CHAPITRE TREIZIÈME
paysans, qui lui crient de se rendre, ec Je ne me rends pas à des rebelles, » rcpond*iL El il combat jusqu'à la dernière goutte de son sang.
Ces efforts ne peuvent sauver Tarmée de Ghalbos. La cavalerie, enfoncée par La Bochejaquelein, écrase en reculant Tinfanlerie, et la déroute devient générale. BonchampsetLescure entrent les premiers dans Fontenay. Ils trouvent les rues pleines de fuyards, qui se jettent à leurs genoux en criant : a Grâce !» — « Criez vive le Roi I dit Bonchamps, et vous n'aurez aucun mal. » Un misérable, qu'il vient d'épargner ainsi, se retourne à deux pas, et lui envoie une balle dans le corps. Il tombe de cheval, et crie à Lescure : « Songez à nos prisonniers ! » Pendant que Lescure obéit, Iqs paysans cernent la rue, et massacrent tous les Bleus qui s'y trouvent, de peur de manquer l'assassin. Lescure arrive à la prison, la fait ouvrir au nom du Roi, et y trouve M. de La Marsonnière avec les deux cents captifs. lU devaient être jugés et exécutés le lendemain. Us se jettent dans les bras de leur libérateur, — qui revient avec eux suspendre le carnage.
Les Blancs étaient maîtres de la ville, de plus de trois mille prisonniers, de quarante canons et d'une masse de fusils... Mais les Bleus, dans leur fuite, avaient entraîné Marie-Jeanne, promettant 25,000 francs à qui la conduirait à Niort. Forêt s'élance à la recherche du trésor, avec Loyseau, Rochard et Delaunay. Ils rencontrent le merveilleux canon près de Gange, attaquent le peloton qui l'entraînait, et lui arrachent la pièce arrosée des flots de leur sang. Rochard la tenait embrassée sous'une grêle de coups de sabre, lorsque sept autres paysans vinrent achever la conquête. Tous s'agenouillent aussitôt devant le canon sacré, le serrent dans leurs bras, le couronnent de feuilles et de fleurs, s'attellent au précieux fardeau, et le ramènent, triomphants, à la ville, où ils le promènent aux acclamations de l'armée entière, prosternée sur son passage.
Les patriotes riaient de cette foi naïve... Mais c'était celte foi qui faisait vaincre leurs ennemis.
Parmi les prisonniers délivrés par Lescure, il y avait un ancien oflicier, JuRrion, qui alla soulever tous les paysans de Bazogcs en Pareds, et les conduisit à la division de Sapinaud. 11 y avait aussi un capitaine de paroisse nommé Pierre Bibard, du village de la Tessoualle, dont le nom mérite l'immortalité.
Bihard était resté, le 16 mai, sur le champ de bataille, avec quatrevingt-dix-sept braves de sa compagnie, qui, après la déroute des Blancs, se firent tous hacher sur leurs canons. Bibard, criblé de vingt-six blessures, survécut seul et fut jeté en prison. On l'y traîna, lié avec des courroies sur une forge de campagne, ayant une selle de cheval sur la poitrine, fustigé, chemin faisant, avec le chapelet qui pendait à sa boutonnière. Arrivé au grenier du château, on lui arracha jusqu'aux lambeaux de sa chemise collée sur ses blessures, et on l'abandonna ainsi nu cl sanglant. 11 soufirait
le martyre depuis huit jours, nourri par la pitié furtivc d'un républicain, lorsqu'arriva TafTaire du 25. Pendant toute la bataille, son gardien Taccabla d'insultes et de coups, — lui mettant la pointe de son sabre sur la gorge, le lui faisant baiser comme une relique, et promettant de le couper en morceaux, si la ville était reprise. Mais comme il allait souvent regarder à la fenêtre, Bibard recueillit ses forces, s'élança sur le fusil chargé du misérable, le força de déposer sa giberne et ses cartouches, et le tint en respect, ainsi que tous ceux qui accoururent a ses cris, jusqu'à l'entrée des Blancs vainqueurs dans la prison. La Rochejaquelein, d'Elbée et Stofflet embrassèrent Bibard, et lui offrirent telle récompense de sa bravoure qu'il lui plairait. Bibard, sans dire un mot de ses souffrances, demanda la liberté de son bourreau, et l'obtint... a Souviens-toi, lui dit-il simplement, que je t'ai pardonné pour l'amour de Jésus-Christ *. n
« Bibard! s'écria La Rochejaquelein, en l'embrassant de nouveau quand il apprit ce noble secret, pour un verre de mon sang, je ne voudrais pas que tu n'eusses point fait ce que tu viens de faire! Les républicains ne calomnieront plus les brigands de la Vendée. »
Les trois mille prisonniers bleus furent traités comme le gardien de Bibard. On se borna à leur couper les cheveux, sur l'avis de M. de Donnissan, — ce qui fut un merveilleux divertissement pour les vainqueurs. Il va sans dire que tous les papiers du district furent pillés et brâlés comme à l'ordinaire, — avec les habits et les chevelures républicaines.
