CHAPITRE IX
Révolution de 4789. — Résumé des événements qui Font amenée et des principaux faits qui se sont passés à Paris à cette époque.
— Rassemblement en Vivarais* — Camp de Jalès. — Chefs de la faction contre-révolutionnaire. — Plus de trente mille hommes se réunissent aux environs de Banne. — Cbastanier de Buras est proclamé général de celte armée. — 11 la licencie.
— Les frères Allier , Pelet de Gravières, Perrochon et autres Ibrment un nouveau rassemblement. — Arrivée du comte de Saillans en Vivarais , comme envoyé des princes. — Son plan.
— Situation du département de l'Ardèéhe au moment de la conspiration. — Plus de cent prêtres réfracta ires y prêchent la sédition. — Proclamation et ordonnances du comte de Saillans*
— Mesures du directoire de l'Ardéehe contre le comte et ses adhérents. — Le comte investit le château de Banne et sommé Bois-Bertrand, qui y commande, de le lui remettre. — Refus de Bois-Bertrand. — Arrivée du chevalier de Melon. — Une foule de montagnards accourent au bruit du tocsin qu'il fait sonner pendant deux jours. — Capitulation de Bois-Bertrand.
— Le comte de Saillans est bloqué par de nouvelles troupes. — Combat de St-Brès, où le chevalier de Melon est tué. — Les républicains brûlent St-André-de-Cruziéres. — Déclaration du comte de Saillans. — H prend la fuite. — 11 est arrêté prés de Villefort avec le curé de Banne, Pabbé Boissin et autres. — On
. les massacre à leur arrivée aux Vans. — Extès des républicains.
— Ils égorgent un grand nombre de prêtres et de nobles.
Les troubles intérieurs avaient cessé à la mort de Louis XIV. Son successeur, dans tout le cours d'un règne des plus longs de la troisième dynastie , n'eut
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à combattre que des ennemis extérieurs ; mais Fa 4789, France n'en fut pas plus heureuse. Les querelles des parlements , du clergé et de la noblesse , qui avaient éclaté sous la régence du dpc d'Orléans , continuèrent et devinrent même plps vives à l'époque de la majorité de Louis XV. Â\^ scandale de ces débats vinrent se joindre des dilapidations dans toutes les branches du service, des dépenses énormes pour l'entretien d'une myriade de maîtresses, qui ruinèrent l'état et mirent au tombeau ce prince épuisé par la débauche.
Lorsque Louis XVI monta sur le trône, la France était en proie à des abus de tous les genres , que leur ancienneté ne rendait que plus accablants. Une noblesse héréditaire due au hasard de la naissance; une autre noblesse purement vénale; une tyrannique inégalité qui soumettait à une poignée d'hommes privilégiés la masse de la nation; des droits féodaux, vestiges d'esclavage, dégradants et ruineux pour l'agriculture; une magistrature , des fonctions pubUques, des honneurs que l'argent donnait, en exemptant de la capacité, du mérite et des vertus; le luxe scandaleux des ministres de la religion catholique , l'abusive domination du haut-clergé; le dérangement des finances du royaume; la pauvreté, l'accablement du peuple des campagnes , l'avilissement de celui des villes : toutes ces plaies de l'état demandaient , non de simples réformes , mais une régénération complète (1).
(4 )[ Voici en qaels termei i^tipiime Loais XVI k ce rajet : « Le 40 mai 1794 , le décès impréfu de mon aïeul me porta sur le trône. Je n^ataif pas encore atteint ma vingtième année, je voulais le bien y j'étais sans expé*
4789. Le trésor était vide et grevé d'une dette énorme; il fallut la payer et pourvoir à de nouveaux besoins. On eut recours aux impôts par des édits , que les parlements refusèrent d'enregistrer en demandant la convocation des états-généraux, qui n'avaient pas été assemblés depuis Louis XIII ; de là lutte entre ia cour et ces parlements.
Dans un lit de justice qu'il tint à Versailles , le roi proposa la création d'une cour plénière, chargée déjuger en dernier ressort et composée de princes, de pairs, de maréchaux, de prélats, etc. Le parlement de Paris, qui y avait été mandé , protesta hautement contre cette innovation; son exemple fut suivi par les autres parlements , et une agitation générale se manifesta dans le royaume.
La noblesse , dans plusieurs provinces , notamment dans le Haut et le Bas -Languedoc, prit parti pour les parlements et se mit en état d'hostilité contre les agents de l'autorité royale.
Le besoin d^argent se faisait sentir de plus en plus : les ministres en demandèrent au clergé ; mais le clergé , toujours prêt à recevoir, était peu disposé à donner. Il refusa, et réclama, comme les
I ience : l'Eiai était accablé des dettes de denx règnes , les finamus dans un état d'éfmis&menti les lois et les tritmnaux dans un étal de langueur, les alfus à leur plus haut période , les mœurs au comble de la corruption. Tels élaient les aiupioe^ sous lesquels je me vis ebargé des rênes da gouTeroemeul: Que pouvais-je , que derais-je faire dans une position aussi critique:? Tout au4reà oia place^ à mon Age, Mou\ par le faste de la cour , par les plaisirs qui enrironoaient le trOne , aurait oublié ses devoirs pour ne s'occuper que de ses jouissances ; jcioe vis dans ma position que les devoirs du trOne et rinexpérience de mon âge. Mon premier tqbu fut le bonheur public ; et, de ce moment , j'ose le dire , je ne me suis jamais départi de et sentiment. * Appel de Louis XVI à 4a -nation , ^inséré dans la Revue rétrospee- ^ÎM, tome 9, page 327,
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parlements, la convocation des états-généraux : il \7Zd. fallut bien s'y résoudre ! Les états furent convoqués pour le 5 mai 1789.
La veille de leur ouverture , les trois ordres se rendirent à l'église St-Louis, à Versailles. Le tiersétat , qu'on avait fait entrer par une porte particulière , fut placé sur les bancs les moins apparente^. Il se trouva choqué de ce procédé.
Le roi , par une proclamation , indiqua le jour de la réunion des députés. Le tiers-état s'y rendit; mais la noblesse et le clergé se séparèrent en disant que chaque ordre devait vérifier ses pouvoirs séparément. Le tiers -état prétendit, au contraire, qu'ils devaient l'être en commun. Ne pouvant vaincre l'obstination des deux premiers ordres, le tiers-état, dont les membres étaient aussi nombreux que ceux de la noblesse et du clergé réunis , se constitua en assemblée nationale. Ebranlés par cette énergique résolution , plusieurs membres des deux corps privilégiés proposèrent de se joindre à cette assemblée. Elle refusa de les admettre. Le roi ordonna aussitôt de suspendre la tenue des états ^ et la salle des séances fut fermée. Mais le tiers-état se rendil^ au Jeu-de-Paume et y prêta, à l'unanimité^ le serment de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l'exigeraient , jusqu'à ce que la constiti^ tion du royaume fût établie et affermie sur des fondements solides.
Une séance royale avait été indiquée. Louis XVI y prononça un discours; mais l'assemblée nationale, aigrie contre la cour, dédaigna d'y répondre. Le roi , à la fin de la séance , eofoignil aux dé{mtés de;
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n«0. se séparer sur-le-champ; le tiers-état resta dans la salle 9 et lorsque le graad-maitre des cérémonies vint répéter l'ordre du prince, il lui fut répondu par le célèbre Mirabeau : « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la Volonté du peuple et que nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes. »
Le ministère prit le parti de solliciter la réunion des trois ordres; maiâ il ne s'unit pas de volonté avec l'assemblée 5 qui reçut l'approbation des sociétés populaires.
La mésintelligence entre le gouvernement et l'assemblée était manifeste. La doikv rassembla des troupes : l'assemblée, choquée de cette mesure, d^nandaleuréioignemenl^ et on lui répondit qu'elles n'avaient été appelées que pour maintenir l'ordre.
Le peuple flatta les soldats et parvint à leur persuader qu'ils devaient s'uhir à lui et marcher ensemble pour reconquérir leurs droits communs. Les gardes-françaises et les autres corps se prononcèrent dans ce sens , moins te régiment de cavalerie ailemaad , qui , ayant tué vm soldat des gardes , fut écharpé dans sa retraite.
Les gardes-françaises , soutenus par le peuple , allèrent prendre position à la place Louis XV , d'où il fut impossible de les chasser. Ces événements se passèrent te 12 juillet. Le peupte, exaspéré, fut en mouvement toute la nuit. Le lendemain matin, il se porta en foute à l'hôtet-de-ville, fit sosmer le tocsin et battre la ^éoéirale. En moins d'nne heure , toutes tes rues , toutes les places fur^it couvertes id'botnmes et de femn^, armés de sabres, de pi-
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q^es, de haches et autres histrumeuis meurtrière. 478d. Dans la nuit, le tumulte s'accrût, et le 14, dès la pointe du jour, le peuple désarma les invalides : peu d^heures après on vit tomber la Bastille.
