‹ Histoire des guerres civiles du VivaraisChapitre 7 sur 20 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Révolte de Gaston d'Orléans , frère du roi. — Les ducs de Guise et de Montmorency et l'évêque d'Alby se jettent dans son parti.

— Les états se prononcent en sa faveur» — - Arrestation de L'archevêque de Narbonne, de Miron d'Hémeri et de Verderonne, par ordre de Montmorency. — H lève des troupes. — Refus des nismois de participer à la révolte. — De Lestrange entre dans la conspiration. — Le maréchal de La Force envoie des troupes contre lui. — Il est attaqué et pris dans le fort de Tournonlès-Privas par les soldats du roi et ses anciens vassaux. — Condamné à la peine de mort, il est décapité au Pont-Sl" Esprit avec le fils du comte d'Antraigues. — Combat de Cas* telnaudary entre les maréchaux de Montmorency et de Schomberg. — Héroïsme de Montmorency. — Il est fait prisonnier, après avoir reçu dix-sept blessures. — Le roi revient en Languedoc. — Condamnation et supplice de Montmorency. — Situation de Privas. — On y tolère quelques constructions. — Sédition d'Aubents. — Troubles à Joyeuse et à Largentière. — Pillage de plusieurs maisons dans ces deux villes. — Mort de Rochier de La Sablière. — Mêmes désordres k Valgorge, à Ailhon et à La Chapelle. — Roure est mis k la tête des révoltés.

— Il marche avec eux sur Aubenas. — Pillage de quelques maisons par les gens de Roure. — Ils sont attaqués par les aube* nassois, qui leur font quatre prisonniers. — Menaces des révol* tés , qui réclament les prisonniers. — Intervention du marquis de Castries. — Toutes les communes des environs d'Aubenas accourent an son du tocsin. — Plus de six mille hommes se réunissent dans la plaine d'Aubenas. — - Roure est proclamé

général des insurges. — Ils se portent sur Villeneuve de-Berg. — Le grand prévôt, effrayé, s'enfuit au Bourg-St-Andéol. — Roure désarme, d'après les sollicitations du comte de Vogué. —^ Nouvelle rupture. — Les pots de terre veulent casser les pofs de fer. — Refus des ville» de Nismes, de Montpellier et d'Uzés de fournir des milices contre le révoltés. — Le marquis de Castries envoie contre eux deux cents hommes sous la conduite de JayoL -^ Les séditieux sont expulsés d'Aubeoas. — Roure détruit les écluses des moulins et se rend maître de cette ville. — Assassinat de Lassagne , de d'Aubignas et d'Almeras. — Roure organise son armée , forte de neuf mille hommes. — Pillage et incendie de plusieurs habitations d'Aubena Actes de cruiiuté de la part des gens de Ro -*- Députatiotts auprès de la princesse d' de Brancas. ^— Supplique des révoltés au i partis^ — Assassinat du jeune de Latou Roure se rend à Aps, pour s'entendre ave -* On l'amuse en attendant qu'on puisse l'écraser avec son parti. — Ses défiances. — U exige que le comte de Vogué prenne le coinmandement de son armée. — Massacre de l'escorte du comte de Vogué à Yilleneuve-de-Ber^. -r Arrivée de L'armée royalje. — Déroute des troupes de Roure. — EJxcès des vainqueurs. — Arrêts contre Roure , sa famille et la plupart de^ 808 adhérents. — Arrestation et supplice de Roure.

4652. Depuis loDg-lerops Marie de Médicîs, mère du roi , et le prince Gaston , duc d'Orléans et frèi'e de 6e monarque, qui avaient fortement à se plaindre de Richelieu, cherchaient les moyens de le faire exclure du ministère; mais le roué cardinal, instruit de leurs menées, parvii>t à. les déjouer et à se maintenir en faveur auprès de Louis XIII. Irrités da teur défaite, la reine-mère et Monsieur se rendirent dans les Pays-Bas , chez l'infante Isabelle, qui en avait le gouvernement. Cette princesse les accueillit

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très-bien. Bientôt, le duc d'Orléans, aidé du duo 4658, de Gwse, gouverneur de la Provence, et ennemi de Rîcheiieu, parvint à se créer un parti daps le Languedoc, et ^ y attirer le du^de MonUnorency qui avait divers sujets de mécontentement contre le premier ministre. D'Hémeri, agent de ce dernier, eut vent du complot; il se hâta d'en informer son patron par un courrier qu'il lui dépêcha. Le carcUnal, à cette nouvelle, envoya au marquis Des Fossez, gouverneur de la ville et de la citadelle de Mont^ pellier, et à d'Hémeri lui-même, l'ordre de se saisir de la personne de Montmorency. Ils crurent pouvoir l'exécuter pendant un voyage qu'il devait faire de Pézenas à Montpellier; mais, averti secrètement de leur projet, au moment oii il était en route pour celte dernière ville , le duc retourna sur-le-champ à Pézenas; il était si bien escorté que Des Fossez et d^Hémeri n'osèrent rien entreprendre contre lui* Dès ce moment, Montmorency, de concert avec Delbène , évêque d'Alby , créature de la reine-mère, mit tout en usage pour gagner les états de Languedoc au parti de Gaston. Il fit un voyage en Vivarais afin de s'assurer des places de la rive droite dà Rhône (1). Dans ces entrefaites il sut que d'Hémeri

' (I) « ... Sous préleite d'une partie de chasse , il rassembla dans la forôt da Bousquet , entre Vogué et Aubenas, tous les seigneurs qu'il croyait lui être le plu* défou<!s* Là, il leur exposa, avec Teloquence naturelle qui le caractérisait ^ le projet qu'il avait conçu de chasser un ministre indigne de la confiance du roi , tîolateur des privilèges des provinces [ Richelieu venait de demander aux états de Lanmedoc l'abandon de leur vieille juridiction financière), persécuteur de la noblesse et tyran de la nation tout entière. — « En est-il un seul parmi. vous^, s'écria-t-il., qui refuserait de s'associer k cette généreuse entreprise? •. Puis il tira de sa cas«* qjuette une espèce de manifeste qu'il leur montra signé déjk par quelques. évéques et par quelques seigneurs du Languedoc ; il leur proposa dé mettre leurs noms à la

4632. venait d'expédier un courrier à la cour; ne doutant pas que ses dépêches ne le concernassent , le duc fit arrêter ce courrier, ouvrit les lettres dont il était porteur et put se convaincre, en eflFet, que d'Hémeri découvrait au cardinal tous les fils de l'intrigue.

De retour à Pézeims, il apprit que Gaston était rentré en France avec des trompes qu'il avait rassemblées dans les Pays-Bas, et qu'il se dirigeait vers le Languedoc. Dans la matinée du 22 juillet, il se rendit aux états et les engagea à se prononcer en faveur de ce prince. Puissamment secondé par

suite doceaz de cet courageux défenteiirt à» libertés et des privilèges de tous les français. Alors , le vieux comte de Vogué , qui Tenait de recevoir le maréchal dans son cbàteauy et qui était son atné non moins que son hôte , se lève gravement et demande ë parler; chacun écoute le vieillard dans le silence du respect et de Finquiétude : « En toute autre occasion , monseigneur, dit-il an duc de Montmorency, je sacrifierais avec empressement pour vous mes biens et mt vie ; mais vous demande! de vous suivre dans une entreprise que je crois opposée à mon devoir... comme à vos propres^intérèts, monsieur le maréchal ; permettes-moi donc de vous refaser, dans ce but /le secours de mon bras. Plaise k Dieu que vous ne compromettiei pas par votre témérité , votre honneur, votre existence , la fortune de votre famille 1 t Montmorency allait répondre , quand le vicomte de Lestrange se lera impétueusement : « Arrière , s'écria-t-il , les vains scrupules et les timides hésitations ! N*tttendons pas dans nos demeures les sbires et les bourreaux! Richelieu veut nous 61er les privilèges achetés de notre sang et de celui de nos pères , nous mettre k la taille, nous faire condamner, comme le peuple, perdes juges de second ordre, nous traiter enfin comme des serfs et des vilains ; et si nous résistons , nous devenons suspects de lèse-majesté ! Il faut , répète-t-il souvent , que ces tèles altièjres se courbent ou qu'elles tombent. Mort non Dieu I Elles ne se courberont pas ; elles se relèveront plus fières que jamais quand nous aurons vengé nos droits avec Tépée et fait rentrer cet insolent abbé dans la poussière d'où il est sorti, s Presque tous les assistants applaudirent à ces paroles et jurèrent de suivre leur bien-aimé gouverneur partout où il roudrail les conduire. Le comte de Vogué, triste et morne, s'approcha du maréchal , lui fit ses adieux en lui serrant la main silencieusement •t voulut en vain lui cacher une larme qui tomba sur sa moustache blanche ; puis n se relira accompagné de deux ou trois gentilshommes ; les autres signèrent le manifeste du duc de Montmorency, qui partit le soir même pour Montpellier, s Albert Duboys , Album du fivarais , pages 4 65 et 4 66.

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rèvêque d'Àlby, qui faisait partie de rassembl^^ 4652. il parvint à entraîner tous ses membres à l'exception de Claude de Rebé , archevêque de Narbonne^ qui protesta hautement contre un «cte qu'il regardait Comme un crime de lèse-majesté.

