‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 122 sur 223 · I.IWIlUCIUHi •EHPtEli.1t · texte numérisé non relu

I.IWIlUCIUHi •EHPtEli.1t

lansfs lériuUlfS. — Hf moire» Ae 1 de CliDicl, ie ChFmilIr, de NKhN< Boncbimp'. — D'Elbée.

'CluBi|iiaanl»re. - - CiihHinriu. — Sapiiuud, etc. — Les irnénui répuhhciilni.

Le complot de La Rouerie avait, dés 92, enveloppé la Vendée, sous le nom de Confédération poitevine et par Tentrcmise influente du prince de Talmont.

Mais, là comme en Bretagne, toute l'habileté du grand conspiralcnr n'avait pu qu'enrâler les ^ gentilshommes sans entraîner ^ les paysans. Les Vendéens aussi attendaient que la Révolution vint les Iraqner dans leurs chaumières. Ils laissèrent, sans bouger, tomber la Monarchie et la Louis XVt. Ils repoussèrent ta conslilulion civile du clereé. main

sans lui opposer d'autres armes que la fidélité à leurs croyances. Us lournèrcnt le dos aux curés constitutionnels, mais sans leur faire violence comme en basse Bretagne; ils recueillirent et cachèrent leurs prêtres proscrits, allèrent entendre leur messe et recevoir leur bénédiction dans les genêts, mais sans leur former un rempart de leurs corps et de leurs fusils, comme les Morbihannais.

Tous les soulèvements qui précédèrent celui de 93 manquèrent, en effet, d'ensemble et de suite. C'étaient des émeutes désordonnées terminées en boucheries inhumaines.

Ainsi, près de Bressuire, au moulin de Cornet, le 24 août 1792, le poêlicr-maire Delouche, après avoir incendié le district de Châtillon, lance une masse de paysans contre les gardes nationaux des villes voisines. Ces malheureux sont facilement mis en pièces, et leurs vainqueurs emportent au bout de leurs baïonnettes des oreilles, des nez et des mains sanglantes. En vain le patriote Duchatel défend la vie des prisonniers. Ils sont massacrés jusqu'entre ses bras, et son dévouement ne lui rapporte qu'une noble blessure. La commission de Niort est plus indulgente : elle acquitte et relâche tous les survivants.

Comment les plus paisibles Vendéens eussent-ils souffert de telles airecités sans représailles? — Joly, chirurgien de Machecoul, venge, aux Sables-d'Olonne, les victimes de Bressuire. Près de la Garuache et de Beauvoir, le perruquier Gaston revêt l'habit d'un ofQcier qu'il tue, et conduit les Maraichains au carnage. Danguy, de Vue, se rue sur Pornic. Mais Souchu surtout, le féroce Souchu, ravage le bas Poitou.

Souchu était tout simplement un bandit qui exploitait au profit de sa rage personnelle le mécontentement des Vendéens ; il poussait au meurtre, au pillage et à l'incendie tous ceux qui voulaient le suivre, et il s'entourait avec aflectalion d'un conseil supérieur auquel il donnait de sa main l'exemple des exécutions sommaires.

Enfin, parut la loi du recrutement, flanquée des tribunaux criminels \ — et, devant cette ultima ratio de la tyrannie républicaine, toute la Vendée se leva, avec la Chouannerie, au même cri de ralliement :

Cl Puisqu'il faut mourir, mourons au pays, et mourons pour la liberté de nos consciences et la liberté de nos foyers !... »

A ceux qui douteraient encore des véritables causes de cette insurrection, nous allons opposer, comme dernier argument, un témoignage que personne ne récusera. C'est celui d'un contemporain habitant du pays, d'un témoin et d'un acteur des événements, d'un officier des plus distingués de l'armée de Charette , en un mot, de M. Lucas-Championnièrc. Tout le monde sait, dans l'Ouest, quels étaient la bravoure généreuse, l'esprit de justice et de bonne foi, la science modeste et la sagacité profonde de M. Championnière. Tout le monde sait qu'après vingt ans d'une retraite

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pliilosophique/nommé député de la Loire-Inférieure malgré lui etpresqu'à runanimité, il se consacra aux devoirs de son mandat avec un dévouement et un zèle dont il mourut victime; mais tout le monde ne sait pas qu'il a laissé à sa famille des mémoires manuscrits, pleins de révélations curieuses sur les guerres de la Vendée» révélations faites avec cette franchise et cette autorité d'un homme qui dit : — J'étais là, j'ai vu, j'ai entendu, j'ai agi de la sorte !

