‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 112 sur 223 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

Nous Ty renvoyons aussi pour la topographie de la Loire inférieure.

Quant aux départements de Maine-et-Loire et des Deux-Sèvres qui complètent la Vendée militaire, celui-là par l'ancienne province d'Anjou, et celui-ci par le reste du bas Poitou, tous deux rappellent généralement la conformation du Bocage (dont le second forme d'ailleurs une partie notable); Tun et l'autre n'en différent que par la variété des productions.

On sait que Maine-et-Loire est la patrie des vins capiteux que nos aïeux préféraient aux vins de Champagne. Tous les coteaux y sont donc tapissés de vignes. La terre de bruyère domine dans les vallons, mais sans nuire à leur fécondité. Ici comme dans les Deux-Sèvres, les innombrables clôtures d'arbres et de haies vives font croire à chaque instant au voyageur qu'il parcourt encore les champs des Herbiers ou de Tiffauges.

Un des voyages les plus intéressants qu'on puisse faire en Vendée, après celui du Bocage proprement dit, — c'est de traverser le département de Maine-et-Loire, par la levée, depuis Chouzé jusqu'à Ingrande. On trouve au point de départ le confluent de la Vienne et de la Loire, qui s'enlacent en bouillonnant au pied de Gandes et de Montsorcau. Le grand fleuve vous accompagne de ville en ville, portant, comme le Rhin de Victor Hugo, tous ses affluents et toutes ses îles à bras tetuius. Vous saluez sur ses bords le village de Dampierre, dernier séjour et tombeau de Marguerite d*Anjou, reine de la Grande-Bretagne. Déjà le château fort de Saumur vous apparaît, dominant du haut de son roc et la campagne et la cité. Bientôt la Loire déploie sous vos yeux sa nappe d'nn quart de lieue de large. Puis la levée suit la rive droite, à travers des massifs de verdure et de fleurs.Vous passez dans le jardin de la Vendée qui vaut bien celui de la Tournine. Voici les châteaux et les parcs, les clochers et les paysages, qui défilent en se multipliant dans les eaux, comme dans les glaces d'un kaléidoscope : Saint-Lambert, Lamotte, Bounois, Ghcnehuttc, les villas de Saint-Glément des Levées, la tour gothique du manoir de Trêves, l'église charmante de Gunault, les Roziers, plus riants que leur nom; — Gcnnes, un des plus curieux sites de France; — le Gadran, Thoureil, l'ancienne abbaye de Saint-Maur. — et les plaines dorées de l'Anjou qui ne vous séparent de la Loire que pour vous y ramener plus vite. Salut à la vieille citadelle d'Angers, plus noire encore que ses noires maisons d'ardoises. Salut à la porte de la cathédrale, armée d'un bataillon sculpté dans la pierre. Salut au magnifique château de Serran, — aux ruines terribles qui se mirent dans rétang du Verger ! — Voici la Loire qui vous attendait à Ghamptocc avec ses eaux les plus belles et ses rives les plus grandioses. Vous ne la quittez plus jusqu'à Ingrande, où vous arrivez tout ému encore du point de vue magique de Monlrclais.

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Les Deux-Sèvres ont aussi leur Bocage, leur Plaine el leui-s Murais. Lu Bocage y reçoit plutôt le nom de Gatine ou Gustinc. On retrouve ici Icsdcux chaînes du collines du département de la Vendée. L'une iaclîne au sudouest, et l'autre incline au nord-est. La première jette ses eaux dans l'Océan, par la Sèvre niortaisc; el la seconde dans la Loire, par le Thoucl. Celle-ci se partage jusque vers le milieu, en plusieurs branches latérales; elle s'étend ensuiti: en largeur, el forme au nord du département un vasie plateau sillonné de rivières. On en compte plus de trois cents, et chacune arrose sa vallée particulière. Ces vallées sont entrecoupées iJc roches suspendues, de petits boiti, de châteaux en ruines et de métairies à toits rouges, qui forment un nouveau paysage à chaque mouvement du sol. La partie Eslde la Gatine, et notamment l'arrondissement de Paribcnay, est beaucoup moins fertile que la partie septentrionale. La Plainp et le Marais des Deux-Sèvres en occupent le côte occidental et le côté méridional

La ville de Niort, capitale des Deux-8èvres, est une des plus agréables cités du Poitou; une de ses églises paroissiales est un bijou d'architecture gothique.

Ce n'est point par les grandes roules qu'il faut visiter ut juger ce département ; c'est par ses chemins les plus abrupts et les moins fréquentés. Il se dérobe, par sa variété même, à toute description générale. Nous nous

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rcsei'veroos donc d'en retracer chaque partie, à mesure que le cours des événements nous y portera.

Nous en ferons autant pour les portions de la Sarlhe, de la Mayenne, de rOrne et de la Manche, qu'il nous faudra visiter bientôt avec les bandes de la Chouannerie.

Passons maintenant au portrait et au caractère, à la vie et à Thistoire des Vendéens proprement dits. Les Chouans du Maine et de la Normandie auront leur tour.

Généralement, le Vendéen est de taille moyenne, mais bien prise; il a la tète forte, le cou épais» le teint jaune ou pâle, la figure sèche et impas* sibte, les yeux petits, mais perçants, les cheveux noirs et plats, la parole lente, la démarche lourde et la contenance modeste. Nous disons généralement, car il y a plusieurs exceptions. Les riverains de la Loire, qu'on a surnommés les grenadiers de la Vendée, se font remarquer par leur belle stature, par Téclat de leur visage et par la dignité de leur maintien. Dans le Marais, les hommes sont grands et découplés, ont la ligure expressive, la tournure dégagée, la parole théâtrale et la démarche hautaine.