Les circonstances étaient graves ; mais un voile épais dérobait le danger aux yeux de la cour. Queh que^pvis pleins de sagesse furent donnés au roi; in^isil ne sut point en profiter. L'assemblée lui avait proposé de renvoyer ses troupe^ et de les remplacer par une garde bourgeoise. Il refusa, parce qu'eij sç séparant d'elles , il se mettait dans Timpossibilité d'eJ^uterle projet que Foulon lui avait suggéré, et qm consistait à faire arrêter les députés les plus prouoncés en feveur des réformes. Au contraire , Q^s troupes furent caressées , ^flattées par la cour , qui alla jusqu'à leur donner un festin et \m bal à Versailles. Ce fut au milieu de ces réjouissances que les courtisans apprirent la prise de la Bastille.
Le roi comprit alors qu'on l'avait engagé dans une fausse voie. Il courut aussitôt à l'assemblée et l'assura de ses bonnes intentions, dont personne ne doutait; mais l'imprudence des courtisans devait lé perdre. Vers la fin d'un banquet, les ^rc^es-ducorps arrachèrent et foulèrent aux pieds la cocarde tric(dore, adoptée par la nation et que le roi portait Uiirmême; des femmes, qui s'y étaient ûvtroduiles , en distril)uèrent de blanches aux mititaires. Les {^ risiens, informés de cet événement, se portèrent sur Versailles. Le palais fut envadii, et, sans l'intervention de quelques bons patriotes , les plus violents excès y auraient été commis.
Peu de jours après , les parisiens , accusant Tab-
4789. sence da roi de la disette qu'ils éprouvaient (1), retournèrent à Versailles et contraignirent la famille royale à rentrer dans la capitale.
La royauté n'existait presque plus que de nom, et le pouvoir, dont l'assemblée nationale s'était saisie , était déjà passé dans la commune de Paris et dans les clubs; l'anarchie grandissait, et la France, soumise aux nouveaux réformateurs, se couvrait d'ennemis secrets. On sentit la nécessité d'un pacte qui liât tous les français de manière à ne former qu'une' seule famille : l'assemblée nationale , sur le rapport de l'évêque d'Âutun (Talleyrand-Périgord), décréta cette fédération qui eut lieu dans la vaste
4790. enceinte du Cliamp-de-Mars , le 14 juillet 1790, jour anniversaire de la prise de la Bastille , et oh les députés des départements et le roi prêterait serment à la constitution.
La révolution se trouvait terminée, et le roi n'avait plus qu'à s'unir franchement à l'assemblée , se confier au peuple et abandonner ses courtisans, qui lui cachaient la vérité et l'entraînaient à sa perte. Il ne fit rien de tout cela.
Ses partisans , voyant que tout espoir de sauver k monarchie était perdu , résolurent de tenter de sauver le roi. Us se réunirent au nombre de quatre cents et voulurent l'enlever de vive force au milieu d'une population qui croyait avoir le plus grand intérêt à ce qu'il restât dans la capitale : cette ridicule
(4 ) « . . . . Pour ameater le peuple il fallait un motif , et le plut tùr était de faire naître une famine et d'en rejeter tout l'odieux sur la cour. En conséquence , on fit faire des accaparements de grains , et Ton intercepta leur circulation de manière à eanser une disette k Pftris , pour la propager ensuite dans les pro? inccs. • Àffel dé Louis XVI au peupU.
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tentative échoua. On songea ensuite à une évasion'. A,l9t. M. de Bouille avait disposé des escortes sur la route de Hontmédi^ où la famille royale devait se rendre ; mai& on prit si peu de précautions et on mit tant de maladresse dans cette afiTaice , que la &mille royale, partie de Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1791 , fut arrêtée 4e lendemain à Varennes et ramenée à Paris.
L^assemblée nationale venait d'achever la constitution dont elle avait voulu doter la France. Elle fut adoptée par le roi, le 14 septembre (1). Le 1" octobre suivant, l'assemblée législative succéda à l'assemblée constituante. Le roi, dans son discours d'ouverture , donna l'espérance qu'on ne serait troublé par aucune agression du dehors ; mais il ignorait ou feignait d'ignorer et les traités de Mantoue et de Pilnits (27 août 1791 ) , et la coalition de plusieurs puissances du nord contre la France et les intrigues de Cobleutz , centre de tous les mouvements, où les princes réunis protestaient contre l'acceptation de la constitution, en disant que Louis XVI avait été forcé d'y adhérer.
Bientôt les alliés se mirent en marche pour envahir le territoire français.
L'émigration, qui avait commencé en même temps que la tentative d'évasion de la famille royale , de-
(4 ) L'égaillé de la loi rétablie parmi les citoyens ; l'égalité dans la répartition des •
contribnlions publiques ; la suppression du régime féodal et de la Ténalité des places et des bonneurs ; les droits de représentation au corps législatif et d'élection des administrateurs, des magistrats, des pMtenrs de l'église, rendus au peuple; la suppression des dîmes, de la gabelle et de mille imp61s fiscaui ; la création d'un nouTel ordre judiciaire ; la réduction des frais de justice; rétablissement des juges et des bureaui de paii : tels furent les bienfaits dé cette constitution.
4794. vint de jour en jour plus considérable. L'assemblée déclara les émigrés suspects de conspiration et leur donna jusqu'au 1 *'' janvier 1 792 pour se disperser , sous peine d'êtie poursuivis et punis de mort. Leurs revenus furent d'abord saisis, et l'on vendit ensuite leurs biens.
La fuite des émigrés livrait la familte royale à elle-même; et la conduite que tenait l'assemblée nationale n'était pas propre à la rassurer. Les députés avaient des vues différentes : les uns voulaient la liberté et le bonheur du pays^ les autres n'aspiraient qu'à l'anarchie. Alors apparurent le suisse Marat et Robespierre. Excitées par ces hommes sanguinaires , des bandes de cannibales désolèrent bientôt le royaume. Ce Ait au milieu de ces circonstances qm kl guerre civile se ralluma dans le Yiva-
Tandis que les princes réfugiés à CoblMtz , pous* saient sur ki France les armées de l'Europe coalisée^ àeà agents secrets, envoyés par eux dans les provioGes , s'efforçaient d'opérer des soulèvements. Le lieu de Jalès, situé sur les confins du département de l'Àrdèche et sur la limite de ceux du Gard et de la Lozère, était plus propre que tout autre à servir de point de réunion aux ennemis du nouvel ordre de choses. Âjmitons que le souvenir des anciennes guerres intestines dont ces contrées avaient été si long-temps le foyer et le théâtre, leur faisait espérer d'y trouver plus d'auxiliaires que partout ailleurs*
Tous les moyens furent mis en usage pour séduire les habitants et les entraîner à la révolte. La distinction de catholiques et de protestants , presque ou-
btiée dans les égards de la vie civile, fut rétabiie 4794. dans son opposition la plus marquée. Les faux rapports, les calomnies atroces, les promesses de ricfaedses par le pillage furent employés avec art pour armer les citoyens et provoquer d'éclatantes vengeances. £n peu de temps, Jalès, Banne, St- André-de-Cruzières, Malbosc et leurs environs devinrent le refuge des prêtres qu'on expulsait de divers d^artements et le rendez-vous général des contre-révolutionnaires (1).
Aries était alors en rébellion ouverte. Maîtres 4792. d'Àignes^-Hortes et du château de St-Louis , les révoltés de cette ville devaient faciliter le débarque^ ment de troupes espagnoles dont un prince de la famille royale viendrait prendre le commandement (2). Des relations intimes s'étaient établies entre les factieux d'Arles et ceux du camp de Jalès, ou las premiers envoyaient continuellement àes émissaires afin de combiner les moyens d'assurer Tinvs^on. Les conciliabules se tenaient à Banne.
^t) IM|k a«É8réMde47aOMpopuUtàai)tdtt6«ra, ^ la Loire, de T Ardèobe, He. , attienl été enlrahiéeB à un rasMoblemonl nombreux àn% U pUûie de Jalès : raiieoibleiiie&t inutile d'après la féd^cation qui TOBait d'afoir lieu à Parb , et dangereux par les vues secrètes des moteurs. Ceax**ci laisaieat ju^er à V armée fédéré»^ la défente de la oonetilutson , et, retirés dans kcbàteau de Jalès , ils prenaient la, délfbération la plus contraire à«eile ooostitotien. L'assemblée nationale, par décret du T septembre , arait annulé cette délibération, cassé le comité nûlitaife qui s'y était étdbli , et feit des défenses générales aux gardes nationales du royaume do> former aucune assemblée fédératiTo sans y être autorisées. C'est par infradio* à ce décret que les mécontents renouTelèrent , l'année suivante , le fameux camp de Jalès.
