CHAPITRE ONZIÈME
Chatillon , Saint-Georges-du-Puits-de-la-Gardc et la SalIe-dc-Vîhcrs, jusqu'au coteau du Layon qui se dirige vers Martigné, Thouarc et Beaulieu. La troisième ligne part du côté de Mallièvre, près Chatillon, et borne le cours de la Sèvre nantaise, en passant par Morlagnc, TifTauges et Glisson.
Du Layon à la Loire, s'étend un vaste plateau.
Tout cela est arrosé par une multitude de rivières et de ruisseaux qui tous, — chose remarquable, — naissent et meurent dans le pays. Les principaux sont : en Maine-et-Loire, le Maine, le Layon et l'Eure ; — dans les Deux-Sèvres, la Sèvre niortaise, l'Âulise, la Vendée, le Thouel, l'Argenton cl la Sèvre nantaise; — dans la Vendée, le grand et le petit Lay, l'Yon, le Jaunay, la Vie, le Ligneron, l'Ognon, la Boulogne, le Tenu et TAchenâu.
On distingue en Vendée le Bocage, la Plaine, le Marais et les Iles.
Le Bocage, ainsi nommé à cause des ombrages qui le couvrent , embrasse, de l'est à l'ouest et dans le sud, plus des deux tiers du territoire. Il occupe la partie septentrionale du département de la Vendée, depuis la Sèvre nantaise, — et les limites du département des Deux-Sèvres jusqu'au Marais occidental et à l'Océan.
Au nord et à l'ouest de la Plaine et du Bocage, sur la rive gauche de la Loire, se trouvent le pays des Maugos et Tancien pays de Belz, qui furent pour l'insurrection une pépinière de soldats invincibles.
La Plaine est la langue de terre comprise entre le Bocage et la limite méridionale du département de la Vendée.
Le Marais occupe le voisinage de la mer, qui le couvrait autrefois, — notamment de Machecoul à Saint-Gilles.
Les Iles sont celles de Boin, Dieu, de Noirmoutier et du Pilier.
Le Bocage est le centre et en quelque sorte le résumé de la Vendée sous tous les rapports. On y trouve peu de grandes forêts S mais une quantité de petits bois, et le pays tout entier semble couvert d'arbres, — tant les clôtures y sont rapprochées et multipliées ! Ces clôtures se composent d'un talus de cinq pieds de haut et d'une haie vive et épaisse, surmontée d'arbres plantés sans ordre, — le plus souvent de chênes séculaires qu'on ététe de cinq ans en cinq ans. Il faut gagner un point bien élevé pour distinguer, au milieu de cette mer de feuillage, les carrés jaunes ou verts des moissons, le toit plat et rouge des métairies, le clocher d'ardoises
' Les plus importantes sont (ou étaient, hélas I car tous les ans la cognée les décime ] : la forél de Vesins, près Maulevrier, — la fort't de Prince, — celle de Chantemerle, près la Châtaigneraie, — celle de Vouvant, — celle de l'Absie, — celle de Machecoul, — celle de la Foucaudière, près Beaupréau, — celle de Longeron, près Mortagne, — celle du Breuil-Lambcrt. près Thouars, — la forêt de Brossay, près Doué, — la forêt de Brignon, près Argentan, — la forêt de BeauHeu, près Ghemillé, — la fordt du Parc, près Saint-Florent, — la forêt de la Meilleraie, qui comprend celles de la Saisine et de la Perrière, — la forêt de Sccondigny, — la forêt de Gramont.
d*uiic paroisse voisine, le ruban sinueux ou moiré d'une rivière, et quelques landes couvertes d'épines ou de genêts; encore ces genêts eux-mêmes sont-ils de véritables bois par leur épaisseur et leur élévation.
Aujourd'hui, des routes stratégiques tirées au cordeau traversent en tous sens les fourrés du Bocage, mettent à nu tous ses mystères et rallient toutes ses habitations. Mais en 1793, c'était un obscur et inextricable labyrinthe, où se croisaient, entre un dôme de verdure et un gouffre de boue, ces terribles' chemins creux qui engloutirent tant de républicains, et que les gens du pays eux-mêmes ne reconnaissaient qu'après une longue habitude et chacun sur son terrain familier.
Beaucoup de ces chemins étaient encaissés jusqu'à dix ou douze pieds au-dessous du niveau des terres. Les convois y faisaient à peine trois lieues par jour. Une fois engagés dedans, les attelages ne pouvaient plus s'y retourner. Il n'y avait que deux grandes routes, celle de Nantes à Saumur par Chollet, et celle de Nantes à la Rochelle par Montaigu. Encore, dit Kléber en ses Mémoires^ ces grandes routes n'offraient-elles d'autres avantages qu'un peu plus de largeur; car flanquées par le même système de clôtures, on ne pouvait s'y déployer nulle part, et les embuscades et les surprises y étaient aussi dangereuses que fréquentes.
Cette disposition du Bocage dont aucun autre pays ne saurait donner l'idée, en faisait comme un vaste camp disposé pour une guerre de défense, où les retranchements se succédaient de vingt pas en vingt pas sans interruption, où chaque morceau de terre formait une redoute avec ses fossés et ses remparts — remparts de branches, de feuillage et d'épines que l'habitant perçait çà et là comme un sanglier, tandis que l'étranger perdu n'y voyait qu'un mur infranchissable.
Tous les efforts du génie humain n'auraient pu élever des fortifications semblables, résultat successif du travail de dix-huit siècles S et les gouvernements qui cherchent à les détruire depuis cinquante ans, n'y sont pas encore parvenus.
Beaucoup de points du Bocage, en effet, peuvent encore donner l'idée de ce qu'il était autrefois. Là, de minute en minute, vos pas et vos yeux s'égarent, soit au bout d'un champ de genêts à dérober un régiment, soit à l'angle d'un carré de choux à couvrir une armée de Pelits-Poucets. Vous hésitex entre un sentier creusé par un torrent et qui semble descendre vers l'enfer,— et un échalier qui gravit le flanc d'un talus, escaladant le ciel entre deux chênes monstrueux. Quelque direction que vous choisissiez, vous retrouvez un carrefour semblable au détour de chaque haie, et si l'expé-
' Ce genre de clôture remonte eiïecliyement, dans le Bocage, à l'antiquité la plus reculée, soit que les indigènes aient voulu se défendre ainsi contre les vents de la mer Toisine, soit que leur amour de l'isolement soit aussi ancien que leur propre existence.