CHAPITRE DOUZIEME
Taiitre élaiciil tout Topposé de ceux de Bonchanips. Grande taille, membres miisculeux, teinl brun, ligure accentuée, expression dure, regard impérieux, |Kirolc ardente, avec un accent lorrain : tel était le garde-chasse de Maulevrier. Il s'éleva au commandement par une activité infatigable, par une fermeté que rien n*inlimidait, et surtout par une intelligence fort supérieure à son éducation. Il était plutôt craint qu'aimé des paysans, mais rexeroplede son courago enfantait des prodiges. Quand on avait dit< Af. Stofflet est eu avant, personne ne restait en arrière. Né le o février 1755, àBarthélemont, près Lunéville, Stofflet avait d'abord servi dans la gendarmerie du roi Stanislas; il gagna l'estime du comte de Golbert, officier supérieur dans le même corps. Celui-ci Temmena en Vendée, et lui confia la garde de sa forêt et de son château. Nous avons déjà vu comment il sut les défendre.
Les Vendéens appelaient M. d'Elbée le général la Providence : c'était toujoui*s, en effet, la Providence qu*il invoquait au moment du combat. L-exaltation de son courage était communicative et entraînante, mais son opiniâlreté n'était pas assez justifiée par son esprit.
Bernard de Marigny faisait l'admiration des Blancs et la terreur des Bleus par sa haute taille et sa figure martiale. C'était un véritable soldat, amoureux de la guerre pour elle-même. Né à Luçon, en 1755, il avait été officier supérieur dans la marine royale, et il bornait son ambition, disait-il, n obtenir un grade analogue dans l'armée de terre.
Le marquis de Donnissan, benu-père de M. de Lescure, avait fait la guerre de sept ans. Il refusa de commander en Vendée, comme étranger •ru pays, mais devint gouverneur des conquêtes royales, et se montra plein de sagesse et de conciliation. *
Toutes ces nobles têtes étaient dominées par la grande et populaire figure de Cathelineau, entouré de ses c|uaranlc-deux parents ^ Ce paysan de génie était la complète incarnation de la Vendée. Ses frères d*armes l'appelaient le Sa'iut d'Anjou^ et se croyaient en sûreté quand ils se battaient près de lui. Ce prestige se reflétait sur son visage. Il était beau, sans doute, mais ses soldats le trouvaient admirable. Il vit encore dans leur souvenir et vivra dans celui de leurs enfants, comme le type accompli de la beauté virile. C'est par les conseils de Cathelineau, chantre de Péglise du Pin, que toutes les pa/oisses infestées de curés intrus avaient enveloppé le crucifix d'un crêpe noir. Le bon Dieu portait ainsi le deiiil de son Eglise. Quoi de plus touchant que cette n:iïvc inspiration?
Les noms des autres chefs vendéens arriveront sous notre plume avec les événements qui les feront surgir. Mais avant d'aller plus loin, nous devons expliquer la manière dont chefs et soldats faii^aient In guerre.
Les premières armes dos Vendéens furent les hâtons qu'ils avaient pris
* Sur ces (|ii.irinto-doiix, Irtnlc-six pcTiront Jniis les guerres de l'Ouest. PeiruHî Godin, eousine ^<»i*niaifir de Ciithidinriu, fut lni*e les rrmes à la main, le iOovtobre i7it5, à h huliiille do Clioiel.
578 BRETAGKE ET VENDÉE.
pour se rendre au liragc. Une fois en pleine révolte, ceux qui avaient des fusils de chasse les décroclicrent de la haute cheminée; ceux qui n*en avaient pas saisirent des fourches, -emmanchèrent des faux à Tenvcrs, se firent des sohres avec des faucilles, et attendirent ainsi que la défaite des Bleus leur procurât des armes régulières. Les premiers soldats de Cathelineau ne manquaient pas de s*armer aussi du chapelet et du sacré cœur. Ils allaient au con>bat en priant à haute voix, et, comme nous l'avons déjà vu, suspendaient leurs coups pour s'agenouiller devant les calvaires. Dans la suite, la fureur guerrière emporta cette ferveur religieuse. L'armée de Charctle, en particulier, oublia souvent qu'elle faisait partie de l'armée catholique. Mais une haute piété régna toujours dans la grande armée propremcnt dite.
« Tout ce que l'on a dit et écrit du courage vendéen (c'est un républicain qui parle) est croyable pour l'observateur qui habitait le pays. » Le Vendéen, muni de Tabsolution, courait à la mort comme à une fête, bien sûr d'aller droit en paradis. C'est ainsi qu'il se ruait à la gueule des canons, et les enlevait d'assaut, s'il n'était pas broyé par la mitraille.
Le tocsin était le signal du rassemblement pour les métairies. À cet appel répété de clocher en clocher, chaque homme abandonnait .sa maison, ses travaux et sa famille, prenait ses armes avec du pain pour quelques jours, et se rendait au lieu convenu, dans la clairière d'un bois, dans un champ de genêts, dans une chapelle abandonnée, ou même sur la place d'un village où l'on était sur de se trouver en force.
Les ordres de rassemblement disaient : Au saint nom de Dieu, de par le Roi, la paroisse de. . . se rendra tel jour, à tel endroit, avec ses armes et du pain.
Là, on s'organisait par compagnies et par clochers. Chaque compagnie choisissait son capitaine par acclamation. C'était d'ordinaire le paysan connu pour le plus fort et le plus brave. Tous lui juraient obéissance à la vie, à la mort. Ceux qui avaient des chevaux formaient la cavalerie ; ceux qui n'en avaient pas se réservaient d'en prendre aux Bleus. Ainsi des fusils, des pistolets et des sabres. Le reste, c'est-à-dire, la grande majorité, composait les piétons, — d*autant mieux nommés, qu'un certain nombre allaient pieds nus, et qu'il y avait parmi les autres moins de souliers que de sabots. Il va sans dire que chacun avait pour uniforme son habit de paysan tel quel, — plus ou moins déguenillé, suivant l'âge et les chances de la guerre. Une précaution que personne n'oubliait , c'était d'attacher à .sa boutonnière, à coté du chapelet et du sacré cœur, sa cuiller de bois ou d'étaiiu
Bien peu de chefs parvinrent à équiper régulièrement un corps complet. M. de Honchamps fut peut-èlre le seul. Ses chasseurs, après la prise de Saumur, portaient Thahit vert tleurdelisé , le pantalon blanc, le gilet