A l'issue de cette réunion ^ le duc, sachant corn-* bien l'archevêque exerçait d'influence sur les esprits, et craignant qu'il ne fit casser la délibération qui venait d'être prise en faveur du duc d'Orléans, ordonna son arrestation, et le fit retenir par ses gardes dans une chambre de [son palais. Miron et d'Hémeri, commissaires du roi, et Verderonne, député avec le premier pour la vérification des dettes du pays, éprouvèrent le même sort. Il fit ensuite fermer les portes de Pézenas et y établit des postes^ afin d'empêcher les députés des états de quitter cette ville.

Le lendemain , il les rassembla sous la présidence d'Alphonse Delbène , doyen d'âge des évoques, qui leur fit prendre la délibération suivante :

c( Les états, pour abolir la mémoire des rigoureuses conditions sous lesquelles on leur a proposé la suppression des élus que la justice et la bonté du roi leur avait accordée, et cacher à la postérité les voies et moyens dont s'est servi le sieur d'Hémeri pour éluder cette grâce , les ayant amusés dix mois entiers en de continuelles contestations et conférences sur des propositions dont il croyait la solution impossible, pour jeter la province dans la nécessité de souffrir volontairement cette insupportable servitude des élus; afin que la connaissance du menu de' ce mauvais procédé ne donne des

4652. lumières à ceux qui voudraient à Tavetiir former de ç^mblables desseins, ont délibéré qu'il ne sera rieii jnis sur le verbal, ni écrit sur le registre; et, à cet eJOTet, s'étanl fait représenter tous les actes et minutes par leurs secrétaires, ils les ont fait roinpre et biffer en pleine assemblée. »

Le duc de Montmorency ayant reçu , au nôtn du roi, selon l'usage, Voctroi de cette délibération, rendit la liberté à Tarchevèque de Narboûne , ainsi qu'à Miron , Verderonne et d'Hémeri , et fit rôayrir les portes de Pézenas. Bientôt après, il leva des troupes et mit sur pied lès régiments de Languedoc, de Rieux, Roure, Sorgues, St-Remèze^ Perrault, Naves, Valons, Spondeillan, Pontés, St-Pol et Sueilles. Il renvoya ensuite danslenrs diocèses, Alphonse Delbène, Jean de la Panze, Paiil- Antoine de Perrault, Pierre de Fleyre et Claude de St-Boimet, c'est-à-dire, à Alby, à Lodèvé, à Uzès , à St-Pons et à Nismes, avec mission de disposer ces villes à embrasser la cause du duc d'Orléans. Tous réussirent, excepté l'évêque de Nismes,^^qui ne put ébranler la fidélité des habitants, quoique la plupart appartinssent au culte protestant. Loin de là^ le^ nismois prièrent le maréchal de La Force , que le roi avait envoyé pour suivre lés mouvements de Gaston, et qui était arrivé au Pont-St-Ésprit, le 24 juillet de leur expédier des troupes pour les mettre à r8i)ri des entreprises du duc de Montmorency. La Force fit partir deux jours après pour Nismes le baron d'AiÂays , avec sa compagnie de chevaulégers.

Revenons au vicomte de Lestrange. Ebloui par

Téclat d'un si grand nom et plus encore peut-être 4032. par l'ambition y il s'était jeté en toute hâle dans lô parti du duc de Montmorency. Il leva un régiment et se tint prêt à se porter sur tel point que le duc pourrait lui indiquer.

Le maréchal de La Force , instruit de ses dispo* sitions^ envoya contre lui, le 6 août, le chevalier d'Alincourt, avec son régiment, et La Roque-Mas^ sebault, avec quatre compagnies de cavalerie. Ces troupes prirent position aux environs de Privas. Harion, aide-de-camp du maréchal, entra dans la ville, que le vicomte venait d'abandonner pour se réfugier dans le fort du Petit-Toumon ; il rappela les bannis , dispersés dans les lieux circonvoisins. Parvenu à les réunir, il ne lui fut pas difficile de réchauffer le ressentiment qu'ils nourrissaient contre leur ancien seigneur. Il leur procura des armes, des munitions et les enrégimenta. Le 1 9 , l'assaut du fort Toumon fut ordonné. Les privadois, qui avaient voulu marcher en tète des troupes royales , eurent à supporter les premiers feux de l'ennemi; mais ils déployèrent tant de courage , de résolution et de dévouement, qu'ils enlevèrent le fort presque sans le concours des soldats qu'ils précédaient. Le vicomte de Lestrange, après avoir opposé une vigoureuse résistance, dans laquelle il perdit deux ou trois cents hommes , fut fait prisonnier par ses propres vassaux qu'il avait si souvent humiliés. Trainé sur la place publique de Privas , au milieu des vociférations et des injures les plus grossières, il fut dépouillé de ses vêtements et fouetté de veines. Conduit ensuite à Pont-St-Ësprit , et livré à Ma*

1632. chault, intendant de la province, celui-ci lui fit trancher la tèle sans autre forme de procès , malgré les instances du maréchal de La Force, qui lui avait promis la vie. Richelieu avait parlé.

Lachamp, fils du comte d'înlraigues , qui avait été pris également au fort de Toumon , partagea le supplice du vicomte. La belle Paule de Chambaud , ou plutôt la vicomtesse de Lestrange , mourut peu de temps après , par suite des chagrins que lui causa la perte de son époux.

Cependant l'armée de Gaston avait faitsa jouctioa avec celle de Montmorency , aux environs de Castelnaudary; bientôt elles se trouvèrent en présence de Schomberg , qui était accouru avec des forces pour les empêcher de s'empaï*er de cette place. Le combat s'engagea; Montmorency, monté sur un cheval gris-pommelé, tout couvert de plumes rouges, bleues et Isabelle, se mit à la tête d'un escadron de cent maîtres, composé de sa compagnie de gens d'armes, de celle de Yentadour et de plusieurs volontaires -, il s'avança pour aborder l'armée royaliste. Arrivé à trente pas d'elle , il essuya une décharge de mousqueterie qui lui tua une douzaine d'hommes et en mit un grand nombre d'autres hors de combat; le reste! prit la fuite. Atteint lui-même d^un coup de feu dans la gorge, il devient furieux: il franchit le fossé qui le sépare de ses ennemis, et^ suivi /seulement du comte de Rieux , des chevaliers de Villeneuve, de Breuil, de Rare et de son écuyer, il fond impétueusement suf les troupes de Schomberg, renverse tout ce qui se présente et pénètre jusqu'au sepl^ne rang, aumiUeû d'une grêle de

balles. Yainemefit Claade de Gadagoe , sieur de i6$2 Beauregard, elle baron Des Laurières, capitaines de chevau-légers , s'efforcent de l'arrêter; il décharge un de ses pistolets sur Gadagne; mais la cuirasse ayant résisté , la balle glisse dans le bras gauche de ce dernier et le brise. Beauregard riposte avec une arme semblable : le coup atteint Montmorency à la joue , près de l'oreille , et lui casse plusieurs dents. Néanmoins celui-ci étreint vivement le baron Des Laurières, le terrasse, et porte un vigoureux coup d'épée sur la tête de Bourdet, fils de ce dernier, qui le fait chanceler. Mais le cheval de Montmorency, criblé de blessures, se cabre, l'entraîne et va s'abattre sur lui à trente pas de Laurières et de son fils. Ne pouvant fai»e aucun mouvement, et affai^ bli par la perte de son sang , qui ruisselle de toutes les parties de son corps , le duc fait entendre ce cri : Montmorency! Deux sergents des gardes-françaises, Ste-Marie et Boutillon , s'approchent de lui ; il les prie, d'une voix presque éteinte, de ne pas l'abandonner , et tirant une bague de son doigt , il la, remet au premier, en le priant de la porter à la duchessid son épouse. St-Preuil, capitaine aux gardes-fran* Caises, étant survenu. Montmorency s'écrie d'qne voix douloureuse en le voyant : « Ah ! St-Preuil ! — Courage! mon maître, répond celui-ci, vivement affecté; courage ! ce n'est rien. » À ces mots , il se retire, en le recommandant aux soins de Ste-Marie, qui , assisté de Boutillon et de trois ou quatre soir dats, le dégage de dessous son cheval, lui enlève % sa cuirasse, son bourlet et son collet de buffle, percé de plusieurs balles. Ste-4\larie l'ayant ensuite chargé

1632. sur ses épaules,, le transporta, avec l'aide de deux soldats, dans une métairie peu distante de Castelnaudary.

Là, Montmorency fut pansé par le chirurgien de la compagnie des chevau-légers du roi, qui reconnut dix-sept blessures sur son corps. On l'amena à Castelnaudary , à travers une foule immense qui fondait en larmes et que lés gardes ne purent écarter qu'en mettant Tépée à la main.

Dans cette affaire, qui ne dura guère qu'une demi-heure, Tavant-garde de l'armée de Gaston fut seule engagée. Ce prince y perdit le comte de Moret, son frère naturel, le comte et le chevalier de La Feuillade, le chevalier de Là Ferté, quatre capitaines du régiment de Lftnguedoc, et plusieurs autres officiers et seigneurs de son parti. Douailli , capitaine de ses gardes , le vicomte de Pujol , La Roche-d'Âgou, le comte de Brueil, le baron de La Ghèze , Laurel , Devaux et autres funeût blessés plus ou moins grièvement.