(2) «.. .. L'intention des princes , frères du roi , est de feire partir , aussitôt que les circonstances le permettront , un prince du sang pour l'Espagne , d'oti il refiendra se mettre à la tète de toutes les opérations du Midi. « Goblentz, le A mari 4792. iMHii'SianitlaS'Xavm .
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47«. Perrochon , ancien procureur à St-Ambroix , agent des princes, était le centre de toutes les correspondances et l'intermédiaire de tous les ordres. Il formait les enrôlements, nommait les chefs et décernait des récompenses. Le curé de Chambonnas, Allier, qui avait été décrété de prise de corps lors de la première affaire de Jalès , était l'instigateur de tous les projets et le rédacteur des manifestes. Il prêchait du haut de la chaire la désobéissance aux lois et à la constitution (1). « Dominique Allier ^ frère de ce prêtre , dit un rapport sur la conspiration deSaillans, Dominique Allier, homme audacieux et féroce, tour à tour soldat et contrebandier, était chargé des dépêches. Il allait de Coblentz à Banne, de Banne à Arles, d'Arles à Mende et à Chambéry (2). C'était lui qui , dans le mois de mars dernier, avait été présenter aux princes l'acte d'une confédération tenue à Jalès , et signée par des députés de plusieurs pays ; c'était lui qui avait apporté l'acceptation des frères du roi et la promesse du
(!)«.... Aujourd'hui tout est renversé , et il n'y a penonnt de bon sens dans toute la Franee qui*'ne détire que Fancien régime ne reprenne m Tigncur , que I-anden pouvoir ne soit en activité, que le peuple ne rentre sous Tobéissance. On va vous enlever peu à peu vos propriétés ; on détruit votre religion ; on attaque ion ministère; vous obéissez é des lois portées par des gens qui n*ont pas le ponvoir de les porter , mais seulement la force de les faire exécuter : il ne faut pu lui obéir, à cette loi ; elle est injuste, elte est faite p«r des scélérats. Je suis la lumière qui vous éclaire , comme le pasteur ; et d*après ces éclaircissements que je vous ai faits de la loi , 'fagez vous-mêmes , oui , jugez vous-mêmes si la loi n*est pas injuste et n*a aucune des qualités requises pour être obligatoire, t Extrait du prône fait te jour de ta PurifUalion de t'an 4792 , par Allier, curé de Ghambonnas. ^ ^2) «.... Le sieur Allier marquera de la part des princes à ses compatriotes la satisfaction qu'ils ont de leur fidélité ; et il les assurera qu'ils feront valoir avec empressement au roi leur zèle constant et leurs services , dès qu'il aura recouvré sa liberté. • Coblentz , le 4 mars 4792 Umis-Stanistas-Xavier.
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pluô prompt secours. Un Pèlei de 6ra\ières, un 4792. Crégiit de Hontaresse, tin Boissiea-Laroche , un Boissin , un autre Boissin , qui se qualifiait de chevalier de l'ordre de la couronne, et beaucoup d'autres étaient les agents de cette horde contrerévolutionnaire et les moteurs de la désertion et de l'embauchage. »
Les manœuvres des meneurs du complot de Jalès étaient en pleine voie de succès. De tous les points du Yivarais accouraient des bandes armées pour défendre le roi et la religion , qu'on leur disait être en péril. Plus de trente mille hommes se trouvèrent bientôt rassemblés aux environs de Banne, lieu indiqué pour le ralliement. Le commandement de cette armée fut donné à Chastanier de Burac , que les royalistes ont dépeint comme un homme sans énergie, dominé par la crainte de se compromettre , et par conséquent incapable de s'élever à la hauteur des circonstances; mais qui, dans le fond, était un homme plein de prudence et de sagacité.
N'ayant accepté qu'avec répugnance le grade qu'on venait de lui conférer, et peu jaloux de se voir à la tête d'uiie émeute populaire, dans lesnK)ments critiques où l'on se trouvait, un beau jour Chastanier fait prendre les armes à ses troupes , et les formant en plusieurs cercles, il adresse à chacun l'allocution suivante :
« Braves et fidèles habitants du Vivarais. En prenant les armes et vous réunissant en ces lieux , quel était votre projet? Celui de marcher au secours des catholiques égorgés, disait-on, par les protestants de Nismes. Votre but était honorable , et la
47i^. reconnaissance nationale vous en doit dès remercia ments; mais, j'en rends grâces au ciel, votre courage et vos bonnes dispositions deviennent inutiles. Nismes et tout le département du Gard , jouissent d'une parfaite tranquillité. Un moment elle fut troublée , il est vrai; mais ce fut l'effet de ces déclamations exagérées qui ne voient qu'un bouleversement général dans les travaux du gouvernement. On vous a parlé des dangers qui menacent le roi et la religion : croyez-moi , habitants du Vivarais , le roi et l'autel sont inviolables et inviolés. Quelques abus réprimés el quelques réformes dans le sacerdoce ne sont point des attentats faits au trône et à la religion. Ainsi donc, si tout ce qui nous entoure est tranquille et soumis , ne donnons pas le funeste exemple d^une révolte armée que ne justifierait aucun motif. Rentrez paisibleiBent dans vos foyers, reprenez vos utiles travaux; et s'il arrivait que nos mandataires voulussent outre-passer leurs pouvoirs et flétrir le Irône et Tautel , vous me verriez de nouveau vous rassembler et mardier à votre tête contre les ennemis de votre Dieu et de votre souverain. »
Cette harangue produisit l'effet qu'en attendait Cbastanier de Burac. La plupart des confédérés suivirent l'avis du général et se retirèrent chez eux. Ainsi le rassemblement de Jalès se trouva dissous, au grand regret des deux Allier, de Pelet de Gravières , Perrochon et autres , qui ne tardèrent pas toutefois d'aviser aux moyens d'^n former un nouvemi.
Maisi l'état des choses avait un peu changé,^ ^t les chances de succès pour les conspirateurs n'étaient
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plus si nombreuses. £n efiei^ Arles, Aigues-Mortes |792. et la tour de St-Louis venaient de leur être enlevés; des complots ourdis à Mende et à Perpignan , qu'on devait livrer aux espagnols, avaient été découverts et déjoués, et il n'était plus guère permis de conq)ter sur la coopération des princes français , ni sur le secours des armées étrangères, que les nôtres avaient soin d'occuper à la frontière.
