‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 13 sur 223 · CHAPITRE PREMIER. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. il

étrange, que de voir mettre le chapeau à des gens qui n'ont jamais eu que le bonnet bleu sur la tête! Quand ils veulent saluer, l'arme tombe d'un câté, le chapeau de l'autre. On leur a dit qu'une fois dans les rangs ils ne doivent aller ni à droite, ni à gauche ; ils se laissaient rouer l'autre jour par le carrosse de madame de Chaulnes, sans vouloir se retirer d'un seul pas» quoi qu'on pût leur dire. Enfin ces bas Bretons sont étranges. Je ne sais comme faisait Du Guesclin pour les avoir rendus tes meilleurs soldats de France, i

La tournure de nos gentilshommes n'agréait pas plus à madame de Sévîgné que la tournure de nos paysans. Comment la petite-maîtresse de Versailles eùt-elle pardonné à ces descendants des anciens chefs bretons, ruinés ou dépouillés par la France, qui vivaient au milieu de leurs vassaux comme des pères de famille, qui labouraient euj-mêmes leur champ borné par un tronçon d'épée, qui venaient aux I^lals en sabots et en habit de bure, et déjeunaient quelquefois, en pleine séance, d'une beurrée de pain noir, partagée avec leurs enfants assis sur leurs genoux ' !

Il n'y avait que U. de Lnmaria qui trouvait gr&ce devant l'inexorable mai^ quise. C'est qu'il dansait si bien le menuet et le passe-pied ! • Je voudrais que

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4f BRETA(iNË ET VENDEF:.

tous eussiez vu l'air de M. de Lomaria, et de quelle manière il Aie et remet son chapeau! Quelle légèreté! quelle justesse ! Il peut défler tous les courtisans! Il a soixante mille livres de rentes et sort de rAcadémie... Il fut un peu, hier au soir» tout auprès de la cadence. Je ne sais 8*il n^était point ivre... 11 y a des gens qui ont de Tesprity dans cette immensité de Bretons» il y en a qui sont dignes de me parler de vous. »

11 y en avait même qui étaient dignes de riposter h madame de Sévigné, témoin celui-ci : c Vous savez comme je suis sujette à me tromper. Je vis, avant dîner, chez M. de Chaulnes, un homme que je crus être le maître d'hôtel : — Mon pauvre monsieur, lui dis-je, faites*nous dtner ; il est une heure, je meurs de faim. Cet homme me regarda et me dit : c Madame, je voudrais être assez heureux pour vous donner à dtner chez moi. Je me nomme Pécaudière. Mon château n*est qu'à deux lieues de Landerneau. » C'était un gentilhomme de basse Bretagne !... Ce que je devins n*est pas une chose qu*on puisse redire. »

Aussi, peu de jours après, la marquise avoue c qu'elle aime nos Bretons, ils sentent un peu le vin, dit-elle à sa fille, mais votre fleur d*orange ne cache pas de si bons cœurs. »

Il fallait citer tous ces sarcasmes d'une Parisienne qui aimait nos Bretons^ pour faire comprendre ce qu'était la Bretagne à la Monarchie de Louis XIV, et pour expliquer la réponse que fera cette Bretagne à la Monarchie de Louis XV et de Louis XVI.

Mais tandis que la châtelaine des Rochers plaisante ainsi nos bons aïeux, voici M. le gouverneur qui vient leur demander trois petits millions... Voici nos seigneurs des États qui, de tous les points de la province, s'assemblent à Vitré ou à Rennes. La scène change comme par enchantement. Les cajoleries succèdent aux épigrammes, les vins les plus doux aux railleries les plus amères...

Eh! bonjour, monsieur an Corbeav, Que vont êtes joli, qno rovi me stmblei beanl...

Cette comédie des États avait trois actes, qu'il importe de distinguer.

Premier acte. Les dîners et les bals. « M. de Chaulnes arriva dimanche soir, au bruit de tout ce qui peut en faire à Vitré... On mange à deux tables dans le même lieu... La bonne chère est excessive. C'est ici le pays de la viande bien piquée, comme le pays du beurre de la Prévalaye... Et pour les pyramides de fruits, il faut faire hausser les portes... Nos pères ne comprenaient pas qu'il fallût qu'une porte fût plus haute qu'eux... Une de nos pyramides, avec vingt ou trente porcelaines, fut si parfaitement renversée en entrant, que le bruit qu'elle causa fit taire les violons, les hautbois et les trompettes... Une infinité de présents, des pensions, quinze ou vingt grandes tables, un jeu continuel, des bals éternels, des comédies trois fois

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