Le roi, étant revenu dans le Languedoc, reçut de nouveau la soumission des villes qui avaient pris parti pour son frère, et nomma le maréchal de Schomberg gouverneur de cette province (<). Quant au duc de Montmorency, il fut traduit devant le parlement de Toulouse et condamné à être déca^ pité. Vainement la princesse de Condé, sa sœur, le comte de Ghàtillon et les plus grands person^ nages de T^que sollicitèrent sa grâce. Le roi se (ttt sans doute rendu à leurs supplications; naais

(4) Ce BMrécbal «tent «ort ^^apopUiie \ Bord«aufi U 4T iMV^nbre mit tftl ^ 800 fib y le duc d'Halwiii; lui sucera dans cette charge au mois de juillet 4633.

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Richelieu haïssait le duc de Montmorency, et ^633. Louis XIII était trop esclave de son premier ministre pour prendre une résolution contraire à sa volonté. Le duc dut être sacrifié à la vengeance du cardinal. L'arrêt portait que Texéculion aurait lieu sur la place du Salin ; mais Richelieu , qui craignait avec raisoii qu'elle n'excitât une émeute dans Toulouse , obtint du roi qu'elle se fit dans la cour de l'hôtel-de-ville.

Le 30 octobre, vers les deux heures aprè^-midi, le duc de Montmorency, ayant reçu les secours de la religion , fut conduit à l'endroit désigné pour ison supplice, accompagné du père Amottx, jésuite. Il monta sur l'échafaud d'un pas assuré, mit la tête sur le billot et prononça ces mots : Domine Jesu^! ac-^ dpe^pirituni meum. Alors le bourreau, d'un deiil coup, sépara la tête du tronc. L'exécution eut lieu enpré- ^nce diigrârtd prévôt et de ses gardes , des capitouls ^ des grands ofiteiers de la ville , qui avaient reçu l'ordre d'y assister. Tous pleuraient. Le sang du supplicié rejaillit contre les murs de l'hôtel-de-ville, qui en conservèrent long-temps l'empreinte. ' ce Ainsi , disent lés auteurs de VHisioite de Languedoc^ mourut, plus malheureux que coupable, dans la trente-huitième année de son âge , Henri duc de Montmorency et de Damvillé, pair, maréchal et autrefois amiral de France , comte de Dompmartin et d'Oflfëmoril, chevalier des ordres du roi et gouverneur de Languedoc, aussi distingué par sa politesse, son affabilité , sa magnificence , sa générosité, sa valeur et plusieurs autres qualités du corps et de l'esprit, que par sa naissance; en sorte qu'il s'était

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4652. également attiré et l'ami tié des grands et Tamour des peuples et des gens de guerre. Il eût été à souhaiter que sa bravoure eût été moins impétueuse , plus prudente et plus réfléchie. On lui reproche aussi de s'être trop abandonné à son penchant pour la galanterie. On remarque qu^il fut exécuté devant la statue de Henri IV j son parrain , qui était eu partie redevable du trône de France au feu connétable de Montmorency , son père , et qu'ayant jeté les yeux sur cette statue , qui est exposée sur la porte intérieure de Thôtel-de-ville de Toulouse, il s'attendrit, en réfléchissant sur la mort que le fils de ce prince lui faisait subir. »

Henri de Montmorency avait épousé, en 1612, Marie-Félicité des Ursins, dont il n'eut point d'enfants , et qui ne cessa de le pleurer. Ajoutons que Louis XIII, au lit de mort, déclara au prince de Condé qu'il avait toujours eu regret de n'avoir pas pardonné au duc de Montmorency , et donna même k comprendre que Richelieu avait été la principale cause de sa perle.

Le supplice du duc de Montmorency fit rentrer dans l'ordre toutes les villes qui s'étaient prononcées pour le parti de Gaston ^ lequel n'hésita pas à acheter son pardon par des lâchetés ; il abandonna , dans ce but^ tous ses amis à la colère de Richelieu.

La tranquillité étant rétablie dans tout le Langue* doc, les privadois, à la faveur du service qu'ils, avaient rendu à la cause du roi en combattant contre leur ancien seigneur , purent rentrer peu à peu dans les ruines de leur ville; mais leur misère était si profonde qu'il leur fut impossible d'acquitter leurs

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impôts. Miron, intendant de iâ province, consulté 4<>52« par le conseil sur la décharge que le receveur du Vivarais avait sollicitée en leur faveur, émit une opinion qyi peut se résumer ainsi :

« Attendu qu'il est constant que la ville de Privas a été pillée et brûlée en 1629; que tous les fruits sont perdus; que la plupart de ses habitants ont été tués ou suppliciés; que le sieur de Lestrange, qui commandait dans le fort de Tournon-lès-Privas , n'a jamais voulu permettre qu'aucun d'eux demeurât dans cette ville ; que la peste a emporté le reste des habitants, sauf ceux qui ont courageusement exposé leur vie pour le service du roi dans la révolte du vicomte de Lestrange , il y a lieu de rétablir ceux-ci dans leurs propriétés, nonobstant la déclaration de 1629.»

. D'après cet avis, la cour ferma les yeux sur les dispositions de cette déclaration , et quelques maisons purent être rebâties de loin en loin (1).

A force de travail et d'émulation, les privadoi^ parvinrent, avec le temps, à payer les impôts de leurs champs et une somme de soixante mille francs au marquis de Châteauneuf, leur seigneur, priît auquel avait été évalué le château de Lestrange, dont il était héritier.

({) « En 1644 lo présidial de Valence y dit M. de Lt Boîssière dans un sapplément aux Commentaires d* soldat du Vivarais , fut commis pour aller tenir lea •Mises à Privas. L'intendant Du Bosquet ordonna aux habitants de fournir à ces ma* gistrats des logements convenables, et cet ordre était une dérogation à la loi. Les habitations s'^ construisirent cependant avec assez de lenteur pour que le ministre Accaurat fût obligé , en 1 652 , d'exercer son culte dans une écurie appartenant k Liotard et Grespin. Cette démarche prématurée déplut au.dcrgé et fut improuTé* par le roi ^ qui permit néanmoins aux habitants de Privas de faire leurs prêches aux lieux accoutumés de Gollière et de Gratenat. Cette improbation contenait uni faveur, et chaque jour en voyait éclore une nounlle. i

4670. Plusieurs années s'écoulèrent sans que le Vivaraîs fàt sérieusement troublé. Les habitants de cette contrée, livrés à leurs travaux, pendant que la France était en guerre avec rAllemagne, l'Italie et l'Espagne , commençaient à oublier les maux qu'ils avaient soufferts et à réparer les pertes occasionnées par les troubles civils, lorsqu'une sédition, qui éclata à Aubenas , faillit causer un embrasement général. La France, depuis le traité des Pyrénées, conclu par le cardinal de Mazarin au nom de Louis XIV , jouissait d'une certaine tranquillité, mais elle n'était point heureuse, car on l'écrasait d'impôts qu'il lui était presqu'impossible de payer. Le peuple du Bas-Vivarais, outre la part des charges communes, avait à supporter l'oppression de ses seigneurs, les concussions des hommes d'affaires et les vàxations des agents du fisc. Chaque jour on parlait de nouveaux édits, soit réels, soit fictifs, qui devaient le plonger dans la dernière misère. Pour comble de malheur, un hiver des plus rigoureux venait de détruire tous les oliviers, depuis Montpellier jusqu'à Âubenas , et le printemps de 1 670, ne s'annonçait que par des orages qui achevaient d'abîmer les propriétés rurales. La crainte de mourir de faim exaspérait les paysans , qui passèrent bientôt des murmures aux menaces contre leurs oppresseurs. Au milieu de ces circonstances, quelque malintentionné fit courir le bruit qu'il allait paraître un édit portant qu'on serait tenu de payer au fisc dix livres pour la naissance d'un enfant mâle, cinq livres pour celle d'une fille , trois livres pour chaque habit neuf, cinq sous pour chaque chapeau, trois sous pour une

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paire de souliers , cinq sous pour une chemise, et 4670, ua sou pour chaque journée des traTaiUeurs de terre (!)•

Ce bruit, dont la moindre réflexi(Hi aurait dû démontrer Tabsurdité, fut accueilli par la crédulité des habitants d'Aubenas. Dans ces entrefoites (le 30i avril), arrive un individu de Béziers, nommé Bar-, théiemy Casse, commis des fermes du droit de, deux écus pour chaque cheval de louage. Il annonce,» par des affiches , que les personnes qui voudront entrer dans la ferme de ce droit et de celui de huit livres de chaque cabarelier, soit dans Aubenas, soit dans tout autre lieuduVivarais, peuvent s'adresser au receveur des tailles du diocèse, qui en passera le contrat à Tenchère.

On eut à peine connaissance de ces affiches, qu'une foule de femmes, assistées de quelques ouvriers, coururent assaillir Casse dans son logement. Les portes en étant fermées, on voulut les enfoncer. Casse sauta par une fenêtre et s'enfuit vers la porte de Belvèse au milieu d'une grêle de pierres. Poursuivi par ces furieux, il se réfugia dans une tuilerie où il eût été sans doute massacré sans le secours de quelques officiers que le prince d'Harcourt, gouverneur d' Aubenas, envoya pour rétablir l'ordre, Bancatte, de la paroisse deMercuer, désigné comme un des principaux auteurs de l'émeute, fut arrêté et conduit en prison.

