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CHAPITRE QUATORZIÈME. 4i

Trois mille hommes seulement arrivent sous les drapeaux. Lescure et Henri se battent en désespérés. Westermann les culbute au Moulin-aux- Chèvres, entre dans Châtillon, détruit les papiers et les presses du conseil, et envoie six compagnies brûler la Durbellière, chflteau des La Rochejaquelein.

Ces incendies mettent la rage au cœur des paysans. Â Tappel foudroyant de Marie-Jeanne, la grande armée se réunit à Chollet. StofHet, d'Elbée et Bonehamps viennent au secours de La Rochejaquelein et de Lescure ; et le 8 juillet, quand Westermann célébrait sa victoire par un Te Deum con* stitutionnel, il se voit entouré de bataillons qui semblent sortir de terre... En deux heures, il perd son artillerie et son armée. Il lutte presque seul contre des milliers de vainqueurs ; — et il abandonne ensuite, en rugissant de colère, non-seulement Chàtillon, mais tout le Bocage.

La vengeance des paysans fut terrible, et rien ne put la modérer. En vain Lescure promet la vie sauve aux prisonniers Bleus et les enferme par centaines sous Tabri de sa clémence. « Point de quartier aux incendiaires ! tt s'écrie le féroce Marigny ; et il donne de sa main le signal du massacre. Il durait déjà depuis longtemps, lorsque Lescure revient de la poursuite. — Les victimes s'attachent à ses genoux, aux pieds de son cheval, aux lambeaux de ses habits. Il ordonne aux bourreaux de suspendre leurs coups. « Va-t'en ! lui dit Marigny, couvert de sang. Laisse-moi tuer ces monstres; ce sont eux qui ont brûlé Ion château et celui de La Rochejaquelein. — Que Dieu leur pardonne comme moi ! répond le saint du Poitou, et rendons-leur aujourd'hui le bien pour le mal. » Marigny insiste et va désobéir. « Eh bien , malheureux, s'écrie Lescure, frappe-moi donc avant de frapper ces hommes !» Et il fait un rempart de son corps aux prisonniers, en disant encore à Marigny : « Tu périras un jour comme tu as fait périr tes frères. » D'Elbéc, d'une autre part, n'avait désarmé les paysans qu'en se laissant coucher en joue par les plus furieux.

Telle devait âtre désormais la guerre allumée par les torches d'Amaillou. Et c'étaient les plus honnêtes gens qui se livraient à ces atrocités. Quel* ques officiers Blancs ont saisi et défoncé la voiture de Westermann... Leurs soldats, les mains encore sanglantes, les accusent de vol et les traînent au conseil de guerre. Là, Dupérat jure sur l'honneur que la caisse était vide... Et cette parole est admise comme preuve irréfragable.

La reprise de Chfltillun fit passer Westermann devant un conseil de guerre. Il frisa de près la guillotine, mais fut acquitté et reprit son commandement.

Alors on résolut d'attaquer la Vendée sur un autre point, et le général La Barolière entra en Anjou par les Ponts-dc-Cé. 11 repoussa les chefs royalistes à Martigné-Briant, où le conventionnel Bourbotte montra que tous les représentants n'étaient pas des lâches. Bonehamps fut emporté.

4Sè BRETAGNE ET VENDÉE.

blessé, à Jallais ; Lescure, toujours souffrant, La Rochcjaqueie'in, d'Elbéc, Marigny. et StofOet se dispersèrent pour aller recruter des soldats...

Le général Santerre, qui n'avait de Mars que la bière, profita de cette occasion pour se faire battre par un prêtre.

C'était à Vihiers, le 18 juillet; Forestier, Piron de La Varenne, Kellcr, Forêt, YîllencuTe, Couty-d'Herbault« de Marsangc, de La Guérivière et Guignard, brûlaient de se signaler en Tabsence de leurs supérieurs; mais ces hommes d'action n'avaient jamais commandé en chef, — et les paysans ne croyaient qu'à leurs quatre généraux. « Eh bien, s'écrie l'abbé Bernier, je vais leur persuader que ces messieurs sont là. » Il s'avance, en effet, pour donner aux combattants l'absolution accoutumée: puis il annonce, de j3a voix irrésistible, que Lescure et La Rochejaquelein viennent de reprendre le commandement. Les Vendéens chargent sur cette assurance, et taillent en pièces l'armée de Santerre. Celui-ci donne honteusement l'exemple de la fuite. Forêt avait juré d'enfermer dans une cage de fer l'homme qui avait arrêté, par un roulement de tambour, le pardon sur les lèvres mourantes de Louis XVL.. Il s'élance donc, avec Loyseau, à In poursuite du généralbrasseur, et Santerre ne leur échappe qu'en franchissant avec son cheval un mur de cinq pieds.