Notreétoile a voulu qu'aucun de nos prédécesseurs n'ait fait usage de ces précieux manuscrits (M. McUinet seul en a cité un passage). Us viennent de nous être confiés par les fils de M. Championnière, — qui honorent aujourd'hui la science et le barreau, comme leur père honorait l'administration'; et notre surprise n'a eu d'égale que notre joie, en trouvant dans ces pages véridiques la confirmation de toutes nos idées sur la guerre de l'Ouest. Nous nous appuierons donc souvent sur l'opinion de M. Lucas-Championnière. Or voici cette opinion sur l'origine du soulèvement vendéen: •

m Les commencements de la Révolution n'effrayèrent point les habitants de nos campagnes plus que ceux de la ville ; chacun, au contraire, se flattait d'améliorer son sort. Le paysan crut devenir bourgeois, le bourgeois s'imagina être gentilhomme, plusieurs nobles même osèrent attendre pour eux les honneurs qu'on ne rendait qu'aux grands; il n'y eut pas jusqu'aux vicaires qui se réjouissaient de l'indépendance oiî ils allaient vivre, et j'ai vu des mémoires faits par eux, où ils demandaient à être salariés par la nation pour n'être plus soumis aux caprices de leurs curés. Le bourgeois avait vu avec plaisir le seigneur dépouillé. Le paysan rit en voyant la réquisition s'étendre sur les biens du bourgeois ; le raisonnement de chaque classe, en voyant piller celle qui la précédait, était que les riches seraient toujours assez riches; les uns et les autres, frappés tour à tour, n'ouvrirent les yeux que lorsque le coup tomba sur leurs têtes. On avait déchargé les campagnes de la dimc, cet impôt pesait peu sur les simples paysans, parce qu'ils ne le payaient pas exactement ; les fermiers n'en sentirent point le bénéfice, il retourna aux propriétaires. Le présent, qui semblait devoir plaire aux paysans, ne suffit pas pour leur donner confiance en ceux qui tracassaient leurs prêtres ; ce fut l'époque du mécontentement général. Mais dès lors la Révolution avait fait de grands progrès ; les Jacobins, semant partout leur doctrine, s'étaient emparés des esprits les plus disposés à les écouler ; déjà, ce qu'il y avait de mauvais sujets, beaucoup de procureurs, sergents et autres, composaient les gardes nationales, les municipalités, les districts, et exerçaient sur leurs concitoyens la plus minutieuse tyrannie; plus qu'eux tous, les prêtres ussermentcs soufflèrent le feu de la

1 La médecine et la jurisprudence, en particulier, doivent les lumières les plus utiles à M. J. Lucas-Championnière, rédacteur en chef du Jountal de Médecine et de Chirurgie prcUiques, ci i M. P. rucas-Championiiièro, auteur dprexcellcnl Traité des Ihroih de r EnregistremenI .