Le lendemain les mêmes individus se rendirent tambour battant à la conciergerie , où Bancalte était

{{) Vtleloo ^ Relation de la révolte de Boure , où nom wom puitélet princir* paux documcnls de celle partie de noire histoire.

4670. détenu , en brisèrent les portes et l'arrachèrent de sa prison. Les bourgeois d'Àubenas les ayant entendus manifester l'intention de jeter Casse dans l'Ardèche, se transportèrent en toute hâte à la maison où il était caché et le conduisirent au château , où il se trouva dès-lors à l'abri de tout danger. Ils essayèrent ensuite de calmer Teffi^rvescence , qui allait toujours croissant; mais ce fut en vain : les mutins ne répondirent à leurs exhortations que par des vociférations et des huées.

De semblables attroupements se formèrent à Joyeuse , à Largentière et dans d'autres localités , et partout on criait : Haro sur les élus (1) ! Mort aux sangsues du peuple !

Le 1 2 mai , trois ou quatre mille paysans , armés de toutes sortes d'instmments meurtriers , pénétrèrent dans Joyeuse et dévalisèrent les marchands. Le 14, huit à neuf cents séditieux, la plupart de Joyeuse , ayant un des consuls de cette ville à leur tête, se livrèrent aux mêmes excès à Largentière. Ils pillèrent la maison du prévôt Tranchât, et menaçaient celle du juge Prat, lorsque les habitants coururent aux armes. Plusieurs coups de fusil furent tirés de part et d'autre. Rochier de La Sablière reçut une balle dans la tête qui Tétendit raide-mort. Pellet, Latronchière et le seigneur de Chazeaux furent grièvement blessés. Enfin, grâces à quelques secoui's arrivés du voisinage, on parvint à chasser ces misérables, qui se retirèrent après avoir saccagé

(U Ils donnaient ce nom k tons les paiiiculiers qui remplissaient des fonctions j^bliqnes ou qui portaient des titres de noblesse', et même à ceoi qui aTaieiitqneW que Corinne.

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plosiears maisons et menacé les habitants de rêve- 4670. nir bientôt en plus grand nombre.

Dans le même temps, les paysans des environs de Yalgorge saccagaient les habitations de Peyret, de Loabaresse et de Chabert, de Vinezac; ceux d'Ailhon et de La Chapelle pillaient les notaires Labeaume et Pierre Lissignol, et offraient à Jacques ^ Roure, de ce dernier lieu, de se mettre à leur tète pour aller à la chasse des élus. Il parait que ce Roure ne se souciait guère de l'Aonnewr qu'on voulait lui faire, et qu'il ne se détermina à ^accepter qu'à force de menaces et après avoir reçu un soufflet de la.main d'un de ses voisins, appelé Larose. Quoi qu'il en soit, le même jour, 1 4, Roure, proclamé chef des révoltés, marcha sur Âubenas avec trois cents hommes. Informés de ce mouvement, les princi- ' paux d'Àubenas , en l'absence du premier consul et des officiers du prince d'Harcourt, ordonnèrent la fermeture des portes de cette ville; mais les genâ du quartier St-Ânloine accoururent en masse et les firent rouvrir. Roure étant entré par la porte des Sœurs et ne voyant personne sous les armes, mit au pillage les maisons de Louis Maurin , agent du comte d'Harcourt, de Joachim Serrode et de Melchior Gras, premier consul. Alarmés d'un pareil désordre, les habitants engagent les deux autres consuls à se mettre en mesure d'expulser les bandits; mais les consuls, intimidés, n'osent rien entreprendre. Le Ray le de Vais, qui commande le château , est vainement aussi sollicité de tirer sur eux ; il objecte qu'il ne peut s'exposer à un siège sans avoir l'assurance d'être secouru, Alors, une

1670. trentaine de citoyens , ne consultant que leur coti^ rage, s'arment le mieux qu'ils peuvent et vont attaquer les gens de Roure à la porte des Sœurs , au moment où ils emportaient leur butin : quati*e des séditieux sont tués et la plupart des autres retenus prisonniers. On ferme aussitôt les portes des Sœurs et de Belvèse^ dont la garde est confiée aux bour^ geois.

Cependant, l'alarme est jetée dans 1^ lieux cir-

^ convoisins. Les paysans d'Ailhon , de La Chapelle y de Prades et autres villages plus ou moins rapproch&j, se lèvent et se rassemblent au son du. tocsin^ se dirigent sur Àubenas et menacent d'iucendier les maisons rurales et de détruire les récoltes, si les prisonniers ne sont rendus immédiatement à la liberté. Touzières , curé de Prades ^ et le consul de ce bourg viennent eux-mêmes menacer les aubenassois de l'invasion de dix-sept paroisses prêjtes à marcher contre eux pour délivrer leurs partisans, La crainte de voir ravager leurs fermes et d'être exposés à la fureur des mutins, détermine les boujrr geois à lâcher les prisonniers.

Cependant le marquis de C^tries , lieutenant du roi dans la province de Languedoc , avisé de ces troubles 9 s'était avancé jusqu'au Bourg- St-Ândéol avec plusieurs gentilshommes, la compagnie des gardes de Vemeuil , gouverneur de la province , et celle de Florac, prévôt général. Le 1$ mai, il rend une ordonnance portant en substance : « qu'il aurait appris qu'au préjudice des ordres du roi on fait des attroupements dans le pays du Bas-Vivarais , avec port d'armes , pillant , saccageant et brûlant

tous eeux qui ne veulent pas adhérer à leurs mau^ I67(t Yaises intentions; se servant de menaces de faire des dégâts aux blés des pauvres communautés et par ce moyen le» obligeant à les suivre ; et pour mieux les engager dans leur rébellion ^ leur feisant entendre qu'i!b ne sont en armes que pour le bien public et empêcher qu'on exige des droits qui les ruineraient, et les persuadant ^ contre la vérité, qu'il y a un édit qui ordonne de lever dix livres pour la naissance de chaque enfant mâle, cinq livres pour celle des filles , un écu de chaque habit neuf, cinq sous de chaque chapeau , trois sous de sou-r liers, un sou de chaque jçumée de paysan, cinq sous de chaque chemise neuve et deux deniers sur chaque Livre de pain y et qu'ils ont même la malice de foire des exploits et des commandements suppo*ses à des particuliers de payer lesdits droits, pour séduire plus facilement les peuples pt les faire réy volter; et d'autant que cela pourrait être d'une pernicieuse conséquence, si par lui il n'y était pourvu^ il fait défense à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient, de faire aucun attrou^ pement avec port d'armes m autrement , sans l'expresse permission du roi ou de la sienne , ni faire courre le^ feux bruits ci-dessus spécifiés, sous peine de la vie; ordonne à tous les gentilshommes, magistrats, de courre sur les personnes ainsi attroupées et d'arrêter celles qui tiendront de pareils discours; défend à toutes les communautés et particuliers de donner retraite ou fournir des vivres auxdits rebelles , à peine d'être déclarés complices de leurs crimes et perturbateurs du repos public; eiijoint à

346 GUERRES ClYILEâ

4670. tous juges, magistrats, prévôts, d'informer inces* samment des contraventions à son ordonnance et de se saisir de la personne de ceux qui voudront s'ingérer de demander et exiger lesdits droits. (1) »

Cette ordonnance fut affichée dans Àubenas. Maurin, qui avait été envoyé en députation auprès du marquis de Castries, et qui en avait rapporté des témoignages d'une grande bienveillance pour les habitants de cette ville, proposa, en plein conseil, ée voter des remerciments à ce seigneur , et de députer auprès de lui les principaux de l'endroit pour lui renouveler les assurances de fidélité au roi de Ums les bons citoyens d'Âubenas. Un tondeur de drap, nommé Christophe Fumât, repoussa cette proposition avec humeur , en disant : « Nous n'avons que faire de M. de Castries ni de lui envoyer des députations; s'il veut venir ici lui-même, qu'il vienne, personne ne s'y opposera. »

Une rumeur générale accompagna celte imprudente sortie. Les hommes sensés voyant grossir l'orage autour d'eux , établirent secrètement un conseil politique composé de six membres auxquels ils donnèrent plein-pouvoir de prendre telles mesures qu'ils jugeraient convenables dans l'intérêt com^ mun. Ce conseil députa de suite au marquis de Castries, Anne Colomb et Louis Serrode, pour lui demander une garnison de deux cents hommes^ afin de pouvoir contenir les factieux. Cette demande fut accueillie en même temps que celle que firent les consuls de Largentière pour obtenir soixante hommes dans un but semblable.

(I) Valc(on , Rela^on de la révolte de Roure»

Les atlroopements n'en continuèrent pas moins. ^4^0. Le tocsin retentit à la fois à La Chapelle , à Ailhon , 4 à Prades, à St-Etienne-de-Fonlbellon , à Vogué, aux Mages, à Mercuer, à St-Julien, à St-Privat, à Meyras, à Jaujac, à Vesseaux, à Vais; de toutes parts accoururent des gens armés , et bientôt la plaine d'Aubenas offrit plus de çix mille hommes prêts à marcher au premier signal. Roure est proclamé général de cette armée. L'ordre est donné de se porter sur Villeneuve-de-Berg pour en chasser le grand prévôt et ses gens, qui s'y étaient rendus pour juger quelques séditieux, et exterminer les élus dont on s'est procuré les noms. Cette masse s'ébranle et va camper dans la plaine de Toumon à la vue de Villeneuve. Le grand prévôt, effrayé, s'enfuit au Boui^-St-Ândéol, tandis que les habitants des faubourgs se réfugient et s'enferment dans la ville, avec la ferme résolution de la défendre.

