FEHHB DE BOURBON-VENDÉE
CUAPITRB ONZIBMB.
ou inconnu, sans qu'on lui propose de manger un morceau et de boire un coup. Gardez-vouK bien de refuser, si vous voulez plairo à votre hfrte ; gardez-vous surtout de lui oITrir de l'argent, ce serait une oITense. mortelle, — Je ne suis point atibertfiste ! répondrait ttèrement le Inboureur.'
L'ordinaire du Vendéen n'est pns. d'ailleurs, à dédaigner. Il se compose d'un bon pain de froment mêlé d'un peu de seigle. — du petit vin blanc du cru. qui clialouillc vivement le gosier, — quelquefois d'un quartier de porc ou de volaille, — souvent d'un excellent gibier, car c'est ici le piiys de ta chasse et des chasseurs, — et toujours d'un beurre et d'un laitage de la fraîcheur la plus appétissante.
En 1793. l'agriculture, avec ses procédés les plus simples, était l'unique industrie du Vendéen. Il y joignait, pour tout commerce, la vente de ses besliaux et des toisons filées par sa Tomme e( par ses lilles. Ces divers produits de la quenouille se réunissaient aux fabriques de Cholet. dont les mouchoirs se vendaient à Paris comme mouchoirs de l'Inde, On voyait aussi, tous [es dimanches, les paysannes de la Plaine supérieure et desconlins de la Vieime apporter leur travail de la semaine aux lisscrands de l'ni tiers.
Suivant, de père en (ils. la inarche tracée de|)uis des siècles,— comme les brrufs qu'il guide étcrnellenient dans le même sillon. — le laboureur de
Vendée labourait comme avaient labouré ses aïeux. Grâce à la fertilité du sol et à Tabsence de toute espèce de luxe, il récoltait plus de blés ou de vins qu'il n'en pouvait consommer, plus de choux et de navets qu'il n'en fallait pour nourrir les élèves de son étable. Âpres chaque moisson, il laissait reposer ses terres pendant trois ou cinq années, quelquefois plus longtemps, et c'est alors qu'on y voyait pousser cette foret de genêts qui s'élevait jusqu'à six ou huit pieds de haut, — refuge des troupeaux contre les chaleurs de Tété, et retranchement des habitants contre les périls de la guerre. Çesgencls avaient encore une utilité périodique. Lorsqu'on les arrachait, alin d'ensemencer de nouveau, on réservait la tige pour chauiïer le four, puis on étendait la brindille sur le champ labouré; quand elle était sèche, on y mettait le feu, et la cendre de cet incendie doublait la fécondité du sol. On voyait et l'on voit encore, au temps des semailles, tout l'horizon du Bocage enflammé jusque dans le voisinage des forêts.
Âujourdhui les terres se reposent moins longtemps, et les moyens de culture se perfectionnent d'année en année.
Après les durs travaux du jour, les fermiers, et surtout les fermières, se délassent aux jeux de la veillée. Les femmes se rangent en cercle, accroupies sur leurs talons, la quenouille au sein, le fuseau dans les doigts. On raconte ces éternelles histoires de loups-garous condamnés à courir chaque nuit sept paroisses en expiation de leurs crimes. Pendant ce temps-là, les jeunes garçons font la cour à leur bonne amie... Celle-ci laisse tomber son fuseau pour les éprouver, et sourit à celui qui le ramasse avant les autres. Au sourire elle ajoute parfois, — insigne faveur, — uno châtaigne ou une prune cuTtc. Si quelqu'un veut lui dérober ce gage de préférence, elle tire sa quenouille, et un duel s'engage aux applaudissements de l'assemblée. La veillée finit souvent par une friséey — gavotte du Poitou, qu'on dnnse tous ensemble au chant traditionnel. Les vieilles femmes se rangent alors le long des murs et doivent laisser reposer leurs fuseaux. Si l'une d'elles enfreint cette loi, un jeune homme lui arrache sa quenouille, en allume la filasse et la jette dehors, au bruit des éclats de rire.
Les Vendéens ont encore le divertissement des Rilles et du Burlot. Donner les rilles à ses voisins, c'est les régaler lorsqu'on tue un cochon. Cette petite fcte est précédée des jeux du palet et des boules, — le grand jeu vendéen ! Le repas est suivi de danses et d'un sermon plaisant récité par quelque beau diseur. Le Burlot est la clôture de la moisson, l'enlèvement de la dernière gerbe. Avant d'y toucher, les métivieVs appellent le maître', sous prétexte qu'ils ne peuvent l'arracher de terre. Ils passent autour de
• « Ihijs chaque iiiélaîric commune, il y a six mHiviers qui |NirUip;cnt cuire eux le sixième boi>seau ; ce qui i'uil lu tietitc -sixième purlic pour chacun d'eux. Dans la Plaine, chaque niL'livicr n'a que b c|u;irintc-(lcuxiènic gerbe de la moisson. Les fcnimcs cl les curants 'glanent, en outre, une partie de leur nourriture annuelle. » J. de Bournisciux, éd'lion de 1819.)