Ce fut dans ces entrefaites que le comte de SjB^illans , poi^teur d'une commission des princes , arriva dans le Vivarais (1). Il se présenta aux environs de Banne, dans les premiers jours de mai, et s'étant fait connaître aux fédérés dont Dominique AlUer était le président, ils le reconnurent pour leur com* mandant et lui jurèrent obéissance. Il fit aussitôt distribuer des proclamations qui circulèrent secrètement dans les départements de l'Ardèche^ de la Loire, du Gard, de l'Hérault, de la Haute-Loire,
(4) Voici le portrait qne nom donne de cet homme nn écrÎTain royaliste : « M. le comte de Saillans joignait k de grands talents militaires une connaissance approfondie do co^nr humain. Vons voyait-il une fois : c'en était assez, 41 votfs sayait par cœur et tous employait suivant vos moyens. Habile k manier les esprits , il en obtenait les plus grands sacrifices sans efforts et sans promesses. Souple à se proportionner aux gens qui Pabordaient , soA aspect inspirait la confiance et famitié. Montagnard avec l'homme des montagnes , guerrier près du soldat, grand seigneur avec un gentilhomme , jamais il ne fut déplacé nulle part ; doué d*una heureuse physionomie, d'une éloquence persuasive ; parlaît-il : ft l'inslant et malgré soi on était de son avis. Actif, vigrkilt , ittfatigsA>le ettl'one intrépidité reeonoo^ , dormant peu et travaillant beaucoup , jamais homme et chef de parti ne sut mieux cacher ses desseins , pénétrer ceux des autres et les contre-mincr sans laisser soupçonner ses mancÈovres. »
L'auteur ajoute qu' « il c4it fait de lenibles blessures au iiiùn$ifi révôMion-' naire , si plus souple et moins vif, plus maître de lui et moins entreprenant sans moyens proportionnés à l'entreprise , moins colère et moins sensible k de légers désagréments , il se {ùt imposé TobUgatien de ^le rien -confier à la fortune sans lui avoir ravi tous les moyens de lui nuire. »
4792. de la Lozère et du Uhône ; en même temps les ageiits qu'il avait dans tontes ces contrées eurent soin de disposer les mécontents à prendre les armes au premier signal. Les principaux de se^affidés étaient Perridier, notaire et maire à Pompignan, de Lestatigjà Tarascon, Manchon, dans la Lozère, Bodety, à Chaudras , Jaumes, curé de La Bastide, de Rochessauve , dont le château , situé à peu de distance de Privas , servait d'asile aux prêtres réfractaires et de point de réunion pour les conférences des factieux; Fontanieux de St-Ambroix, surnommé la Jambe de boisy Crégut de Banne, de Chabanne, les chevaliers de Melon, Durieu, d'Entremont, de St-Christol, etc. Voici quel était le plan du comte de Saillans: L'insurrection devait éclater sur tous les points du département de l'Àrdèche le même jour et à la même heure. Les insurgés devaient arrêter d'abord les patriotes les plus exaltés , désarmer ceux qu'on pouvait craindre, destituer les fonctionnaires publics et les magistrats dévoués au nouvel ordre de choses et les remplacer par des royalistes éprouvés. Il comptait pouvoir réunir quarante mille partisans dans le seul département de l'Ardèche , qu'il aurait divisés en deux corps de vingt mille hommes chacun. Ces corps, agissant de concert sous son commandement , devaient déboucher sur les départements voisins , et , grossis de tous les mécontents quMls pouvaient renfermer, écraser les troupes nationales qui leur serai^it opposées; lier leurs opérations à celles de l'armée vendéenne , qui commençait à se former, et marcher avec elle sur Paris. Cette entreprise paraîtra gigantesque; cepcn-
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dant les royalistes ont prétendu qu'elle aurait réussi 47^2 si elle eût été exécutée de la manière dont on Tavait conçue. Un député d'Eure-et-Loire, Chasles, semblait partager leur opinion, lorsqu'il disait à propos de l*aflfaire de Saillans : « J'ai eu sous les yeux tous les éléments de cette conspiration, et, j'ose le dire, jamais les traîtres n'en ourdirent, jusqu'à ce jour, une plus vaste , une mieux conçue et dont les résultats menacèrent plus directement les droits que nous avons reconquis. «
Du reste , la conâance du comte de Saillans était telle, dans cette circonstance, qu'il écrivait à Dominique Allier : « Je ne crois pas que notre plan puisse échouer; mais, s'il en était ainsi, nouvelle Ilion, nous pouvons lutter dix ans dans les montagnes du Vivarais contre les forces des blms. Nous pouvons y paraître aujourd'hui et n'y être plus demain , reparaître le jour d'ensuite, tomber à l'improviste sur nos ennemis , les défaire et disparaître encore. Cinq cents hommes dans telles gorges que je connais peuvent arrêter une division. Cent montagnards, tyroliens excellents , peuvent défendre tel défilé contre dix régiments; à l'est, les montagnes découpées en amphithéâtre, quelque peu qu'elles soient défendues, deviennent inexpugnables, même à des troupes aguerries. Il est, dans les ravins , des retraites où les braconniers du pays fusilleraient une compagnie avant qu'elle y pénétrât. Quant aux moyens d'y subsister, le pays abonde en ressources inépuisables. Riche en bestiaux, le beurre, les marrons; le gibier et le poisson y foisonnent. »
A cette époque, le déparlement de l'Ardèche
4792. était presque sans troupes. Banne n'avait qu'une compagnie du régiment de Bourgogne » à laquelle le directoire de ce déparlement venait de joiiidre douz^ gendarmes; à Berias, aux Vans, pas unsol* 4al. La partie septentrionale possédait seule quelques recrues du 38* régiment. Ainsi , les fédérés étaient libres de toutes leurs actions, et le comte deSaillans, décrété d'accusation pour l'affaire 4e Perpignan, pouvait parcourir les environs de Basoe et de Jalès sans craindre d'être arrêté. Il était de tous les conciliabules qui se tenaient journellement, tantôt cl^z le curé de Chambonnas ou chez le euré de La Bastide , tantôt à Fulcherand , à Nav^ , à Grayières.
Plus de cent prêtres réfractaires, venus au ren(Jtez^ vous de divers départements , s'étaient disperâés dans les communes voisines pour y prêcher la contre-révolution et appeler les habitants aux armes.
Le comte de Saillans , entouré , à St^-André-de* Cruzières, de déserteurs, d'ecclésiastiques et de quelques officiers du bataillon de Roussillon , concertait son plan d'attaque avec le chevalier de Melou, qui jouissait de toute sa confiance^ Son projet était de marcher sur le Puy avec les troupes qu'il cointptait réunir à celles dont il pouvait déjà disposer, et d'assiéger cette ville dans la nuit du 8 au 9 juillet. Là, selon Allier, qui s'y était ménagé des intelligences, il devait trouver à la fois des hommes, des vivres et de l'argent.
Dès Le 3, toutes les mesures étaient prises pour opérer le mouvement projeté, lorsqu'un paquet,
«dressé au vicomte de Bloud h Thueyts [\) , fut in- n92. tercepté par la gendarmerie , qui , sur le bruit d'un rassemblement à St-ioidré-de-Cruzières , s'y était portée avec le juge de paix Cbanac. Ce paquet dé^ voila tout. Là , se trouvaient la commission d^ comte de Saillans , commandant pour le roi dans VArdèche^ l'ordre de diriger sur le Puy toutes les troupes qu'on pourrait lever dans ce département, et une proclamation conçue dans ces termes :
« Nous François -Louis comte de Saillans, chevalier de l'ordrq royal et militaire de St-Louis, lieutenant -colonel commandant des chasseurs du Roussillon, gentilhomme de la chambre de Monsieur, frère du roi, commandant en second, au nom de LL. AA, RR. Monsieur et Monseigneur comte d'Artois, dans le Bas4^nguedoc, le Vivarais, le Velay, etc., faisons savoir et ordonnons ce qui suit :
(4) Daos ce memge le coinle de Saillant aoncMiçait , comme trèt-proehaÎDe , rentrée des princet français et des troupes étrangères dans le royaume. Il se terminait ainsi : • Ayant déjà distribué nos ordres aui différents endroits soumis à notre oomnandemeot , afin que l'étendard de la eonlre*i>STolution soit déployé partoni h même jour et à h même heure ; sachant enfin combien M. le vicomte de Bloud et MM. Durand et Rivière-La-Blacbe sont dignes de notre confiance et de celle de Imfs Altesses RoyaleS) nous leur ordonnons de se mettre à la tête des royalistes de TbueyU , Mayres y Montpezat , Laaarce, La Souche et de tous les environs , dont nous déclarons , au nom de LL. AA. RR. , monsieur le vicomte de Bloud commandant ; ordonnons aux endroits ci-dessus désigna ,de lui obéir en tout ce qnll ordonnera as non dn roi , de ses augnstci frères ei au nètre. Ainsi, la nuit ém dimanche au lundi , 8 et 9 juillet , M. le vicoQte de Bloud détruira la constitution dans lesdits lieux , y rétablira la monarchie française , et préparera une force suffisante ponr marcher , si le cas y échoit , sur la ville du Puy , qui sera attaquée la même nuit. En oonséqnenee, M. le vicomte de Blond tâchera de v^ir M. df Lestang pour prendre avec lui les arrangements nécessaires. Enfin, il tâchera de se conformer en tout et partout k notre proclamation.
t A StUndré^de-Cniiières, le 5 juillet 1792. — Le eùmUétSûitUM. •
450 GUERRES CIYILES
4792. » Peuple fidèle à votre Dieu, à votre roi, levez la tête! Assez et trop loug-temps elle a été courbée sous le joug des plus vils tyrans ; assez et trop longtemps vous avez été le jouet de la faction la plus impie et la plus barbare. La patrie déchirée , la monarchie renversée , la religion horriblement persécutée , le trône avili , le roi captif et dégradé , tous les gens de bien opprimés, demandaient au ciel et à la terre , depuis trois ans, les vengeurs de ces affreux attentats , de ces épouvantables désordres. Il vous semblait que c'était en vain : vous vous trompiez. La Providence , qui permet que les scélérats s'élèvent et prospèrent quelquefois , afin d'instruire le monde , en rendant leur chute plus humiliante et leur châtiment plus terrible, s'occupait de venger le trône et l'autel , de faire triompher la religion et le roi; elle liguait et armait, dans le silence , tous les princes et les peuples de la terre; elle réunissait, au-dedans et au-dehors du royaume , tous les vrais français contre la plus désastreuse révolution.
» Brave et bon peuple de Jalès et des montagnes de PUsèg^, des Cévennes, du Vivarais, du Gévaudan et du Velay ! C'est le ciel lui-même qui vous a inspiré le courage de résister à une corruption qui fut d'abord presque générale, et de vous distinguer par de nobles efforts pour vous opposer à la destruction du culte de vos pères et à l'anéantissement de la monarchie française. Seuls vous tentâtes deux fois de réussir dans cette grande et glorieuse entreprise; mais vous ne p^tes avoir le succès désiré, parce que vous n'aviez pas des chefs; que vos moyens étaient insuffisants; qu'ils n'étaient pas combinés
avec les forces invincibles des grandes puissances et 4792. des bons français qui doivent les seconder dans toutes les provinces ; parce qu'en un mot le moment n'était pas venu. Le voici , réjouissez-vous ! Que les méchants tremblent ! Le jour de la vengeance est arrivé; la foudre est prèle; elle va éclater sur leurs tètes criminelles et les écraser. Vous manquiez de chefs , de moyens et d'appui ; vous allez avoir tout cela.