Rôure ayant fait demander dés vivres aux habitants de Villeneuve-de-Berg , il lui fut répondu qu'on n'avait à lui envover que des balles. Cette réponse exaspéra le nouveau général, qui fitaussi>tôt avancer ses troupes. Alors le comte de Vogué l'engagea à suspendre toute hostilité jusqu'à ce qu'il eût conféré avec le marquis de Castries , dont il es»pérait obtenir le redressement des torts qu'on pouvait avoir envers les séditieux. Le comte se trans- 1 porta, en effet, au Bourg-St-Andéol, d'où il revint bientôt après avec une ordonnance du marquis de Castries portant abolition de tout ce qui s'était passé et la révocation de l'édit imaginaire qui avait servi de prétexte à l'insurrection. A la publication de

467Q. celte pièce, Tarmée de Roure déposa les armes aux cris de vive le roi! fi des éhs! Et cha^^un se retira paisiblement chez soi.

le commerce se rétablit; les paysans reprirent leurs travaux habituels, et la tranquillité la plus par^ faite succéda à l'éruption qui avait failli embraser de nouveau le pays.

Tout-à-coup le prince d'Harcourt et de Brancas, son beau-père, qui se trouvaient au Pont-Sl*Espril, annoncent aux consuls de Villeneuve*de-Berg que le roi pardonne tout, excepté les meurtres, tessacrit léges et les placards , et à condition que ses édits seront ponctuellement exécutés; qu'on doit prendre là-dessus ses mesures, afin d'éviter les rigueurs de la justice et l'indignation de Sa Majesté (1). * Les notabilités d'Aubenas redoutant l'eflFet que

pouvait produire ime pareille nouvelle, se réunirent secrètement et convinrent de satisfaire eux-mémra aux édita du roi, à l'insu du peuple. A la vérité, « il ne s'agissait, dit Yaleton, que d'une taxe de huit livres sur chaque hôte ou tavemier , et de huit sous pour le droit de quittance; en tout, pour quatre hôtelleries qu'il y avait alors à Aubenas, trente-cinq livres douze sous, plus la somme de soixante -quinze livres pour le droit d'un greffier de la maison consulaire , et autres scnxanter^uiuze livres poiu* celui de trois experts que le roi y Voulait ^iger en titre d'office. »

Le prix de ces taxes n'était exigé que pour un an et comme un gage de soumission et d'obéissance

()) RévtfUe de Boure.

des habitante envers le roi. La somme ayant été 4670. formée, fut déposée entre les mains du premier consul, qui la porta au marquis de Cestries, en l'assurant que les honnêtes gens de la ville auraient toujours à cœur de se conformer aux ordres du monarque.

Le peuple , malgré tout le mystère dont cet acte ^ ' fut entouré 9 finit par en avoir connaissance. Les es^ prits se montèrent; des récriminations on passa aux menaces les plus violentes contre les gentilshommes, les prêtres, et même contre la plupart des bourgeois. « Le temps est venu, disaient-ils , d'accomplir cette prophétie , que les pots de terre casseront ks pois de fer! Malheur au marquis de Castries, qui n'est qu^un homme sans foi et sans honneur! Malheur aux nobles et aux prêtres, qui sont nos ennemis, et surtout malheur à l'évêque de Viviers, qui en est le chef! »

Les travaux furent abandonnés de nouveau; on reprit les armes, et la sédition s'étendit comme un feu roulant dans toute la contrée. Le marquis de Castries voulut lever quelques milices dans les villes de Montpellier , de Nismes et d'Uzès ; mais tous ses efforts dans ce but furent sans résultat; nul ne voulut servir contre les gens du Vivarâis,^ qu'on regardait comme dés frères.

Une assemblée fut tenue à Mercuèr pour délibérer sur le parti qu'il convenait de prendre dains ^ d'aussi graves circonstances : plus de cinquante pa^ roisses y envoyèrent des représentants. Constant de Marconnaves et Dupuy des Chassiers furent chargés par cette assemblée de porter au roi une

1670. espèce de manifeste contenant les griefs du peuple.

i La sédition prenait un caractère de plus en plus

alarmant, et les révoltés parlaient déjà d'aller à Toulouse, au nombre de vingt mille, demander raison au parlement des édils qu'il avait enregîetrés au préjudice de la province.

Au milieu de la nuit du 24 juin, cinq gardes du marquis deCastriesse présentèrent àr une des portes du château. On les fit entrer; et le brigadter qui les commandait informa le premier consul, qui s'y ét^it réfugié avec sa famille, que deux cents hommes, français ou suisses, venaient, par ordre du marquis^ renforcer la garnison, etque déjà ils étaient arrivés au pont. Ce magistrat s'empressa d'en instruire Deschames, que la bourgeoisie avait choisi pour son commandant. Gélui-ci, qui , sur le bruit qui s'était répandu la veille de l'arrivée de ce renfort, avait supplié le marquis de Castries de n'envoyer aucune troupe, dans la crainte que sa vue n'aigrît davantage les esprits, se trouva fort embarrassé à cette nouvelle. Refuser de recevoii" ces deux cents hom-i mes , c'était se mettre en état dé rébellion envers le roi; les recevoir, c'était s'exposer à la colère de Roure et attirer sur la ville les pliis sanglant^ excès. Il fallait pourtant se décider. Le dévoir l'emporta sur la crainte. Dès la pointé du jour, les portes sont ouvertes; Jayot, de Montpellier, qui commande le détachement, montre son ordre à Làssagnè, qui en donne lecture à haute voix en présence d'une foule de citoyens. Uûe rumeur éclate. Pendant que d'Anbignac ouvre la porte de Belvèze au détachement, les factieux s'emparent de celle de St-Antoine et s'y

DU yiVÀRAis. 351

barricadent, en attendant des secours da dehors. 4670. Jayot fait alors un appel aux bons serviteurs du roi. Quelques bourgeois se joignent à lui. Il prend une soixantaine de suisses, et se met en devoir de chas* ser les mutins du poste qu'ils occupent. Mais Deschames et Rogier l'ayant devancé dans le but d'empêcher une eflFusion de sang , parviennent , à force de supplications, à les faire retirer, et tout rentre dans Tordre.

Le calme ne dura pas long-temps. Un apothicaire, nommé Achard , et Pierre Sauzet furent envoyés à la comtesse d'Harcourt, qui se trouvait au Pont-St- Esprit avec le prince son fils , pour la supplier de s'employer auprès du lieutenant-général de la province à l'effet d'obtenir le rappel de Jayot et de ses soldats. Dans l'intervalle, Roure, qui était campé à la vue d'Aubenas, avait fait couper les écluses des moulins afin de réduire cette ville à la nécessité de se rendre sans condition au bout de quelques jours. Des paysans de Mages étant venu le joindre , il prit la résolution de tenter de suite un coup de main sur la place. Ces paysans mirent des cocardes blanches à leurs chapeaux, et se présentèrent à la porte des Frères-Mineurs, aux cris de vive le roi! Trente suisses qui la gardaient, trompés par ces fausses démonstrations, laissèrent entrer qi^trevingts de ces hommes , bien armés. La supercherie: fut bientôt découverte. Christophe Chalabreysse, second consul, Lagarde , Deyrolles et Durieu, de Villeneuve-de-Derg, coururent à la porte des Frères- Mineurs , suivis des officiers de la garnison, et s'y rencontrèrent avec une foule de paysans qui se dis^

4670. posaient à suivre les premiers, entre autres Boironnet et Mathieu des Alaris, du lieu des Mages. Sommés de se retirer, ils répondirent par des invectives. Trois ou quatre coups de pistolet furent tirés sur eux : Mathieu des Àlaris tomba frappé mortellement d'une balle et Boironuet fut blessé à la cuisse d'un coup d'épée que lui porta le second consul.

Au bruit de ces détonnations , vingt- cinq ou trente paysans qui étaient à cent pas de là sur le chemin des Blaches ou de Bourneau, s'élancent vers la porte aux cris de tue! tue! Jacques Girard, qui a trouvé le moyen de s'introduire dans lé clocher, sonne le tocsin, et les suisses, pris entre deux feux , abandonnent la porte.

Quelques coups de fusil ayant été tirés des fenêtres pendant qu'ils traversaient la rue Ste-Ànne , l'un d'eux fut tué; ils usèrent de représailles sur un maréchal-ferrant , nommé André Avon , qui s'étant trouvé sur leur passage, reçut un coup de pistolet dans la tète. Ceul qui gardaient la porté St-Antoine »iivii*ent l'exemple de leurs camarades, et allèrent se réfugier avec eux dans la cour du château. * Maîtres de la ville, les séditieux en ouvrirent les

portes à Boure, qui entra par celle des Sœurs, qu'on appelle depuis la porte du malheur. Il fut suivi de phis de douze cents hommes, qui commencèrent par visiter les caves et allèrent ensuite piller la maison dé Chalàbreysse.

