CHAPITRE ONZIEME. K!J
— chef-d'œuvre gothique qui s'égrène depuis neuf cents ans, au milieu du lierre et des pruniers agrestes. — au centre d'un passage â faire tomber à genoux le Génie de la peinture. Le Pirc-Soiibiie a l'ombre de Henri IV errante bous ses grands arbres, — à ta place même où Catherine de Rohan lui dit ces ficres paroles : « Je suis Irop pour être votre maîtresse, et trop peu pour être votre femme. » Les Essarta ont leur tour sarrasinc, au pied de laquelle l'imagination relève les chevaliers des croisades, le spectre du duc Jean V, prisonnier des Penihièvre, et celui de Mercœur, le dernier champion de la Ligue. A la Perrière, vous ne reconnaisses pas la terre du Bocage ; au lieu d'étaler au dehors ses richesses, ce sol noir les cache dans ses entrailles. Le fer et le minerai débordent en ces lieux depuis le temps des Romains; des bans calcaires et.de nombreux coquillages y indiquent aussi le séjour de l'Océan à une époque anlA- historique. La végélation vendéenne ne reparait qu'aux abords de la Rocbe-sur-Yon, aujourd'hui Bourbon-Vendée. Cette ville improvisée par Napoléon, et qui ressemble à un fanhoui-g de Paris, i^'avait, en 1793, que les débris de son château, quelques rues mal bâties, — mais un paysage admirable qu'ont défiguré les moellons tirés au cordeau.
A deux lieues de Bourbon- Vendée, au village de Fontenelles, on montre encore un remarquable tombeau gothique dans les ruines d'une abbaye d'Augustins.
Outre cette langue de terre qui sépare le Bocage de Bourbon-Vendée, et qu'on nomme la Plaine inférieure, il y a de l'autre c6té du Bocage la Plaine supérieure, qui s'étend d'Airvauh à Saumur, mais qui n'a d'autre rApportavec la Vendée que d'être enclavée dans ses limites.
La partie la plus curieuse.
sinon la plus imporlantc de la Vendée après le Bocage, c'est le Marais marais mouillé et marais salant.
Les marais desséchés l'ont été au moyen de digues et de canaux achevés en grande partie par les anciens moines ( l'un de ces canaux s'appelle encore le canal des Cinq-Abbés.) La digue des Hollandais indique aussi que co peuple industrieux a mis la main à ces grands ouvrages. La mer a cédé
. 11 se divise en marais desséché.
598 BHETAGNE ET VENDEE.
ainsi un terrain considérable. On y trouve aujourd'hui des routes parfaitement tracées, des tertres couverts de bourgs et de villages, des fermes bien bâties de distance en distance, des champs dorés de belles moissons, et des prairies fourmillant de bestiaux. Les digues reçoivent, par des vannes établies dans leur épaisseur, les eaux nécessaires à Tirrigation périodique des canaux. Ceux-ci communiquent entre eux, de façon à se partager également le flux bienfaiteur. Les uns conduisent à la mer le superflu, les autres portent le nécessaire au sein des fermes les plus écartées. Les grands canaux de dessèchement ont environ neuf mètres de largeur. Ils repoussent la mer au moyen de portes busquées, larges de quatre mètres.
Le marais mouillé est situé en dehors des ceintures d'endiguage. Ses parties les plus élevées sont inondées. depuis la mi-octobre jusqu'à la mijuin, et quelquefois plus fongtemps encore. Les parties basses ne se dessèchent jamais entièrement. On n'a pu les exploiter qu*en les coupant de canaux sans nombre, tous ralliés entre eux, et séparés par des terriers de quelques mètres de large, rechargés en couronne du produit de l'excavation. Ces terriers sont d'une fertilité inépuisable. Les saules, les frênes, les aubiers, les peupliers et même les chênes y poussent comme par enchantement, et leur émonde fournit une multitude de fagots qui s'exportent à la Rochelle et à l'île deRhé. Leurs troncs, recherchés sous le nom de cosses de maraiSf alimentent de leur feu brillant toutes les bonnes maisons de la Plaine. Dans les fonds les plus bas croit une forêt de plantes marécageuses et notamment le roseau (arutido phragmites), qui sert à chauffer le four h pain, à fasciner les digues et à couvrir les cabanes des huttiers. Ces cabanes sont faites de branchages et de boue. Chacune renferme une famille entière, père, mère, enfants, valets, avec une ou deux vaches, quelques brebis et des chiens. Tout cela est pêle-mêle sous le même toit, et n'a pour s'ébattre au dehors qu'un espace de vingt-cinq à trente pas, séparé par les eaux du reste du monde. Le silence de ce désert marécargeux, le cri lugubre des oiseaux aquatiques, l'ombre projetée sur les canaux par les arbres entrelacés, la teinte grise ou foncée du feuillage de ces arbres, la vue de ces hommes et de ces femmes qui vont chercher en bateau leur nourriture et celle de leurs vaches, — tout cela inspire au premier abord une tristesse mêlée d'horreur et d'épouvante. Mais lorsqu'on pénètre dans l'intérieur de ces oasis, un beau jour de printemps ou d'été, on est charmé malgré soi par la fraîcheur des berceaux, par les détours infinis de l'onde, par la Tariété d'oiseaux qui semblent autant de fleurs ailées, et surtout par le rare spectacle d'une population contente de son modeste sort.
Pour les marais salants, nous ne saurions que répéter ce que nous avons dit des marais de Guerande. El nous renvoyons le lecteur au dernier cha* pitre de la Bretagne anctentie et moderne K
* Il est ccpondanl une i-onrorniAtion paiiicultcrc aux marais vendéens ; ce sont les boMÏM, digiio^