même jour , les calvinistes de Nismes firent une sortie contre les troupes du maréchal d'Ëstrées et du duc de La TremoïUe, qui ravageaient les envi* rons de cette ville ; mais ils furent vigoureusement repoussés et perdirent plus de six cents hommes, non compris les blessés et les prisonniers (1). Le duc de Rohan prétend néanmoins, dans ses mémoires, que cette affaire ne lui coûta pas plus de quarante hommes; il ajoute que précédemment, dans une autre occasion, les religionnaires de Nismes avaient tué ou blessé quinze cents catholiques. L'Histoire 4e Languedoc ni le Mercure français ne disent pas un mot de ce dernier &it.
kjpvH avcHr reçu la soumission de St-AuAroix, le roi alla coucher à St-Victor, et le lendemain 8, il campa près du château de Salindre , qui apparte* nait au baron d'Alais , situé à une demi-lieue de la ville de ce nom.
Le fils de ce seigneur , jeune homme de vingt ans,
(I) ïïUt9ife gMriUt ie Languedoc , tom. $ , page 571 .
4629. avait embrassé le calvinisme, à Tinstigation du dac de Rohan, qui lui donna le gouvernement d'Àlais. Sa mère, bonne catholique , se rendit auprès de lui aux approches du roi, pour l'engager à rentrer sous son obéissance ; il promit de se soumettre aussitôt que le duc aurait quitté Ânduze , où il se trouvait dans ce moment. Informé de la promesse qu'il avait feite à sa mère^ Rohan accourut à Alais, le même jour, chassa tous les catholiques qui restaient dans cette ville, et ayant augmenté sa garnison de deux mille cinq cents hommes, remplaça, par Hirabel, le jeune baron , qu'il emmena prisonnier.
Les catholiques que le duc de Rohan venait d'expulser d'Àlais, se joignirent à Montmorency, qui se mit aussitôt en devoir d'assiéger cette ville. Il commença par attaquer un petit fort, qui fut bientôt emporté. Le 16 juin, les habitants, voyant que le roi faisait dresser des batteries et que tout était disposé pour pousser les choses à la dernière extrémité, demandèrent k capituler. La garnison obtint sa sor-« lie de la place avec armes et bagages , mais la mèche éteinte et les drapeaux ployés^ et se retira à Ànduzo. Le roi entra dans Àlais le lendemain de la capitulation; il fit grâce aux habitants , et après avoir passé quelques jours parmi eux, il y laissa Ânnibal avec son régiment , et l'ordre de détruire toutes les fortifications.
La prise d'Alais jeta le découragement dans le parti calviniste. Le cardinal de Richelieu eut soin de l'exploiter : il envoya partout des émissaires qui parvinrent à augmenter les défiances que le duc de Rohan inspirait h son parti, et bientôt chaque ville
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protestante parla de soumission. Leduc, rédtiîl à 1629. demander la paix, ne voulut pas attendre que les consuls prissent l'initiative : il oflFrit au roi de traiter pour toutes les églises réformées. Le roi ayant aecueilli cette proposition , Rohan fit transférer ^ Ànduze, avec l'agrément de ce prince, l'assemblée générale qui se tenait à Nismes. Les députés firent d'abord quelques difficultés, qui furent bientôt aplanies, et la paix fut enfin conclue à Aix^ te 27 juin. Dans ce traité, le roi déclara « avoir reçu en grâce les ducs de Rohan et de Soubise, ainsi que les habitants du Haut et du Bas-Languedoc, du Haut et du Bas-Vivarais, de laGuienne, et tous les adhérents du duc de Rohan , lesquels devaient déposer les armes, lui prêter serment de fidélité, raser les fortifications de leurs villes et se comporter en bons et loyaux sujets. »
Le duc de Rohan obtint, en outre, par un arîîcle secret, une somme de cent mille écuS , dont la plus grande partie fut employée au paiement des gens de guerre de son parti (1 ).
Les provinces méridionales jouirent quelque temps de la tranquillité; mais un fléau plus terrible que la guerre , la peste , qui avait commencé à se manifester à Carcassonne dès le commencement de
(I) « Le âvLC de Rohan , qui y durant tout le cours de celle guerre , donna des preuves signalées de sa valeur et de sa capacité dans Tart militaire ] qui fut un det plus grands capitaines de son siècle et qui mériterait les plus grands éloges , soit par ses talents , soit par ses vertus , si les préjugés de sa religion et peut-être aussi des motifs d'ambition y ne l'avaient engagé k porter les armes contre son roi ; ce duc , disonsHQous , quitta pour toujours la province et eut la permission de se retirer à Venise. Il rendit ensuite des services importants au roi et k Pétat jusqu'à sa mort, arrivée en 1638. s (Uistoire générale de Languedoc , tome 5, page 573. )
4620. 1629, gagna la ville de Montpellier vers la JBn du mois de juillet de la même année et y tua plus de deux mille personnes. Montauban, Toulouse, une grande partie des Cévennes et du Yivarais en furent en même temps affligés. Elle enleva à Carcassonne mille sept cent soixante-dix habitants; àMontauban, du mois de septembre 1629 au mois d'avril suivant, cinq mille cinq cents; à Toulouse, plus de cinquante mille ! La plupart des mallïeureux privadois proscrits depuis la destruction de leur ville y furent atteints et périrent aussi delà contagion. Ceux qui étaient restés dans le pays, erraient dans les montagnes voisines, ou pleuraient sur les ruines de leurs habitations , tandis que le vicomte de Lestrange se faisait adjuger, par les tribunaux, jusqu^à l'emplacement qu'elles avaient occupé , afin de s'indemniser de la perte de son château. Livrés à la plus dffreuse misère, ils ne savaient à quoi se résoudre , lorsque Gaston d^Orléans, frère de Louis XIII , levant l'étendard de la révolte, leur fournit l'occasion de se venger de l'inhumanité de leur seigneur.