Cependant Desohames, qui connaissait particulièrement Boure, et qui avait entendu dire à Jayot qu'il abandonnerait volontiers le château si on lui

DU YivARÀrs. 353

permetUât de se retirer avec ses gens, proposa au ^W^ chef des révoltés de laisser sortir la garnison ; Roure y consentit : il ajouta même que, pour la garantir de toute avanie , il l'escorterait avec une partie de ses troupes. Sur cette réponse, Deschames se rendit au château avec Defons, son beau-frère, et André Charrier de St-Privat. Mais Jayot^ à qui Renôuard^ bailli de la comté de Montlaur> qui s'y était réfugié, avait conseillé de tenir bon , en l'assurant que te château était pourvu de munitions de guerre et de bouche pour plus de trois mois , repoussa fière^ ment l'offre de Roure , en disant qu'il avait soutenu des sièges avec quatre cents hommes dans dés places attaquées par plus de vingt mille , et qu'il ne céderait pas celle qu'il occupait à une poignée de rustres. Charrier fut chargé de porter cette réponse âe Roure. Deschames et Defons restèrent dans le château.

Le lendemain 26 , la maison de Montesaigne , où le sieur de I^assagne était logé , fut investie, dès six heures du matin , par quatre cents paysans qui , après en avoir brisé les portes , se mirent à la recherche de ce gentilhomme. De Lassagne, au pre^ mier bruit qu'il entendit , se réfugia sous un petit escalier; les mutins l'y ayant bientôt découvert, le forcèrent d'en sortir en lui lançant d'énormes pieiTes deâ étages supérieurs. Il demanda quartier, déclarant qu'il n'était point un élu et offrant de marcher à leur tête contre les ennemis du peuple. Les révoltés ne voulant rien entendre , de Lassagne sortit deui pistolets de ses poches , qu'il déchaîne» sur eux : au même instant il fut massacré , dépouillé

4670. de ses vêlements et traîné tout nu dans les rues jusqu'au de milieu l'église , où on l'abandonna.

D'Aubignas et Pierre d' Aimeras , son cousin , éprouvèrent le même sort. Assaillis dans leur habitation par une autre bande, ils voulurent se sauver par la toiture : d'Aubignas y fut atteint d'une balle qui retendit raide-mort; d' Aimeras, frappé presque en même temps d'un coup de mousquet à la tête, tomba également privé de la vie sur le corps de son parent. La maison fut pillée, saccagée, et les cadavres furent précipités dans la cour et complètement dépouillés.

Quoique rien ne puisse justifier de semblables crimes , il importe de dire que de Lassagne et d'Aubignas s'étaient attiré l'inimitié des gens de Roure par la violence de leurs procédés et surtout en maltraitant ceux qui avaient voulu s'opposer à l'entrée des soldats de Jayot.

I Le nombre des révoltés augmentait à Vue d'oeil.

Déjà près de neuf mille hommes étaient entrés dans Aubenas. Cette force imposante paralysait le dévoûment dés habitants les mieux intentionnés. Quelquesuns, craignant d'être compris dans le châtiment que la révolte ne pouvait manquer d'attirer sur cette malheureuse ville, se rendirent, le 27, au collège des Jésuites et formulèrent , en présence des pères Bellet, recteur, et Deydier, syndic, une déclaration dans laquelle ils exposèrent ce qui s'était passé depuis le 17 mai, là difficulté de leur position, et protestèrent de leurs bonnes intentions en même temps que de leur dévoûment à la cause du roi.

Roure ayant compris la nécessité d'organiser son

armée 9 prit pour major-général Coostaut de Mar-^4670. conaaves; pour lieutenant, Balazuc de La Chapelle, et pour secrétaire, Martin d'Antraigues. Quant aux autres officiers, chaque communauté nomma celui de sa brigade , qu'elle choisit dans son sein.

Après avoir établi des barricades et des corpsde-garde dans toutes les rues et placé des troupes au pont de l'Ëchelette et près de la tour de Ville, pour en défendre le passage, il fit attaquer le poste des Ecuries, du côté de la place d» Temple, où les suisses avaient formé quelques retranchements. Cette action coûta la vie à cinq ou six d'entre eux; ils eurent en outre un grand nombre de blessés. Les pertes de Roure furent plus considérables. Pendant qu'on était aux prises sur ce pointy un des détachements de ce dernier saccageait et pillait les principales maisons d'Aubenas, notamment celles de Puech^ lieutenant de bailli, et de Dubreton, et incendiait les granges de d'Aubignas , de Serrode et de Chalabreysse , situées près d'Aubenas.

La fureur des séditieux n'eut bientôt plus de bornes. Le père de Maurin, vieillard octogénaire, fut arraché de son habitation: on lui donna le choix de mourir par le poignard ou d'aller frapper à la porte du château. Il n'y avait pas à hésiter. Le vieillard prend ce dernier parti; mais au moment où il entrait dans la cour, il tomba frappé mortellementd'un coup de feu tiré de la maison d'un nommé Genestière. Sa mort fut suivie de l'exil de sa veuve, du pillage de la maison de son fils et de l'assassinat du domestique de ce dernier.

Un autre vieillard du même âge , Ozée Serrode >

4670. ayant été rencontré sur le chemin de Vais au Cheylard, fut ramené à Aubenas; là, on lui enjoignit d'aller se promener sur la place, sous peine d'être assommé; or, la garnison du château ayant ordre de tirer sur tous ceux qui s'approchaient de Tenceinte, fit feu sur lui^ et il fut atteint d'une balle qui hii enleva la moitié du crâne. Ainsi périrent Jean Vigier, cadissier, et Louis Massol, instituteur: l'un de la main des suisses , l'autre de celle des factieux. Enfin , Joachim Serrode , qui s'était réfugié au lieu de Moucheyres pour échapper au péril commun, y fut impitoyablement massacré. Sa veuve, privée d'asile, erra long-temps dans les bois avec cinq enfants en bas âge dénués de tout secours.

Le récit de tant d'atrocités remplit le cœur d'amertume et de dégoût. Croirait-on pourtant qu'il s'est trouvé un homme capable de les ériger en vertus, de présenter les gens de Roure comme des héros, et ce chef de révoltés comme un des plus grands capitaines des temps anciens et modernes ! (1).

Le 27 , Roure reçut un nouveau renfort de quatre cents hommes, que lui amenèrent Ghambonas, des Routières, et La Tourette, son neveu. Le lendemain, Jayot fut tué d'un coup de mousquet, dont il reçut la charge dans les reins au moment oh il visitait quelques postes. Sa mort causa une grande émotion aux suisses, qui, se voyant vivement attaqués par La Tourette , jeune homme plein de vigueur et d^audace , abandonnèrent leur poste des Ecuries et coururent s'enfermer dans le château.

(\) « Si Roure eù( reçu du temps da paganisme , Roure eût pu être un Dieu. • — Révolte de Roure , épisode des guerres intestines du VivaraiSj par A. Mariiiiais y page 27 .

bu viVARAis. 357

Ce fut dans ces entrefaites qu'Âchard revint du 4670» Pont -St- Esprit, où il s'était rendu, comme nous l'avons dit, pour réclamer l'intervention de la comtesse d'Harcourt auprès d\\ marquis de Castries. La réponse qu'il en rapporta ayant feit soupçonner qu'il s'était mal acquitté de sa mission, on envoya une nouvelle députation à la comtesse.

La situation d'Aubenas devenait de plus «n plus critique. Les troupes de Roure avaient épuisé toutes les ressources, et il était impossible de pourvoir plus long-temps à leur subsistance. Roure , cédant à la nécessité, nomma La Tourette son lieutenant pour le siège ; chargea Constant de la police , et ayant ordonné aux paroisses d'apporter des vivres à leurs brigades respectives, et à Âubenas de fourlûr du vin aux troupes qu'il laissait dans cette ville, il en sortit avec deux mille hommes pour se mettre en campagne.

Les députés envoyés à la comtesse d'Harcourt rencontrèrent à Aps le prince son fils et le comte de Brancas, beau-frère de celui-ci, qui s'étaient réunis chez le vicomte de Beaune. Ils les entretinrent de leur mission et de la déplorable position d'Aubenas , et les supplièrent d'interposer leur autorité pour empêcher sa ruine. Le comte de Brancas les chargea de se rendre auprès de Roure et de rengager à envoyer quelqu'un à Aps avec qui l'on pût prendre des arrangements. Ils se retirèrent pour aller informer Roure de celle conférence. Le chef des révoltés envoya aussitôt son ami Chambonas au château d'Aps.

Chambonas était homme de sens et plein de

^670 loyauté. Il exposa avec beaucoup de mesure et de sagacité au comte de Brancas les griefs du peuple et les raisons qui Pavaient déterminé à prendre les armes. Le comte lui représenta tout le danger qu*il ' y aurait pour Roure et ses adhérents à se maintenir plus long-temps dans un état d'hostilité envers le souverain , et surtout à continuer les meurtres et les excès dont ils s'étaient rendus coupables. Il l'engagea fortement à user de l'ascendant qu'il avait sur l'esprit de Roure pour déterminer celui-ci à mettre bas les armes et à implorer la miséricorde du roi , s'éngageant, à cette condition, d'obtenir de ce prince une amnistie générale .

Chamborias prit congé du comte, après lui avoir promis de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour le rétablissement de Tordre et de la tranquillité dans le pays.