discorde, en excitant leurs partisans aux plus grandes vexations contre ceux qui refusaient d'aller à leurs messes : voilà les auteurs de la guerre! « Tandis que beaucoup de villes de France avaient déjà vu» arrosés de sang, les premiers jours de la Révolution, Nantes jouissait encore d'un calme si parfait, que ses habitants n'ont pu concevoir quelle avait pu être la cause de la guerre civile dans la Vendée : c'est que les maux qu'on éprouvait dans les campagnes n'étaient pas sensibles pour les habitants des villes. Ceux-ci ne voyaient pas, chaque jour, les crimes des prétendus patriotes, et ne se trouvaient pas exposés à en être les victimes. Qu'on se rappelle l'incendie des châteaux» dans les années 1791 et 1792; qu'on revoie les noms des administrateurs des districts et municipalités dePaimbœuf, Machecoul, Moutaigu, Clisson et autres lieux environnants; on ne trouvait partout que cette classe d'hommes que la Révolution semblait vouloir anéantir, des procureurs sortant des juridictions seigneuriales, des maltôtiers, rats de cave, tous gens habitués à vivre du produit des larmes de leurs concitoyens. Dans le nouveau régime, les principaux emplois leur furent encore confiés; se livrant alors à toute leur inclination, l'orgueil, l'ignorance et la méchanceté présidèrent à leurs actes journaliers. Le moindre sujet leur fournissait l'occasion dé punir ceux qui n'étaient pas de leur bande, et leurs dénonciations étaient reçues sans examen par le département. C'était un crime de ne pas aller à la messe du curé constitutionnel, c'en était un plus grand d'aller à celle d'un prêtre réfractaire; c'était un crime de désapprouver ou même de ne pas partager les violences révolutionnaires , le plus grand de tous les crimes était de vouloir rester paisible. Aux foires et dans tous les lieux publics, les gardes nationaux, au lieu de maintenir l'ordre, ne cherchaient qu'à exciter des querelles, pour avoir le droit d'arrêter l'homme qui leur déplaisait. Qu'est-il besoin, d'ailleurs, d'en dire davantage, les réfugiés ne se sont-ils pas fait connaître, et la plupart n'ont-ils pas figuré parmi les bandes les plus furieuses? En 1791, quelques parties de la Vendée, entre autres Saint-Christophe-du- Ligneron et Châtillon-sur-Sè\res, semblèrent donner le signal de la guerre; mais ces petites insurrections furent apaisées dès leur naissance, les gprdcs nationales de toutes les villes environnantes y tombèrent en masse; à leur approche, les paysans prirent la fuite, et les habitants des villes furent convaincus que ceux des campagnes ne pourraient jamais leur résister. Ils se trompaient: ces soulèvements avaient été excités par quelques mauvais chefs, et peu de gens y avaient pris part; plus d'un an après, les paysans s'insurgèrent d'eux-mêmes, et les plus hardis, excitant et menaçant ceux qui refusaient de les suivre, la révolte devint générale. On a répandu que les prêtres et les nobles en étaient les autours, j'ai vu tout le contraire. Les paysans allaient chercher chez eux les gens de quelque distinction, maltraitaicnl ceux qui refusaient de marcher; et le plus grand nombre de

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ces derniers se sauvait dans les villes, dès que Toocasion s'en présentait. Le soulèvement ne fut général et n'eut quelque succès que parce que les paysans défendaient leurs intérêts. Les prétendus patriotes avaient désarmé, au nom de la loi, tous ceux qu'ils traitaient d'aristocrates , et cet enlèvement des armes, dans le même temps qu'on prêchait l'égalité, l'abolition des droits de chasse, etc., dans un temps où des bandes de voleurs parcouraient et désolaient les campagnes, annonçait évidemment de funestes projets. On publia, peu de temps après, la demande du contingent; les patriotes prétendaient qu'eux et leurs enfants seraient seuls exempts; des listes furent supposées de tous ceux qui devaient aller aux frontières ; et ce sont ces jeunes gens, dont on voulait faire les défenseurs de la République, qu'on doit regarder comme les premiers acteurs de la guerre. Partout, le même jour, on avait envoyé des commissaires pour organiser la levée ; la même cause exista partout et eut partout le même eflet.

<c Voici comme on doit envisager les commencements et la durée de la guerre de la Vendée. Les habitants, révoltés de l'esclavage où on les réduisait, s'insurgèrent pour se venger de leurs oppresseurs. Le souvenir de l'ancien régime, qui, malgré ce qu'on a dit des seigneurs, était en général beaucoup plus doux, et la comparaison faite avec Tétat actuel, firent crier : Vive le roi! Mais qu'on ne s'imagine pas pour cela que les paysans voulussent voir renaître les droits féodaux qui leur étaient à charge et les autres corvées auxquelles ils étaient sujets. La guerre dans laquelle ils s'engagèrent, malgré le soulagement qu'on disait leur avoir accordé, est, au contraire, la plus grande preuve de l'extrémité où leurs administrateurs les avaient réduits. Mais cette guerre offensive changea bientôt d'objet, lorsque la peine de mort fut prononcée contre tous les individus qui avaient porté les armes, lorsque des malheureux, qui n'avaient pris part à la révolte que forcément, furent traités comme s'ils eussent été réellement coupables ; quand le ravage, l'incendie et tous les genres de crimes furent portés dans la Vendée par ordre du gouvernement ; alors, chacun se vit forcé de se défendre, et, quoiqu'on criât toujours :' Vive le roi , le plus grand nombre ne songeait guère qu'à sauver sa propre vie. » -

