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CHAPITRE TREIZIÈME

Elle s*en arma comme d'autant de preuves de rébellion, et elle jeta dans les cachots les parents de tous ceux qui les avaient accordés.

Ajoutons qu*elle jeta dans les mêmes cachots Quctineau lui-même, qu'achevèrent de perdre les bons traitements de ses vainqueurs. M. de Lescure prévit le sort du brave général, et lui proposa de rester près de lui sur parole, et sans changer de parti. Quétineau, fort de sa conscience, aima mieux subir les fers de la Convention.

Les paysans ne pouvaient concevoir qu'un général bleu inspirât tant de confiance à leurs chefs. Ayant appris que Bonchamps et Quétineau coucheraient dans la même chambre, ils vinrent supplier le premier de ne pas risquer ainsi ses jours, et fortement gourmandes par lui, ils firent, toute la nuit, sentinelle à sa porte. Son domestique se glissa même jusqu'au pied de son lit, où il se coucha comme un chien de garde.

Moins scrupuleux que Quétineau, MM. de La Ville-Beaugé, de La Marsonnière, de Sanglier, Renou, Hcrbold, Daniaud, Duperat, Piet de Beaurepaire, etc. , passèrent sous les drapeaux blancs. Les Vendéens recrutèrent aussi les jeunes de Mondyon et de Langcrie, âgés, Tun de quatorze ans, Tautre de treize, et qui se battirent en héros dès le lendemain.

La prise de Thouars fut encore marquée par la singulière apparition de révêque d'Agra. Ce prétendu évèque n'était autre que l'abbé Guyot de Folleville, prêtre de Dol, qui avait d'abord fait le serment constitutionnel, puis s'était rétracté et retiré dans un couvent de femmes. Il persuada à ces bonnes dames et aux fidèles de Poitiers que le pape l'avait nommé évêque d'Âgra et chargé du gouvernement de tous les diocèses de France. Requis par la République de marcher au secours de Thouars, il prit l'habit de volontaire, se cacha pendant la bataille, et reparut au milieu des Vendéens après leur triomphe. Fit-il croire ses mensonges aux chefs, ou ceux-ci en profitèrent-ils pour agir sur les paysans? Le fait est qu'il officia solennellement comme évêque, et s'attribua dès lors un rôle au-dessus de ses talents comme au-dessus de ses droits. Mais ce rôle eut des effets prestigieux sur l'esprit des Vendéens, — qui, pensant avoir un véritable prélat sous leurs drapeaux, se crurent désormais conduits par Dieu lui-même à la bataille.

Malheureusement, cela ne leur apprit point à profiter de leurs victoires. Ils perdirent deux jours à Thouars, et après avoir enlevé difficilement la Châtaigneraie, — où ils commirent quelques désordres, — une grande parlio étant retournés chez eux, ils n'arrivèrent plus que sept a dix mille à Fon tenay (16 mai). Ils y furent complètement battus parChalbosct Nouvion, et y laissèrent deux cents prisonniers, avec leur fameuse Marie-Jeanne. La perte de ce canon les découragea plus encore que leur défaite... Rien ne put arrêter la dispersion générale... Toute l'armée s^ccoula comme un torrent, et les chefs se trouvèrent seuls avec quelques volontaires.

Ce fut alors qu'on apprécia toute Tinfluence de Cathelineau. Quittant répéepour le bâton, et de capitaine se faisant missionnaire» il traverse les petits chemins du Bocage et va de ferme en ferme rallier les paysans. « Vous aviez pillé à la Châtaigneraie, leur dit-il, le bon Dieu vous a punis à Fontenay. Mais il faut reprendre Marie-Jeanne. Rendez-vous^ dans huit jours, à Chatillon-sur-Scvre. La victoire nous y attend !

Et, au jour convenu, trente-cinq mille Vendéens se retrouvent, en effet, sous les armes. L'évèque d^Âgra les reçoit au bruit de toutes les cloches de Chatillon; il les bénit et les absout pontificalement. Les bannières flottent et les croix brillent parmi les drapeaux. La voix des paysans s'unit à relie des prêtres... Les chants du VexUla^ du Vent Creator^ retentissent au milieu des Ave Maria du chapelet. Toute Tarmée jure de mourir ou de reprendre Marie-Jeanne. La voilà rangée devant Fontenay, dans la même plaine qui a vu sa déroute neuf jours plus tôt.

Les Bleus se sont fortifiés de onze mille hommes bien armés. Dans leurs rangs figurent les vaillants chasseurs de la Gironde et les volonlaires du Midi, animés par la parole de sept conventionnels. Les Blancs n'ont que leur nombre et leur courage, avec quelques vieux fusils de chasse et leurs faux à l'envers. Mais leurs chefs les excitent à la fois de la parole et de l'exemple. « Allons, les gars, crie La Rochejaquelein« s'il n'y a pas de poudre dans vos poches, il y en a dans celles des Bleus 1 » Lcscure s'avance sous la mitraille républicaine, l'essuie sans blessures, et agite son chapeau en criant : a Vive le Boi ! Vous voyez bien, mes amis, ajoutc-t-il, que les Bleus ne savent pas tirer... Ainsi donc, en avant ! »

Tous s'élancent avec lui, au pas de course. Mais un calvaire se dresse sur leur passage; ils s'arrêtent, et tombent à genoux. Un chef leur commande de se relever. « Laissez-les prier, dit Lescure, en s'agcnouillant lui-même, ils ne s'en bâtiront que mieux tout à l'heure. » Ils se battent si bien, en effet, qu'au premier choc, ils sont maîtres de la plaine. Marigny avec l'artillerie, Lescure avec l'aile gauche, Bonchamps avec l'aile droite, Cathelineau et d'Elbée avec le centre, Dommaigné et La Rochejaquelein avec la cavalerie, font et inspirent des prodiges d'audace incroyables.

Henri de La Rochejaquelein était aux prises avec un officier du 13*" chasseurs. Le cheval de celui-ci s'abat. « Rends-toi, lui dit Henri, tu auras la vie sauve. » L'officier répond en déchargeant ses deux pistolets à bout portant. Henri échappe à la mort par miracle, et sourit avec un calme héroïque... Le républicain, confondu, jette ses armes et présente sa poitrine à son adversaire : « Je me suis satisfait, dit-il ; à ton tour , et vise mieux que moi ! — Je vais me satisfaire, en effet, répond La Rochejaquelein; garde la vie, et reprends ton cheval et tes armes. » Et, tournant le dos à l'officier, il va chercher des périls plus dignes de sa valeur.

A deux pas de là, le républicain Gabriel Beaupuy est assailli par vin^t

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