‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 131 sur 223 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

<K l"" La Convention arrête que, huit jours après la publication du présent décret, tout citoyen est tenu de dénoncer et arrêter les émigrés, ses père et mère, et les prêtres dans le cas de déportation, qu'il saura être sur le territoire de la République. Les émigrés et les prêtres qui sont dans ce cas seront conduits dans la prison du district, jugés par un jury militaire, et punis de mort dans les vingt-quatre heures.

« 2° Les citoyens pris les armes a la main seront livrés, dans les vingtquatre heures, à Texéculeur des jugements criminels, et mis à mort après que le fait aura été reconnu et déclaré constant par une commission militaire de cinq membres, formée par les officiers des divisions employées contre les révoltés. )i

Fouché et Billaud-Varennes vinrent dans l'Ouest hâter l'efTusion du sang, — au nom de ce terrible Comité de salut public formé après la défaite de Nerwinde et la trahison de Dumouriez. Ce Comité devint le bras droit de la Convention, et la sauva, par son énergie, des assauts du dehors et du dedans. Les généraux républicains furent traités comme les anciens capitaines carthaginois. On leur imposa la victoire ou la mort. Le vieux Marcé, battu par Sapinaud et Royrand, fut réservé pour la guillotine, où il monta Tannée suivante. Ligonnier et Canclaux furent secondés par Berruyer, Duhoux, Berthier, Boulard, Quétineau, etc. On lâcha sur le Bocage les brigands intrépides connus sous le nom de vainqueurs delà Bastille. Leurs débuts néanmoins ne furent pas heureux. Chassés de Coron par les bourgeois et les femmes, ils reculèrent, neuf contre un, devant une poignée de villageois conduits par Jean Brunet.

En même temps arrivaient à Farmée républicaine ces conventionnels parasites dont la lâcheté n'avait d'égale que l'insolence. Berruyer vit tous ses plans troublés par Auguis et Carra, — Carra, forçat évadé, devenu grand journaliste I — Bientôt la défaite de Chemillé apprit à ce brouillon ce qu'étaient les Vendéens.

Ici pourtant la trahison servait la République. L'artilleur Bruno, dit SixSouSf directeur des canons pris aux Bleus, les déchargea pendant la nuit, et les bourra de terre et de sable. Surpris heureusement et dénoncé par un volontaire* il fut trainé devant Cathelineau, Stofflet et d'Elbée, et fusillé par derrière, à la vue des premières lignes républicaines. On trouva sur lui le prix de sa trahison, en or et en assignats, qu'on jeta dans les eaux du Layon. Bruno était le premier traître vendéen. Il n'eut guère de successeurs, s'il en eut.

Les volontaires nationaux qui marchaient sous les.ordres de Berruyer avaient compté sur la trahison de Six-Sous. Reconnaissant à leurs morts que les canons vendéens n'étaient point chargés de sable, et assaillis d'ailleurs par Cathelineau, StofOet, d'Elbée et Tonnelet réunis, leur épouvante jeta le désordre parmi les soldats de Berruyer. En vain celui-ci lit

emporter la Jumelièrc par Duhoux ; en vain lui-niémc î»'élança bravcmeni, à la tête de sa gendarmerie, composée des ci-devant gardes iVançaises. Accablé' par les Vendéens, en tète et en queue, à droite et à gauche, il vit ses officiers Noël, Marchand et Mangin, tués à ses côtés, Duhoux blessé entraîné avec sa colonne, et il perdit enfin la bataille, après neuf heure» de lutte, par une surprise nocturne assez singulière.

Les prisonniers Bleus faits par les Blancs, depuis le 11 mars (on voit qu'ils ne les tuaient pas encore), avaient été jetés sur une des ailes de Tarmée chrétienne. Voyant, aux approches de la nuit, leurs gardiens distraits par rinquiétude, ils s'échappent et se mettent en marche vers les lignes républicaines... Mais comme ils étaient attachés ensemble par des cordes, ils sont obligés de s'avancer de front, en ordre de bataille. Bcrruyer, qui ne peut les reconnaître dans l'ombre, les prend pour un renfort vendéen chargeant à la baïonnette. Ses soldats partagent son erreur et prennent aussitôt la déroute. Il ne peut retenir sur le champ de bataille que la 55* légion de gendarmerie.; D'Elbée accourt la culbuter avec ses paysans, et Berruyer bat en retraite, poursuivi jusqu'à Saint-Lambert. Or cinq minutes plus tard, c'était à lui que restait la- victoire, car les Vendéens étaient à bout de cartouches et de munitions^ et d'KIbéc lui-même allait céder, lorsque la panique des Bleus lui avait rendu l'espérance. Les Vendéens, d'ailleurs, avaient perdu Perdriau- et' Gandin, et Cathelineau n'avait été sauvé que par l'intrépidité de Mathieu Sinan.

Berruyer justifia sa défaite par un rapport tellement favorable aux Vendéens, qu'il fut tenu secret. « Les rebelles, disait-il, se battent en désespérés; mourir est pour eux le commencement du bonheur. Ces misérables abandonnent femmes, enfants, propriétés, pour suivre quelques prêtres scélérats qui, le crucifix à la main, leur promettent le ciel. Il est impossible de continuer cette guerre sans troupes aguerries. A la première attaque , mes volontaires se sont enfuis lâchement. On s'est imaginé à Paris que les troubles de ce pays seraient faciles à réprimer : on s'est trompé complètement. La guerre doit se faire ici comme sur la frontière. »

Cependant, faute de munitions, les Vendéens ne profitèrent pas du grand choc deChemillè. Berruyer revint sur celte ville, et la reprit ^ En même temps, Bonchamps et ses hommes étaient écrasés, au Ménil, par Gauvilliers. Enfin, celui-ci, formant un cercle avec Ligonnier, Berruyer et

1 CeUe nouvelle sauva les prisonniers républicains détenus à Choict depuis un mois par le cooiiU^ royaliste. On vit, à cette occasion, toute la différence du caractère breton et du caractère vendéen. Quinie cents Bretons, arrivi's dai:s la nuit à Choict, voulaient massacrer tous les prisonniers. U$ Vendéens du pays, au contraire, agenouillés dans la cour même de la prison, priaient, les main> jointes, le bon Dieu de ne pas permettre le massacre. Le passage de d'Elbce vaincu et la dispersion de sa troupe ciauccrcnl le vœu de ce» braves gens.

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