Roure entra facilement dans les vues du comte de Brancas; il le chargea même de rédiger la minute de la lettre que le peuple devait écrire au roi. Cette lettre fut conçue dans ces termes :

Lttirt du peupk du Bas^^-VivaraU au Roi.

ii Sire,

>) Vos pauvres sujets ayant été forcés de se sépa- » rer ae Tobéissance qu'ils doivent à Votre Ma- » jesté, viennent implorer à genoux sa miséri- » corde , afin qvi'oubliant leurs fautes , elle leur >} donne lieu de les réparer en employant leurs » biens et leur vie pour le service de Votre Ma- » jesté. Nous espérons , Sire , que sa bonté consi- >) dérera nos soumissions , nos réparations et nos

» douleurs, et qu'à l'exemple de Dieu dont elle 4670. » tient la plaoe ici-bas, elle ne rejettera pas la prière » de son pauvre peuple, qui veut vivre et mourir » dans Tobéissance et la fidélité quMl doit à Votre » Majesté. »

En même temps , le traité suivant fut conclu entre le prince d^Harcourt , le comte de Brancas et les députés de Roure.

« M. le prince d'Harcourt et M. le comte de Branc^as promettent à ces messieurs qui se sont adressés à eux pour implorer la bonté du roi , et qui, sur l'assurance qu'ils leur en ont donnée , se sont aussitôt soumis et ont mis armes bas , d'employer tout leur crédit auprès de S. M. pour leur procurer une amnistie générale, et, dans quinze jours, leur faire ^voir la volonté du roi, qui , selon la connaissance qu'ils ont de sa bonté, ne la leur refusera paa; et comme dans ce temps-là ils se tiendront dans toute sorte de soumissions, ils supplient S. M. qu^ils ne soient point inquiétés ; et M. le prince d'Harcourt et M. le comte de Brancas prieront M. le marquis de Gastries de n'envoyer aucunes troupes vers eux. ».

Il fut en outre statué que pendant une trêve de quinze jours personne ne sortirait du château, et qu'on enverrait à ceux qui s'y trouvaient les provisions nécessaires pour leur subsistance. Le prince d'Harcourt écrivit à Renouard pour l'inviter à se conformer strictement à celte clause. De son côté , Roure fit observer loyalement les articles de la trêve ; il fit plus : le comte de Brancas lui ayant fait dire que le plus sûr moyen d'obtenir la clémence du roi serait de livrer à la justice ceux de

4670. ses gens qui avaieut commis des sacrilèges et incendié des habitations, Roure l'assura, par écrite qu'il allait s'enquérir de ceux qui pouvaient avoir commis de semblables crimes et en faire un sévèrQ exemple. Il tint parole.

Lés femmes et les enfants qui s'étaient réfugiés ' au château purent rentrer dans leurs domiciles , et Roure fournit exactement aux soldats du roi le^ vivres qu'il avait promis , malgré les murmures de ses of&^iers, qui ne lui obéissaient guère que lorsqu'il s'agissait de quelque entreprise où le pillage était en perspective.

. Cependant plusieurs jours s'écoulèrent sans quç les promasses du comte de Brancas se réalisassent * Roore, naturellement défiant^, commença à conce^' voir des craintes sur l'issue des négociatioi^s; et lorsque les habitants d'Àubenas , de concert aveo te prince d'Harcourt , vinrent lui proposer de réduire à trois cents hommes 1^ troupe qu'il avait dans la ville y il répondit hautement qu'il avait fait assez de conceçsioas^ et que la garnison resterait telle qu^elle était, jusqu!à la solution des aSaiires. Le M juillet, le coniAe de Vogué, accompagné de Ste- £o^)mbe, lieûteEoant des gardes du duc de Ver* meuil et gouverneur de Caroassonoe , viut l'engager à déposer les armes, en lui fais£int eûtendre^ que cet acte de condescendaaoe^ qu'il devait à son souveram, Je lui rendrait favorable* Roure s'y refusa nettement, , et déclara qu'ayant déjà été trampé par le marquis de Castrîes, il devait $e tenir sur seSi gardes, et qu'en ccuséqueuee, U ne désarmer ràit.pas le ^epiier. Tout ce qtfon put obtenir de

lui , ce fut le renvoi au marquis de ses cinq hommes 4670. qui étaient restés au château*

Dans cette circonstance, le jeune La Tourette , accusé de plusieurs vols et de quatorze meurtres, ayant voulu assassiner Roure , fut lui-même massacré par les partisans de ce dernier, pendant qu'il accompagnait le marquis d'Àntraigues au Bourg-St^ Andéol.

Le même jour , un citoyen d'Àubenas , généralement estimé, Defons, reçut une balle dans la poitrine au moment où il sortait du château pour aller prendre les vivres que Roure faisait fournir à ceux qui Toccupaient. Cet événement c^usa une vive émotion dans la place. La trêve fut rompue pendant quelques heunes. Les gens de Roure, accusés de ce meurU*e, protestèrent de leur innocence et affirmèrent que le coup était parti du château. Tout rentra dans Tordre.

. A l'expiration de la trêve, ou proposa une noii- , velleç conférence entre Roure et le comte de Brancas* Roure y'ayant consenti, il se rendit à Aps encompa*^ gnie de Chambonas, oncle de La Tourette, de Grand, son oncle , de: Vissac , son beau-frère, et une foule de bourgeois , avec une escorte de trois cents hommes* Tout portait à croire qu'on reviendrait avec le traité dç pacification si dé$iré et si vainement attendu jusque-là. Il n'en fut point ainsi. LecomtedeBrancas commença par dire à Roure que le courrier qu'il avait ex^pédié à la cour ét^it tombé malade en re- Vj^^suat. Mais il ajouta que M^ de Bç^oifô , intendant de la province, lui avait assuré que ce courrier, p^rti de Paris le 12 ji^iillet) était réellement porteur

362 GUERRES CIYILES

4670. d'une amnislie. Là-dessus il engagea de nouveau Roure à désarmer , en lui disant que c'était le seul moyen d'obtenir sa grâce.

Roure , que tant de délais et de tergiversations rendaient de plus en plus défiant, répondit qu-il avait besoin de consulter ses amis sur une question aussi grave , et il se retira pour en conférer avec Rigaud des Mages , Martin , son secrétaire , Talband d'Antraigues , Balazuc et autres, qui avaient toute sa confiance. Ceux-ci pensèrent qu'il importait de prendre des précautions et de ne rien céder sans avoir reçu des garanties ; en conséquence, il fut décidé qu'on exigerait préalablement l'évacuation du château , la remise en otage de trois ou quatre de ceux qui le tenaient, et, avant toutes choses , l'acte d'amnistie en bonne forme.

Roure retourna chez le comte et lui fit part de la résolution de son conseil. Cette communication fut loin de satisfaire l'homme du roi; toutefois, dissimulant le mécontentement qu'elle lui causait, et cherchant à gagner du temps , il demanda que la trêve fût prolongée jusqu'au 1 9 , époque à laquelle l'intendant de la province devait arriver au Bourg- St-Ândéol. Roure y consentit, et reprit le chemin d'Âubenas avec son escorte, moins Chambonas, qui craignant peut-être d'éprouver le sort de son neveu, abandonna la cause des révoltés.

Le 19, de Ste- Colombe et de Remis, de St- Marcel-d'Ardèche , se rendirent à La Villedieu et firent prier Roure de venir les joindre , en lui annonçant qu'ils avaient des choses importantes à lui communiquer; Roure, croyant qu'il s'agissait en-

eore de quelque prétexte d'ajournement, refaaa 4670* d'abord de s'y transporter; mais ses parents, ses amis et les ecclésiastiques d'Âubenas , dans la persuasion que sa démarche aurait pour résultat le terme des maux dont cette ville était si cruellement aflBigée , vinrent ensemble le supplier , les larmes aux yeux , d'accepter l'entrevue qui lui était offerte. Itoure , cédant à leurs instances \ partit pour La Villedieu.

A son arrivée , Ste-Colombe lui assura que l'intendant venait d'arriver au Bourg-St-Andéol avec l'acte d'amnistie, et l'engagea à envoyer quelqu'un dans cette ville pour en prendre une copie.

Roure , plein de confiance en ses paroles , et bien ^ loin de se douter que ce fût un stratagème pour donner à l'armée du roi le temps d'arriver, fit par- -^ tir sur-le-champ Talhand pour le 6ourg-St-Ândéol, et se retira en déclarant au gouverneur de Garcas^ sonne qu'il ferait désarmer aussitôt que l'acte d'amnistie lui serait parvenu.

