‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 113 sur 223 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

plaisanterie favorite des Vendéens, et le plus grand plaisir qu'on puisse leur faire, c'est de les gouailler ou de se laisser gouaillcr par eux. Les plus nobles seigneurs s'en faisaient et s'en font encore aimer par cetle familiarité qui n'exclut jamais le respect.

Une grande preuve de la sociabilité du Vendéen, c'est le succès avec lequel il s'est appliqué au commerce, depuis que la civilisation a pénétré chez lui. — Sa vieille foi et sa moralité ont souffert sans doute de ce progrès matériel ; mais il est à remarquer que son indépendance n'y a rien perdu. Il est devenu aussi imperturbablement fier devant l'insolence du bourgeois moderne qu'il était doucement soumis devant la courtoisie de l'ancien gentilhomme. Il est aujourd'hui de Topposition, et de l'opposition la plus avancée : témoin les députés qu'il envoie à la chambre. Il passera du royalisme au républicanisme, si le gouvernement n'y prend pas garde.

Ce caractère national des Vendéens a donné lieu à de longues dissertations sur leui' origine. On a voulu prouver qu'ils n'étaient ni Gaulois ni Franks, — qu'ils descendaient d*une colonie d'Âlaius cl deTeyphales (d'où Tiffauges) établis sur la Loire et les Deux-Sèvres, du troisième au cinquième siècle. Ce ne serait pas là les distinguer beaucoup des Franks, puisque ce serait les rattacher comme eux à la grande famille scythogermanique ^ Mais il suffit d'examiner la position de la Vendée, sur le théâtre de toutes les luttes de la Bretagne contre les Franks, les Normands et les Saxons, — pour se convaincre que les Vendéens sont nécessairement un peuple hétérogène, composé des divers peuples qui se sont disputé les Marches bretonnes, angevines et poitevines.

Au lieu d'aller chercher la source de leur indépendance dans une pureté de race invraisemblable, il est bien plus naturel de Texpliqucr par

peau à la maio, «n riant d'un air malin. « Jacques, ne m'as-tu pas envoyé un lièvre? — Oui. monsieur le curé. — Me l'a-t-on pas remis à ma servante ? — Non, monsieur. — Â qui l'a-t-on donné? — En venant à confes^^e, j'ai vu un lièvre dans mon chemin, je lui ai crié d'aller chez vous ; mais je vou bien que, pour nie faire pièce , le maraud n'a pas voulu s'y rendre. » Cette réponse perd ici une partie du sel qu'elle a en patois.

Cn autre Vendéen, ayant tué un lièvre, résolut de le porter à son maître qui demeurait à la ville voisine. U part le lendemain ; et , avant de se rendre à sa destination, il entre chez un cordonnier pour y chercher des souliers. Ce dernier, voulant lui parler en particulier, lui proposa de passer dans son arrière-boutique ; le Vendéen y consent, pose son sac à terre et le suit. Dans l'intervalle, les garçons du cordonnier ouvrent le sac, prennent le lièvre et y substituent un roquet mort de la veille. Cependant le Gatineux revient, et, sans s'apercevoir de la supercherie, met son sac sur son dos, et va chez son maître qu'il trouve à table avec quelques amis. Apres le premier compliment, il lui fait part du succès de sa chasse et du cadeau qu'il vient lui faire ; tandis que le maître s'épuise en remercîments, notre paysan, d'un air gai et triomphant, délie son sac, prend le prétendu lièvre, le soiflève par les oreilles, et en fait voir la tête k la compagnie. On peut juger des éclats de rire qui se 0reot entendre. « Qu'est-ce, Thomas! est-ce là le cadeau que lu veui me faire? b Le paysan déconcerté ne répondait mot; enfin, tournant de tous côtés la tête du roquet : « Pargoy^ s'écria-t-il , t'a$ beau faire ta mine de cAin, tu n'en e» pas moins un lèvres da! 9

* Voir la Bretagne ancienne et moderne, chapitre ]*' : Origines celtiques.

l'état de lutte permanent de leurs aïeux ei par les franchises exceptionnelles qu'ils surent arracher à Tarobilion des conquérants, comme nous le verrons tout à Theure en examinant l'ancienne constitution des Marches.

Il n'en existe pas moins en Vendée des divisions et des haines de race, — notamment entre les Bigots de la Plaine et les Gatineux du Bocage. Avant de s'unir contre la Révolution, ils formaient deux peuples rivaux, n'ayant ni la même figure, ni le même costume, ni les mêmes usages. Les Bigots méprisaient les Gatineux comme des barbares» et les Gatineux traitaient les Bigots de fripons et d'impies. Les Blancs et les Bleus des deux camps se sont maltraités, pendant la guerre civile» avec un acharnement particulier. Enfin, même aujourd'hui, les Bigots sont beaucoup plus civilisés, et les Gatineux beaucoup ])lus naïfs, — ce qu'on peut attribuer d'ailleurs au pays tout autant qu'à la race : la Plaine a naturellement plus de villes et de bourgades, et partant plus de commerce et d'industrie que le Bocage.

La guerre de 1793 à 1800 a trouvé ses meilleurs soldats dans le pays des Mauges et du Loroux (rive gauche dela'Loire), dans le Bocage de la Vendée, dans celui des Deux-Sèvres et dans le Marais occidental. Le Marais méridional et la Plaine se sont abstenus autant que possible. Souvent même, les petites villes de la Plaine ont vivement défendu la République. La lutte n'a pas été moins énergique dans le département de Maine-et- Loire, — qui était alors, avec la Loire-Inférieure, le plus commerçant de la Vendée.

Le pays des Mauges est célèbre par son indépendance depuis Jules César, qui l'appelait déjà mala gens, mauvaise nation. Telle est même l'origine desonnom, suivant quelques antiquaires. Suivant quelques autres, Mauges vient de metalgiais : Pagus metalgicuSf pays de mines. Les mines y sont, en cfTct, nombreuses et e'y multiplient tous les jours. Mais des couleurs et des étymologies, il ne faut pas disputer

Charrette, qui s'y connaissait, faisait le plus grand cas des paysans du Loroux, de Machecoul, de Légé et des environs. Ces petits hommes de fer étaient indomptables. Toute la Vendée avait fait sa soumission, qu'ils tenaient encore tête à la République.

Leurs beaux voisins du Marais sont loin d'avoir la même réputation. Faibles et maladifs sous les apparences de la force et de la santé, ils passent généralement pour les Gascons de l'Ouest. Ce sont les viveurs, les richards et les farauds d'un pays. « Le Maraichain, nous disait un vieux brave de Légé, est meilleur à table qu'au feu. Le fusil et le canon qu'il manie le plus volontiers, c'est la fourchette et la bouteille. Il aime beaucoup les disputes et les querelles, mais jusqu'au premier sang. Quand les choses vont au delà, il quitte le rôle d'acteur pour celui de témoin... On

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