» Nous sommes nous - même un de ces chefs , honoré et revêtu d'une portion de l'autorité seule légitime dans le royaume, dont la source et la plénitude résident dans le monarque, et dont l'exercice appartient de droit à ses augustes frères , tant que Sa Majesté captive ne peut faire aucun usage de sa liberté. Nous venons vers vous, peuple généreux et fidèle au meilleur comme au plus malheureux des rois , pour nous mettre à votre tète et diriger vos efforts 5 au plus grand avantage de la religion et de la monarchie; c'est-à-dire au véritable bonheur de la nation française.
» Après avoir montré nos pouvoirs à vos diflfé^ rents comités et leur avoir donné les preuves authentiques de la confiance dont nous sommes chargé par LL. AA. RR, Monsieur et Monseigneur comte d'Artois , nous avons cru qu'un de nos premiers devoirs était de nous procurer toutes les instructions nécessaires sur l'étal des choses dans les dififérents pays soumis à nos ordres. En conséquence, nous les avons parcourus pour voir tout par nous-méme, et nous avons eu l'inexprimable satisfaction de nous assurer que la très-grande majorité des habitants
4792. de ces pays étaient inébraulables dans la religion catboUqae et dans la fidélité au roi ; impatients de faire éclater leur dévouement à son augpsle personne et leur zèle pour son service,
» Nous avons remarqué avec quelle ardeur effré^ née , avec quelle adresse diabolique la secte protestante régnait tyranniquement dans les provinces du Midi , dominant les autorités usurpées , la force publique , et les dirigeant à ses fins , qui ne sont autres que l'anéantissement de la religion catholique et de la monarchie, pour y substitue(' le pur calvinisme, le gouvernement républicain ou la plus désolante anarchie. Nous avons vu, avec autant de douleur que d'indignation, les autels abattus , les ornement^ sacrés de notre culte profanés, des églises incen^ diées , de vénérables pasteurs dépouillés , chasséi^, décrétés, emprisonnés, chargés de fers comme d'in^ signes scélérats, le peuple catholique exposé à toiit moment à des humiliations , à des indignités, à des brigandages, à des assassinats. Il n'y a eu rien de si affreux chez les peuples les plus ennemis du nom chrétien. Ce n'est qu'alors que nous avons pu croire à la vérité des massacres effroyables commis par les protestants sur les catholiques de Nismes et d'autres villes du Languedoc , dont le tableau paraissait être l'ouvrage de l'exagération ou de l'imposture. Nous avons vu fumant encore les débris de tant de châteaux, de tant d'habita||ions livrées aux flammes, au pillage; les plus belles, les plus riantes contrées (^langées en de tristes déserts, où l'on n'apergoii que les ravages de la dévastation et de la mort, et cela pour punir les propriétaires , seigneurs ou simples
DU VIVARAÏS. 453
particuliers, du crime d*aimer leur religion et leur \192. toi ! Nous avons vu , enfin, et c'est ce qui nous a le plus révolté, établies dans les principales villes, ces associations monstrueuses connues sous le nom de tlubs, où des hommes qui ont la plupart le cœur de Néron et l'âme de Dioclétien , méditant froidement et ordonnant publiquement tous les forfaits qui désorganisent la nation française, renversent toutes les bases sur lesquelles ses monarques avaient élevé l'édifice de son bonheur et de sa gloire, et la précipitent chaque jour dans un gouffre de malheur et de ruine.
» Frappé de l'état aussi terrible qu'accablant où est réduite la plus fortunée des provinces, ainsi que tout le royaume; considérant qu'il n'y a aujourd'hui aucun moyen que celui d*une force ouverte et supérieure aux efforts des méchants qui puisse arrêter le torrent de tant d'impiétés et de barbarie; que les autorités usurpées sur le monarque, entre les mains de l'assemblée prétendue nationale, des départements, des districts, des municipalités sont sans force pour faire le bien ; que les membres qui sont les organes de la puissance publique, n'ont ni la volonté ni le courage de mettre fin à ce désordre général , dont plusieurs d'entre eux sont les auteurs, les feuteurs, les complices; mettant notre confiance en la justice de la plus belle , de la plus sainte des causes, en la force toute -puissante du Seigneur Dieu des armées , en l'auguste reine des cieux , là protectrice de ce royaume, qu'elle a si souvent sauvé des pièges et des fureurs de ses ennemis, noua croyons pouvoir et devoir faire usage du puissant moyen que la Providence nous met entre les mains^
4702. dftns la confédération de quarante-cinq mille hommes armés dans le pays des montagnes , et de vingt-cinq mille hommes également armés et fédérés dans le Bas-Languedoc, pour le rétablissement de la religion catholique, des prérogatives de la couronne, le bien des peuples et la délivrance du roi. Nous prenons, en conséquence , le commandement de ces forces, comme nous y sommes autorisé par LL. AA. RR. Monsieur et Monseigneur comte d'Artois , et sous celui de l'officier-géuéral par elles nommé , et de l'auguste et très-sérénissime prince qui doit prendre le commandement en chef de cette armée; et en notre qualité de commandant, nous faisons les déclarations et ordonnances ci-après :
» Art. i". Nous déclarons criminels de lèsemajesté au premier chef, rebelles à S. M. Louis XVI, notre gracieux et infortuné souverain, tous ceux qui, par leurs conseils, discours, actions, l'ont réduit à l'état de captivité , et forcé S. M. à donner sa sanction à des décrets destructeurs des prérogatives dp la couronne , de notre constitution monarchique, (Je la religion catholique et des propriétés tant générales qu'individuelles du peuple français.
» Art. 2. Nous ordonnons à toutes les troupes de ligne du roi , à toutes les maréchaussées et aux troupes bourgeoises, sous nos ordres, de courir ^ur les rebelles conjme sur les ennemis du roi et de l'état, de les constituer prisonniers, pour leur procès être fait , parfait et exécuté selon la rigueur des lois. Nous enjoignons auxdites troupes de regarder comme rebelles les membres des assemblées nationales des départements, des districts administratifs et judiciaires, qui n'auront pas protesté
eonlre la rébellion ou donné d'autres niarques non 4792 équivoques de repentir d'y avoir coopéré , et que nous commanderons nommément d'arrêter; comme aussi les protestants factieux, auteurs, fauteurs, participes des sacrilèges , incendies , meurtres , insurrections; nous voulons que, sans aucun ordre exprès de notre part, on arrête, sans en excepter aucun , les plus scélérats des homiâes : les clubistes, ^cobins et feuillants , les évêques , les prêtres intrus qui ont dépossédé les légitimes pasteurs.
» Art. 3. Nous ordonnons que les églises des catholiques seront de suite et partout ouvertes , que le service divin s'y fera en toute liberté , publiquement comme avant la révolution , par les évêques , curés , vicaires légitimes , chapitres, corps religieux, sans avoir égard à aucune défense contraire. Nous prenons , sous la protection spéciale de la force qui nous est confiée , leurs personnes et leurs biens , voulant qu'il ne leur soit fait aucune insulte, aucun tort, sous les peines les plus rigoureuses. Nous invitons les confesseurs de la foi que la persécution a chassés de leurs églises, à y rentrer au plus tôt, promettant de les soutenir de tous nos moyens , et ordonnant aux troupes qui sont sous nos ordres de leur prêter tout secours en cas de besoin.
» Art. 4. Ne pouvant faire avorterles complots des scélérats qui ont divisé la nation, ruiné sa prospérité, détruit le cuUe de nos pères , qu'en leur en imposant par une force majeure , nous ordonnons à tous les habitants des pays soumis à notre commandement, de se tenir armés et prêts à marcher au premier de nos ordres, leur enjoignant de porter des vivres
\ 792. pour huit jours, lorsqu'ils se rendront à notre armée; autorisant leurs communautés à les leur faire four-nir. Nous pourvoirons après cela à la subsistance des troupes «
» Art. 5. Etant informé que le projet des protestants est de s'emparer , au moment de l'entrée des armées étrangères dans les provinces du Midi , du pays des montagnes pour se mettre à couvert de ces forces et pouvoir soutenir leur révolte, noua croyons du devoir de notre vigilance de prévenir les habitants des montagnes , surtout ceux qm sont dans le voisinage des protestants , d'avoir Vml tou-^ jours ouvert èur leurs démarches , de monter jour* nellement et régulièrement la garde , et d'entretenir avec nous une correspondance continuelle , afin que noas puissions nous porter avec force sur les pointg menacés ou atlaqaés.
