CHAPITRE NEUVIEME
ia Révolutiou finirait par des chansons, comme la Fronde, ils continuaient à rire de toul, suivant Thabitude prise avec Voltaire. Le marquis de La Rouerie (on lui donnait ce titre, bien qu'il ne figure pas dans la réformation ) joignait du moins à la légèreté de mœurs la solidité de caractère. Tout en dansant avec ses amis sur le vq)can , il leur enseigna le moyen d'en combattre Fexplosion. 11 leur dit surtout que c'était en France, et non pas sur le Rhin, qu'ils pouvaient sauver la monarchie ^ Le comte d'Artois et ses amis le prirent pour un rêveur. On le remercia de son zèle, et Ton continua de danser. La Rouerie jura de prouver sa thèse par l'action, et revint en Bretagne, où il convainquit les gentilshommes. Il obtint enfin l'adhésion des princes, le 5 décembre 1791, et il put entamer l'exécution de son grand projet. On vit alors cet homme faire une sorte de miracle, en créant une association dans le pays le plus morcelé par les intérêts. Il arrivait seul et sans appui à Rennes ou à Vannes, et le lendemain il avait organisé un comité royaliste animé de son ardent esprit. Il enveloppa ainsi non-seulement les cités, mais les villages des Côtes-du-Nord, dlUe-et-Vilaine et du Mprbihan, dans une organisation latente aussi vigoureuse que la constitution révolutionnaire. Les victimes des patriotes apprirent à leur tour que l'union fait la force. En restant le véritable chef de cette ligue, Tuffin eut l'adresse de persuader à tous ses membres qu'il était leur instrument, et il ne mit réellement dans son secret queTinténiac, Fontevicux, le major américain Chaffner et Thérèse Le MocUien. (Les femmes mettent leurs beaux yeux dans toutes les conspirations.)
«Thérèse Le Moëllicn, dit M. Grétineau, est la parente de La Rouerie. Jeune fille pleine de cette exaltation qui produit les Charlotte Corday et les martyrs royalistes, elle a consacré sa jeunesse et sa beauté à la cause dont LaRouërie est le représentant. Elle aime ce major américain qui, en apprenant les dangers dont le trône de Louis XVI est entouré, abandonne sa patrie et sa famille pour prouver au roi de France que les républiques ne sont pas toujours ingrates. Chaffner, homme d'intelligence et d'activité, est l'intermédiaire entre les conspirateurs bretons et les royalistes des autres provinces. Son origine, sa position, son accent même, tout contribue à tromper les inquiétudes soupçonneuses de la Révolution. Chaffner s'est lié avec La Fayette, avec les Lamcfli et tous ces gentilshommes qui, à Técole de Wiishington, ont appris le rudiment de l'indépendance républicaine. Par La Fayette il a connu les orateurs puissants de cette époque; son exal-
* Il règne, dans les lettres de La Rouerie au comte d'Artois, une appréciation des hommes et des TaîUs de la Révolution, merveilleuse chez un courlifan de ce temps-là : a Je crains, monseigneur, osait-il dire au prince le 13 janvier 1790, que les personnes dont vous êtes entouré ne comprennent pas parfaitement la position des choses. De grandes Tautes ont été commises, de plus grandes encore se préparent... Avant de songer a prendre V appui problématique des puittanou, j'ai cru devoir tenter une organisation iatérienre qui pourrait s'étendre fort loin. La Révolution s'est faite maladroitement impie et cruelle en Bretagne. Les paysans détestent déjà la bourgeoisie, qui les traite comme des serfs . L'heure d'agir me semble arrivée. » ( Crétincau-Joly, Vendée militaire, t. IH.)
lation américaine lui donne le «Iroil d'entrer dans leurs secrets. C'est par ChàlTiier que La Rouerie peut mesurer la portée de ses coups; c'est à ChafTncr qu'il doit les renseignements les plus précieux ; c'est ChafTner qui, de près ou de loin, veille avec une tendresse de père sur le conspirateur et sur sa belle complice. Â l'aide^e ce levier, dont lui seul connaît la puissance, La Rouerie manœuvre presque à coup sûr; il a déjà opéré bien des prodiges, lorsque, le 2 mars 1792, les princes lui coniercDl des pouvoirs illimités. »
Ces pou voir», signes des comtes de Provence et d'Artois, enjoignaient enfin aux gentilshommes dette pus augmenter l'émigration , leurs services étattt plus importants au dedans qu'au dehors ; — recommandation tardive, — malheureusement accompagnée d'une menace des puissances européennes.
La Rouerie convoqua aussitôt à son manoir tous les chefs de son associalion : pour le Morbihan, l^nlivy-Du reste. La Bourdonnaye-Goëlcandec. de Silz, le villageois Guillemot, de Troussier, etc.; — pour le pjiys d'Avranrhes, Saint-Gilles ; — pour llIc-et-Vilaine, La Haie-Saint-Hilaire ; — pour Fougères, le jeune Aimé duBoisguy, que nous verrons général à seize ans; — pour Montfort, du Boberil ; — pour le Finistère, d'Ampherné et Kerbalanec ; — pour lesOôtes-du-Nord, Ponlbriand et Boishnrdy ; — puis encore GroutdcLa Motte, UGuyomarais, Limoclan, Bertin, de Launay, etc. Désillcs tient la caisse. Loiscl la plume, et Fonlevieux sert de courrier.
par des espions, les gardes nationaux dcSaint-Malo et de Saint-