‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 123 sur 223 · P wioiuUyf · texte numérisé non relu

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GUAPITRE DOUZIÈME. 57i

attirait à Téglise. Les tètes s'échaufTèrent ainsi de part et d'autre. Un commissaire s'avance et harangue les récalcitrants avec violence : — Venez tirer, ou vous allez mourir! — Mourons plutôt que de tirjsr ! s'écrie un jeune gars de Ghanzeaux, René Forêt, — revenu depuis peu de l'émigration. Un coup de canon part et laboure les rangs des conscrits. Mais déjà tous se sont rués sur la pièce et dispersent ou assomment de leurs bâtons les artilleurs et les commissaires. De là, ils courent au district, brûlent les papiers, distribuent la caisse, et, maîtres ainsi du terrain, célèbrent leur victoire par un feu de joie et des libations.

Ils se retiraient le soir, chacun chez soi, croyant naïvement que tout était

fini, lorsque six d'entre eux traversèrent le bourg du Pin-en-Mauges

Ils rencontrèrent un bel homme de trente-cinq ans, à l'œil vif et pur, à la démarche aisée, à la figure aimable et,imposante. Cet homme était Jacques Cathelineau, pauvre marchand colporteur de laine,, père de cinq enfants qui jouaient sur le seuil de sa petite maison, — humble sage, vénéré du pays entier comme un saint, — oracle et arbitre aimé sur tous les champs de foire d'alentour. Cathelineau venait d'apprendre la révolte de Saint-Florent, tout en pétrissant de ses bras nus le pain bis de sa famille. Il avait aussitôt endossé sa veste de bure, et, malgré les instances de sa femme en pleurs, il allait voler au secours de ses frères... C'est alors qu'il aperçut les jeunes gens qui s'en retournaient chez eux. A l'instant* cet homme de génie en sabots devina sa destinée et celle de son pays.

— Que comptez-vous faire maintenant, mes amis? dcmanda-t-il aux villageois.

— Nous tenir tranquilles et reprendre nos travaux.

— Alors, vous allez tous mourir !

— Comment cela ?

— Les gendarmes, que vous avez battus ce matin en vous unissant contre eux, vont venir demain vous prendre ou vous tuer l'un après l'autre dans vos chaumières.

Et développant son dilemme avec l'ardente éloquence qui lui était naturelle :

— Oui, mes enfants, vous ne pouvez plus cire que les victimes ou les ennemis de la République. Ce que vous vene% de faire exige une suiie\ Votre combat d'une heure veut une guerre de dix ans ! Une fois assemblés ainsi, vous ne pouvez plus vous disperser. Vous étiez paysans ce matin, vous voilà soldats ce soir. Ainsi donc, adieu à la chaumière et à la famille, à la bêche et à la charrue ! Il faut vivre désormais sur les champs de bataille, manier le sabre et s'atteler au canon ! Il ne s'agit plus d'attaquer des commissaires et des gendarmes, d'enfoncer des portes et de brûler des papiers; il s'agit de défendre vos femmes, vos sœurs, vos enfants et vous-

* Ces paroles si caractéristiques nous ont été rapportées textuellement par un vénérable chanoine de la cathédrale d'Angers, qui faisait alors partie du groupe de jeunes gens harangué par Cathelineau.

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mêmes contre les armées que la Bépubiique va lancer dans ee pays. Anx

armes donc, mes enfants ! Sauvez vos autels et vos Toyers !

Et déjà tons les gars du Pin se rangent autour de Catbelineau le voilurJer, leur parent ou leur ami. Ils sont vingt-sept, aujourd'hui', et n'ont à la main que des bâtons; — dans trois mois, ils seront vingt mille, et assiégeront Nantes, sous les ordres du généralissime Catbelineau.

Telle Tut l'héroïque simplicité du soulèvement vendéen.

Cathelineau et ses compagnons, recrutant des forces de métairie en métairie, arrivent, le 14 mars, à la Poitevinière. Le tocsin sonne de clocher en clocher. A ce signal, tout pajsan valide fait sa prière, prend son chapelet et son fusil*, ou, s'il n'a pas de fusil, sa faux retournée, embrasse sa mérc ou sa femme, et court rejoindre ses frères à travers les baies. La petite troupe attaque le château de Jallais, défendu par les soldats du 84* de ligne et par la garde nationale de Chalonnes, sous les ordres du médecin Rousseau. Celui-ci croit broker ou disperser ces assiégeants sans discipline en faisant braquer sur eux une pièce de six; mais les intrépides gars improvisent la tactique qui leur vaudra tant de victoires. Ils se jettent tous à la fois ventre à terre, laissent passer la mitraille sur leurs têtes, se relèvent et s'élancent comme l'éclair, et enlèvent la pièce et les artilleurs.

Ils baptisent aussitôt ce premier canon le Missionnaire. Ils envoient

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