La même opposition se fait remarquer dans les femmes. Celles du centre n'ont le plus souvent d'autres charmes que la douceur de leur physionomie ou la fraîcheur de leur jeunesse. Celles du Marais, au contraire, à partir de Challans et même de Macheeoul, sont d'une pureté de lignes, d'une richesse de formes et d'une vivacité de carnation à séduire à la fois le poète, le statuaire et le peintre.

Le fond du caractère vendéen est la fierté tempérée par l'intérêt. De là son dévouement au noble de l'ancien régime qui le traitait en frère, et sa haine pour le bourgeois de la Révolution qui voulut le traiter en esclave. Du reste, un tempérament bilieux et passionné contenu par une grande pudeur; — un esprit lent, mais sûr et profond: — un cœur généreux, mais emporté et vindicatif; — une fidélité inébranlable, mais une prudence cauteleuse dans les relations et dans les engagements ; — une extrême naïveté de mœurs et d'habitudes, avec une observation et une réflexion pénétrantes ; — un attachement indissoluble à sa religion et à sa famille, à son pays et à son toit, aux traditions de ses pères, et en général à tout ce qui tient au passé: tel est le Vendéen. Il a, ou du moins il avait, beaucoup de superstitions, — comme tous les hommes d'imagination et de recueillement. En 1793, il ne respectait rien tant, après son curé, que le sorcier de son village. Cette faiblesse du Vendéen, combinée avec sa prudence, produit un mélange de défiance et de crédulité des plus bizarres. Ce qu'il y a de particulier, c'est qu'il se méfie de lui-même plus que de personne; aussi, en toutes choses, ses résolutions sont tardives, mais énergiques. Ses passions et ses convictions le transportent, en désespoir de cause, de la nonchalance à l'activité, de la peur à Théroisme, de l'amour

de la vie à la recherche de la mort. Il Ta bien montré en devenant tout à coup le premier soldat du monde, lui qui était jusque-là le plus paisible des laboureurs.

Le Vendéen parle si peu, qu'on pourrait presque dire qu'il ne parle jamais. Nul n'applique mie^ux le proverbe trop gratter cuit, trop parler nuit. Il y a surtout deux mots qu'il est impossible de lui arracher, c'est oui et non. Il a, pour éviter de les prononcer, des à peu près, des périphrases et des circonlocutions interminables. Si vous lui dites qu'il fait froid, il vous répondra qu'il ne fait pas chaud ; si vous lui dites : Cette femme est belle, il vous répondra : Elle n'est pas indifférente; c'est ainsi que ses jugements sur les questions les plus légères se bornent toujours à ne dire ni oui ni non. Encore un résultat de sa prudence : une fois sa parole donnée, il en sera l'esclave ! il a bien le droit de ne pas la risquer légèrement. Sa taciturnité s'explique aussi par sa solitude. Isolé du monde en sa maison, isolé de sa famille elle-même en son champ, isolé du voisin qui travaille auprès de lui derrière une haie impénétrable , il passe les trois quarts de sa vie dans la seule compagnie de ses bœufs et de son chien, quand il a un chien.

Cependant, il ne faut pas confondre la réserve timide du Vendéen avec l'altier quant-à^mot du Breton. Nous avons déjà signalé la dissemblance morale de ces deux peuples; nous aurons occasion d'y revenir souvent. Leurs seuls rapports sont la conformité de leurs croyances politiques et religieuses ; bien peu d'Angevins et de Poitevins ont gardé cette empreinte de la race celtique, si marquée encore chez les paysans armoricains. Autant ceux-ci, — comme Du Guesclin, leur grand homme, — sont violents, âpres et obstinés ; autant les Vendéens, — sauf peut-être les hommes du pays de Retz, — cachent de douceur et d'aménité sous leur sauvagerie mélancolique. Après les plus cruelles défaites et les plus brillantes victoires, ils n'aspiraient qu'à retrouver le calme régulier de leurs travaux , — tandis que les Chouans étaient toujours prêts à quitter la charrue pour le fusil. Généralement, il y a quelque chose de plus profond dans le cœur et dans l'esprit de l'enfant de la Bretagne, quelque chose de plus naïf dans le cœur et dans l'esprit du Vendéen. Gardez-vous néanmoins de vous fier en aveugle à la naïveté poitevine : elle n'est parfois qu'un rôle admirablement joué. Le paysan se donne alors pour imbécile et gouaille ainsi (c'est son mot) ceux qui se croient plus fins que lui ^ La gouaille est la

* \a gouaille produit souvent des traits de la plus fine bonhomie. En voici deui qu'a cités M. de Bonrnisaux dans son histoire :

Un paysan, allant se confesser, à Pâques, dit à son curé, dans l'espoir d'être bien accueilli, qu'il venait de lui envoyer un lièvre : le pasteur parut d'autant plus satisfait de ce cadeau, qn'il n'avait point de lièvre pour mettre dans son p&té. Après avoir été confessé, le paysan se retire, llenlré chez lui, le bon curé demande è voir le lièvre qu'on lui a envoyé ; la servante assure qu'elle n'a rien vu : le maître se lâche ; la servante, pour so justifier, va clierclier le p-iys(m. (iolui-ci w présorile, le cha-

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