À son retour à Âubenas, Koure, par suite d'une idée que nous ne pouvons nous expliquer , envoie chercher le comte de Vogué par quarante fusiliers, et rassemblant ses troupes autour de lui , le force à en prendre le commandement avec le titre de général. Valeton traduit ainsi le sms du discours qu'il adressa au comte dans celte occasion :

« Monsieur , sur les fousses impressions qu'on a données à S. M. que nous avions pris les armes contre son service , nous avons jeté les yeux sur vous, qui êtes un homme de crédit et d'autorité, pour vous supplier très-humblëment d'avoir la bonté

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4670. de Jqi faire cQûoaîlre que la plus forte de a<is passions est de vivre et de mourir dans robéissaad^ que nous lui devons, et que si, par la malice de nos enneipis, nous sommes assez malheureux de lui avoir déplu dans nos attroupements , dont le bot unique est d'exterminer les élus qui nous foat môtit rir de feim, et que l'affaire traînant en longoeiur^ nou^ ayons besoin de vos bons avis , il vous plaira, Monsieur, nous faire l'honneur de nous en assister, avec promesse solenaelle, que nous faisons tousici^ d'obéir aveuglément à vos ordres et de vous reconnaître en qualité de général. »

Roure , après cette harangue , fit prêter serment {)ar aes troupes au noble comte , fort contrarié , sans doute, de cette étrange promotioa, et qid crut -néanmoins assez pr\ideiit de protester de son déi- Toûment ii la cause du peuple et de promettre de l'appuyer du mieux qu'U lui serait possible,

Koure ne s'en tint pas là : il crut <{u'un second général donnerait encore plus d'importance à sim parti. A cet effet, ayaut jeté les yeux sur le comte de Laroche , il envoya un détachement pour se sai^ sir égalemjentde sa personne et l'amener èi àub^^w^ Mais celui-ci, ea le voyaaat arriver, crut qu'il ve-r nait pour l'attaquer et. fiti tirer sur ce détacbamimt duhautdesdnchâieau* Les gens de Roure youlufrent en faire le siège; mais n'étant pas assez nomr breux, ils prirent le parti dejse rettrer.. ,

La conduite de Roure va paraître bien plus exto^ao^dinaire : le comte de Vogué, singulièr^^nent embarrassé delà charge qu'il avait été contraint d'accepter, chercha bien vite è s'en démettre. Il ass€^blâ les

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trompes/ et parvint aies pei^uader que persofine 4^70. a'était plus capable que le comte du Roure , lieute*- * taafiit-général de la province, de disposer le roi éii leur faveur. Il ajouta que le comte étant son parent^ il obtiendrait aisément son co'ncours , et proposa de se rendre lui*4nème au Bourg-St-Ândéol , où il se trouvait, disait^t, pour conférer avec lui» Rôui-e accepta cette offre, et jaloux de prouver la pureté de ses intentions, il n'hésita pas à désarmer etmême à faire fusiller ceux de ses gens^ qui s'étaient fait remarquer par des excès criminels.

Le comte dé Vogué se mit en roule lô 21 , avec une escorte de cinquante hommes, commandés par Riga^d des Mages. Arrivé à Villeneuve-dè Berg, il ordonne une halte dans le faubourg et entré dans la ville avec Rîgaud seulement. Lebret^ maréclialde-K^amp , s'y trouvait avec une compagnie de dragons.— « La paix! la paix! s'écrie le comte , à la vue du général. — Quoi ! répond Lebret , parle-t-on ici de paix avec le roi ! Où sont ceux qui veulent lui faire la guerre?» Et sans attendre la moindre explication 5 il fait attaquer et tailler en pièces par Ses dragons l'escorte du comte de Vogué.

Roure venait d'être informé de cet événement, lorsque Talhand, arrivant du Bôurg-St-Andéol sans amnistie, lui annonça que l'armée du roi avait franchi le Rhône. Alors seulement il comprit qu'il avait été joué, et qu'il ne lui restait d'autre parti à prendre, pour dérober sa tête à Téchafaud , que de mourir les armes à la main. Il rassemble aussitôt ses troupes, les harangue et enjoint à toutes les communautés de lui envoyer des renforts, menaçant de réduire en

4 670. cend res celles qui hési leraient à se donner à k cause populaire; et laissant dans Aubenas Galimard de Geuestetles et Roure de Lanas y avec sept à huit cents hommes , il se porte avec treize ceats sur La Villedieu, le 23 juillet.

L'armée royale rassemblée à Viviers, était dft quatre mille six cents hommes , dont quinze à seize cents de cavalerie, composée de mousquetaires du roi, commandés par d'Ârtaignan ; de quatre escadrons aux ordres de Sommières, de Choiseul, de Foucault et de St-£stève ; de deux compagnies da régiment royal-dragons et d'un grand nombre de gentilshommes volontaires du Languedoc. L'infanterie avait pour chefs, de Grancei, de Jonsac, de Montagu , Meyneloti et Durcel. Le marquis de Gastries , le comte du Roure , lieutenants-généraux, et le maréchal-de-camp Lebret, dont nous avons parlé, étaient à la tête de cette armée , où figuraient aussi le prince d'Harcourt, le comte de Brancas et le marquis de Yardes, gouverneur d'Aigues-Mortes , qui avaient voulu faire partie de l'expédition. Elle se mit en marche le 25, et vint camper au Pradel dans la soirée du môme jour ^ avec la résolution d'y passer la nuit. Mais un officier qu'on avait envoyé avec quelques éclaireurs pour tâcher de reconnaitre les forces de Roure , étant venu affirmer qu'il n'avait pas plus de dix-huit cents hommes, le maréchalde-camp Lebret reçut l'ordre d'aller l'attaquer de suite avec toute la cavalerie. Les troupes de Roure, après avoir opposé quelque résistance , furent mises dans une déroute complète.

Le lendemain, l'armée royale fit son entrée à

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Aubenas ^ dont la garnison yen9il de fuir dans le 4 670« plus grand désordre.

Le 27 et le 28 , une foule de séditieux , condamnés y les uns par un conseil de guerre , les autres par les juges -mages en la sénéchaussée et siège présidial de Nismes , qui s'étaient transportés sur les lieux , furent pendus. Dans le nombre se trouvèrent Vincent Simon, l'un des sergents de Roure, et Jean Martin , son secrétaire. On en envoya cinq , ou six cents aux galères et autant en exil. Quelques femmes de la rue St-Àntoine furent fouettées publiquement. Peu de jours après, le maréchal-de-camp Lebret , de son autorité privée , fit pendre un des révoltés à Largentière et brûler la maison de Roure, à La Chapelle. De Jouvel, mestre-de-camp, fit passer par les armes , sans autre formalité , deux des plus mutins de cet endroit, Lafare et Lebret.

Largentière eut aussi sa part des exécutions : Pierre Allier de Cbassiers , et Jean Lodier de St- Fortunat, y furent rompus vifs, pendant qu'on se contentait de pendre Jean Combe , Pelet de Gravières, Fraysse de Boulogne , Ribou de St-Andéol, Girard d' Aubenas et quelques autres.

Au milieu du deuil qu'imprimaient ces actes d'une trop rigoureuse justice, l'armée royale se livrait à des désordres non moins affligeants : bestiaux, den^ rées, foins, tout devint la proie de ses fourrageurs, qui, non contents de leur butin, incendiaient les fermes , les hameaux , les villages et passaient au fil de l'épée tous les paysans qu'ils soupçonnaient appartenir au parti de Roure. La terreur fut si grande que, désespérant de leur salut, les habitants,

4670. innocents OU coupables , abandonnaient également leurs demeures. La désertion fut telle, que l'intendant de la province se vit obligé d'enjoindre, tant à ceux d'Aubenas qu'à ceux des lieux circonvbisins, par une ordonnance du 20 août, de rentrer dans leurs domiciles , sous peine d'être déchus de la grâce que S. M. daignait accorder à ses sujets rebelles du BaS'Vivarais.

Quant à Roure , un jugement rendu par coutu- ^ mace le 21 à Villeneuve-de-Berg, le condamna au supplice de la roue et à la confiscation de touâ ses biens au profit de l'état. Une disposition particulière de l'arrêt portait que sa femme et ses enfants seraient bannis à perpétuité du royaume.

Les lettres de grâce et d'abolition parurent enfin: il y eut exception à l'égard de Roure, chef des séditieux, Balazuc,Feuillade, St-Salvadon , Chases de La Chapelle, Christophe Fumât, Jean Missol d'ÀiIbenas, dit Boironnet, et quelques autres; en furent également exclus les prisonniers, les chefs de la sédition d'Alais, les auteurs de sacrilèges et autres crimes exécrables , commis tant sur les prêtres que sur les séculiers , les communautés d' Atd)enas , d'Âilhon, de Vogué, La Chiipelle et La Villédieu, auxquels on enjoignait de faire les procès. Par uû arrêt rendu à Alais, le 12 septembre , la ville d'Aubenas fut privée du droit d'entrée aux états généraux de la province et particuliers du Vivarais. Cet arrêt portait en outre que les clochers de cette ville, ceux de La Villédieu, de La Chapelle, .de Vogué et d'Ailhon seraient écimés et les cloches descendues, sans qu'elles pussent y être replacées que par permission expresse du roi.

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Roure , arrêté peu de temps après à St-Jean-Pied- 4670. de-Port, au moment de passer en Espagne, fat conduit à Montpellier et condamné à être rompu vif. Son exécution eut lieu dans cette ville le 29 octobre. Son corps fut exposé sur le grand chemin qui y conduit; et sa tête, portée à Âubenas quatre jours après , resta perchée pendant quelque tero^ps sur la porte St-Antoine. Conformément à une des dispositions de Tarrêt, sa maison et sa grange, appelée la Lavande, furent rasées. Le bourreau en ayant arraché les fondements , y planta un poteau surmonté d'une lame de cuivre où étaient écrits le nom et la cause de la condamnation du supplicié.

Ainsi finit cette levée de boucliers excitée par Ténormité des impôts et déterminée par des vexations et la menace de nouvelles charges. La révolte contre l'autorité légitime est toujours un crime; mais le châtiment qu'elle entraîne doit être gradué^ modifié selon les circonstances et le degré d'ititelligence de ceux qui s'y sont livrés. C'est ce qu'on ne iStpas, et les représailles sanglantes qu'on exerça envers les séditieux d' Aubenas resteront comme une flétrissure au règne de Louis XIV.

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