» Art, 6. Lfô révoltés s'étant emparés d6s rêve* nus publics pour se maintenir dans la rébellion, nous défendons à tous collecteurs, receveurs des deniers royaux , de verser les fonds quUls ont entre les mains, dans les caisses des districts et d'autres^ sous pdne d'en être responsable ^ de faire aucune levée d'impôts, exwf>té celles que nous sei'ons peut^ être dans le cas d'ordonner an nom de LL. AA. RR. Monsieur et Monseigneur comte d'Artois, pour les dépenses néoes^ines au retour de Tordre publie ; assumnt 1^ oontribuables que Ton tiendra en compte , sui^ leur cote d'tmposiUons , les avances que nous serions alors dans te bas d'exiger, et lesqueUes n'ex^ céderont jamais leur cotisation actuelle.
» Art. 7. Comn^e l'administration de la justice
DO VlVARAIS. 457
est, après l'exercice de la religion, le meilleur 4T92. moyen de rétablir l'ordre , en faisant respecter les propriétés de chacun , nous ordonnons aux juges et aux officiers ministériels des diflFérents tribunaux de justice établis avant la révolution , de reprendre leurs fonctions, promettant de les soutenir, de faire honorer leurs personnes et exécuter leurs jugements.
» Art. 8. Etant de la dernière importance que les officiers de la police et les consuls des communautés des villes et des campagnes, actuellement connus sous le nom de municipalités , veillent plus que jamais au maintien de la tranquillité publique , nous leur enjoignons de ne cesser d'observer les discours , les démarches des factieux , de dissiper leurs assemblées, de nous dénoncer les chefs, afin que sans délai nous les fassions arrêter et punir exemplairement.
» Art. 9. Désirant d'effacer jusqu*aux traces de la rébellion , nous défendons de porter cocardes , écharpes , uniformes aux trois couleurs prétendues nationales, voulant que ces signes de la révolte française soient foulés aux pieds, brûlés, anéantis^ en détestation de la faction qui les a donnés, et qu'on leur substitue la couleur blanche, qui fut dans tous les temps le symbole de la franchise , de la loyauté d'une nation jusqu'à ce jour fidèle et sans tache.
» Art. 1 0. Instruit qu'un grand nombre de bons français gémissent dans l'oppression , s'en pouvoir sortir du royaume pour s'en délivrer, nous déclarons que les regardant avec le plus juste intérêt ,
458 GUfiRBES CIVILES
4792. nous les mettons dès ce moment sous notre sauvegarde, assurant que nous vengerions par le feu et le fer les outrages qui pourraient leur être faits. Nous invitons tous ceux qui sont en état de porter les armes de se joindre à nous.
» Art. ii. Nous défendons, dès à présent, la publication de tous décrets , adresses , proclamations, lois, ordonnances, avis, etc. , qui émanent des autorités usurpées sur le monarque , et voulons dorénavant que tout coopérateur à cette publicatioâ soit arrêté et traité comme rebelle.
» Art. 12. Enfin nous déclarons , tant en notre nom qu'en celui des sujets fidèles du roi qui sont sous nos ordres , que nous soutiendrons de tous nos efforts , et par le sacrifice de nos fortunes et de nos vies, la religion catholique, l'autorité du roi, le véritable bonheur du peuple français , et que nous ne poserons les armes qu'après les avoir fait triompher des attentats des protestants , des impies, des traîtres et des rebelles.
» Le comte de Saillans. »
Il était impossible de montrer plus d'audace et de tenir un langage plus propre à émouvoir des hommes naturellement enclins à la sédition et qui pouvaient se croire menacés à la fois dans leurs principes religieux et dans leurs intérêts matériels.
Le directoire, instruit de celte découverte , s'empressa d'en donner avis à l'assemblée nationale et aux départements voisins par des courriers extraordinaires, en réclamant de prompts secours; en même temps il ordonna l'arrestation des personnes nommées dans la dépêche du comte de Saillans et
DU vivÀRiis. 459
dirigea vers Joyeuse le peu de Iroupes de ligne '•792. qui se trouvaient éparses dans le département, ainsi que les gardes nationales des districts du Tanargues, du Coiron et du Mezenc.
Le comte de Saillans, voyant les mouvements qui s'opéraient, comprit que son projet était éventé. Ne voulant pas attendre le moment convenu pour agir , il lève à la hâte mille ou douze cents hommes et court investir le château de Banne , occupé par douze gendarmes et une compagnie du régiment de Bourgogne. Il somme Bois-Bertrand, qui les commande, de lui remettre son poste ; cet officier répond qu'il est là par ordre du roi et qu'il n'en sortira que sur l'injonction du roi; que jusqu'alors il se défendra. Le comte insiste, et demandant un entretien à Bois- Bertrand, il rinvite à se rendre sur la place de Banne avec deux de ses hommes , où il se transportera lui-même avec une pareille escorte pour lui faire des propositions qui lui seront agréables. Bois- Bertrand lui fait répondre qu'il lui parlera volontiers^ mais en présence de ses soldats ; qu'il peut se présenter en toute conBance au château , garantissant, sur son honneur , qu'il ne courra pas le moindre danger. Le comte ayant refusé, Bois-Bertrand lui envoie le lieutenant de gendarmerie Roger, pour lui renouveler la condition à laquelle il évacuera le château. Arrivé seul sur la place , Roger se voit insulté et menacé par un poste. Il dit à ceux qui le composent qu'il vient de la part du commandant du château pour conférer avec les chefs. Le comte, informé de ce message donne l'ordre de lui amener Roger , qu'il reçoit en présence de sa colonne rangée
f792. en bataille au-dessous de l'église de Banne. Le lieutenant lui rend compté de sa naission : « Allez dire à M. Bois-Bertrand, répond le comte, que puisqu'il s'obstine à ce point, je prendrai le château par escalade. »
Roger se retire accompagné de quatre officiers que le comte lui a donnés pour escorte. L'un d'eux, Therron des Vans, lui dit que dans la nuif qui vient de s'écouler la ville des Vans a été prise , et que les patriotes qui s'y trouvaient ont été égorgés : «Tantpis ! » répond Roger; et rentrant dans le château, il fait pàf t à Bois-Bertrand du résultat de sa démarche. Celui-ci dispose tout pour la . défense de son poste; mais bientôt il s'aperçoit que le comte de Saillans se retire avec ses troupes par la montagne à droite de l'église. Alors il envoie quelques-uns dé ses hommes à Bernas chercher du pain pour la garnison. Ces hommes étaient à peine de retour, lorsque le chevalier de Melon parut et vint prendre position vis-à-vis du château avec soixante-quatorze soldats. Dans la soirée il s'empara des chevaux des gendarmes qui étaient chez Anjolras, officier municipal, et dont ils se servaient pour leurs courses. Pendant deux jours le chevalier fit sonner le tocsin, et une foule de paysans armés vinrent grossir sa inoupe. Au bout de ce temps la garnison du château se retrouvait sans vivres. Le boulanger du lieu fit prévenir Bois-Bertrand qu'il avait caché quelques pains, et l'invita à les faire prendre , n'osant les lui porter lui-même dans la crainte d'être massacré. Bois-Bertrand fait sortir vingt hommes à cet effet. Ils se tangent en bataille sur la place en face de la
DU VIVARiiS. 461
boulangerie. Après avoir échangé quelques coups 4793. de fusil avec les assiégeants , ils parYieonent à se rendre maîtres du village et à se procurer du pain et du vin qu'ils transportent au château.
Le samedi, 7, le comte de Saillans rejoignit le chevalier de Melon avec sept à huit cents hommes, et le lendemain, il envoya ce dernier auprès dç Bois-BerU:and pour lui proposer une capitulation. La garuison du château manquant encore de pain, et n'ayant plus qu'une centaine de cartouches à tirer, se décida à l'évacuer à onze heures du matin.
Les condition de cette capitulation furent rigoureusement Observées, Le chevalier Melon servit d'otage aux soldats de Bois -Bertrand jusqu'aux portes des Vans, où il était convenu qu'ils devaient se retirer. Chemin faisant, ce chevalier, causant avec le lieutenant Roger, lui dit que, dans cette même uuit, le Puy, Langogne et Pradelles seraient au pouvoir des royalistes; il ajouta: « partout nous avons un parti fort. Je suis fâché qu'il faille employer le pillage; mais nous y sommes contraints. Vous avez bien feit votre devoir. Vous combattez pour votre opinion ; moi je combats pour la mienne. Demain nous nous re verrons : j'aime à avoir affaire avec le» braves gens. »
Cependant le directoire ne perdait pas un moment. Après avoir organisé les volontaires nationaux doni le gouvernement venait d'ordonner la levée, il ea arma six cents avec les fusils dont il pouvait disposer, les pourvut de munitions et d'une grande quantité de vivres , et les dirigea sur Joyeuse, ou se formait l'armée qui devait être opposée au comte de Saillans.