Quant aux deux millions d'assignats qu'on trouva dans la caisse ennemie, les paysans s'en firent d'innombrables papillotes. Les chefs en sauvèrent cependant la moitié, en inscrivant sur le revers : Bon au nom du Roi, avec la signature du conseil supérieur qui fut créé à cette époque.
Ce conseil d'administration, présidé par le faux évèque d'Âgra dont l'influence allait grandissant, prit pour centre de réunion Chatilion-sur- Sèvre, et se composa de MM. Descssarts père. Carrière, de Larochefoucault, Lemaignan, Bourasseau, Michelin, Bodi et de Beauvollier niné, trésorier général. Plus tard, on y admit encore Gendron, de La Roberic, Thomas de Saint-Marc, Duplessis, Paillon, Gf)udray, Barré, de Lyrot, Boutellier des Hommelles et Lenoir de Pas-de-Loup, presque tous hommes de loi. On y remarqua enfin les trois abbés Brin, Bernicr et Jagault : le premier, curé de Saint -Laurent- sur -Sèvre, — le second, curé de
* Après avoir fait avec le même courage toutes les guerres de l'Ouest , Bibard vit encore a Maulc> vricr. Là Restauration Tavait décoré et pensionné, mais 1830 l'a replongé dans la misère. Ses plaies >c rouvrent sans cesse sous sa croix d'honneur ; et il serait mort de faim et de soutTrance, sans U .souscription qui lui assura du pain en 1839. A cette occasion, M. le comte de Colbert déploya une scnérosité digne de sou nom , et M. Proux, l'éloquent avocat d'Angers, fit à la Vendée entière un ■^ppel qui ouvrit tous le» cœurs et toutes les bourses.
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Saint-LiOuis-d*Angers , — elle troisième, bénédictin de Marmoutiers.
Ces trois abbés jouèrent un très-grand rôle dans l'nrmée vendéenne, avec trois caractères cnlièrement opposés. L'abbé Brin en fut le Fénélon, l'abbé Jagault le Belzunce, et l'abbé Dernier le Pierre l'Ermite. La voix de celui-ci était déjà toute-puissante sur les soldats, avant qu'elle le devint sur les généraux. Malheureusement son ambition n'était rien moins qu'évangélique.
L'influence de l'abbé Bernier au conseil supérieur eut pour effet immédiat la proclamation suivante, qu'il rédigea avec le chevalier Desessarts, et qui fut répandue en France par milliers d'exemplaires.
C'est le premier manifeste purement royaliste de l'insurrection de rOuest. Il ne parle, d'ailleurs, on le remarquera, qu'au nom des chefs.
ADRESSE AUX FRANÇAIS, DE LA PART DE TOUS LES CHEFS DES ARMÉES CATHOLIQUES ET ROYALES, AU NOM DE SA MAJESTÉ TRÈS-CHRÉTIENNE LOUIS XVII,