Depuis que la levée des 300,000 hommes était décrétée, les jeunes gens vendéens se demandaient entre eux : — Tirerons-nous à la milice ? — Ma foi, nenni ! répondaient-ils tous. Mieux vaut mourir au pays qu'à la frontière. Ce fut le 10 ou le 13 mars qu'ils se rendirent dans les districts pour voir les listes d'enrôlement. Cette journée se termina par des menaces et des injures... « Mais on apprit, dans la nuit, que les patriotes faisaient demander des secours dans les villes. On assura même que le district de Machecoul avait fait fabriquer un grand nombre de menottes pour emmener à la frontière les jeunes gens, attachés deux à deux. A cette nouvelle, le tocsin sonne de toutes parts, les campagnes retentissent du cri de

vengeance^ et Ton se porte en masse aux chefs-lieux, où Ton brûle tous les papiers, sans en excepter les registres de l'état civil. » Les insensés, qui détruisaient ainsi leurs propres titres de famille, croyaient enlever au gouvernement ses moyens d'oppression, et rendaient la pareille aux Républicains, qui brûlaient, de leur côté, toutes les archives et tous les monuments de l'histoire.

Ce qui se passa, le 10 mars, à Saint-Florent-le-Yieil, donnera l'idée de toute l'insurrection vendéenne. Saint-Florent est un des plus beaux points de vue de la Loire, entre Angers et Nantes, sur la rive gauche, — soit qu'on regarde d'en bas le clocher de la petite ville et sa colonne de granit, élevés de deux cents pieds au-dessus des eaux, ou les maisons accrochées au flanc du roc, qu'elles semblent gravir en s'appuyant les unes contre les autres, — soit que, du haut de la terrasse des Bénédictins, soutenue par de vieilles tourelles tapissées de lierre, on promène les yeux sur l'île Moquard et l'île Batailleuse, bercées au milieu de la Loire comme des nids de verdure, sur le sable fin qui les encadre d'un cercle d'or étincelant de paillettes, sur le petit village de Meilleraye assis à l'autre bord, entre la fraîcheur des ombrages et la fraîcheur des ondes, et sur le cours majestueux du grand fleuve, tantôt fuyant et disparaissant par des courbes adoucies à perte de vue, tantôt formant des lacs bleus qui semblent dormir en réfléchissant les peupliers et les nuages..; •

Saint-Florent est égaleménlt célèbre dans l'histoire et dans la légende. Aux temps des grandes luttes'èittre les Francs et les Bretons, cette pittoresque borne des deux empires était sans cesse arrosée de sang et couverte de cendres. C'est sur le clocher de cette abbaye que Charles le Chauve et Nominoc firent tour àtourélever leurs statues, l'une menaçant l'Armorique, l'autre menaçant la France. C'est là qu'en souvenir de ces mauvais jours, les moHies chantaient, à la messe, leur célèbre prose contre le formidable roi breton ^ C'est là enfin, c'est dans quelque grotte de cette rive enchantée, que l'abbé Moron s'endormit un jour pour cent ans, — et rentra, le siècle suivant, au monastère, tout étonné de n'y plus reconnaître personne et d'être inconnu de tout le monde *.

C'était donc le 10 mars. Les commissaires du district étaient assemblés dans la chapelle des Bénédictins, dont on avait fait l'église paroissiale en attendant qu'on la brûlât. A la porte du lieu saint, une coulevrine chargée à mitraille menaçait les jeunes gens qui refuseraient de venir tirer. Ceux-ci arrivaient par bandes sous la gueule du canon, avec leurs parents, leurs fiancées et leurs amis ; leurs rangs grossissaient d'heure en heure sur la place du Puits-Billot ; — mais pas un ne répondait à l'appel qui les

I Voir la BrttaQru ancienne et moderne, règne de Nominoc.

< \Jn de nos jeunes poètes les plus éloquents, M. Siméon Pécontal, vient de ressusciter avec un grand bonheur cette charmante tradition dans son beau recueil de Btilladeê et Légendâe,

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