Les Bleus avaient, en parlant, mis le feu à Yihiers; mais les Blancs les chassèrent jusqu'à Saumur.

Quand Lescure arriva, le lendemain, il rencontra des paysans traînant des canons, et il s'informa de ce qui s'était passé... et Comment, général ! s'écrièrent les braves gens, vous n'étiez pas à la bataille?... C'était donc M. Henri qui nous commandait. » La même réponse était faite d*un autre cêté à La Rochejaquelein, et les deux chefs apprirent ainsi la victoire qu'avait remportée leur nom. Piron, qui avait entraîné ses camarades, se nomma désormais le héros de Yihiers.

Les paysans ne se dispersèrent pas moins vile après cette victoire qu'après toutes les autres; — et les cités vendéennes restèrent livrées aux tribunaux révolutionnaires (on en avait mis un à la suite de chaque armée), tandis que les villages étaient surveillés par le conseil royaliste rétabli à Ghàtillon.

Ce conseil, toujours sous l'ambitieuse influence de l'abbé Bernier, commettait plus de fautes qu*il ne rendaitdeservices.il entreprit l'impossible, cil annulant les ventes de biens nationaux etenautorisantia circulation des assignats contre-signes par ses agents. Rendant à la Révolution violence pour violence, il exigea de toutes les autorités et de toutes les opinions le serment à Louis XYII. C'était organiser le parjure ou la proscription. Le conseil le sentit lui-même, et abolit son décret; mais il n'en continua pas moins d'empiéter sur l'autorité militaire et de diviser ainsi les esprits et les forces royalistes. Il se divisa lui-même en deux camps, celui des avocats

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et celui des généraux. L'abbé Jagault proposa sous main à ceux-ci de laisser périr le conseil ou de le réformer en masse. On n'osa pas, et le désordre né fit que s'accroître.

Ecoutons ici un aveu remarquable de M. Grétineau-Joly : a Afin de sau*" ver la Vendée de ses propres victoires qui, dans un temps donné, devaient consumer ses forces; une dictature puissante et honorée de tous était in* dispensable. Les chefs sentaient ce besoin, mais ils étaient dans rimpossir bililé de le satisfaire. Un prince seul, — et ils l'appelaient de leurs vœux les. plus ardents, — un prince seul, jeune, brillant, brave comme eux» avec un noyau d'armée permanente et un port de mer sur les côtes deBre* tagne, ou mieux encore du bas Poitou, pouvait concentrer le pouvoir et donner de la vie, de ractivité productive, à tous ces dévouements prodigieux . Le prince ne vint pas / »

Or pourquoi le prince ne vint-il pas? M. de Chateaubriand nous l'a dit avec la franchise de son génie, et l'histoire ne saurait le répéter trop sévè* rement. C'est que les pygmées de l'émigration n'étaient pas à la hauteur des géants de la Vendée !... Jacques Bonhomme -avait pris la Révolution à la gorge, et criait aux princes : « Je la tiens, passez ! elle ne vous fera pas de maP» » Les princes n'eurent pas le courage, de passer !

M. de Lescure avait comblé ce vide autant que possible, en faisant élire Cathelineau général en chef; mais Cathelineau venait de mourir sans avoir établi l'unité dans les rangs vendéens.