4792. Le 8 juillet^ il se rendit lui^raôme dans cetle ville. Le lieutenant-colonel Aubry y arriva presqu'eu même temps, avec quatre cents hommes du 38® régiment. Le directoire lui ayant confié le commandement de toutes les troupes, se concerta avec lui sur les mesures à prendre. On songea d'abord à défendre les positions dont le comte de Saillans pouvait s'emparer , à ravitailler le château de Banne , à intercepter toute communication entre le point qu'occupait le chef des royalistes et les montagnes de la Lozère , qui devaient lui fournir des secours, et l'empêcher de s'étendre sur le reste du département. En conséquence , dans la nuit du 8 au 9 , huit cents hommes devaient être répartis entre Naves , les Assions, Gravières, les Vans, Chambonnas, Brahic et Malbosc, pendant qu'un pareil nombre marcheraient sur Banne et jetteraient dans le fort, à la faveur de l'obscurité, un détachement et des vivres pour quatre jours. Tout était ainsi arrêté, lorsqu'un gendarme vint annoncer la capitulation du château de Banne et son occupation par les troupes du comte de Saillans. Il fallut donc renoncer à la seconde partie des mesures adoptées. Les huit cents hommes destinés à l'accomplir furent envoyés aux Vans , qui ne pouvaient manquer d'être attaqués après la prise du château de Banne, et les huit cents autres allèrent occuper les positions indiquées. Dès-lors les Vans se trouvèrent à l'abri de toute entreprise, et le comte de Saillans dut renoncer aux renforts qu'il attendait de la Haute-Loire et de la Lozère. Pour resserrer le comte autant que possible dans ses positions, on fit occuper le poste de la Maisonneuve , qui mettait
Joyeuse à couvert. Maître de St-André-de-Cruzières, ^792. ainsi que de tous les hameaux dépendants de la paroisse de Banne, Saillans fit pilier, le 9, le village deBerrias, qui se trouvait sans défense et complètement k sa merci. Le même jour ses gens s'emparèrent d'un convoi de vivres escorté par quatre hommes du 38* , dont Tun fut tué et les trois autres retenus prisonniers au château de Banne , où il s'enferma après l'avoir approvisionné pour plusieurs jours.
Pendant que des troupes accourues du Gard , dès la première nouvelle des troubles, renforçaient l'armée nationale , St-Ambroix recevait de l'artillerie, des dragons, des bataillons de ligne et des milices, et le général d'Albignac arrivait au Pont-St-Esprit k la tête de plusieurs régiments.
Le i i , treize cents hommes, partis de St-Ambroix, s'avancèrent vers St-André-de-Cruzières; mais ils furent arrêtés par quatre cents royalistes que le comte de Saillans avait envoyés , sous la conduite du chevalier de Melon, k l'entrée du bois de Courry, situé près de la montagne de St-Brès. Un combat très-vif s'engagea sur ce point; il dura près de trois heures. L'opiniâtreté des royalistes fut telle qu'il fallut employer le canon pour les déloger de leurs retranchements. Les troupes du Gard, furieuses de rencontrer une si forte résistance , gravirent la mon^ tagne avec impétuosité et parvinrent enfin k se rendre maîtresses du poste. Les royalistes laissèrent plusieurs morts sur le théâtre de la lutte, entre autres le chevalier de Melon (1). Les patriotes n'eu-
{i) C'était un des priocipaux agents de la facliun contre-révolutionnaire. Il était Tenu de Coblenlz pour servir sous Connwai , que les prinees avaient chargé du
4792. reat que quelques blessés. Ne reucontraut plus d'obstacle, ceux-ci se jetèrent sur St-Audré-de^- Gruzières, que les habitants venaient d'abandonner, et le brûlèrent entièrement* Berrias , Jalès et Beau^ lieu tombèrent également en leur pouvoir. Il ne restait au comte de Saillans que Banne et les ha^ meaux qui en dépendent. Il se vit perdu s'il ne trouvait le moyen de passer avec sa garnison à tra-» vers l'armée qui le cernait. L'entreprise était périlleuse; il s'y décida néanmoins, après avoir recueilli les avis de ses officiers et ceux de Perridier, son secrétaire intime. Toutefois, avant de la tenter , il voulut essayer un dernier moyen auprès du général de l'armée constitutionnelle: il fit partir pour St*- Ambroix un de ses hommes avec la proclamaticm suivante :
« Nous François-Louis comte de Saillans , chevalier de l'ordre royal et militaire de St-Louis, etc., voyant avec la plus grande peine les calamités qu'entraîne une guerre pour ainsi dire générale dans le royaume, notamment dans le Yivarais, les uns contre les autres, à cause de différentes opi* nions, je déclare , en mon propre et privé nom , que fatigué des excès que le peuple éprouve , je de«* mande que chacun rentre chez soi , et qu'on y soit parfaitement libre et tranquille.
commandement de toutes les troupei qui devaient opérer dam le Midi en faveor de leur cante. Il fut le premier moteur de Texplmion de Banne. U avait accompagné le comte de Saillant à l'aisemblée des oonfuréa qui se tint au bob de Blalon , le 25 juin , et od présidait le enré de CbamltonnM. Ce fbt sur n proposition qa*on décida l'attaquel, qu'on somma le général Gonnwai de venir prendre le eommai^ dément des royalistes dans le délai de huit jours j et que Fiorre Sévan fut envoyé ^ns ce but.
DU YIVARAIS. 465
» Nous promettons de ne commettre aucune hos- 4792. tilité, que je resterai dans mon château de Banne, comme faisant partie de mon héritage ; je déclare de plus que je ferai tous les sacrifices possibles pour faire cesser tous les brigandages qui se commettent de part et d'autre.
» C'est dans ce moment que tout rassemblement n'aura plus lieu, et chacun rentrera de suite dans sa maison.
n C'est dans ces sentiments du plus profond de mon cœur que j'exhorte tous les partis diviséà à se réunir, en vivant en boùne intelligence, et nous eh rapporter aux puissances qui nous prendront sous leur protection.
» Fait à Banne, le H juillet 1792.
» te comte de Saillans. i^
Au désordre d'idées qui règne dans la rédaction de cette pièce , il est aisé d'apprécier la situation d'esprit dans laquelle se trouvait alors le comte. Le messager chargé de la porter fut tué dans le trajet. Ne recevant aucune réponse à sa missive; ne voyant point arriver de troupes , quoiqu'il eût fait sonner le tocsin dès le commencement du combat de St-Brès; enfin, abandonné par le curé de Chambonnas luimême, qui avait promis formellement de lui envoyer de prompts secours , le comte de Saillant prit le parti de fuir. Profitant d'une nuit sombre et orageuse , il sortit du château avec vingt-cinq ou trente des siens et parvint à franchir le cercle d'ennemis au milieu duquel il se trouvait, grâce à une pluie battante qui força ceux-ci à chercher un abri dans les maisons du voisinage.
4792. ''^ lendemain, trois soldats du 38% que les gens du comte avaient faits prisonniers quelques jours auparavant et qu'on retenait au château de Banne, allèrent annoncer aux Vans la disparition de la garnison. Le soir même le lieutenant-colonel Murol, qui commandait cette place, vint prendre possession du château, oîi Ton trouva douze cents rations de pain et autres provisions (i).
Des ordres furent donnés aux divers postes de l'armée constitutionnelle pour l'arrestation des fugitifs. Des soldats se répandirent sur toutes les routes et dans tous les défilés; et les rebelles qui eurent le malheur de tomber entre leurs mains furent tués sans pitié.
Le 12, à sept heures du matin, le comte de Saillans fut arrêté par un poste de cinq hommes établi au lieu des Aidons, du district de Villefort. Il était vêtu en paysan et accompagné de Pradhon , curé de
\^) On lit dans le compte-rendu de la Conspiratiùn de Saillans la description svÎTante da château de Banne qui fut réduit eu cendres bientôt après : «.... U paraissait a peu près certain qu'on ne pouvait emporter ce poste qu'en coupant les vivres à la garnison ou en le bombardant ; et le général avait donné des ordres pour faire venir des mortiers. Il était , k la vérité , possible de battre le chàleau de Banne avec des canons établis sur un plaleau vis-à-vis ; mais la difficulté consistait à se rendre maître du plateau que commande le cbftteau même. On ne pouvait y nrriver que par les derrières et en prenant une route coupée de torrents et de racines , «itrèmement peu propre au transport de l'artillerie. On a dit à l'assemblée nationale que ce château était une bicoque , et ceux qui ont ainsi parlé ont assuré qu'ils l'avaient vu. Le fait est qu'il y a peu de postes en France que la nature ait mieux fortifiés ; le fait est que si les rebelles avaient eu suffisamment des vivres et quelques pièces de canon , ils auraient , avec cinq cents hommes , résisté une année entière. Banne est sur un roc taillé à pic , élevé sur d'autres rochers taillés de la même manière ; il est détaché d'une montagne qui , à la vérité, le domine, mais •qui est tellement escarpée qu'on ne peut espérer d'y gravir. Le plateau dont on a parlé, et sur lequel est bâtie l'église, se présentée peu de distance ; mais on ne peut y arriver qu'en venant du cdté opposé , et il est extrêmement dangereux de j' engager imprudemment dans la route qui y conduit. » Page 24.
