‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 127 sur 223 · CHAPITRE DOUZIËMH · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIËMH

blanc, les revers blancs et les épaulcUes vertes. Cette uniformitc Ht Tudmiration des Bleus, mais elle ne dura pas longtemps.

Généralement, les compagnies vendéennes offraient le coup d*œil le plus étrange et le plus disparate : c'étaient des chevaux et des hommes de toutes tailles et de toutes couleurs, — des selles entremêlées de bâts, — des chapeaux, des bonnets et des mouchoirs de tête, — des reliques attachées à des cocardes blanches, — des cordes et des ficelles pour baudriers et pour élriers, — des étendards et des épauleltes républicaines pendues à la queue des chevaux, etc., etc. Les victoires amenèrent l'abondance des armes et des munitions, sans rien changer au désordre de la tenue.

Les chefs n'avaient guère plus de coquetterie. Les capitaines de paroisse n'ajoutaient à leur costume villageois qu'un long plumet blanc, fixé à la Henri lY sur le bord relevé de leur chapeau ^ Les officiers gardèrent leur premier habit de gentilhomme tant qu'il dura; mais la plupart négligércnt de le renouveler, et le remplacèrent par tout ce qui leur tomba sous la main. Un adjudant généçal de la République, introduit dans les bois de Vesins, refusa de reconnaître M. de La Rochejacquelein sous sa veste de bure et son bonnet de laine, avec son bras en échnrpe dans un grossier mouchoir. On vit le chevalier de Beauvallier aller au feu en robe de procureur. Quand M. de Ye'rteuil se fit tuer, il portait deux cotillons de serge grise, — l'un attaché au cou, et l'autre à la ceinture. M. Roger avait un turban et un habit turc, dépouille d'un acteur ambulant.

À la bataille de Fontenoy, Henri de La Rochejaquelein parut avec un mouchoir rouge deCholet a la tête et un autre en cravate. Les Bleus se mirent à crier : « Tirez sur le mouchoir rouge. » Les Blancs supplièrent La Rochejaquelein de renoncer à ce costume. H refusa. Alors tous l'adoptèrent, et le mouchoir rouge fut la distinction des chefs vendéens. Un grand

1 Les anciens capitaines du paroisse conservent leur plumet comme un objet sacrt'. 11 y a quelques mois, nous nous rendions de Legé à Grnnd-Lande par un des plus sauvages petits chemins de b Vendée. Après avotr tRiYersj des ruisseaux coupés de ponts rustiques, des échaliers pratiqués dans les racines des chênes, des haies et des champs couverts d'une gelée blanche comme la neig<*, nous arrivâmes au hameau du Pas-Ghâtaigiiier. Là, nous trouvâmes, dans une métairie cachée sous les feuilles, un vleiibrJ de quatre-vingt-sept ans, presque aveugle, mais encore ingambe et viguureui. C'était Jean Volard, l'ancien capitaine de la paroisse de Grand-Lande, un des plus intrépides compagnons de l'intrépide Couvreur. Cet homme a versé son sang sur tous les champs de bataille de la Vendée. Il a vu sa maison brûlée, ses parents massacres, son humble patrimoine anéanti. Il lui restait une pension du gouvernement; il n'en a plus que le brevet. Il avait une épée d'honneur décernée i son courage ; les soldats de l'Empire sont venus, quinze contre un« l'arracher de ses mains octogénaires... Mais il garde encore, au plus profond de son armoire de ménage, un trésor que rien n'a pu lui enlever : c'est son plumet blanc, qui a vu deux ou trois cents batiilles ! Quand sa feiAnir, aussi vieille et aussi verte que lui, nous montra cet humble et glorieux insigne, le vieux brave là contempla avec larmes, à travers le nuage qui couvre ses yeux ; — et comme je lui offrais, pour l'éprouver, de lui acheter ce plumet un prix considérable , il détacha en souriant deux ou trois plumes écourtées par les balles, m'en fit présent avec une bonne grâce charmante, et replaça luimême son palladium au fond de l'armoire. <( Je n'ai plus guère de sang dans les veines, dit-il, mais on ne m'arraiherait ce plumet qu'avec la d*?rnièrc goutte »

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nombre y joignaient dus nœuds de rubans blancs ou vcris, des morceaux de toile blanche, ou mémo des feuilles de chêne et du papier.

Quand chaque capitaine de paroisse avait compté sa compagnie, reconnu son chef de division, et celui-ci son général, on convenait de se trouver tel jour, à tel endroit, ou de se réunir sur tel signal. Ce jour-là, il ne restiiit plus dans les métairies que les femmes et les enfants. Tous les hommes valides se rendaient, avant le jour, au lieu désigné. Avant d'attaquer les Bleus ou d'essuyer leur charge, la troupe entière tombait à genoux, chantait un cantique, et recevait Tabsolulion d'un prêtre. Naus avons déjà dit, toutefois, que cet usage disparut dans le courant de la guerre. C'était se trahir et perdre du temps : chacun pria suivant son inspiration.

Quelques prêtres ne se bornaient pas à bénir les armes, mais les maniaient encore avec adresse et courage, — non pas cependant au conimeocement de la guerre. Tous, au reste, étaient déguisés et armés de pistolets. Ils ramenaient les fuyards au combat en leur montrant le crucifix, et ils assistaient héroïquement les blessés jusque §ous la gueule des canons. Nous verrons les femmes partager ce rôle de dévouement avec les prêtres.

La tactique des Vendéens est devenue célèbre. Pendant que leur avantgarde attaquait l'ennemi de front, tout le corps d'armée l'enveloppait, en se dispersant à droite et à gauche :( — Egaillez-vous , les gars!). Ce cercle invisible se resserrait en tiraillant à travers les haies, et si les Bleus ne parvenaient point à se dégager, ils périssaient tous dans quelque carrefour ou dans quelque chemin creux. Arrivés en face des canons adverses, les plus intrépides Vendéens s'élançaient en faisant le plongeon à chaque décharge {Ventre à lerre^ les gars ! ), et s'emparaient des pièces en exterminant les canonniers. Au premier pas des Républicains en arrière, un cri sauvage des paysans annonçait leur déroute; ce cri trouvait à l'instant et de proche en proche mille échos eiTroyables, et tous, sortant comme une fourmilière des broussailles, des genêts, des coteaux et des ravins, se ruaient corps à corps à la poursuite et au carnage. Chacun démontait un Bleu, regorgeait ou lui brûlait la cervelle, et lui prenait son cheval, son argent et ses arnies. On conçoit quel était l'avantage des indigènes, dans ce labyrinthe fourré du Bocage, dont eux seuls connaissaient les détours. S'ils étaient vaincus, ils trouvaient le même avantage pour fuir... Aussi leurs chefs avaient-ils alors toutes les peines du monde à les rallier. Ils n'y parvinrent guère que deux fois, à Torfou et à Dol. Ces soldats primitifs n'entendaient rien à la retraite; il n'y avait point pour eux de milieu entre la victoire et la déroute. Quand ils n'avaient pu enlever aux Bleus leurs canons, et que ceux-ci les ébranlaient par une vigoureuse décharge, ils se débandaient dans tous les sens, et retournaient chez eux attendre une meilleure occasion.

Le Vendéen n'avait donc rien du soldat régulier. Il ne savait pas même

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