C'était le 14 juillet, au bourg de Saint-Florent. Cathelineau, blessé, s'était arrêté là, ne pouvant aller plus loin. Pendant quelques jours, on espéra le sauver. Lui-mêmîe était plein de confiance, et croyait bientôt re«« tourner au choc. Mais tout à coup la gangrène se mit dans sa blessure, et le saint de l'Anjou mourut comme Judas Machabée. Une foule de parents et d'amis priaient, agenouillés devant la porte. La Vendée tout entière priait de même pour son général en chef... Un paysan s'avança sur Ic-seuil, les yeux en pleurs, mais le cœur résigné : « Mes frères, dit-il, le bon Ca-» thelineau vient de rendre son âme au Dieu qui la lui avait donnée pour défendre son nom. » Les femmes poussèrent quelques sanglots... Les hommes se regardèrent en silence. Chacun se soumit à la volonté d'en haut... Mais, dès ce moment, la Vendée fut perdue.

« Cathelineau, dit le manuscrit contemporain que nous avons sous les yeux, portait avec lui comme une source de bénédictions, qui sembla tarie lorsqu'on ne le vit plus à la tête de l'armée. Soit préjugé, soit conviction fondée, il est toujours certain que, tant qu'il a vécu, la grande armée a été invincible, et que sa mort a été l'époque d'une décadence fatale, n

Nous venons de supposer que Cathelineau était mort à Saint-Floreol.

< Voir le fngnient des Mémoir*9 ioiun-tom^it cité dans riniroduclion de Bretagne et Yénim.

49S RRËTAtiNË KT VENDÉE.

Nous y avons, en effet, trouvé sa tombe, si généralement et si étrangement ignorée... Nous devons cette précieuse révélation à M. Gourant, curé de Saint-Florent depuis 1825, et qui, pendant le mois d'octobre dernier, a bien voulu explorer avec nous son héroïque paroisse. Après nous avoir montré la place du Puits-Billot, — ce premier champ de bataille des conscrits vendéens, — et le tombeau en marbre de Bohchamps, — ce chefd'œuvre de M. David, que nous décrirons plus lard, — le digne pasteur nous conduisit au cimetière où dorment ses ouailles, après les fatigues de la vie. Au milieu de ce champ de la mort, s'élève ou plutôt s'écroule une petite chapelle de la Renaissance, fondée sans doute par les Malfelon, seigneurs de Durtal, dont les armoiries pendent encore à la clef de voûle. Tout près de l'éperon latéral du midi, la terre forme une saillie presque insensible. On n'y voit ni pierre, ni croix, ni arbuste. Un tapis d*herbe tour à tour verte ou jaune, semé, suivant la saison, de qutilques fleurs sauvages. Voilà tout.

— C'est là pourtant, nous dit notre vénérable guide, que repose Jacques Gathelincan, général en chef des armées vendéennes !

Nous ne saurions exprimer la surprise et l'émotion que nous causèrent ces simples paroles. — Quoil la Restauration — malgré son ingratitude systématique — a couvert la Vendée de croix, de statues, de colonnes, de monuments destinés à immortaliser les géants de l'Ouest! et la tombe du héros qui commandait et résumait la Vendée entière est restée dans un tel oubli et dans un tel abandon ! Et cet abandon, cet oubli, durent depuis un demi-siècle ! Et dans ce pays, où vivent encore tant de parents, tant d*amis. et tant de soldats de Cathelineau, il ne s'est pas trouvé un passant qui ait planté une croix sur cette tombe, et qui ait inscrit sur cette croix : Ici gît Cathehneaul Et les chrétiens qui défendent la religion, les révolutionnaires qui exaltent le peuple, les napoléonistes qui aiment la bravoure, les royalistes qui vantent la fidélité, ne s'unissent pas pour honorer les restes de l'homme le plus religieux, le plus populaire, le plus brave et le plus iidcle des temps modernes !

Nous refusions d'en croire nos yeux et nos oreilles, et nous repoussions comme invraisemblable l'affirmation du curé de Saint-Florent : mais il l«i réitéra'd'unc manière si positive, il nous assura tellement avoir connu h personne qui avait mis une pierre dans celte fosse pour la reconnaître, qu*il nous fut impossible de conserver le moindre doute.

« Lorsque, en 1827, nous dit M. Courant, le chevalier de Lostangcs provoqua l'érection d'un monument à Jacques Cathelineau, je lui proposai d'abriter ce monument sous la petite chapelle de notre cimetière. M. do Lostanges approuva fort cette idée, et il résolut de la mettre à exécution: mais les Cathelineau réclamèrent vivement pour le Pi n-en-Maugcs, berceau du généralissime et de toute sa famille. Le monument s'éleva donci

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