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Banne, de Tabbé Boissiu^ de Nadal, vétéran de 4792. Banne 9 et d'un domestique. Tous se rendirent sans opposer la moindre résistance, quoique le comte eût une paire de pistolets à sa ceinture et que deux de ses compagnons fussent porteurs, l'un d'un sabre, Tautre d'une canne à lance. Interpelé par le chef du poste, nommé Laurent, ancien sergent-major au régiment deHainaut,lecomte se dit curé de Barjac, et être en route pour se rendre aux eaux thermales de St-Laurent. Ayant témoigné le désir de satisfaire à un besoin naturel , Laurent le conduisit dans une écurie, et s'aperçut qu'il cachait quelque chose dans une crèche; mais il n'eut pas l'air de l'avoir remarqué. Il le fit monter dans une chambre, et l'y ayant consigné, il alla recueillir ce que le prétendu curé de Barjac venait de déposer. C'était un portefeuille contenant des papiers et des notes qui ne permet-^ taient pas de douter que le prisonnier fût autre que le comte de Saillans.
Laurent remonte et fait passer le comte dans une autre pièce, où celui-ci se voit forcé de décliner son véritable nom; il ajoute : w Je suis en votre pouvoir , mon brave ; voilà ma croix et cinquante, louis que je vous offre , en même temps que fortune dans mon entreprise, en échange de ma liberté. » Laurent repousse cette proposition. Le comte le saisit alors par le cou, et l'étreignant fortement t « Si nous étions seuls, lui dit-il , si je ne craignais pas tes camarades, ton affaire serait bientôt faite ! »
Laurent , s'étant dégagé sans lui faire la moindre offense, le ramène parmi ses compagnons et fait battre la générale. Les gardes nationaux de Ste-
4702. Marguerite accourent; il choisit quinze d'entre eux, et , craignant une surprise de la part des royalistes, il se met de suite en marche pour les Vans avec les cinq prisonniers.
L'escorte se grossit insensiblement des renforts que fournirent les villages de Chambonnet, Lafigère, Malarce, les SallellesetChambonnas. Arrivés aux Vans, le comte de Saillans et les siens se virent en un instant enveloppés par l'armée constitutionnelle, qui les reconnut pour les principaux chefs de la conspiration de Banne. Les soldats, exaspérés, éiiumérant les cruautés dont les royalistes s'étaient rendus coupables, soit envers la gendarmerie, soit à l'égard des troupes de ligne et de différents particuliers, demandèrent à grands cris que les captifs fussent passés sur-le-champ au fil de Tépée : ce qui fut exécuté, malgré les remontrances et les efforts du juge de paix et du lieutenant de gendarmerie Roger (1). Ainsi périt le chef de la rébellion de Ja-
(4) Vûiei dan8 4]tteU termes un écrivain dont le royalisme outré doit faire suspecter la sincérité , rapporte cet éYénement :
« Placé au milieu de quinze jeunes gens dont pas un n'avait affronté les combats, n. le comte de Saillans marchait paisiblement sans éprouver la moindre insulte de la part de son escorte. Ces enfanta-soldats, plutôt entraînés par le tourbillon révolutionnaire que par l'instinct du crime , ne voyaient plus dans la personne de leur prisonnier qu'un homme malheureux et désarmé , sur lequel ils ne se croyaient d'autlts droits que ceux d'une douoe inspection. lU n'ignoraient pas néanmoins lei périls qui le menaçaient. Tous désiraient le remettre en d'autres mains pour n'être pas témoins d'un forfait auquel leur cœur répugnait. Plût à Dieu qu'eux-mêmes l'eussent déposé dans les mains de l'autorité ! Peut-être fût-on parvenu k le sauver. Mais malheureusement sa^garde leur Revint un fardeau d#Bt ils brûlaient de se débtrrasser. Ih) mauvais génie do M. do éâillans amena sur sa route le détachement de la garde nationale de Largeotière, commandé par un sieur Thourelte, de Meyras, «nciiën tdtninistriteur de Joyeuse , «t maintenant (>! SIC) notaire à Mon^eiat. Let volontaires lui Ternirent leur prisonnier. XeTbourette, révolutionnaire fanatique , sans principes et sans humanité^, frémit d'une joie féroce en voyant la respectable
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lès. « Son plan, dit la relation de la Conspiration de 4792. Saillam (1), n'était qu'une partie d'un complot bien plus étendu, dont l'exécution, lixée d'abord au commencement de mars, paraît avoir été différée par des considérations inconnues. Saillans commandait sous Connwai , et Connwai paraissait persuadé da la faiblesse de Saillans. Il voulait une attaque générale et non des mesures partielles : il comptait peu sur le Vivarais; et après avoir échoué dans le complot qui tendait à faire entrer les espagnols , il paraissait peu disposé à se contenter â'une attaque moins puissante. Saillans paraissait plus hardi, ou du moins plus entreprenant. U semblait croire que sa présence dans l'Ardèche et dans la Haute-Loire suffirait pour y ramasser une armée , et le chevalier de Melon l'entretenait dans cet espoir. »
La prise du château de Banne , la mort de Saillans et la dispersion de ses gens ne rétablirent pas Tordre dans le Vivarais. L'autorité, qui avait si fort contribué à la défaite des rebelles , se vit bientôt dans la nécessité de déployer toute son énergie contre la plupart des vainqueurs, qui se livrèrent à
victim« que Voû commettait k set soins. Les yolontaires s^étaient retirés , et le déteDtt marchait tranquillement au milieu de la garde bourgeoise. — « Monsieur , » dii-il k Tboiirette en lui offrant du tabac dans «ne botte d'or, j'aime à eroire qnc » ma ?ie est en sûreté entre tos mains. » Cette bonne opinion que le comte a?ait du scélérat Thourette , parut sans doute une cruelle injure à ce dernier. Un mot qui devait attendrir on tigre fit un effet contraire sur le misérable. Altéré du sang de M. de Saillans , il t'arrûte, le laisse aTanœr, et d'un coup de sabre donné par derrière lui ouvre le crâne : l'infortuné tombe. Un nommé Ijipaille^ habitant aussi à Largentière , tire son sabre , lui coupe ou plutôt lui scie la tête, qu'il promène ensuite au bout de sa baïonnette dans les cantons les plus suspectés de royalisme. » Guerres du Vivarais , par Vincent , pages 80 et 84 .
(4) Brochure in-S^^Privu, P. Guillet, 4792.
470 GUERRES CIVILES DU ViVARAlS.
1792. des excès inouïs envers les personnes suspectées de royalisme et leurs propriétés. Plusieurs prêtres qui s'étaient réfugiés à Naves, et chez lesquels on trouva des cartouches , furent saisis , traînés et massacrés par des soldats sur la place même où le comte de Saillans et ses quatre compagnons avaient été immolés. Les communes de Banne , Berrias , St- André-de-Cruzières ^ autres furent complètement ravagées par des bandes que rien ne pouvait contenir. M. de Malbosc, seigneur de La Bastide, arrêté dans le département du Gard et conduit au Pont- St-Esprit , fiit précipité du haut de la forteresse dans les fossés; le curé de Chambonnas, découvert dans une grotte , au milieu des montagnes de la Lozère , fut saisi, garrotté, emmené à Monde et mis à mort; M. de Chabannes, que Ton conduisait au Puy, arraché par une populace effrénée à une escorte de dragons, malgré les efforts du capitaine qui la commandait, fut massacré aux portes de cette ville; le chevalier d'Ântremont et Tabbé de La Molette de Villefort eurent le même sort dans les rues de Joyeuse; Crégut de Banne, Nadol de Rougniac, Perrochon, Laroche et beaucoup d'autres furent également victimes de la fureur populaire. Perridier de Pompignan, secrétaire du comte de Saillans, fut plus heureux : parvenu à s'échapper des prisons de Privas, à l'aide d'une fausse clef qu'on lui fit tenir, il alla se réfugier chez Lafont , maire de Pourchères, où il reçut l'hospitalité pendant deux ans.